‹ Le tribun de Gand. V. 2Chapitre 5 sur 15 · I. IX · texte numérisé non relu

I. IX

IM LI TBIBUIC OB «ANB.

A €M mola, UD étrange ohaftg<enent se fit tout à omip dans Tatiitude et danslapbysionomiede LouijideNevefS. il avait relevé la tète avea fierté et dans ses grands yeux avait rayonné le feu d'un noble orgueil. Mais» lorsque Artovelde lui demanda soudain un assentiment ou un refus, une expression de découragement et de désespoir se répandit sur se» visage. Il demeura longtemps absorbé dans sas ré-j ^ flexions et dit enfin d'une voix sourde comme \m borame ' distrait et qui se parle à lui-même :

— C'est impossible ; ce serait un crime dont le roi tiienit une sangtente vengeance ; mon serment m'd[)lige... et mes comtés de Réthel et de Nevers... et ma femme 1 H^Hgvar avec les bourgeois contre la chevalerie ? être la cause» peut-être, de Tanéantissement de toute la noblesse? attiier ' sur moi la malédiction de la France entière el de quiaonquo a du sang noblodans les veines? Non, non, c'est impesaiUei

Et, se levant avec l'intenlion évidente de mettre fis à Fentretien il prit la main d'Artevelde et lui dit aiac bonté :

— Capitaine en chef, je crois à votre loyauté; vous avei parlé hardiment en présence de votre souverain, je votf le pardonne de bon cœur; mais je dois repousser ce que vaitf m'avez conseillé. Je suis un féal chevalier et veux deawiiitf tel ; le roi de France est mon souverain légitime; il a n(0 mon serment de fidélité ; quoi qu'il m'arrive, je mouvrai à son service. J'avais espéré vaincre votre ûerté par d'aft^" J' tueiises paroles et par la promesse d'une mission plus bauta que celle que vous remplissez. Je comprends maiataBtfl; seulement que cette tentative était inutile et que vous def^j nécessairement juger des choses tout çiutren^ent qu'un cha-l valier, puisque vos idées diffèrent si radicalemoBt des oôtii^ Je me suis trompé ; celç me peine grandement, capHaioa en chef. Vous êtes venu ici sur parole de chevalier,

LE TRIBUN 1>B GAVD. 1^5

pouvesToos retirer librement, et paisse le Ciel vous iospîrtr de meilleures pensées I

Artavelde s'inclina respectuensemoat et répondit :

— Je vous remercie de votre bonté, monseigneur. A moi losn cette solennelle entrevue avait inspiré nne décevante espérance. Hélas i! 1 m'y faut renoncer à jamais. Soit t Quant è moi, je continuerai, sens crainte ni souci, de consacrer ma vie à l'élévation de mon pays; et, avec l'aide de Dieu, j'accomplirai les promesses que j'ai faites è la commune (1). Vivez heureux, vivez en paix, monseigneur!

A ces noots, le capitaine en chef suivit le courtisan qui, sur l'appel du comte, était entré dans la salle, — et bientôt il se trouva hors du château sur la place Sainte-Pharaïlde.

n fut accueilli, sur le marché du Vendredi, par les acclamations des gens des métiers qui Tattendaient; mais il ne femercia la foule que par un signe de la main, et, suivi de sa garde, il regagna d'un pas -rapide sa demeure.

Le jour delà Saint- Martin de l'année I3S9, on remarfluait à Bruxelles, sur le Caudenberg, devant le vieux Bourg (2), un grand mouvement de chevaliers, de bourgeois

(I) •« Ou*H ferait ce qu'il avait pr.-inis k la commune, comme celui qui n'avait pas peur, et qu'à l'aide de Dieu, il mènerait son entreprise a bonne

fin.» (FuO.'SSAKT.)

'.t) Le vieux Bourg (oude Borg ou Burg) était le château fort fondé par les premiers ducs d6 Brabant. 11 occupait k peu près l'emplacement où s'arrête

«H de gens de métiers armés, qui allaient et venaient comme s'il se fût passé quelque chose d*extraordinaire. Dansle parc qui s'étendait derrière le château ducal, sur une partie du Borgendal, un grand nombre d'étrangers se promenaient, guidés par les serviteurs du comte. Puis c'était encore çà et là, devant les nombreuses hôtelleries, des chevaux qu'on soignait, des voitures et des litières qu'on débarrassait de la boue qui les souillait. De toutes parts c'étaient des questions sur le nom des principaux étrangers:

— Chère Gudule, comment s'appelle donc le chevalierqui loge aujourd'hui au Dragon rouge? D'où vient le vieux clerc dont voici la litière? Parle-t-il flamand? Est-il wallon? - Combien d'hôtes hébergez- vous aujourd'hui, Gudule? — Quatorze, sans compter les domestiques. — Je donnerais bien un florin de Florence pour ton pourboire, Gautier, si j'en avais un. Y a-t-il aussi beaucoup de chevaliers et de bonnes gens à V Empereur? Et à YÉcu de Hongrie? Gautier, mon gars, as- tu déjà vu le roi d'Angleterre? — Non. - Monte bien vite alors à la Cantschiede (t) ; les gens du duc sont occupés à pêcher dans le Clutine (2) ; le roi assiste à la \ièc\\e. Le parc et la vigne du duc sont pleins d'étrangers.

Gautier, le garçon d'écurie du Drago7i rouge, posa à terre son seau d'eau et, s'approchent des bourgeois qui ^inte^ peilaient, il leur répondait avec fierté:

— Les gens du Dragon rouge n'ont pas besoin de courir après le roi d'Angleterre pour voir quelque chose de rare,

Vftile gauche do pihis actuel du roi. (Voyez sur les détails lorauT qae r» Uittue ce chnpilre Alkz Hbmmk et Alph. W<iutbrh Histoire de BrMXeUa, vul 111, pp 487 el 318.)

{i) l.a Kantëchiede forme ai^ourd'bui la rue de la Madeleine el la moi- Ittgiie de la Cour.

(S) Le Clutine était un vaste étang situé prrs du palais ducal, contre l« f>arc. (Voy. la carte du vieux Bruxelles dans Tbistoire citée pliu htiAt vol. 1, p* «»S)

LE TRIBUN DE 6AND. i^

eoteûds-tu, Jean le coutelier ! Nous aftendons ici un homme ({ai ne le cède ni à duc ni à roi, bien qu'il ne soit ni noble, ni chevalier!

— Comment! dirent les curieux, c'est bien vrai? Et qui se serait-il? Qui est-il?

- Qui c'est? dit Gautier. Qui? C'est Jacques van Arleveldel

— Artevelde! s'écria-t-on avec étonnement, Artevelde» le capitaine deGand!

— Ce tyran sanguinaire ! ajouta le coutelier.

— Que parles-tu de tyran ? demanda le palefrenier.

— Arrange-toi de manière à ne pas lui courir dans les jambes, répliqua Jean le coutelier, et vole pour remplir ses ordres, mon brave Gautier ; car il te passerait sa dague à travers le corps, comme si tu n'étais qu'un chieQ, ni plus ni iDoins.

— U est tel que tu dis ? fit Gautier etîrayé.

— Tu devrais entendre raconter combien de gens innocents, chevaliers et bourgeois, il a massacrés et fait mettre à mort à Gand et datis le pays de Flandre, uniquement parée qu'à son premier coup d'oeil, ils n'accouraient pas se ineilrc à son service I Oui, oui, Gautier, je te conseille de ne pas le regarder; car, s'il prenait mal la chose, tu ne pourrais probablement t'en plaindre à personne !

— Il veut te faire peur, Gautier, dit un voiturier ; ce sont lous mensonges qu'il raconte.

— Des mensonges? s'écria le coutelier, des mensonges? h le liens du page de Jean Melisoen, qui m'a apporté sa <)ague à nettoyer, et qui a entendu ces choses de la bouche d'uo chevalier français.

— Et pourtant ce sont des mensonges ! reprit le voiturier. ^esuis-je pas allé à Gand, il y a quinze jours, avec le doyen Arnould Boc chercher du drap pour les habits des sergcnls

199 LB TRinUN DB GAND.

de la viito ? nesuis-je pas resté à Gand toute une semaine? Eh bien, on ne sait rien là-bas de tout ce que vous venez de direl El cependant c'est là qu'on devrait le savoir.

-^ C'est singulier tout de uiéme! dit le palefrenier; depuis hier, ily a ici deux bourgeois de Gand qui doivent se rendre è la cour avec les autres; et ce qu'ils se disent à voix basse, sur le compte du capitaine van Artcvelde, ne ressemble pas du tout au langage d'un ami. J'étais au milieu de mes chevaux et j'écoutais ; et, si ce que disent ces bourgeois est vrai, il faut que cet Artevelde soit un insigne coquin.

— Il a des envieux comme cela à Gand aussi, dit le voituri^; mais ils se garderont bien de tomber en public sur DfaUre van Artevelde. On leur tordrait le cou sur place et leêtemefit.

•^ Qu'il soit comme il veut, peu m'en chaut, dit le palefrenier, du moment qu'il ne vient pas me chercher près de mes chevaux...

L'hôlesse parut sur le seuil du Dragon rouge et cria d'une YOik impatiente et irritée:

— > Gautier ! Gautier ! que i'ais-tu encore là à bavarder avec lea voisins, quand nous avons de l'ouvrage jusque par-dcssua la tête? Yeux-tu bien achever de nettoyer la liHèrc, fainéant!

— Gudule ! cria l'hôtesse à la servante, va-t'en à la cuisine aider à Godeliere à plumer les poulets et à couper les choux, et dépéche-loi un peu, ma fille.

La tille, montrant du doigl dans la direction du Caudenl>6rg : .

— Tenez, mère Walgaerde, dit-elle, voilà, vm deux hôles qui descendent la Cantschiede.

'^ Va donc bien vite à la chambre à manger^ Gudule^ et eeuvre la table, dit l'hôtesse; nos hôtes vont déjeuner sao& 4oniau Hàte-toit

LÉ f RIBT!N I>S èANb. i%9

lundis qùè la sisrvôtite rentri^iit pour t^emplir $on office, hôtesse attendit ses hôte^, et les reçut le visage souHânt, vec de botines parbles ; elle les conduisit dans unechamfe où le déjëuneff , consistant en viande froide, en o&ufs, en in et en bière, était déjà servi. Après avoir jeté un coup *éil8!ii* la table pour s'assurer^ que rien n'y manquait, elle e dirigea vers la porte en proférant le souhait d'habitude i Bon appétit, mésslres 1 > et allait sortir de la salie. Gepentant, nne pehsée soudaine la rappelant, eile revint vers ses leux hôtes, et leur dit en désignant du doigt une Cruche de (rès:

*^ Avec votre permission, messires, je recommande tout ^culièreineât ce vin à votre attention. Comme étrangers^ il Toussera peut-êti'e agréable de pouvoir dire que vous Bvei lya du vin de la vigne diicale (1).

Les hôtes furent surpris de ces dernières paroles.

^Ce serait là, dit l'un d'eux, du vin provenant des vignett qoe nous avtihs vues ce matin dans le parc? Vous ave2 raiftn, je suis curieux de savoir quel goût a le vin de Bruxelles* Sous vous femerclotis cordialement, digne hôtesse; mais éoinitient vous êtes- vous procuré ce vin ?

— Ah! répondit la feilittie, mon mari, voyez-vous, a déboursé, il y a quatre ëtis, Uiie belle somme pour aider à payer te délies du diic, et on lui a donné de ce vin en déduction flecequilul est dû (1). Il est bon, messires; on ne croirait pas, si on ne le goûtait, qae du vin si généreux pût venir du Borgendael, derrière le Gaudenberg.

A ces mots, elle s'inclina et sortit.

Les deux hôtes, restés seuls, se mirent à déjeuner en si-

(f ) Voir sur la carte du tieilt BruxeUes feudroit Toisin du pare oli était Aflé ce f igB^le.

(3) Voir, sur les dettes considérables du duc Jean lil, les /innale» braban-, VHnes pul>liées par WiUcinà.

lence. Il était visible que de graves préoccupations les ren* daient distraits; car ce n'estqu'après un long intervalle ({ue l'un d'eux s'adressa en ces termes à son compagnon:

— Ainsi vous croyez, maitre Denis, qu'il réussira encore dans son entreprise? i

— Je n'en doute nullement, messire van Steenbeke, répondit l'autre.

— El les députés de Bruges et d'Ypres sont-ils telieineot séduits par lui, qu'ils ne veulent pas voir où il en veut venir avec cette diabolique nouveauté?

-— Il y a de quoi crever de dépit, messire van Steenbeke, à les voir tous tellement aveuglés sur le compte de cet ambitieux Artevelde ; il leur a de nouveau si bien rempli la tète de ses adroites hâbleries, qu'ils ne veulent plus entendre à rien et se fâchent quand on veut leur parler raison. Ils semblent même écouter mes paroles avec indidérence, je dirais presque avec mépris, comme s'il n'y avait plus à Gand un seul homme de valeur, depuis que cet enjôleur du peuple s'y est élevé ! Aussi n'ai-je pu dire grand' chose: il est dangereux d'ouvrir de force les yeux à de telles gens ; cela pourrait faire échouer nos projets à tout jamais. Mais vous, messire van Steenbeke, vous avez probablement mieux atteint votre but auprès des chevaliers de Brabant et de Flandre.

— Ah 1 il n'y avait rien à faire, maitre Denis; le capiiaine en chef a trop bien combiné son jeu. Je ne sais comment ils pu y parvenir; mais tous les chevaliers venus à l'assemblée le vantent comme un prodige de sagesse. Je n'y comprends rien, c'est comme s'il les avait ensorcelés tousl Savez-vous ce que je commence à croire, maitre Denis? Je commence à croire que nous sommes trop peu nombreux, trop faibles, et trop peu habiles pour lutter contre un homme dont l'esprit artificieux et la vigilante activité nous écrasent ! Ne serons* nous réellement pas trop ]>etits et lui trop grand?

LB TRIBUN DB 6AND. 20t

Broies firent monter au visage de Denis l'ardente de la colère; il grinça des dénis et une crispation 3 contracta sa bouche.

t s'écria-t-il, vous êtes un homme comme cela ? , messire van Steenbeke : vous pouvez reculer delourdeur de la tâche; quant à moi, je poursuivrai t et je l'atteindrai, je vous le jure! Il serait trop lour moi ? £h ! n'avez-vous jamais vu le chèvrenir par étoufTer le jeune et vigoureux chêne auquel he avec une invincible ténacité?

dmire votre courage, maitre Denis; mais avec tout 8 ne l'empêcherons pas de conclure aujourd'hjii une entre le Brabant et la Flandre contre la France, tmes-nous donc venus faire ici?

bien, qu'il conclue l'alliance, s'écria Denis, il n'é«

a pas pour cela à ma vengeance; je puis attendre,

longtemps avec la certitude que je l'atteindrai un

noire malheureux comte, maitre Denis, lui t'audra- ' Ihumiliation de voir une alliance s'établir contre entre ses propres sujets et des princes ennemis de zerain naturel, le roi de France?

:erain ? le roi de France, notre suzerain ? dit vive- ^nisen l'mterrompant. Où prenez-vous de pareilles Et que m'importe votre gracieux comte et toute sa de courtisans et de flatteurs! ce que je veux, c'est ^r etécraser le tyran, cet ambitieux Artevelde, et, par er de l'humiliation et de l'abaissement la ville de la patrie. Mais, pour l'amour de Dieu, ne me parlez )mte ni du roi, qui n'ont ni la force ni le courage r de leur chemin un infâme usurpateur.

dépit vous fait parler ainsi, maitre Denis.

kl.

2(n LE TRIBUN DE GÀND.

•w Le dé{»ft? Non, mais la froide raisoD et le seotiment du droit violé.

-- Si j'en étais sûr, chef- doyen, je ne voudrais pas me liguer plus loof temps avec vous contre le capitaine général. Si je stvais que vous êtes vraiment si chaud ennemi de noire gracieux comte que vous semblez vouloir le montrer dans votre colère, je romprais toutes relations avec vous.

Le lûhef-doyen s'agitait avec impatience sur son siège et répondît avec une colère concentrée :

— Chaud ennemi ? qui vous parle de cela, messire van Slèe«beke ? Je vous dis que je souffre de voir notre comle 80 courber si lâchement sous la violente pression d'un ambitieux lujbleur. Et, d'ailleurs, fussé-je ennemi du comte alors que vouii lui portez une affection sans bornes, quel obstacle cdlû itpporiierait-ii à ce que nous agissions de concert ?

•^ Cela rendrait notre association impossible et la romprait sur-le-champ.

— Pas le moins du monde. Quel est votre but? Vous voulez anéantir l'influence d'Artevelde pour voir l'autorité du comte rétablie, peut-être aussi pour faire regagner à la chevalerie son pouvoir sur le peuple ou nous faire liguer avec la France contre l'Angleterre. Le motif pour lequel vous combattez Artevelde m'est parfaitement indilïérent ; de sorte qae les raisons de ma haine pour lui doivent vous être également indifférentes. Appliquons d'abord toute notre puissance, toute notre inlellig^nce à renverser notre ennemi commun; après cela, si vous le voulez, nous nous dispulerofos lelnitinl Et, si cette déclaration ne vous plait pas, ditesle : à moi seul, je saurais bien trouver le moyen d'atteindre le t>ut que je me suis proposé.

— C'est bie«, répondit le sire van Steenbeke d'un ton mécontent; iiè]^rlOfi» ^sdafranCage de cela; moi aussi.

LE fRlBtJN Dli éÂNfti âOS

je llfMi étifài M plàU et travaillerai k la téumte de laeft ph)jélfc; Màié avec vcms, ehef-doyôn, pM J6thai$!

Deiii^ s'était laissé emporte^ (lar scm raddiApiable passion é( Sentit (Ju^ cduf ait risque dé perdre uni allié considérable. B changea tdtit à coup de toii et reprit :

— Mais, atni van Sleeubeke, vous cherchez toujours dans iheS paroles pfhxs qu'il ne s'y trouve ; d'un autre côté, le dé-pit que m'inspire Tinsuccès de mes efforts me l'ait dire des éhoses qui ne sont pas tout à fait conforme^ à ma pensée ; pârdoane2-moi ce moment d'emportement ; il faut que nous continuions d'agir de concert jusqu'à ce que noire but soit Atteint. Yotis êtes chevalier, je suis bourgeois; mais n'avonsnous pas les mêmes raisons de pousser à la chute du tyran en unissant toutes nos forces? La bourgeoisie^ le peuple ne sont-ils pas courbés sous son joug humiliant et despotique aussi bieii que la noblesse ? Ne devons-nous pas tous tant que nous sommes céder à ses ordres et ramper sous son inipcrieux regard f Le comte et ses sujets ne sont-ils pas ses humbles serviteurs?

— Hélas! ce n'est que trop vrai! dit van Steenbeke avec iln soupir.

— Eh bien, quand on sait persévérer, on triomphe infailfebiement ! Ses affaires ne sont pas en aussi bon état que Vous le pensez, et peut-être, d'ici à peu de temps, verronsnous déjà sa chute.

— L'éspérez-vous vraiment ?

— Si je l'espère! vous savez bien que le roi de France a déclaré qu'il ferait mettre la Flandre en interdit par les évoques si elle s'alliait avec l'Angleterre contre lui. La prefbière (bis le capitaine général a détourné les foudres dé l'ÉgUse en faisant valoir auprès du pape toutes sortes d'excuses ; mais maintenant il n^en ira plus ainsi ; on est ceriain iti YtSMè 4ûè fintérdit ne sera levé sous aucun p#é4exte.

204 LE TaiBUM DE GAlfD.

Notre temps sera venu alors, ami van Steenbeke; quand personne en Flandre ne pourra plus aller à Téglise, quand on n'y pourra plua dire la messe ni entendre la confession, alors nou3 ferons senlir que c'est à l'ambition d'Artevelde qu'il faut imputer la perte de tant d'àmes chrétiennes, et, si la guerre s'ensuit, nous mettrons sous les yeux du peuple la cause des impôts forcés, des pillages et d'autres calamités inévitables. On écoute si facilement quand on aoufTre et qu'on est mécontent 1 Le peuple se lassera du capitaine général; il fera une chute d'autant plus profonde qu'il s'est élevé plus haut, et nous, nous jouirons de la douce conviction que, tout petits que nous pouvons être, nous avons renversé et étouffé le tyran dans la fange du mépris public!

— Nous n'en arriverons jamais là, ami Denis.

— Vous le craignez?

— Ah! je n'ose espérer un pareil triomphe quand je réfléchis au temps depuis lequel nous sommes à Tœuvre sans que nous ayons pu arrêter ni même ralentir en rien sa puissante course!

— Vous voulez aussi que le fruit sott mûr avant l'été.

— Non ; mais je désespère parce que je ne vois pas encore le fruit noué.

— Oh î vous vous trompez, messire van Steenbeke; le fruit est non-seulement noué, mais il est déjà gros et tout, prél à mûrir. N'entendez-vous donc jamais, a Gand et ail-i leurs, dans la noblesse et dans le peuple, s'élever des voix qui portent contre Arlevelde des accusations pleines de haine et crienl vengeance contre lui?

— Sans doute; mais que peuvent ces quelques voix contre le nombre énorme de celles qu'Arlevelde ferait monter jus* qu'au ciel, si elles pouvaient atteindre aussi haut?

— C'est un commencement, seulement un commencement, messire van Steenbeke. Laissez-nu)i faire, je saurai entraver

marcliey ereuser précipice sur précipice sous ses pas, lui Bciter tant d'échecs et de déboires, qu'il en perdra la téie. vous vouliez me venir en aide dans cette entreprise, cela rait d'autant plus facile.

— Et en quoi consisterait cette aide? Je ne vous com* eodspas.

— Je vais vous l'expliquer; mais, je vous le dis d'avance, i m'interrompez plus par vos idées chevaleresques et autres ilivernes semblables. N'oubliez pas qu'il-nous faut atteindre )trebut, les moyens ne font rien à l'aiTaire.

— J'écoute, dit van Steenbeke.

Denis avança la tête par-dessus la table et allait mettre à

u devant son compagnon toute la perversité de son cœur;

\m il en n'eut pas le temps, car l'hôtesse entra dans la

bambre et dit aux deux convives :

— Messires, notre domestique, que j'avais envoyées la porte

B Flandre, est arrivée et dit que l'ambassade gantoise est

Bjà avec les chars près de l'église de Saint-Nicolas. Vos

nis, dans quelques instants, mettront pied à terre au Ih^a-

^n rouge.

Puis elle sortit en refermant la porte derrière elle.

Le chef-doyen se levapréeipltammentpour aller au-devant

eux.

— Où allez-vous? demandai van Steenbeke.

— Je vais à la rencontre du capitaine général pour lui rrer la main, répondit Denis avec un sourire qui accusait satisfaction de soi-même et la simplicité.

— D'hypocrites démonstrations d'amitié comme celles-là ^ sont pas loyales, murmura son compagnon.

— Voulez-vous donc que je lui crie tous les jours à la ce : « Je suis ton ennemi ! » pour qu'il se méfie de moi et se etle en garde contre mes entreprises? Non, non. Vous agis- 2 autrement, je lésais; vous le combattez ouvertement;

20À Li tÉllit^N bll ^AV^.

mais qîi'eii résUlte-l-ii ? Lors^a'ttU MaiML dM ÉchcrvM M ailleurs, tous pottee une atousàtion totiWe Atievé^ytfhfiili: < Oui, oui, nous Bavons, c'est son ennemi juté) eôMidbl •pourrait-il dire du bien de lui ? > et Ton ne vùtiscMt (lal. M» ivoyez-vous, ttlessire Tan Steenbeke, je suis, i^dn pour le icapilaine général lui-même, du moins, aux yeux du JMufle, |un amid'Arteveldé; et quand je dis quelque ebosé èontre lui, on ajoute très-facileilient foi à files paMes^ lie êâtezvous donc pas que la voix de celui qui accuse son ami auprès des autres, potte des blessures plus inguérissableè tfi» celles que fait une dague trempée dans le poison? Vous dez d'une vérité aussi sérieuse?

•^ A la bonne heure ! je l'avais presque oublié; mais vont nie rappelez là une ch6se, et vous m'en donnez aussi l'expii* cation, Je crois. Votre lils et votre femme font aujourd'bai Qfl voyage d'agrément à Bruxelles avec la fille et la femme da capitaine général. J'ai appris que vous-même avez insiité auprès de messire Ghelnoot van Lens, pour qu'il vînl af66 eux à Bruxelles en qualité de protecteur des dames et poii^ les guider dans Bruxelles. Je comprends très>bien maiote* nant la belle amitié qui existe entre les vôtres et la famille d'Artevelde; mais que signifie la présence ici de measire Gholnoot?

Un fin sourire fut la seule réponse du chef-doyen.

-- Vous savez bien, reprit van Steenbeke, qu'il court à Gand d'étranges bruits sur messire Ghelnoot et la fille • van Artevelde? Je sais que ces bruits sont faux; cependantH

— Bah 1 bah ! s'écria Denis avec une expression de irioB* phe, je n'avais nulle intention lorsque j'ai prié messire 6ii# ndot d'accompagner ma femme; mais vous me signalell une chose qui, en effet, n'est pas à négliger; je vous en<i* nlercie.... Vous n'allez pas au-devant du capitaine gén<

^ Pas pour tout l'or du monde.

Lt taiëvn liÊ ëÀNft. 967

^ Eh MêD , « «mt è THëiirë.

LortMiue DeàlA Bortit chl BNbgon tùitgé et, àfprrèà aroir fait lelque pas, àtteîgiift Tengté dé fa rttè Càhterëteen, il aperit an lohl la éépuiaCvân dé GaM qui d'àVànçait sur trois •anda chars, près de là dtapeHé de Sainte-Màddeihe aux ic8(l). La banne de deux de 6es chars était abaissée; le iroième setii était couvert. Dans la pverniëte voiture, sur le BDcdè devant éMètit assis daleVoet, le doyen des tisseurs B cantîl, et Kelrre Loetaerde, échevin de ia eoiiimune de «nd, derrière eux Jacques Masch, avéc&laè^Vaiideliegheih, chevins de la Kerte. Dans le second diar se trouvaient acques van Artevelde, van Vaernewyck, premier échevin, îheiDootvan Lens, capitaine de la pdKrisse de Salnt-Nlcoios HÈaitre Augustin/cierc de la ville de <5ahd.

Le troisième char, cehii qui était couvert, n'aptrarlenait pu, è propremeiH parler, à la députatioh ; il était rempli de )oyeux espoir et de tendres amours. SUr le pj^mier banc, éWt Liévin Denis entre sa mère etdaitiè Catherine van Artevelde, et, au fond du char, Christine van Vaefnewyck et là charmante Veerle, qui, la main dans la main, s'entretenaient avec enthousiasme de leur beau voyage.

A cette époque, les chemins étaient ti^s'^pêa sûrs à cause <ies routiers et dés brigands ; on ne pouvait, sans g^&nd ^hnger, se mettre en voyage sans être accompagné d'une iHHnbrenae escorte. R n'y avait donc rien d'étonnant que fUelques femmes et filles des députés eussent profité de Toc- ^on pour faire avec eux un voyage d'agrément dans la ca* haie duBrabant.

La nouvelle que le célèbre capitaine de Gand devait loger it ikngen rouge^ avait attiré une foule de monde sur la route le suivait l'ambassade ; lesâruxelloiscndéux s'etbpressaient

{i) SMcU Maadateua 9à

autour des chars et s'efforçaient de découvrir lequel de tous ces hommes pouvait être van Arlevelde. A Tatlitude ûère de Calevoet, qui se trouvait sur le devant du premier char, oo eût pu le prendre l'acilement pour le chef de la députatioa; mais ses larges oreilles aplaties et son air stupide disaient assez au peuple que sous une physionomie aussi repoussante ne pouvait se trouver une vaste et haute intelligence.

Au coin de la Cantersleen, la foule était tellement compacte, que ce fut à grand peine que les chars arrivèrent devant la porte du Diagon rouge, bien que l'hôtesse traitât les curieux de paysans et de gens malhonnêtes, et les menaçât de leur jeter des seaux d'eau sur la tète, s'ils ne s'éloignaient de sa maison.

Les députés se hâtèrent de descendre de voiture et, inversant la foule, entrèrent dans l'hôtellerie; lorsque le troisième char arriva devant la porte du Dragon rauge^ apparat tout à coup le jeune sire de Gaesbeke, le page favori dadoe Jean de Brabant, qui venait aider aux dames à descendre de voiture. Sur son ordre, les Bruxellois firent place avec res^ peci; et, après avoir dit aux dames qu'il était chargé delà mission de leur servir de guide dans la ville ducale, il leur ofl'rit tour à tour la main et les introduisit dans l'hètellerie.

Après quelques mots échangés avec leurs maris et leur père, les dames furent introduites avec Liévin Denis et le jeune page dans une pièce voisine. Les hommes demeurèrent dans la salle commune, mirent de l'ordre dans leur toilette, se firent servir chacun un pot de bière de Bruxelles.

Messire van Sleenbeke se tenait à distance du capilaioi général sans que personne s'en étonnât, car chacun saviît assez l'inimitié qui existait entre eux. Quanta Denis, il aviil, en effet, tendu la main à Artevelde et semblait, plus que tooi les autres, vouloir s'entretenir affectueusement avec lui;! remarquait bien la froideur et l'indifférence avec laqu<»liele

i général lui répondait et se sentait profondément ir ce calme dé4ain; cependant il dévorait son dépit uait de jouer son rôle hypocrite.

)ot van Lens causait et plaisantait avec un bois sous le manteau de la cheminée. Après quelques il leva son pot de bière et s'écria :

compagnons, je bois à notre hôtel Savez-vous ce brave homme qui est assis, si silencieux, près C'est Robert W' algaerde, le porle-étendard du sire jerghe, qui, à la bataille de Hellekinc, s'est signalé

merveilleux exploits. Donnez-moi la main, Robert, iz balafré la face de bon nombre de Flamands, mais n êtes pas moins un brave compagnon (l). pûtes burent avec un joyeux entrain à la santé de icques Masch, seul, restait immobile sur son siège lait le boiteux avec une expression de tristesse. tre Masch, s'écria Ghelnoot, les hommes de cœur ours bons amis après la guerre, st lui qui a donné le coup de mort à mon frère t re frère ? demanda l'hôte; et comment se nommaitvotre permission?

l'appelait Liévin Masch.

m'en veuillez pas alors, dit l'hôte: votre frère m'a ans la bataille comme vous me voyez; je le blessai . Pendant plusieurs semaines, nous nous trouvâmes éme lit à l'hôpital Saint- Jean. Il est morU étant mon

rè« uue ancienne chronique récemment publti-e (Corpu$ chronic, • l, I». 3a»), les Flamands avaient l'avuntaGe, lorsqu'un chevalier

remarqua que leurs visages n'étaient pas protégés par des casaques Il cria aux siens : « Frappez au visage 1 *> Les Brabançoos suivirent ce , leurs adversaires, bientôt couverts du sang qui coulait de leurs ot mis en fuite. « Depuis lors, ajoute le ctirouiqueur,quand on voit

qui est blessé au nez, on dit : Ctlui-là s'eêt Irouvéà Helle/iinc, • WouTBES, Uiiioke de Bruxelles, toui.I, p. 400.)

3lê LÉ tRIBtJ^ bÈ 6ANi»é

meilleur àmi ; et c'est moi qui lui ai fermé les yeut efi pleurant. Et comment pouvait-il en être autrement ? Nous ne nous devions rien l'un à l'autre... Tenez, maitre, je vidé mon pot à là chète inémoire de mon aihi mort, de votre frère!

Jacques Masch saisit son pot avec éîûotion et dit :

— Je bois à vous, brave Robert Walgaerde !

En ce moment, les femmes sortirent en grande toilette de la chambre voisine. Le jeune page donnait la main à Christine van Vaernewyck, et Liévin rougit d'amour et de joie, en paraissant devant les députés avec sa bien-aimée Veerle. dame Artevelde suivait avec la mère de Liévin.

— Messire van Gaesbek^, dit le capitaine général, je recommande ces dames à vos soins ; vous savez ce que votre père m'a promis, et je suis sûr que le plus beau page du Brabant sait comme le temps passe vite quand on est en voyage.

— N'ayez aucune inquiétude, maître Artevelde, répondit le page j je suis, de par l'ordre àix due, le guide habituel de toutes les dames. Pendant que vous irez à la cour, je ferai parcourir tout Bruxelles à ma société, et lui montrerai tcfut ce qui mérite d'être vu : parc, vieux bourg, églises, stmieriy hospices et portes. Et, s'il nous reste du temps, nous irons, dans l'un des équipages du duo, fisire une promenade au nouveau bois. Fiez-vous à moi.

II salua poliment les députés et allait quitter le Dragon rùuge avec ceux qui l'accompagnaient, lorsque la jeune Veerle, l'arrêtant, courut vers Ghelnoot van Lens, et, lui prenant familièrement la main :

— Oh! oh I messire Ghèlnool, dit-elle, voua n'êles pas de l'ambassade ; il faut veni^ avec nous ! Nous sommes venues ici pour nous àiâUser, 61 le plus gài dés Gantois tious êchôp-

LE TRIBUN DS GAND. 2ll

perait ? Non, non, je ne vous lâche pas; vous viendrez avec nous 1 •

Messire van Lens voulut s'excuser pour demeurer avec les députés. Il était visible qu'il n'avait pas grande envie de partager la promenade des dames. Cependant^ lorsque 6é-, rard Denis en appela à sa promesse, il ne fit plus de résistance et partit avec le page et Liévin, qui lui rappela en sortant qu'ils avaient promis de prendre, chemin faisant, son cousin Jacques Denis de Gerardsberg, et sa jeune femme, à VEpée couronnée.

A peine les Gantois avaient-ils échangé quelques propos jovials sur la joie qui rayonnait sur le visage des femmes, qu'un héraut d'armes du duc entra dans Tauberge et les pria de le suivre au château. Us s'enveloppèrent de leurs manteaux, saluèrent leur hôte, et sortirent avec le héraut d'armes.

L'Oudeborg (1), palais des ducs de Brabant, était situé sur le mont Caudenberg, non loin du Borgendal ; originairement, ce n'était qn'un steen plus ou moins fort, aux hautes tours et aux épaisses murailles; mais, dans les derniers temps, les ducs l'avaient considérablement agrandi et y avaient fait ajouter de nouvelles constructions pleines de goût. Mais ce qui, à première vue, frappait le plus l'attention, c'était la vaste arène ou le champ clos où se donnaient les joules et les tournois. Cette place, qui s'étendait devant la façade du palais, était fermée par une clôture en pierre de taille de laquelle s'élançaient dans les airs de nombreuses et légères colonnes.

A riiUéricur du palais, on comptait une vingtaine de magnifiques appartements, habités parla famille du duc et par sa suite. La grande salle de réception se trouvait de plain-pied

(4; Vieux bory (chàlcau).

et non loin de la grande porte d'entrée. Ses principaux ornements consistaient en une cheminée, chef-d'œuvre d'art, et de magnifiques lambris de vieux chêne, sur lesquels le lion brabançon apparaissait une centaine de fois au milieu des sculptures les plus délicates et les plus variées.

C'est dans cette salle que se tenait l'assemblée solennelle.

Le duc de Brabant, Jean III, était assis au fond de la salle avec le roi d'Angleterre sur un siège un peu élevé au-dessus du parquet. A côté d'eux se tenaient de nombreux chevaliers, parmi lesquels les sires de Leefdale, de Grimberghe et* de Gaesbeke, se distinguaient par la richesse de leurs costumes. Des deux côtés de la salle, rangés en cercle réguliers, étaient assis les députés des villes du Brabant : — Bruxelles, Anvers, Louvain, Bois-le-Duc, Nivelles et Tirlemont; — et des villes de Flandre: — Gand, Bruges, Ypres, Courlrai, Audenarde, Alost, etc.

Devant le duc se trouvait une table occupée par deux clercs qui, la main sur des parchemins déployés, se préparaient à consigner par écrit ce qui allait se passer et se dire ; une table semblable avait été mise aussi au fond du cercle à la disposition des députés et de leurs clercs.

Cette solennelle réunion fut ouverte par une allocution du duc Jean, dans laquelle ce prince s'elTorça de faire seiilii' aux députés que le Brabant et la Flandre avaient un égul intérêt à rester en bonne amitié avec l'Angleterre. Il leui représenta que la plupart des matières premières qu'employait l'industrie dans les pays thiois devaient être lin'ît d'Angleterre, et qu'une altitude ouvertement hostile contre ce royaume aurait pour conséquence la misère et peut-être la famine, comme la Flandre, hélas I l'avait iéjà éprouvé. Puis, après avoir démontré que la guerre entre la France et l'Angleterre était inévitable, il fit comprendre que ni la Flandre ni le Brabant ne pouvaient rester en dehors de la

LB TRIBUN Dl âAND. 218

luite, et y seraient même entraînées, eussent-elles la ferme volonté de n'y pas entrer. £n effet, quant à la Flandre, la guerre ne pouvait s'engager sans se porter sur une partie de son territoire ; et, comme le roi d'Angleterre avait irrévocablement décidé de prendre au premier jour les armes contre { la France, les villes flamandes avaient à peser qui elles vou- ^ laient avoir pour ami ou pour ennemi. Quant au Brabant, ajouta le duc, ce pays était d'avis qu'il fallait sortir de la ^neutralité, de faire alliance avec le roi d'Angleterre.

Le roi Edouard prit ensuite la parole et expliqua comment il se voyait forcé à faire la guerre pour se venger de l'injustice qui lui avait été faite; il prouva que lui seul avait droit à hériter de la couronne de France, par sa mère qui était fille du roi défunt Philippe le Bel, et sœur des trois derniers rois, tous morts sans héritiers mâles; — mais que Philippe de Valois, recourant à la corruption, avait fait interpréter faussement la loi salique et ourdi un complot pour le dépouiller de son droit, perfide dessein dans lequel il avait réussi jusque là. Comme le duc, il fit remarquer ensuite, que, quoiqu'il lui en coûtât beaucoup, il ne pouvait s'empêcher d'entrer avec son armée sur le territoire flamand, parce que la guerre devait naturellement commencer sur les frontières de Flandre. Par conséquent, il se voyait obligé de forcer les Flamands à faire un choix décisif entre son amitié et celle de Philippe de Valois, avec l'espoir que les Flamands se souviendraient de tous les services rendus par lui à leur pays, et lui viendraient en aide à main armée, comme à leur allié naturel et comme à un homme dont le droit avait été outrageusement violé.

Un député d'Anvers appuya les paroles des deux princes, mais finit par déclarer que la commune qu'il représentait n'avait donné à ses envoyés aucun pouvoir de la lier en rien« par la raison que le banc des échevins d'Anvers vou-

114 Ll lailUN DB OAKD.

Wl Hâèoniafiiier «t dieinmi à ce que ferait ia Flandre, ce iomié poiwaiity daaa les eiffcoostaneas présentes, par sa si-tuatioA el par aa puMBaaca décider de ilssue de ia guerre prochaiiie.

h% ptopat t dès dépuléa des villes brabançonnes parlèrent 4ftRa le wéiBe 9(199. AlOff la duc, ae tournant vers les députa fb^na^ds :

ifr ^i I^Qfi, q^e^siv^ et bonnes geias de Flandre, quel est le senti^Miit ^ cemgiuncis q\xi vous ont envoyés â cette ms^mbl^af jp Qi'adre^ d'abord ^ux représentants de Qand.

j^ç^es yaa Va^rQ^wyeK 1^ lev^ et répondit :

m- Noble priQ^, chevaliers et bonnes gens, la commune 4^ G^M^ reppésea^ par ses oiQgistrats, a décidé à une Iprte majpfité (m'il folUit s'efforcer de conclure avec l'Anglet^ire un tri||té d'alUaiicçi contre 1^ France. Elle eût préféré aupppfter tou^ les sacrifices pour faire respecter la i^utraUté 4a la Flandre; xnais, cooime celq est devenu impossible» aile cède à la nécessité, et, si elle ne rencontre pas des obstacles invincibles, elle se rangera dans cette guerre du côté de l'Angleterre. Cette résolution n'a pas été prise à l'unanipiité 4^ \Qix; il y a aussi quelques cchevinsqui pensent que lea précédents traités nous défendent de nous déclarer contre \^ France. Et, comme la commune de Gand a pour principe que toute opinion peut prendre part aux dé- (ibérations 4aai^ lesquelles ses intérêt)» sont engagés, elle a composé S9 députatioD en ce sens. Il se trouve ici des députés d^ Gand dont le sentiment ne concorde pas avec celui de la niajprité. Jfo pense, avec votre permission, gracieux seigneur, qu'il faut d'abord consulter ceux qui voudraient ^ prononcer Cfdntre le projet d'alliance avec l'Angleterre ; do Qetka f^Qpo ils feront valoir leurs arguments devant les 4éputés deaaudrai^ villes et jetteront une lumière nécessaire m ^ VKYO qmfm m nous réunit ici.

A peine le pr^jer éfihçyift §'értit-U fas8)§, <çue le Sir vç^fi SteenbeKe se l^va et 4^^ •

— Nobles seiOT®ur§ ^\ Ijonne^ gf^n», je reconnais que ]fi Flandre, eopon^^ P^y§ de comrnerce et 4'}p4ustriQ^ a plus 0'intérét à s'allier ^yep l'Angleterre qu'avec la France; laia^ ce qi|i pour mpi e§t d'ua plus grfind poids, c'est la fidélité j^ un serment juré. Qui oserait soutenir loi que 1^ p^npl^ peuvent faillir à leur parole plutôt que .les particuliers 7 Si l'on adoptait un i^mblable principe^ que deviendrait la droit publie ? Me se parjureraitrpn pas envers nous^ comme npns semblons vouloir le fpiire vis^-ii-yis 4^ la FJ^ance? Uei^i^t^' depuis tirpis ans un tra|0 pondu par notre souverain entre !^ Brabant, le Haiuaut el, la Flandre, tra^é par lequel ces pas3 s'engagent à se seconder niutueUement contre tonl enneipl, k Te^ception de la France. Par conséquent, nous ne pnuvpps faire la guerre à Philippe de YplQJs ^ans rompre déli^yal^ment le traité. Souvenez-vous, nobles seigneurs pt l)(^!^ gens, que toutes les villes et communes de Brabant, ip Flandre et de Hainaut ont juré d'ob§erver cette CQnvention réciciproque. Je ne sais ce qui sera décidé dans cette assemrblée; mm je suis convaincu que le peuple ^e Flandre ae révolterait contre ce parjure si on voulait en charger son âme et sa conscience. Je pense aussi que les lionnes gens de Brabant ne se résoudront pas plus facilement que les Flamands à manquer à leur serment, eu)ç qui sqnt réputés pour leur bonne foi et lei^r loyanté. D'un antre côté, je ni'4' tonne grandement que nous soyons accueillis ici comme représentants ^& la Flandre,, dans une réunion à laquelle n'assiste pas notre prince. Je désapprouve, par conséquent, eetle assemblée, et nou§, par notre présence ipi, nous faisons un acte qui constitue un manque de respect envers Ini une révolte cqatre son autojpité.

I4es parole^^ du sirç y9Q Stpenbiel^e Qrent un^ proinp^A im-

Ulft LB TRtBUN DE GAND.

pression sur Tesprit de la plupart des députés brabançons et flamands, et beaucoup firent un signe de tête qui indiquait une approbation ou tout au moins une hésitation.

Denis s'efTorça de lire sur la physionomie d*Artevelde TelTet que produisait sur lui cette opposition à ses vues. Il n*y remarqua qu'une parfaite indifTérence, et de temps en temps un léger sourire.

Le premier échevin, van Vaernewyck se leva et dit : — • Notre gracieux seigneur, le comte de Flandre , a été amicalement invité par monseigneur le duc de Brabant, et respectueusement suppplié par la commune de Gand, de vouloir bien se rendre à cette assemblée. Il a répondu que son état maladif le lui défendait et qu'il aviserait plus tard s'il pouvait donner son approbation aux propositions qui seront faites ici. Nous avons donc rempli notre devoir vis-àvis du comte et personne ne peut nous accuser de manque de respect ni de révolte.

— Je le crois bien, dit Jean Calevoet en interrompant le premier échevin , notre seigneur comte a cherché ce prétexte parce qu'il ne savait comment échapper autrement au vœu des communes; mais soyez assurés qu'il voit avec déplaisir ce qui se passe ici.

— Je pense, dit avec dignité le premier échevin, que personne de nous n'a le droit d'interpréter publiquement les paroles de notre souverain dans un autre sens que dans leur sens naturel. Le devoir nous oblige à accepter la réponse de notre gracieux seigneur, sans en soupçonner le moins du monde la sincérité; et je m'élonne fort de nous entendre accuser ici de manque de respect par des hommes qui osent révoquer en doute, dans cette assemblée, la loyauté de notn^ comte.

Calevoet devint rouge de honte et de colère.

Gérard Denis se leva à son tour et dit d'une voix calme

LB TaiBON DR G AND. 317

en apparence , mais avec une expression de colère sur les traits, qui ne s'accordait pas avec le ton modéré de sa parole : — Nobles seigneurs et bonnes g^ns, je ne suis assurément pas un ami du roi de France; chacun de vous le sait assez. Néanmoins, quoique cela me pèse, je dois déclarer que je considère comme impossible une alliance entre l'Angleterre et la Flandre. Les raisons que mon collègue, le sire van Steenbeke, a fait valoir devant vous, ont sans doute asseie de poids pour y faire regarder à deux fois, avant de se résoudre au parjure signalé; cependant un obstacle plus sérieux encore s'élève entre la Flandre et rAngleterre. Vous savez que le pape, en 1809, conjura le roi de France d'entreprendre une croisade contre les Turcs qui menaçaient l'Europe; le roi promit de l'entreprendre si les Flamands voulaient jurer solennellement qu'ils le suivraient à la guerre et lui resteraient fidèles. Les communes flamandes ont fait ce serment volontairement, et le pape a donné au roi de France une bulle par laquelle le pouvoir est accordé aux évêques français de frapper la Flandre d'interdit chaque fois que ses habitants violeraient leur serment. Il est vrai que le roi de France a trompé le pape et n'a pas entrepris la croisade ; il est vrai que la bulle est tenue secrète pour les Flamands, jusqu'à ce qu'on puisse s'en servir, comme d'un coup foudroyant, dans des circonstances graves. Mais, malgré tout cela, la bulle existe, et le pouvoir qu'elle attribue à la France n*est pas révoqué par le pape. Il en résulte que la Flandre sera mise au ban dès qu'elle s'alliera avec l'Angleterre. Il est certain que la guerre durera longtemps; chacun le prévoit avec raison. Eh bien, je vous le demande , compagnons de Flandre, avez- vous bien réfléchi aux conséquences qui peuvent résulter d'un interdit en une seule année? Pas de messe, pas de confession, pas de bapiémel Toutes les églises fermées ! Plus de sépulture en terre sainte I

M lIi TftlB0N Dl GÀNi).

^08 'iibmmôs, noi enflante, nos ^parents, nos frèt*eé, ^e, âûrànt ce ieiàps, JOieifi 'petit riappelei*à lui, infailliblement con* damnés aux llà'mmeà de Tenfer 1 Pouvons-nous, au nom de cërtatn'escohsldératibns jpblitiqués, avoir la cruauté de livrer tant d'âme^ aux g;rlfre6 du démon et de les arracher à Dieu ? iCt, d'àïAëurs, fussion^-boiis asséiz insensii)les pour nous y Véàoùdlre, ï)ensfe2-vous (iue le J>éuple de Flandre soit disposé i Chlar^er ainsi sa conscience et à demeurer une année en- Ifére on 'danger d'étertietie damnation ? Non, non , ne l'espëireï ^àà; âéjii, au 6out d'un mois, en se révolterait dan» toutes lés Villes et coiïiïÀùnes, et le peuple se Jetterait de Itii-inénie dkns lëè bifas du roi de traiice, )[)OUr être délivré Aie riiitèVdlt. fcette y;u'erré civile peut plonger ma patrie dans rabTi^é de îa plus profonde misère. ïe né veux pas prêter lia Wàih à une àlissi terrïblé catastrophe, et j'ose espérer que, pàrâii les déï)Wtés des vïfles flamandes, il se trouvera encore des hoMmes sages eît prudents t)ûi k*ecUlieront avec moi devant le bialhéur qui nous menace.

— C'est bieù vrai, ce*^ae Ait le député de Gànd 1 remarqua un Yproîs.

tJne certaine agitation se tiianiresta parmi les députés des villes flamandes et prouva que lés paroles du chef-doyen avaient produit de Teftet sur beaucoup d'esprits et les faiôaient chanceler dans leur opinion.

La délibération ne tournait nullement à râvantaèe du roi Éàoûard ; aussi un profond abattement se peignait-il sur sos traits, tandis que le duc Jean crispait convulsivement les poings. Les députés gantois t[\xi avaient volé pour le projet fié traité paraissaient peu iuquiels du résultat ; ils savaient i^ns doute que l'aiTaire, quand il s'agirait de décider, preù- •ïrait une tout autre tournure.

Parmi les députes des autres villes, loïïs ceux qui étaréfnt favorables à VâUlance avec l'Anglelerre, avaient les yeux

LK TRIBUN n% GANP. 219

toés sur ArlQYelde, çofi^ffia sur l'botpme doi]it ^çlp^v^e^çe e^ le génie plein de ressources pouvaient encore tpyt sauve?» I^e capitaine général jugeai proba^leç(ient qu!\\ é^it teipîpa^ de donner à rassemblée la conviction que Tfi^^^^ce avec. CAngleten^ était non-seule|nent possit)ley u^aiis çncorq nécessaire et pleine <)'ayautages. Il ^ leva et 4it :

— NoMes seigneurs et bonnes gens, ^v^nf quç je j^i^ffoù^ la liberté de vous exposer lua fnauière 4^ voir i^ur Iq g^yçil question qui no\is occupe, je prie monseigqe^ le duc dé Qrabant de me pern^ettre d'adresser une question à c;e^ 4ç| mies collègues qui ont pris la parole avant n^qi. — {e 4ç~ mande donc à maître Depis s'il cqpsentiipQit ^ ce qye j^ Flandre prît les armes contre TAngleterr^ et pour 1^ Fr^nç^ i

JiO chef-doyen sentit bien qu'Ar^eyelde allait rattirei; dans un piège et peut-être dévoile? à lou§ ses perfides ^lacb^)alions. Cette crainte ftt niopter par ayance le rouge de la cor 1ère à son front, Qt qe fut t^ut treipbl^nt d'éf[iQtiop qu'à répondit :

— J[e m'étonnç qi|e yousi o^ejç me faire une semblablç

question.

^ Veuillez avoir la bonté de me répondre, répliq^^a leça- Rjta ipe général avec §^ng-froid.

—Non, je ne consentirais jamais à ce que la Flandre portât Içs armes au seryiçç de la France î s'écria Denis irrité.

— Conn8||§5e?-vou9, donc un moyen d'éviter la guerre, iij^^itre pepïs? reprit Arteyelde.

Surpris par cette question, le chef-doyen s'efforça de trouyçr une réponse ; vn^k spt^ imagination rebelle lui fit défaut et il demeura muet $ur son siège.

— Ainsi, po^rsuiyit Ârteyel(}e, maîtrç Pénis ne veut pas que la piandrç se ligue avec la Fri^nce, et il avoue néaninoinjs que nous sommes forcée de nous décl^rçr pour Tun des deux ïQi^, puisq\ie la guerre e^t inéyit«blp. ^^^e ÎSeçji? connaît-

StO LR TRIBUN DB GAND.

ii peut-être un moyen de tirer la Flandre de l'embarras dans lequel elle se trouve; qu'il parle en ce cas; je serai le premier à le remercier, au nom de la patrie, de l'éminent service qu'il lui aura rendu.

Tout confus et le cœur plein d'une rage concentrée, Denis restait toujours cloué sur son siège, sans pouvoir trouver une réponse. Heureusement pour lui, le sire van Steenbeke vint le sauver, en prenant lui-même la parole.

— - Ce moyen, dit-il avec vivacité, il n'y a pas à le chercher bien loin! La Flandre n'a qu'à déclarer qu'elle ne veut prendre aucune part à la guerre et entend garder sa neutralité. Ainsi, du moins, elle restera fidèle à son serment et échappera aux dangers qui la menacent!

— Ce moyen serait bon en eflel, répondit le capitaine général, s'il était possible. N'oubliez pas ce que sera cette guerre. Elle ne peut commencer que par le siège des villes françaises qui se trouvent sur nos frontières. Deux formidables armées envahiront tour à tour notre territoire, apportant avec elles le pillage et l'incendie : ce sera la ruine de la West-Flandre et une grande humiliation pour le pays tout entier. Nous ne pouvons le permettre; donc, ii nous faudra garder nos frontières. Mais comment? Si nous y envoyons une petite armée, aucun des deux rois ne modifiera son plan de guerre, par égard pour cette faible garde, et ne s'exposera, pour la respecter, à une rencontre désavantageuse, à une défaite; et nos hommes seront bientôt écrasés. Si nous envoyons un corps considérable, avant qu'une semaine se soit écoulée, nos forces en seront venues aux mains avec l'une ou l'autre des deux armées belligérantes, et nous serons ainsi impliqués dans la guerre sans y être préparés et sans avoir gardé le droit de choisir nos alliés. — J'en appelle au jugement de tous ceux qui sont ici présents, nobles chevaliers ou bonnes gens. Qu'ils disent si, à leur avis, il est pos-

LB TRIBUN DE GAND. 22f

sible que la Flandre échappe à la guerre, du moment que le roi d'Angleterre est irrévocablement résolu à engager la lutte contre la France?

Un signe de tête général de dénégation confirma les paroles d'Artevelde. Il se tut un insteîit, comme pour laisser parler les adversaires du traité d'alliance; mais, ne recevant d'eux aucune réponse, il reprit:

— Nobles seigneurs et bonnes gens , on a dit ici que le Brabant et la Flandre violeraient le serment solennel qu'ils ont prêté, s'ils donnaient aide à qui que ce fût contre la France : on dit que l'interdit de la sainte Église pourrait devenir pour la Flandre une alTreuse calamité, au point de vue de l'àme et du corps, si la sentence d'excommunication pesait sur nous pendant quelque temps. Je reconnais que ces obstacles seraient très-sérieux et peut-être insurmontables, s'ils existaient; mais ils n'existent past

Ces paroles surprirent fort les membres de l'assemblée ; leurs regards s'attachèrent avec un redoublement de curiosité sur le capitaine général et parurent lui demander de plus amples explications. Artevelde ne satisfit pourtant pas, en ce moment, à cette curiosité; mais il se tourna vers le roi d'Angleterre, et dit :

— Noble roi, je vous demande la permission de vous ad rosser, au nom de mon pays, quelques questions solennelles... Puisque vous m'accordez cette grâce, je vous demande, à vous, Edouard d'Angleterre, si, dans le cas où vous verriez jamais votre droit méconnu, rétabli avec l'aide des villes flamandes et si vous deveniez roi de France, vous laisseriez la Flandre jouir librement et sans entraves de toutes ses franchises et libertés?

— Je le ferais et j'en donne ma parole de chevalier, réponlit Edouard.

— Rendriez-vous à la Flandre toutes les villes et pays

332 i»^ Tftip^N DK 6AND.

flu'qp lui 9 trfiUi:^sement eolçvé-^ . UUe, Poqai et Qrçhiv î — ' Je rai ^éjà promis solennellement plusieurs foi^, répQflidit le roi.

— p:t pro^apne e\ Tm^mit ajouta 4rtevel(Je (^).

Cette nouvelle exigence çurprit extrêrperneqt Edouard. Il avait ûéi^ eu tgnt de conférences avec Arteyelde, qv\*il croyait savoir tout ce que les communes flaipandçs pouvaient \\k\ denvaipider. Lq position dans laquelle il se trouvait ne lui pero^it pourtant pas d'hésitef longtemps; il réponc^it avec un if ger méconteiitei^ent :

— Térouanne e\ tournai aussi î

Le capitaine géné|pal jeta un rapide coup d'œil à maître j^ugustin, ç\^vo ^elavil^de ijrand, qui é^it as^isà la table et écrivait, fuis il poursuivit :

— Livreriez-vous à la commune de Gand la bulle papale de 1309 avec tous les titres d'obligations, de reconnaissance de dettes, de condamnations à des amendes et tous les traités que la franco conserve pour s'en armer contre nous, et doi^t les magistrats de chaque ville vous transmettraient la liste, chacun pour leur part.

— Cela me semble équitable et je le ferais! dit Edouard. Se tournant alofs vers les députés des villes, Artevelde

parla en ces termes :

— Bonnes gens de Brabant et compagnons de Flandre, rappelez-vous en ce moment solennel ce que nous enseigne l'histoire des derniers siècles. La France est un puissant pays, dont la nombreuse chevalerie est nourrie de l'idée que ce n'est que sur le champ de bataille que l'on peut conquérir gloire et honneur. Cette belliqueuse ardeur, inhérente au caractère de ses habitants, a toujours poussé ce pays vers la

(I) « Le roi d'Angleterre leur promit qu'avant peu il annexerait de nouveau a la Flanlin non-seulement les villes- de Lille, Douai et Orchies, mais, de plus, le» vii'co de Tournai et de Térouaune. M^Çhronique de Dk^pars, t. U, p. 333.)

4'aané^§ ije SiO}iaie^Hr,ç ^ous 10^ peiiptesi vo^im à leur ^cej^ |r0 QU à l^r ii^^uçQQe. ](ia nature n'a pç^ç donné dç frontièrçe à la France du cOté fie9 09):)trée3 (l^icôçes; c!e^1; pourqu^ elle ten4 çans rel|c})p à s'étendre vere le |Ioip4; elje s'est déjà emparée, p^r la ruse et l'intrigue, d'une bopne partie d0 la Flapdre, et çlje çroif qu'ui^ jour viendra où Gand inéme ser£| fournis è s^ puissance (1). Cependant, là aussi, la pâture n'a placé ni l^^ytes montagnes, ni larges fleuves pour bornes à l'esprit de coi>quéte de la France... Par conséquent, après la ^(an^rç, viendra le tour du Brabant; et l^ France, étendant toujours plus loin son bras de géant, finirait peut-être d^ns l'avenir par courber sous soi^ joug toutes les races thipises, si, lorsqu'il en est encore temps, nous n'élçviop§ un n][pr inébranlable entre npfrç patrie et sçs yoi§ins du l^idi. Songez aus^i que, nous qui fiOmiipes origipairesdp Nord, nous parlons une autrç langue ej nous avons d'autr^ jnœurs que {es français; que npus trouvons npttie prospérité dans le commerce et l'industrie, tandis qpe nos belliqueux voisins ne cherchent la gloire que dans la guerre et dans les tournois. Chacun de nous sent que, race germanique, nous ne pouvons; que perdre à une alliance qui est c('un autre sang, e( à satisfaire èf d'autres pécessités que pous; aussi luttons-nous depuis dos siècles contre la pernicieuse influence qui, de là-bas, pèse sur ppus comme un marteau de plomb. Çfi bien, l'heure est venue de nous délivrer à jamais de cette servitude et de reconquérir notre indépendance, -le suis certain qui, ni en Brabant ni en Flandre, il ne monquera de héros pour accomplir cette œuvre patriotique. El pour cela nous n'avons pas à commettre un parjure;

(4) « On connaU les efforts incessants, les violences, les ruses dipIomaUqaes, pour enclaver (ont ou partie de la Flandre dans le royaume de France.» (Édw Leglat, Histoire t^es comtes de Flandre.)

3f4 LB TRIBUN Dl OÀND.

nous n'avons pas à craindre davantage Tinterdit; car que dit notre serment? Que nous serons fidèles au roi de France? Eh bien, je vous adjure tous, autant que vous êtes, répondez-moi! Quel est le roi légitime de France ? Tous les yeux se portèrent sur le roi d'Angleterre.

— Non, poursuivit Artevelde, Philippe de Valois n'est pas rhéritîer légitime de la couronne de France; nul autre que le noble roi Edouard n'a droit de prétendre au sceptre de saint Louis, et vous le reconnaissez tous : la Flandre entière, le Brabant le proclament hautement. Je vous demande donc, si nous voulons rester fidèles au serment qui nous oblige à prêter aide au roi de France, je vous demande avec qui nous devons nous allier, pour ne pas être parjures? Est-ce avec Philippe de Valois ou avec le roi Edouard?

— Avec le roi Edouard 1 avec le roi Edouard! s'écria toute l'assemblée, tandis que le prince anglais remerciait les députés par un signe de la main.

— Quant à l'interdit, reprit le capitaine général, nous échappons, par la même explication simple et légale, à cette arme perfide des rois de France. Les abbés de Flandre, de concert avec l'évéque de Liège, ont résolu d'envoyer une ambassade au saint- père , pour lui démontrer, au nom du clergé de ce pays, que, d'après le droit divin et humain, on abuse de la bulle concédée, et pour le supplier de l'annul- 1er (1). En attendant qu'on obtienne une décision du pape, aucune église ne sera fermée, le service divin ne sera pas suspendu en Flandre, tant que l'appel sera pendant. A vous, noble roi Edouard, le devoir de montrer aux princes et aux

(4) •• Item, k maître Jean vau Loven, qui s'est rendu k Bruges le lundi après la Saint-Marc pour aider, avec ceux de Bruges, à rédiger un appel contre ia sentence. » {Comptes de la ville de Gand^ anu. 13i9-40.)

n est question, sans doute, du second appel contre l'interdit, puisque le premier est consigné dans les comptes de la ville de Tannée 1837-38.

LB TRIBUN DB OAND. 23ft

peuples que vous êtes véritablement le roi de France (I) : qu*aucun document ne reçoive désormais votre sceau, si vous n'y êtes qualifié roi de France! Que, dès demain, les fleurs de lis de France brillent sur votre écusson à côté du léopard d'Angleterre!... et, d'une seule voix, tous les pays thiois vous salueront comme le seul et légitime souverain de la France 1

Artevelde avait prononcé ces dernières paroles avec plus d'énergie et d'enthousiasme; aussi à peine eut-il terminé, que toute l'assemblée, à l'exception du sire van Steenbeke et de Jean Galevoet, se leva comme un seul homme et

s'écria

— Vive Edouard, roi d'Angleterre et de France!

On entendait la voix de Gérard Denis par-dessus toutes les autres : dans l'impossibilité où il se voyait d'entraver la réalisation du dessein d'Artevelde, il feignait, selon sa vile habitude, d'être convaincu par ses raisons et poussait des acclamations plus fortes que les autres.

Van Steenbeke et Calevoet manifestaient, au contraire, leur mécontentement par des exclamations et des gestes de dépit.

Après que le roi et le duc, ainsi que deux chevaliers brabançons, eurent encore pris la parole pour remercier les députés et confirmer les propositions adoptées, les députés

(1) u Jacques d'Artevelde conseilla le roi anclais que de là eu avant ii s'intitulast roi de France et d'Angleterre, et qu'en ses enseignes et armoiries, scels et cachets, il mit les armoiries écartelléesdel'un et de Vautre royaume... les fleurs de lys de France avec le léopard d'Angleterre. » {Histoire générale des rois de France , par Bërn. de Girard, p. 650.)

La Légende des Flamens, Paris, 1548, f. 48, verso , met les vers sui* fantf dans la bouche, du roi d'Anghterrc :

Rex sum regnorum bina ratione duorum ; Angloruin regno sum rcx ego jure paterne; Malris jure quidam Francorum nuncupor idem ; Uiuc est armorum ?arialio facta meorum.

996 LB TRIBUN DB 6AlfD.

des Tilles se eoncerlèrent plus particulièrement sur les conditions du traité et sur les mesures à prendre pour le faire ratifier le plus tôt possible par leurs villes respectives. On finit par décider que, vingt jours après, c'est-à-dire le 3 décembre suivant, une nouvelle assemblée serait convoquée à Gand pour y procéder à la signature du traité d'alliance. , Au moment où beaucoup de députés croyaient que l'asseml]|lée allait se séparer, Artevelde se leya de nouveau et apnonça qu'il avait encore à faire, 9u nom de la ville de Gand, une proposition d'une haute importance. Dès que l'attention générale fut éveillée, il prit la paro)e en ces termes :

— Gracieux seigneur, duo €|( bonnes geo^ des villes de Brabant et de Flandre, depuis bien des années, nous spasmes tous d'avis qu'il importe d'établir uae forte fédéra^on entre les divers p^ysthiois, si nou^ voulons, petite tiltats morcelés, trouver quelque force pour ré^ster aux gran()s royaumes qui nous entourent de toutes parts et chercbent même par tous les moyens à nous absorber. La ville de Gand a pensé que le temps était venu de rattacher entre eux tous les pays thiois et même tous ceux qui se trouvent au delà de9 frontières de FrancQ , par un indissoluble lien (i); elle ne doute pas de l'assentiment du Brab^pt et du Hainaut; mais elle veut qu'un plus gran4 nombre de comtés et de peuples soient contraints d'entrer dans la fédération. Recourir à la force pour atteindre ce but serait maladroit et injuste; c'est par l'intérêt du commerce et de l'industrie que Gand pense amener tous les peuples thiois i à considérer comme une faveur d'être reçus dans notre association. Lorsque cette réunion se séparera, le maître clerc

(I) « Artevelde marcha droit à son but, qui était le maintien de riiidépon* dance de la Flandre, la création d*une nation flamande. » C^qtiiomi;.)

ife HiiM }tèiii^fM à ëhaqtie dêputâtion tine côt>ië dh traité de bbtfa^ulië Wèfi^é é de ltbi>é ùbmhi'eirce que 'ùt\x% ràÙs prions de soumettre aux délibéHatiohlà et & i'àp^Vôb'itibh de Vos coilMi'eé te^pectiVéà. tt'ai^, pouf Vous donnet dès tùàibtènàiit ûAte idée dés bases sût femelles ce trâlïé irepoéé, }è me p^èttrîâl de ràïïàïy^er isobimaîirètent déviant voiïà... Cette "notiVëlfe àlttâncë i&ràW d'àboï^d côÏÏcFuë WA^re la MàMre et lé 6râbant, de telle âbtte ce)péiidànt ^e tout autre duché ou comté pourrait y être admis moyennant lé 'séVttéïlt d'e 'èlfeerVër tés ûondilloiis. Ces conditions; plili's ex- ^UïtàtiëiA ëkprilïiëeâ dan& ùotrie projet écVit, toltit tés bîVaùiéà ":

c Les t)ay^ èffiés n'è feront jamais ni la ;g;uerï'e ht l^ ^th ^âns tàtt éit^nlieûibnt Irécipri&qùe.

^ Le t^À allié âtl^qué ^ar l'ennetni sei'à coilàiMéré par iëi iât^Ûrk cotnmié M^ pVopré §oi; et Voii cohcùui^ eh cèthïbMi 1 sa défense.

> n y atirà commercé tibre ekitre tous leë pày^ àtîiés, elt fehèôun des confédérés pourra aller, venir, cèthmétcér et transporter lés iharchandises dans toute l'étendue de la cohfledèrâïioh, en payait seulement les impôts et redevaticés auxquels lès indigènes eux-mêmes sont soumis.

» tJne mênre monnaie invariable aura cours dans toute ïà cônfédératroh; les pièces de monnaie porteront d'un côté leè àrrties ùe 6rabant,de Tautre les armes de Flandre. On lès ïhi^ra dans îes deux pays, à Louvain et à Gand, où se iibuvent des fabriques de monnaie. A Louvain, trois es- 'isayeuTS flamands et, à Gand, trois essayeurs brabançons surveilleront le travail des monnayeurs.

t n sera formé des représentants de toutes les villes de la eonfédération un conseil fédéral qui se réunira trois fois par taâis, tour à tour dans les différents pays et villes, selon les ^nveAtiitôès. '

> Ce conseil fédéral prononcera en dernier ressort sur toutes les dilBcultés et diiïérends qui pourraient s'élever au sujet de l'exécution du traité.

> Ce traité sera juré réciproquement par les princes, les chevaliers et les communes ; c'est-à-dire que le Brabant ira recevoir le serment des communes flamandes et que nos députés en feront de même, de ville en ville, en Brabant; il en sera de môme quant aux autres pays confédérés.

» Telles sont, nobles seigneurs et bonnes gens, les bases sur lesquelles repose Talliance proposée par Gand. Vous comprendrez, nous Tespérons, que, par cette fédération, le commerce et l'industrie atteindront rapidement à un haut degré de prospérité; — que les pays thiois puiseront dans cette intime union une redoutable puissance, et que, d'autre part, cette fédération est destinée à attirer irrésistiblement à elle, comme vers un centre, tous les comtés voisins, puisqu'aucun des pays situés en deçà de la frontière de France ne pourrait continuer à lutter avec la puissance commerciale de la fédération sans tomber bientôt dans la plus profonde misère et dans un complet épuisement. La commune de Gand espère donc que, par ce moyen, se formera une association unique qui s'étendra aussi loin que s'étend la langue thioise. Elle vous prie de soumettre la copie qui vous sera remise tout à l'heure, à l'avis de vos communes et vous attend à une prochaine réunion avec la certitude que vous y apporterez votre assentiment unanime à l'érection d'un édifice assez fort pour nous garantir contre l'esprit de conquête de la France I

Durant ces explications d'Artevelde, les députés avaient écouté avec une admiration croissante. A peine eui-il cessé de parler, que chevaliers et députes, cédant à leur enthousiasme, se levèrent comme un seul homme, battirent des

Ll TRIBUN DB 6AND. 229

mnins en signe d'approbation et s'écrièrent avec un indescriptible élan :

— Vive Gand ! vive Gand ! Vive le Sage Homme l

Le roi dAngleterre et le duc de Brabant, de même qu'un grand nombre de chevaliers, descendirent de leurs sièges 1 ur féliciter le capitaine général. Edouard lui serra affectueusement la main et exprima à haute voix toute son admiration pour rillustre bourgeois de Gand. Après s'être de nouveau donné réciproquement rendez-vous à l'assemblée de Gand, les princes sortirent de la salle par une porte intérieure, tandis que les députés quittaient le palais par la porte d'entrée.

Van Steenbeke et Calevoet dévoraient leur dépit en silence, mais sans dissimuler toutefois leur vif mécontentement. Leur visage laissait assez voir qu'ils étaient furieux de ce qui venait de se passer.

Denis, au contraire, riait avec les autres, et assurait que les raisons mises en avant par Artevelde l'avaient fait changer d'avis, et qu'il se réjouissait du résultat de la réunion. Cependant, aux éclairs de colère qui s'échappaient parfois de ses yeux, il était facile de voir que le cœur du chef-doyen était plein de haine et de la soif de la vengeance.

Lorsque les députés gantois rentrèrent au Dragon rouge, ils y trouvèrent Liévin Denis, assis à la fenêtre de la chambre de devant, le regard enflammé et les dents convulsivement serrées ; il paraissait en proie à une violente colère, et chacun s'étonna de l'expression passionnée qui contractait les traits habituellement si doux du jeune homme. Veerle van Artevelde se trouvait avec les autres femmes dans la pièce voisine et avait.tellement pleuré, que ses yeux en étaient encore rouges. Ghelnoot van Lens avait, chemin faisant, quitté la compagnie, pour aller, à ce qu'il disait, visiter un ancien ami, et n'était pas encore de retour

^SO J^Jf TRIBUN, Ug aX^p.

A son entf^e, Gérard jefa \^ rapide coup d'œil sur son fils, et l'attira à part pour lui demander le motif de sa colère ; mai3 1) çut b^au le presser, i( ne put obtenir de Liévin un seul m^t d'explication. Les femmes ne savaient pas non plus ce ^vt'jl j^'iptait paji&é et engageaient en v^in Veerle à le Içur dire.

L^e niy^f^pe dp rirritofion de Jjiévia, des larmes de Veerle ^( 4<^ l'ab^ei^e de p^el^oot occupa pendant quelques inslants |^^t|^ 1^ société, jusqu'à ce <iue 1 hôtesse vint invitai: tout le igi^opde |i ce niettre à table.

j^rteve^e seul spuriait ^ la vue de 1^ brouille survenue entre les deux jeunes gens, et supposait que c^ n'était qu'un <^eces légers nuages qui passent si souvçijit dans ic ciel de Tampur, mais ^*çyaQpuis$(Siit plus vite encore qu'ils ne se sont fprmé^

Vin

Conformément à rengagement pris à Bruxelles, les députés de toutes les villes flamandes et brabançonnes, sons exception, se trouvèrent réunis à Gand, le 3 décembre 1 339. Le double traité de commune détense et de libre commerce entre le Brabant et la Flandre y fut accepté et scellé au nom des princes et des communes, avec une merveilleuse unanimité (i). Edouard, comme roi légitime de France, fut

(f ) Voir et traité k la Ad de l'ouvrage.

lf^ XUI^UN DX 6AND. 2S1

proclaïKké protecteur ^ p^y^ ^ofédéré^. f^e^ dele^pat^i»)^, le comté de Hainaut entra au^si d^ns yallianc^t (1). Op envoya, dans toutes )es comjpunçB des ,p^ (^fédérés, ^es délégués chargés de i^ec^voir les seffqçjnfs c^gvoqufïa^ de fidélité; quel(iues échQyii^. 4e Qai^d s^ (^iï^.m W^ F^ Angleterre pour y faire jurer le traité (2). Q|^ ÇQa^ui|pa de bettfe à liouyaiçi etj^ Gsuçid 1^ nj^nn^e fé^é]^.^

ArteveWe voyait ^insi ses 4^»ft«W fMvm. «ft ' m%S ^ ne doutait p^$ que la fédératioga p^ig^e . j^uj ^a^ ^Ib ^ fonder, ne çéunitayec 1^ ^jpis tçjyj^^cey^.t^ une seule et puisss^nte nation. Tout s^Q^bé MF: ^. ^^08 grandioses, il s'in/quiétait peu i^ la l^ss&jplg(»^/qpj|, w les plus viles calomnies, interprétait ij^éfi^vpra^o^i (qus ses actes, e\ peu à peu lui aliénelt reapri^ 4^^opt W0(if^,fi^o bonnes gens. Ces attaques con^nueÛ^â, ^'^Qljge^i^t pMW^f

(I) Le eoœte de Baiotut^ Guillaume IV, était /an if ^o^ ^9tpa comte àp Éoh lande, de Zéiande et de Frise. La fédération thioisp était donc d^àréaUséo en grande partie. On trouve dans \ei ihcumêhtè hrabançimà {t: I, p.Séâf fabliés par M. Wiltem, des Ten dont voici Vl/s^ilf : « Ge JacgiMii fit en i|^la qu'une alliance fût conclue entre Edouard, roi d'Anglclerre, et la Flandr^ et le Brabant, et aussi le comte de Hollande, avec'le cbnsentèmràt de Imitëf^'let villes. »

(S) « Item aux échevins Jean de Bake, etc , qui sont partis, le samedi aprfeg la Saint-Nicolas, avec les gens du duc de Brabkïit, pour aller dans lé pajv do Flandre et dans le pays de Çrabant faire faire e| ceceToir. le -MMrnfit^^alliance entre les deux pays.

» Item aux échevins Giliis Rinvisch, etc., qui sont partis, le dimanche après Pftqucs, avec le comte de Bainaut, pouf firagies eti Ypras, aAu qns Icl comte fasse son serment à ceux de Biugqs et dTpres , et re^piv^ celui des. hoi|ne3 gens de ces deux villes.

» Item aux échevins Jean de Bake, etc., qui sent partis, le je^di après la Saint-Mn Caire, pour le Hainaut, afin 4'y. rççcvoif d^ bpna^geus 1^ serment d'alliance, comme cela a été fait en Flandre. » (Comptes de la vilte de iiàml^ ann. t339 »0.) '

(3) A Et ensuite de ceste confédération le duc. fit, iji^rgcr .cerlaiup m(».Qi)«ye, en laquelle d'un costé y avoit les armes de Brabant avec ccste inscription : Joannes ditx Brabantiae, et de l'autre costé : Gandarum , comme auss*. flt le comte avec les inscriptions : Luduicus cornes Plahdriae et laranium . >• (Voir fiuTRENS, Trophée» du Brabantt 17Si, p. 4S8.)

983 Ll TBIBUN Dl GAND.

quand la diffamation s'efforçait de trouver des victimes dans M vertueuse famille ; mais le cri de sa conscience ne tardait pas à le consoler, el bientôt il n'éprouvait plus d'autre MDtiment que l'indifférence et le mépris pour les secrètes machinations de ses envieux ou des ennemis delà grandeur de la Flandre.

Assurément, si son coeur généreux ne lui eût pas défendu de prendre souci des dioses qui le touchaient personnellement, il eût pu, sans grande peine, découvrir les sources d'où sortaient ces abjectes calomnies; mais, à cette époque de sa vie surtout, il ne pouvait consacrer une heure à ses propres intérêts. Une guerre longue et décisive, à laquelle la Flandre devait prendre la plus grande part, était imminente puisque les deux rois se hâtaient de gagner encore de nouveaux alliés et se préparaient à entrer en campagne avec le plus grand déploiement de forces possible.

Enfin le roi de France parut avec une puissante armée, sur les frontières de la Flandre, et y sema la mort et Tincendie, pendantque sa flotte, croisant devant TÉcluse, menaçait de faire une descente.

Artevelde rassembla en toute hâte les bourgeois armés des grandes villes flamandes et refoula l'armée française. En même temps, les vaisseaux anglais et flamands anéantissaient la flotte française (i).

Abandonnant la Flandre, le roi de France tomba sur le Hainaut, où son armée commit les mêmes dévastations. Il n'était pas aussi facile de la déloger de là, parce que la ville forte de Tournai avait une garnison considérable et oiïrait auxFrançais un solide et, pour ainsi dire, inexpugnable point d'appui pour leurs opérations militaires.

(4) « Let deux amiraux français périrent ; tous leurs vaisseaux riirent pii' •Il coulât k Tund, et la |ierte, de leur côté, fut estimée à treute mille lioiiiiues.» (&lia.*<DB DB SlSMOMVI, t* VI, p. S96.)

Le comte de Halnaut, en appelant au traité cTalUance, ré^ clama Taide de la Flandre, du Brabant et de FAngleterre; mais ces deux derniers alliés ne parurent pas très-disposés à guerroyer dans le Hainaut, parce que c'eût été modifier k leur détriment tout leur plan d'opérations. Une r^nion fut convoquée à Valenciennes; Artevelde, craignant qu'un refus de secours au comte de Hainaut ne portât le coup de mort k la fédération, y démontra avec tant d'éloquence qu'aucune considération, quelle qu*elle fût, ne pouvait dispenser les confédérés de remplir leur serment, qu'on résolut à TunaiiH mité de marcher contre le roi de France et de commencer la campagne par le siège de Tgurnai.

Cette résolution prise. Tordre fut envoyé à toutes les villes de réunir leurs hommes d'armes sur les frontières. Le duc de Brabant s'y rendit avec son contingent de chevaliers et de bourgeois armés (1); le comte de Hainaut s'y trouva à la tête de ses hommes; les troupes anglaises y étaient déjà depuis plusieurs semaines, sous le commandementd'un Français transfuge, Robert d'Artois. Quant aux communes flamandes, elles envoyèrent à l'armée alliée le contingent le plus considérable : Artevelde vint camper devant les murs de Tournai avec quarante mille hommes de Gand, du pays de Waes, d'Alost, deCourtrai et d'Audenaerde (2), tandis que le reste des Flamands, au nombre de vingt mille, sous les ordres d'autres chefs, prenaient position devant la ville d'Utrecht, pour garantir la Flandre de toute agression de ce côté (8).

(4) « Et les Flamands demandèrent «a duc de Brabant de tenir prendr* part & la guerre ri prêter aide à la fédération, comme il l'avait promis auparavant. *• {Documents brabançonSj t. 1, p. M5.)

(3) M Et tout aussitost elle (la ville de Tournai) fut investie par une armé* I ; six vingt mille combattants, dont Artevelde seul en avait amené quarante liille, ramassez des artisans des bonnes villes. » {Hiêt, de Cambrai et en Cambréiis, par Jean Lecarpentier. — Leyde, IM4, p. 409.)

(8) Chronique de Despars, t. 11, p. 449.

7îii LB TBIBUH DR OAlfD«

Des 4uë loQs léÉ |»re^)ratifis du siège Airent faits, les Fiamâtt9ây souille cïidikiittatidement d'Artevelde, donnèrent i'assatat k là ^\ûis!t: iA^is, qaisHqaes efforts qu'ils fissent, pendant dÀ Jii^Hi èf de^ séiftàritfes, pour en escalader les murs, ils ne péi*ènt Éé HMidM ihaîtt'ès de cette ville presque inexpugnable. Illià\idéë& dé lent tentative venait en grande partie de la pftiM(èe étÉêîèt(AmléàlAe armée française dans le voisinage dëti^pfecéàssië^. Cobimè Philippe persistait à refuser la bStéilléy et te contentait d'inquiéter les alliés par de continûëftei éscarîhbuches, ceux-ci se voyaient toujours forcé ik tenir prête H combattre, en dehors des troupes d'assaui,^ une partie considérable dé leurs forces. Quant à poursuivre lé M de Frfancé et ft le forcer d'accepter un engagement défelsif, on h*y pouvait songer non plus, parce que, dans ce éSk, on eût iëis^é Ubvè tel garnison de Tournai et on se fût tfbuvé medàcé d'^ntie aitaque par derrière.

liesfége ie prolongea pendant dix semaines, remplies ifii Aei të^ïiti et des engagements continuels, et n'eut d^iitlrè féstittèrt qiié d'affamer la garnison de Tournai et de haf^sser rârmêè. te roi d'Angleterre, n'ayant plus d'argent jjdtir payer ses trotit)es, se lassa enfin de la guerre , aussi bfeh que le roi de France , dont l'armée ne souffrait pas seulement du manque de numéraire, mais, de plus, ne pou- Viàit plus trouver, dans les coritl'éès avoisinanies, de vivres ni pour les hommes ni pour les chevaux.

Tournai, réduit à la dernière extrémité, renvoya d'abord de ses murs les femmes, les enfants el les vieillards; mais, cette mesure ne l'ayant pas soulagé, la garnison envoya enfin un messager au roi pour lui exposer la détresse dans faqùélle elle se trouvait, implorer du secours et lui exprimer la crainte qu'avant peu elle ne fût contrainte de rendre la ville. Le roi, li'osant risquer une bataille, se trouvait dans une grande perplexité, et ne savait quelle résolution prendre.

lorsque sa sœur Jeanne, ancienne comtesse de Hainaut et abbesse de Fonteneile, vint lui offrir son aide. Cette princesse se rendit à Gand auprès de la reine Philippine d'Angleterre, sa fille, et réussit à lui inspirer des idées de paîix. Philippine dépécha un envoyé à son époux Edouard piour lui conseiller d'accepter une suspension d'armes. Pendant ce temps, i'abbesse Jeanne revint au camp, visita successivement tous les chevaliers qui avaient quelque influence et sut, par son éloquence , si bien faire partager ses idées au roi et aux comtes alliés, qu'ils consentirent enfin à suspendre toute hostilité et provoquèrent une conférence dans laquelle on rédigerait un traité établissant une trêve d'un an (1).

Toutes les négociations préliminaires avaient eu lieu sans rintervention des communes flamandes ; on en avait tenu Arlevelde éloigné, sous le prétexte que, dans une conférence de souverains comme celle-là, le comte Louis devait traiter au nom de son comté. Mais là n'était pas la véritable cause de la mesure; le roi de France, ses alliés et ses chevaliers^ éprouvaient une invincible répugnance à traiter sur un pied d'égalité avec un bourgeois et peut-être à s'exposer à subir l'influence de son éloquence et de son génie; le roi d'Angleterre, au contraire, craignait avec raison qu'il ne consentit pas à une suspension d'armes, si on ne lui accordait de nombreuses réparations au profit de la Flandre ; et, comme il prévoyait que Philippe de Valois ne voudrait probablement pas souscrire aux exigences du capitaine général, Edouard, bien qu'il le fit contre son gré, prêta la

(t) <i Adont vint madame Jehanoe, mère du comte Guillaume de Hainaut.' a<[iu>llc est oit bunne à Fontenelle auprès de Valeochiennes, et si estoit suer du roi Philippe de Fraiice, et se trag vers le roy son frère... et fit tant pair aUcr et venir en parlementant aux seigneurs que tièves furent prises pour l'ospassc d'ung an enlhier. » (Hist. de Jehan Berthiet^ Falenchiermois, citj6e dans CnoTiN, Hist. de Tottrhaiy t. 1, ^. 30S. — Voir ausii Chron^fue Hé Vesparst 1. 11, •356.)

main aux intrigues des conseillers français pour écarter sous quelques vains prétextes Artevelde et les Flamands, des négociations.

Artevelde avait déjà rappelé maintes fois ses promesses au roi d'Angleterre et lui avait représenté qu*il mettrait pour Tavenir sa cause en grand péril, si, dans la conclusion de l'armistice, il négligeait les intérêts des Flamands. Il lui dôinontra que la présence du comte dans la conférence, comme chargé de parler au nom de la Flandre, n'était qu'une ruse de la France pour se soustraire aux justes exigences des communes, et lui montra quelle responsabilité il assumerait sur lui, en contribuant à laisser méconnaître outrageusement le droit de ses alliés. Cependant, quelque forte que fût l'impression que produisirent les paroles d'Artevelde sur l'esprit d'Edouard, plus grande encore fut sur lui Tinfluence de Tabbesse de Fontenelle, qui travaillait sans relâche à décider les rois et les comtes à conclure la paix, et qui déjà avait conquis à son opinion la plupart des chevaliers dans les deux camps. De plus, il était absolument impossible au roi Edouard de poursuivre plus longtemps la campagne ; il se voyait, par conséquent, forcé, coûte que coûte, d'accepter une trêve, pour gagner du temps et aller rassembler de nouvelles ressources en Angleterre. D'ailleurs, il promettait de soutenir les vœux des Flamands devant les princes assemblés et de remplir aussi bien que possible l'engagement qu'il avait pris à Bruxelles et à Gand, vis-à-vis des communes. Il se vantait même de n'avoir pas attendu jusqu'à ce jour pour tenir sa parole, et d'avoir déjà entretenu le roi de France des griefs des Flamands; mais ajoutait que rien n'avaitencore été décidé sur ce point, parce quePhilippe Ide Valois s'était hâté de faire venir de Paris tous les traités, ^reconnaissances de dettes et autres documents, que la cour de France possédait à la charge des Fiuuiands, pour en

plaider el en démontrer devant la conférence la lég^ité et l'incontestable validité.

Le capitaine général remarqua bien, h la faiblesse des assurances que lui donnait Edouard, que celui-ci n'insisterait pas avec rénergie nécessaire sur les intérêts des Flamands; et que, par conséquent, ceux-ci devaient se tenir prêts à faire valoir ou à venger, au besoin, les droits méconnus de leur pays.

Depuis qu'Artevelde avait appris de la bouche du roi d'Angleterre que tous les documents à charge de la Flandre seraient apportés de Paris à Tournai, il ne s'était plus plaint de la composition exclusive de la prochaine conférence et semblait attendre avec confiance ou indifférence l'issue des négociations.

Une seule pensée remplissait son esprit; les traités qui avaient été arrachés successivement aux comtes de Flandre, dans les prisons du Louvre ou ailleurs, par la plus perfide astuce, et durant trois cents ans; — ces chaînes séculaires dont la France chargeait le comté de Flandre comme un esclave en entravant son développement; — ces fruits d'un système détestable allaient se trouver réunis, à quelques portées de flèches du camp flamand : on allait y recourir de nouveau pour violer les droits de la Flandre.

Dès qu'il eut appris, par un conseiller brabançon, que les pièces étaient réellement arrivées de Paris, la nuit précé-l dente, il réunit dans sa tente les quatre échevins de Gand qui se trouvaient avec lui à l'armée et qui formaient son conseil de guerre, et resta pendant trois heures consécutives à délibérer avec eux sur certains projets mystérieux. Ce qui fut traité ou résolu dans cette réunion ne fut révélé ni aux capitaines ni aux doyens, et, quelque peine que certains d'entre eux se donnassent pour en découvrir quelque chose, leurs effoi U rcotèrent infructueux,

Le secret gaîrdé sur une affaire aussi importante éveilla rattenljon.dQS ennemis d*Arlevelde. Dans l'attente que les droits àe la ÎPiandre seraient méconnus, ils se mirent d'abord à accuser Artevelde d'imprévoyance et de faiblesse; puis ils répandirent dans l'armée l'insinuation que le capitaine général avait pu se laisser séduire par les flatteries d'Edouard et peut-être par l'argent de Philippe de Valois, et consentir à ce que les droits de la Flandre fussent violés. Quelques-uns même disaient avoir entendu dire par des chevaliers anglais qu'Artevelde avait été entraîné à l'oubli de ses devoirs, par la promesse que la reine d'Angleterre tiendrait sur les fonis baptismaux, à Gand, l'enfant qui allait lui être donné : bien que l'on sût depuis trois mois déjà que la reine d'Angleterre serait marraine de l'enfant d'Artevelde, l'évidente fausseté de la portée attribuée à ce fait n'arrêtait pas les calomniateurs. La conviction qu'il n'y avait pas encore à désespérer de la chute du grand citoyen, leur suffisait pour qu'ils répandissent toutes sortes de fausses rumeurs afm de soulever peu à peu l'opinion publiciue contre lui, et d'empoisonner sa vie en lui imputant à forfait la fâcheuse tournure des négociations sur la trêve, ils préj)araient secrètement leur jeu, pour le faire ployer sous le poids écrasant d'une responsabilité impossible à supporter, s'il arrivait, en effet, que les Flamands en fussent réduits à revenir de Tournai chez eux, n'ayant recueilli là que dommage et honte.

Nonobstant l'aveugle confiance que l'armée plaçait dans le capitaine général, et bien qu'on ne put savoir d'avance quel serait, pour la Flandre, le résultat de la conférence, les allures hautaines et la conduite suspecte des princes et des chevaliers répandirent une certaine fermentation parmi les Flauïands, et chacun attendait avec défiance et mécontentement le jour où l'on conclurait l'armistice.

LE Tribun ii cÀNb. itH

Le 25 sèptënibro 1340, les fondes dé pouvoir dès rttls dé France et d'Ati^leteirre éë béûtiiféai àVëc nh grand nôaiVM de comtés et de chevaliers dariè la diâpellé d'E|)léchin, prM de Tournai, et y ouvrirent tes hégocîétiohs sûirlà trêve.

Déjà deux jours s'étaieût écouléà et l'on h'ëtàit encoM d'accord sur auéuhé des conditions dû traité, et inêhié Téspoir d'atteindre au résultat désiré s'affaiblissait visiblement chez les princes. Cette lenteur datis la marche des opérations de la conférence vehait principalement de ce (^ué lé rdi d'Angleterre, par suite de l'engagement qu'il àvâîl pris, voulait voir les Flamands libérés de la plupart des obligations que là France avait coutume de faire vëloir contre leur pays; mais les représetilanls de Philippe de Valois avaient ë côté d'eux dans une caisse de fer lés reconnaissances dé dettes et les bulles n r-harge de la Flandre, et exhibaient en toute circonstance tel ou tel document sanctiontiè par lesceau des comtes; si bien, qu'en présence des chevaliers ainsi prévenus, il y avait peu de chose à dire contre la validité des obligations revendiquées; d'autant plus que ce n'était paslb lieu, pour Edouard d'Angleterre, d'accuser les rois de France de fraude ou de surprise. Il résulta de là un certain mécontentement chez Edouard; ce prince, se voyant dans l'impossibilité d'obtenir aucun avantage pour les Flamands, disputait avec une invincible obstination sur les exigences qui lui étaient plus personnelles et prétendait que Philippe de Valois lui cédât la Gascogne et l'Aquitaine, jusqu'à ce qu'une paix définitive eût prononcé sur le litige pendant. La seconde journée s'écoula ainsi sans qu'on eût fait un pas vers la conclusion de l'armistice et la réunion se sépara chaque fois avec de fâcheux pressentiments sur l'issue des licgociations.

Le matin du troisième jour, quelque temps avant qu'on se réunit de nouveau dans la chapelle d'Epléchin, i'abbesse

S40 Ll TRIBUN DK GAND.

Jeanne, avec deux autres nobles dames et quelques chevaliers français, se rendit à la tente du roi Edouard (i); bien qu'en ce moment, le prince fût occupé à s'entretenir du traité avec le roi de Bohême, le coadjuteur de Liège et le comte de Savoie, il reçut les nobles dames avec toutes sortes de politesses et de prévenances, et dit en souriant avec affabilité :

•^ Dieu merci, cette journée promet du bonheur 1 Qu'esloe qui me procure l'agréable surprise de votre visite, mes nobles dames ? Veuillez prendre place à côté de moi, afin que je puisse mieux entendre Téloquentc abbesse de Fontenelle, la généreuse médiatrice. Il s'agit probablement encore de la trêve ? M'apporlez-vous enQn la nouvelle que Philippe de Valois, votre frère, est devenu un peu plus traitable?

— Seigneur roi, répondit l'abbesse d'un ton attristé , je tente auprès de vous un dernier effort pour prévenir de grands malheurs, s'il est possible. Je vous le demande, sire, à quoi peut vous mener cette guerre ruineuse? En vérité, quand quelques villes des frontières seraient prises et reprises réciproquement, cela déciderait-il rien entre vous et mon noble frère ? Non : la lutte, engagée sur ce pied, serait sans fin. Chacun le reconnaît et même le duc de Brabant et le comte de Hainaut, vos alliés, m'ont assuré qu'ils désirent retourner dans leur pays avec leurs troupes. Pourquoi donc, ô roi auquel toute la chevalerie donne le glorieux nom d'Edouard, pourquoi, pour de futiles motifs, prolongeriez-vous inutilement l'effusion du sang ? Je vous en conjure, laissez les sentiments de conciliation et de clémence gagner votre cœur... Acceptez la trêve!

(I) « Elle vint tour k tour se jeter aux pieds de son frère le roi Philippe, ei die sou gendi-e, le roi Edouard. ■ (Leuuy, 1. 11, p. 453 )

*-Âh t sire, ajouta la comtesse de Blois, songez à la reine Philippine, votre Illustre épouse, qui joint à la nôtre sa voix aimée et vous demande avec instance de faire la paix. Elle attend votre retour avec une si joyeuse espérance! Peut-être, en ce moment même, est-elle agenouillée dans son oratoire avec ses royaux enfants, et supplient-elle Dieu de lui faire voir la fin de cette malheureuse guerre.

— Je vous remercie, mes nobles dames, dit Edouard d'un ton dégagé et bienveillant, de ce que vous vous souvenez avec tant d'intérêt de ma femme et de mes enfants, et je rends hommage aux louables sentiments de madame Tabbcsse; mais il me. semble que cette prière devrait bien plutôt être adressée à sou frère Philippe. Il est certain, en effet, que, dans le cours des négociations, j'ai consenti à renoncer aux plus grands intérêts, tandis que lui n'a voulu souscrire à aucune de mes demandes.

» Il vous cède la Gascogne et TAqullaine, noble roi, dit Jeanne en l'interrompant.

— Ce n'est pas des réclamations qui me concernent comme

légitime héritier de la couronne de France que je parle, reprit Edouard; je désire vivement qu'on comprenne les Flamands dans la trêve et qu'on leur accorde quelques avantages. Rien ne serait plus équitable assurément; puisque chaque prince plaide pour ses inléréls et cherche à tirer profit de la trêve, je ne comprends pas pourquoi on en exclurait ces bonnes gens. Votre frère n'agit pas bien en vérité, en montrant une haine aussi implacable pour les Flamands. Il refuse de satisfaire même aux demandes les plus insignifiantes; il semble avoir pris l'inébranlable résolution de mécontenler et d'humilier mes alliés. Bien que j'aspire à la conclusion de la trêve, mon cœur de chevalier s'élève avec énergie contre une telle iniquité. Si votre frère n'accorde pas aux flamands des réparations suffisantes, je me verrai

ittkë, à moii grand chagrin, dé irompre les négociations et dé continuer la gUëri*é.

— Oh! seigneur roi, répondit Tabbesse, n'accusez mon frère ni de haine, ni de cupidité intéressée dans celte affaire. 3ans doute, depuis longtemps, on a pris à la cour de France la ferme résolution de résister à toutes les exigences des Flamands; mais, comme chevalier, vous devriez en être reconnaissant envers mon frère Philippe et louer cette conduite de sa part, comme un indice que le sang royal coule dans toute sa pureté dans ses veines.

— Ainsi, madame l'abbesse, il faut humilier et persécuter de bonnes gens comme les Flamands le sont, pour être estimé de noble lignée? C'est la première fois que j'en tends dire semblable chose; mais, sur ma parole, je ne comprends pas les raisons sur lesquelles on se fonde.

— Mais, seigneur roi, dit l'abbesse, a-t-il échappé à votre observation que tout sang noble dans l'occident de l'Europe, est menacé d'une inévitable décadence, si l'on ne tient en respect ces grossières gens des communes?

— On pouvait, en effet, les redouter, il y a vingt ans, lorsque le peuple se souleva ici à main armée contre les nobles; mais c'était une fièvre, mddame l'abbesse. Maintenant, on est revenu de cet égarement et mieux vaut n'yp lus penser. D'ailleurs, il ne m'est pas encore démontre que les bourgeois doivent seuls porter la faute de cette sanglante querelle. En Angleterre, il y a aussi de libres et puissantes communes. Eh bien, mes chevaliers les protègent, au lieu d'imiier la noblesse française, qui croit voir dans chaque bourgeois un ennemi-né. En Flandre, la plupart des familles nobles agissent de même; elles sont à la tête des communes, et suivent docilement la marche des temps, comme il convient à des hommes sages.

L'abbésse joignit tes mâinà avec un profoha découragement et dit en âbupifaiil :

— Hélas! là semetice dés iriaûvaîsès idées est répàndiiè jusque dans le cœiir dès roîsi Quel aveuglement, noble prince, vous fait voir, dans la lutte engagée par les sujets contre leur suzerain légitime, un eflet de la marché liaturelledes temps? Non, c'est Un combat qui ne cessera que par Textermination de l'un des deux combattants. Remontez dans vos souvenirs : voyez ce que le peuple était autrefois et ce qu'il est aujourd'hui, et il vous sera facile de prédire» ce qui résultera de nos imprudentes concessions. Lorsque les premières communes de Flandre s'élevèrent grâce à la faiblesse des comtes, ce n'étaient que d'humbles associations toujours prêtes à obéir à la volonté des princes et des vassaux ; peu à peu elles obtinrent des libertés, des privilèges et amassèrent des richesses; elles construisirent de formidables beffrois; elles entourèrent leurs villes de remparts, elles refusèrent obéissance à leurs suzerains, elles humilièrentetabaissèrent la noblesse, se rendirent indépendantes et se levèrent, enfin, à main armée contre ceux qui, par les décrets de Dieu, sont nés pour commander au menu peuple. Ne comptonsnous pas, dans cette expédition même, soixante mille bourgeois qui font la guerre contre le gré de leur prince? Ne voyons-nous pas en Flandre des bottiers et des tisserands s'asseoir dans le conseil des villes, à côté des descendants des plus nobles races ? N'y voit-on pas un marchand roturier donner des ordres aux chevaliers et aux nobles hommes ? La lutte est terminée, pensez-vous, seigneur roi ? Ce serait déjà assez terrible si la noblesse était condamnée à jamais à un tel abaissement; mais cela ne peut même s'arrêter là. Quand un rocher, détaché du sommet de la montagne, roule sur la pente avec un rapide élan, qui peut dire avec raison qu'il s'arrêtera au milieu de sa route?— Ah! seigneur roi, je

VOUS le répète avec une inébranlable conviction, la lutte entre la noblesse et le peuple est une lutte à la vie ou à la mort. Si nous ne réunissons pas nos forces pour couper les ailes et les griffes à ce monstre qui grandit toujours, avant qu'il ait atteint toute sa force, nous verrons un temps où Torgueilleuse arrogance des bourgeois se propagera, comme une flamme dévorante, de la Flandre sur toute lEurope. Et que deviendront l'autorité du suzerain, la dignité du chevalier ? Plus de brillants faits d'armes, plus d'urbanité ni de courtoisie; le monde sera un séjour où régneront la brutalité, la cupidité et l'ignorance 1 Au lieu de Théroïsme qui est aujourd'hui la gloire de la chrétienté, on ne trouvera plus que des bâtards, dégénérés de corps et d'âme qui, le pied sur leur écusson souillé, s'écrieront : « Le gain matériel, Tusureetla fraude, voilà nos vertus : l'argent seul anoblil. Les rois de France et mon frère, leur digne rejeton, se regardent comme préposés par Dieu même à la protection de la chevalerie. C'est pourquoi, lorsque les circonstances l'ont permis, ils ont toujours défendu la noblesse et le souvcrnin en Flandre contre le coupable orgueil des communes; c'est pourquoi mon frère se refuse à décharger les Flamands des obligations qui les lient envers la couronne de France. Et vous, seigneurroi, vous exigez l'abolition de ces obligations? Mais c'est là le dernier frein par lequel on puisse encore contenir les communes flamandes; les supprimer ce serait mettre le monstre en liberté.

• Écoulez parler ces audacieux manants et ceux qui se sont laissé séduire et égarer par eux; ils se croient sûrs de la victoire et exigent avec une insultante hauteur que la chevalerie abdique lâchement et sans lutte ses droits naturels ! Votre noble cœur peut-il supporter un tel outrage sans bondir d'indignation? Oh î je vous en conjure, par la mémoiro de vos illustres ancêtres, gardez intacts et sans souillure le

nom etrautorité qu'ils vous ont légués ! Prêtez votre aide pour sauver la noblesse de Toutrage et de ravilissement... La chevalerie ne fait-elle pas la gloire et la force des souverains? Oh ! ne souffrez pas, sire, que le plus noble sang coule plus longtemps dans une expédition qui ne peut avoir de résultats, pour complaire à quelques mauvaises gens. Soyez magnanime et acceptez la trêve telle qu'elle vous est proposée.

Edouard parut profondément frappé, aux paroles de l'abbesse. 11 y avait dans l'accent suppliant de sa voix et dans Texpression de sa belle et imposante physionomie, une puissance à laquelle le roi ne put résister. A demi vaincu et chancelant dans sa résolution, il répondit :

— Ainsi votre frère prétend avoir raison sur tous les points et ne me rien concéder?

— Au contraire, noble roi, répondit Jeanne, il m'a chargée de vous dire que non-seulement il renoncera à votre profit à la Gascogne et à l'Aquitaine, mais que, de plus, il remettra en votre pouvoir Poitiers et Ponthieu, si vous voulez renoncer à faire triompher les gens des communes de Flandre dans leurs exigences.

— Et mes promesses, madame ?

~ Je sais, seigneur roi, dit l'abbesse, je sais qu'à Gand et à Bruxelles vous avez promis aux Flamands que vous les tiendriez quittes de toutes leurs charges et obligations dès que vous seriez monté sur le trône de France. Remplissez cetle promesse quand le temps en sera venu, si Dieu vous a vraiment prédestiné à régner sur la France. On vous trompe en exigeant de vous, dès maintenant, ce que vous n'avez promis que sous une condition qui n'est pas encore remplie. Le différend entre vous et mon frère n'est pas terminé, malgré la suspension d'armes; cependant la guerre n'a été entreprise que pour faire valoir vos prétentions ré-

ciproques. En vertu de quel droit les Flamands veulent-ils donc qu'on décide sur leurs intérêts seuls et qu'on leur assure des avantages avant que la guerre soit finie? Vous n'avez, en pareille circonstance, aucune promesse à remplir, seigneur roi.

— En ettet, dit Edouard; et vous dites que Philippe do Valois me céderait aussi Poitiers et Ponlhieu ?

A ces mots, il baissa les yeux vers la terre et demeura quelques instants plongé dans de profondes réflexions. Sur ces entrefaites, on entendit retentir le son lointain d'une cloche. Le roi leva la tête et dit à l'abbesse, en souriant avec affabilité ;

— Voilà qu'on nous appelle déjà à la chapelle. Allez, madame, et annoncez de ma part à votre frère que votre éloquence a grandement modifié mes vues. Je me rendrai dans quelques instants à la réunion, avec l'espoir que, dos aujourd'hui, nos sceaux pourront être attachés à îa trêve.

L'abbesse se leva, le visage rayonnant de joie, remercia le roi de son accueil bienveillant et sortit de la tente avec les nobles dames et les chevaliers qui l'y avaient accompagnée.

Le coadjuteur de Liège fit quelques pas à sa suite dnns le camp, puis il prit tout à coup une autre direction ot disparut dans une tente au-dessus de laquelle était attaché Técusson d'un chevalier hennuyez. Peu après, il reparut au dehors avec un page, et, étendant la main dans la direction du camp flamand, il lui dit à voix basse :

— Tu iras par là. Quand tu approcheras des sentinollos flamandes placées derrière le camp, tu feindras le rôle d'un promeneur curieux; tu t'arrêteras quelques instants (;à et là, en un mol tu chemineras lentement, jusqu'à ce que tu sois parvenu à sa tente. Remets-lui la lettre secrèlcment... Qt, s'il y a quelqu'un avec lui, demajide à lui parler seul.

Il te donnera audience sur-lé-cnam)), car il t'attend...

Le page s'éloigna dans la direction indiquée. Lorsqu'il arriva aux environs du camp flamand, il entétidit, biêîi qu'il en fût encore à une certaine distanbe, un formidable bourdonnement de voix confuses. Bieiitôt il de ti^buVa au milieu de groupes nombreux qui, dé toutes parts, dans lès' intervalles qui séparaient les tentes, s'entretenaient avec animation d'une affaire d'importance. H titjr^Û p'vèk Un premier rassemblement venu, comme cela lui avait éië recommandé et apprit qu'on se préoccupait précisêniyt d'iinë nouvelle qu'il supposait être l'unique objet de son lidessagé. L'un s'écriait que le roî Edouard était un parjuré, iqu'il allait se liguer avec Philippe dé Valois pour trdtnpèrlè'é Fliâmands et les pouvoir opprimer comme le désiraient lés chevaliers; un second s'emportait contre le duc de èèdbailt, qui se serait laissé séduire par l'abbessë ieaiînè; un trbisiètnë se répandait en grossières injures contre lé comte Lbùîs, qiiî, selon sa déplorable habitude, avait, dans cette altâiré, cmbrassé le parti de la France contre la Flandre; on entendait même çà et là une voix accuser Arlcvelde de faiblesse et faire entendre à mois couverts que lui aussi peut-être s'était laissé entraîner, par le langage flatteur de l'abbessë ou par quelque autre moyen de séduction, à manquer a son devoir.

Les accusations contre le capitaine général ne trouvaient pas beaucoup d'écho. Bien qu'un certain nombre ne contestassent pas la possibilité des soupçons qu'on faisait peser sur lui, la plupart cependant — et c'étaient les plus modérés — assuraient avec calme qu'on n'aurait pas si facilement raison des Flamands; que le capitaine général, au vu et au su de tous, n'avait p^s dormi depuis deux nuits, méditant sans relâche sur un dessein secret que nul ne connaissait, et que, par conséquent, on avait des raisons d'atten-

2iS LB TRIBUN DB GAND

dre avec confiance le résultat, plutôt que de se conduire en gens ingrats et imprudents, en parlant si inconsidérément de la conduite du capitaine général.

Le page, après s'être successivement approché de diiïérents groupes, se dit à lui-même avec étonnenient :

— Il était bien nécessaire de me charger de ce message! Toute l'armée connaît probablement aussi bien que mon maitre ia nouvelle que j'apporte! Les Flamands sont pourtant un étrange peuple ! Chacun y peut connaître tout, s'occuper de tout, et juger bien ou mal de toutes choses, avec une pleine liberté? Ils blâment et accusent leurs chefs sans qu!on y trouve à redire. En les voyant, on croirait que ce sont tous petits rois... et ils parlent vraiment comme s'ils ne relevaient au monde d'aucune autre autorité que d'euxmêmes. Tout cela peut être bien; mais cette langue barbare et ces rudes paroles ne me plaisent point; la vie ne peut être agréable au milieu d'hommes aussi grossiers et qui ne connaissent ni courtoisie ni beau langage. Mais hâtons-nous de porter la lettre; le secret de ma mission n'est plus aussi nécessaire maintenant.

Il pressa en effet le pas, et passa devant les Flamands réunis, sans plus prêter attention à leurs exclamations.

Enfin, arrivé au centre du camp près de la tente d'Artevelde, il vit tout à l'entour un grand nombre de chefs réunis : quelques-uns d'entre eux s'entretenaient de la trêve avec vivacité et colère. Celui qui se prononçait avec le plus de mécontentement contre le sentiment de ses auditeurs, s'élança tout à coup en avant quand il aperçut le page hennuyez et, prenant impérieusement celui-ci par le bras, il lui dit :

— Voyons, quelle nouvelle apportes-tu?

Mais le page ne se laissa pas déconcerter et dit à haute voix :

— J'apporte un message à maitre Artevelde, capitaine général des gens de Flandre.

^ Laissez-lè remplir sa mission, maître Denis t cria le doyen des bateliers.

Denis avait espéré, par son ton impératif, faire impression sur l'esprit du jeune homme et peut-être tirer de lui des paroles qui le mettraient sur la trace du secret d'Artevelde. Sa tentative échoua et tourna même en humiliation pour lui; car le page le regarda en souriant maUcleusement, comme s'il avait deviné le but du chef-doyen.

Dès que le page se présenta à la garde de la tente, on alla prévenir le capitaine général de l'arrivée d'un messager. L'ordre fut donné aussitôt de l'introduire dans la tente.

Là se trouvaient, assis autour d'une table, avec le capitaine général le premier échevin Maes van Vaemewycky Jacques Masch, Pierre Loetaerde et Simon van Merlebeke, écheviiis de Gand, — et, au bas bout de la table, maître Augustin, le clerc de la ville, qui paraissait transcrire sur un grand parchemin ce que le conseil de guerre disait devant lui.

Le capitaine général brisa le sceau dé la lettre que le page lui avait remise. Après l'avoir lue rapidement, il demanda au messager si son maitre lui avait ordonné de dire quelque autre chose ; et, sur la réponse négative, il lui permit de se retirer. Le page salua courtoisement et sortit de la tente :

— Eh bien, messires, dit Artevelde en tenant la lettre à la main, me suis je trompé dans mes prévisions ? Tous nos efforts ont été vaincus. Philippe de Valois ne veut rien concéder aux Flamands. Cette lettre vient du coadjuleur de Liège, qui nous a déjà rendu tant de services dans notre appel au pape, et qui dernièrement encore a fait, de concert avec le roi de Bohême, une démarche en notre faveur auprès de Philippe de Valois et du roi Edouard. Voici ce qu'il me mande :

« Larinislice sera certainement scellé ce matin. Le roi

f *Wi*W W«!#> Il 95 J"W dsp» lu W*f><iiio" J»

vos Tonx. BomMt gnu de Flandre, voyez donc ce ((ue !•» WPW *'W («F 1*!S»W ce coup, SI toÙ» |»nvlei «fWPS ffl "IIÉ WK •» 11! ^'45*^S?"S m ^WV V^

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T'UMh-AH .A'^flf''^'^' pourquoi essayer mcotû fç mil ' J^ ^ y|j}HPJlfflt dlf f*><^- Le roi Édoiiard ne peul spuBf rire |mflTiif)|{K;^j^.ftin^, irréstslilflemçnt rurc^-de suBpçi)!^ b WWIt Ù ^fflftW* ^' '^ Hainaul sotil dnns le même ç^; ft ft'fflfPÎfiKUtf IMI^l "' ^l^res- Gand a dtjâ trop prfté . .|D s^i ^'^Mk^pdf^ j A n'osn^ plus invoquer son aide. 1(1 nous . fttt Pf^n^ «wii(# d? poM-méiiiea; nolie propre hvdj^pl^ ^||n)j) 1^ Sftuver. Qu^nt ë mot, messires,"je {ijlfîiTa^]49<Mwr 4i Philippe dc'vtilaiii lUuii assez rusé et .f^tltt^ pffitr fH»^ fS^i !^ ffîu? raisaat ({uclques coacesfiOOf ijppo.rû<ntaj, 1^ ffiçullé ^e réclamer Bolennellement pi» qp84'9|fi. j^tfT V$f](>our dé l^ieu, n'oubliei pas que ces docuineiits qui lient la Flandre et que, depuis des siùcles, m % egp^fi^ fV^ ^çt ^f fflUicl^dç au Louvre, ne sont pas |p|n ^ f)0Uf ra c^ ,^ofi;(ept. ^e ^uis lout ému t^itand je ^ffi qu^ ce* li^pea trait^ pM bullei, ces reconnais-! jaçf»* ^ 4?^0f, — fruifa ^ irais cwts «os de parjure et' 4'opgt^09, — ^T|i^' ^u^é^e en notre pouvoir avant midi... (jue Dous les déciiireraat en mille pièces et les livrejgf/i eff ijifo^ va jOADunea, pour que le souvenir même ^ dqiûeura et ^ If Wvlliide de la Flandre soit anéanti. Ànurément, ce que je me propose n'est pas sans danger, Jp le sfl^ {arlaim^t} |iH)a uifai Ktngez que cent vie-

LE TRIBUN DK 6AND. 25t

toires ne nous seraient pas plus utiles que celle-ci, si Dieu permet que nous la remportions. Et qui vous dit que nous devrons verser pour cela une seule goutte de san^ ? Les princes reculeront en ce moment devant une guerre contre nous : ils sont contraints de déposer les armes, Je vous le dis.

— Le capitaine général dit vrai, répondit Maer van Vaetnewyck; de notre côté, nous devons agir avec résolution ; on nous a pris dans un piège : le temps nous manque pour nous dégager de ces liens ; eh bien, brisons-les par un héroïque effiort. Nous n'avons rien à gagner en recourant aux négociations.

— Je persiste aussi dans notre premier dessein, dit Pierre Loetaerde; il peut n'être pas sans danger, mais il est grand et digne de vrais cœurs flamands.

~ Puisque vous êtes tous fermement résolus à cette tentative extrême, répondit Simon van Merlebeke, jj'y donne aussi mon plein assentiment.

Cette délibération durait encore, lorsqu'on annonça un second messager qui remit à Artevelde un parchemin scellé. Artevelde lut la missive, la jeta sur la table :

— La trêve est signée, dit-il. Les Flamands en sont exclus : à onze heures, on proclamera solennellement le traité devant la chapelle d'Epléchin. Ainsi, une heure encorp! Le temps presse... Le traité que, de notre côté, nous avons rédigé tout à l'heure reste approuvé, n'est-ce pas ? Point de paix, point de trêve si Philippe de Valoir ne le signe dès aujourd'hui ? Voyons, maître Augustin, relisez-nous vite encore une fois la dernière clause.

Le clerc de la ville lut lentement :

« Item, les Flamands seront tenus quittes, par la couronne de France, de toutes dettes, obligations, amendes, condamnations, de quelque nature qu'elles puissent-être, sans aucune exception ni rétention, avec la promesse expresse que la

France ne recourra plus jamais à de tels moyens contre la Flandre; comme aussi remise immédiate entre les mains des députés de Gand, comme représentants du pays ô{\ Flandre, de toutes pièces, documents ou bulles dans les quelles sont consignées lesdites dettes, obligations et cou damnations.

— C'est bien 1 dit Artevelde avec joie. Maintenant, mesaires, veuillez me suivre. Hâtons-nous d'exécuter notre décision ; et, si notre tentative réussit, il y aura grande joie et liesse dans la Flandre redevenue libre ! Allons 1

Arrivé hors de la tente, il donna à son joueur de trompe. Tordre de sonner Tappel des capitaines. A peine l'instrument avait-il fait entendre quelques sons, que l'appel était répété dans toute l'étendue du camp par les trompes et les tambours ; et de tous côtés capitaines et doyens accoururent vers la tente d'Artevelde.

Celui-ci leur donna l'ordre de rassembler immédiatement leurs hommes en ordre de bataille devant les tentes, à l'exception toutefois des corps placés en observation devant les issues de la forteresse. Il les pria de bien veiller à ce que personne ne quittât son rang, ne poussât des cris, ni ne se permit de rien faire sans un ordre exprès de lui ou de maître Jacques Masch, qui, ce jour-là, serait son lieutenant. De plus, il demanda qu'on lui envoyât à l'instant le premier et le dixième centenier de chaque compagnie, afm que ses ordres fussent portés plus rapidement à toute l'armée, en cas de nécessité.

Les capitaines et les doyens gagnèrent à la ha le leurr. campements pour satisfaire au désir du capitaine g.'noral. Gérard Denis demeura seul en place avec deux ou trois autres, comme s'ils n'avaient nullement entendu les paroles d'Artevelde. Et, en effet, le chef-doyen, irrité, était tellement engagé dans une discussion sur le secret du conseil de guerre.

quMl ne remarquait même pas la présence du capitaine général, et s*écria à haute voix :

— Je vous dis qu'on n'agit pas ainsi envers des hommes libres ! C'est pis que sous le plus impérieux tyran 1 Croit-on donc que nous soyons de stupides instruments? Ainsi le premier venu pourrait nous trahir et nous vendre, sans que nous nous en aperçussions avant le moment où lous serions livrés?

Une expression de dédain parut sur le visage d'Arte^ velde ; il s'écria d'une voix calme mais expressive :

— Chef-doyen^ vous n'avez donc pas compris mes ordres? Gérard, se voyant si brusquement surpris, rougit de confusion et de rage et murmura quelques paroles inintelligibles.

- Maître Denis, dit le capitaine général, j'ai donné ordre qu'on mette sur-le-champ l'armée en ordre de bataille. Si vos hommes ne sont pas prêts à temps, je me verrai obligé de vous punir d'après les lois de la discipline à laquelle nous sommes tous soumis. Épargnez-moi donc ce désagréable devoir !

Concentrant sa colère, le chef-doyen s'éloigna pour accomplir, à contre-cœur, les ordres d'Arlevelde. C'était pour lui une intolérable torture que de devoir se courber sous le joug de la discipline, et de dévorer, en présence de collègues et d'amis , l'humiliation d'une sévère remontrance. Cependant, il releva bientôt fièrement la tête, et une sorte de joie farouche brilla dans ses yeux. L'espoir de la vengeance était descendu comme un rayon de feu da|is son cœur ulcéré !

: Les centeniers convoqués s'étant réunis, au pombre de quatre-vingts, devant la tente d'Artevelde, celui-ci leur ordonna de se rendre par des directions différentes, aux environs de la chapelle d'Ëpléchin, comme s'ils y allaient en promeneurs ou en curieux, et, là, de se mêler, autant que

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poiêlbto> aux chevaliers et aux autres assistants ; ée ae laisser apercevoir aucun signe de tnéeoiitentemeut, et 4'étre atMtlii aut ordves du capitaine général ou de l'échevin SiïtÈ&à vaii If erlebeke^

A péhiô les centeBîers s'étaient-ils séparés de V)us les <5Ms, pour se diriger, d'un pas indiiTérent en epparence, ;vers la elMi»elle d'Bpléchin, qu'Artevelde monta sur une élévation de terrain, d'où sa vue dominait le camp toUt entier. Toutes les eompagnies se trouvaient déj^ devant les tentes, eii tenue de combat, et formaient une ligne imi&mée qui s'éteadail jusque sous les murs de Tournai et esÉiptaiti luf une profondeur de huit rangs, environ quarante liiiUe hommes. Au-dessus de cette imposante armée tottiieBft \eà étendards des gildes et des métiers, servant de drapeaux à chaque millier d'hommes, et les quatre cents guidons des cent3niers. Assez loin, derrière la ligne de bataille, se tenait Muggelya avec ses ribauds, et les chaperons blanos> comme conducteurs des chevaux attelés aux machines de guerre.

Après s'être assuré par un rapide regard qjue ses ordres étaient ponctuellement exécutés, Arlevelde cria à son trompette :

-* Ligne de bataille, en avant !

Le commandement fut répété à l'instant sur toute la longueur de l'armée : les drapeaux et les guidons marchèrent an avant, jusqu'à ce que le capitaine général criât au trompette :

— Ligne de bataille, halte !... Repos \

Artévelde avait évidemment une intention particulière, en éloignant ainsi l'armée de ses tentes ; peut-être youlait-il 6ter par là à ses hommcfi la possibilité d^ quitter les rangs sans être remarqués ; il était plus probable cependant qu'il n'avail voulu ^ue mettre Tarmée en vue de la chai^le

LB TRIB0N DB GÂ!fft, 256

d'Epléchin ; cq^ li pekie euMI lui-même aperçu !a chepené, qu'il fit nrtèiev les drapeaux et ordonner le repos, èîgiie certain que, pour le moment, on n'avait plus â ^autres môu-' vements à Mré.

Alors ie capitaine général se rendit auprès deè éohevîâs» donna encore quelques instructions k lâcques Masch, qtii devait lester auprès de l'armée pour le rettiplaèer, À^là nuprès de lui Ohelnoot van Lens et dnq ou sft 4(^èhh, ^ se dirigea vers k chapelle d'Epléchin, ëvec une Suite dé dix ou douïe personnes.

Aux abords du lieu où se trouvaient réunis lés if»dneé^ et leurs conseillers se trouvait un grand nombre de chevalîers, partages en différents groupes' et attendant la prôclâmaiioh de la trêve. On voyéil aussi les cehtenîers efevoyfe par le capitaine général, se promener de côté et d'aulre d'un air indittéreit. t^arrivée d^Artevelde en cet entîrolt pariit d*abord étonner les chevaffeips; tnals/kirsquils fe virent s'entretenir avec ses compagnons, d*uh ton déga^ et le visage serein, ils cessèrent de soupçonner qu'if éiit un autre but que celui d'apprendre le résultat de la rëùnidn.

Lorsque l'heure fixée sonna, les princes, leurs conseillers, et tous 'ceux qui avaient assisté à lia signature dé la trêve, sortirent de la chapelle et se placèrent chacun selon âoh rang et sa dignité, pour procéder k la préciamaiîon. Au milieu, les rois de France, d'Angleterre et de So'hème :li' côté d'eux, Tabbesse Jeanne, comtesse douairière de ftainaùt, avec la comtesse de Blois et cinq ou six autres nobles dames ; plus loin le duc de Brabant, les comtes de Flandre, de Haihaut, de Savoie, d'Alençon et de Blois, et les évêquéis de Lincoln, de Beauvais, le coadjutèur de liiége et un grand nombre d'autres princes et vassaux importants.

Après que les trompettes eurent annoncé la proclamation solennelle, un conseiller français s'avança et lut à iiâùtè

voix le traité dans lequel, comme on l'avait prévu, il n'y avait pas un mot de favorable aux vœux des Flamands.

Cette lecture terminée, les trompettes firent éclater dos fanfares triomphalos, et les applaudissements chaleureux des chevaliers attestèrent la satisfaction que leur causait la fln de la guerre. Les rois d'Angleterre et de France se donnèrent la main en signe de réconciliation ; et chacun allait regagner son campement pour communiquer l'heureuse nouvelle à ses amis, lorsque tout à coup Artevelde, portant un parchemin, apparut devant les princes stupéfaits, et, après une brève salutation, dit à haute voix :

— Seigneurs rois, et vous princes et nobles dames, devant vous tous, autant que vous êtes, nous, bonnes gens de Flandre, nous protestons contre Tinjustice faite à notre pays par cette trêve, et déclarons nul et de nulle valeur tout ce qui a'est fait ici. Nous déclarons, de plus, que nous ne levons pas le siège de Tournai et que nous poursuivrons énergiquement la guerre, aussi longtemps qu'on n'aura pas satisfait à nos vœux, ainsi que le roi d'Angleterre nous l'a promis sous serment ; nous déclarons encore que, si, dans les quatre heures qui suivront celte mise en demeure, on n'a pas conclu avec nous un traité particulier, -— si Ton ne nous a pas livré les obligations, traités et bulles qui sont dans celte chapelle, nous nous considérerons comme dégagés de toute alliance avec l'Angleterre, et continuerons immédiatement la guerre contre la France, nous reposant sur l'aide do Dieu et sur notre bon droit. — En conséquence, nobles princes et chevaliers, voyez ce que vous avez k faire; nous ne vous portons pas un déA et ne voulons pas manquer au respect que nous vous devons ; mais on agira équitablemont envers nous ou les armes en décideront. L'armée flamande est là-bas, sous les armes, brûlant du désir de combattre; il ne nous manque encore ni argent ni vivres.

Il est poHsible que la victoire ne reste, pas du côté du droit, mais, quel que soit l'arrêt du destin, des torrents de sang seront répandus ; le fer et le feu dévasteront ces frontières; car nous, gens de Flandre, avons résolu de mourir jusqu'au dernier homme plutôt que de renoncer à nos justes et légitimes exigences... Seigneurs rois, l'armée flamande attend votre réponse (1)1

^ Mon Dieu, mon Dieu 1 s'écria l'abbesse Jeanne avec terreur, faudra-t-il que le sang de la plus noble chevalerie de la terre coule pour ce brutal vilain (^) !

Artevelde demeura calme et impassible en entendant le^ outrageantes paroles de l'abbesse, et fixa sur le roi d'Angleterre un regard pénétrant et plein de reproches; ce prince, se repentant sans doute de ce qu'il avait fait, s'efforçait de persuader à Philippe de Valois de conclure un traité particulier avec les Flamands; mais le roi de France, se voyant pris, à son grand détriment et à sa grande confusion, dans le piège où il croyait prendre les Flamands, était comme fou de dépit et il s'écria en feignant do se diriger vers son armée :

— Eh bien, que le sort en décide ! Que le sang coule à flots, s'il le faut t J'accepte le défi !

A ces mots, l'abbesse Jeanne, voyant son œuvre s'écrouler en un instant, se jeta aux pieds de son frère et le supplia, les mains jointes, de se montrer clément et de contenter les Flamands par quelques concessions. D'autre part, le roi d'Angleterre déclara qu'il regardait la trêve comme rompue

(I) Voyez Chronique de DesparSy t. H, p. 857.

«c Seigneurs, prenez garde queUe paix vous faites, car se nous n'y sommcsl comprins et tous nos articles pardonnes, jà ne nous départirons de ci. *y {Grande chronique de Froissart^ v. *08.)

(Sj « Ha, sire, Dieu en ait pitié, quand pour le dit d'un ?ilain, (out le noble sang dQ la chrestieulé sera réspandu. » (Faoissart.)

^0mii^m

M8 tS TRIBUN DI GAHD.

et qu'il n'abandomerait pas ses alliés, les Flamands, si l'on ne consacrait pas leurs vœux par un traité particulier; le roi de Bobéine, le comte de Savoie, le coadjuteur de Liège et le comle Louis se joignirent à Fabbesse pour fléchir l'esprit irrité du roi, jusqu'à ce que celui-ci, vaincu enfin par les supplications de sa sœur et par l'idée du danger qu'il courait, consentît à rentrer dans la chapelle avec les princes et les conseillers pour délibérer sur la question. Quelques instants après, Artevelde fut appelé par un héraut d'armes et se rendit, avec deux échevins et maître Augustin, à la réu- Bion des souverains.

A peine le capitaine général fut-il entré dans la chapelle, que les chevaliers présents se pressèrent tumultueusement aux abords de l'édifice, en s'exprimant mutuellement les sentiments de dépit et de colère qui les animaient. Le visage des Flamands, au contraire, était rayonnant d'orgueil et de joie; la plus grande partie d'entre eux étaient groupes autour de Ghelnoot van Lens, qui, transporté de bonheur et les yeux pleins de larmes, répétait à chaque instant :

— C'était là le secret! Oui, compagnons, c'était là le secret du Sage Homme... Et dire que des calomniateurs osaient l'accuser! Mon Dieu, mon Dieu, puisse-t-il réussir! quel beau jour ce sera pour la Flandre !

Pendant plus d'une demi-heure, personne ne sortit de la chapelle ; les passions diverses qui agitaient les spectateurs se calmèrent peu à peu. Les Flamands commençaient à douter du résultat de la conférence et leur joie diminuait visiblement, tandis qu'au contraire, les chevaliers reprenaient courage. Cependant, durant cette longue attente d'une décision solennelle, les conversations avaient cessé et il régnait un profond silence devant la chapelle lorsque le premier échevin Macs van Vaernewyck sortit de la conférence, la physionomie radieuse et prit à part unedîEainede Flamands.

t* TRIBUN DR GAND. 25D

n leà éhlt^ht % voix basse pendiaht iqtielques fnstants; après ^i, tous prirent en cbûrant la direciion Sii bampi Maes 'vàw Vaeméwyek fft signé à Ghelnoot vàn tiens et fa cîhq'ou et» irtitres qu'ifs eussent à le suivre, et rentra dans la chapeUi

Quelque temps après, on entendit s*éleyer du ctop fla^ mand dés dris'èhtiiousiastes qui, se propageant et se confondant, vinrent bientôt frapper les ïnuii dé la chapelle.

Enfin la grande œuvre était accoihplie; quatre coinpàgnons sortireiU de la chapelle, chargés d'une caisse de feir ; Ghelnoot battait des mains et ne savait plus ce qu'il disait, tant la joie Tégarait. Venaient ensuite fes échevins, Tolrguéil et le bonheur peints dans les yeux. Quant à Arlevelde^ U marchait silencieux, la tête penchée, à côté delà caisse; il chancelait sûr ses jambes, sa poitrine se soulevait et s'abaissait rapidement, des larmes sillonnaient ses joues... |l 16S «vait donc brisés, ces odieux tiens qui enchaînaient sa Flandre bien-aimée. Il avait anéanti les résultats dé trois siècles d'astuce et de parjure!

Lorsque l'imposant cortège approcha de l'armée en liesse, Ghelnoot courut en avant avec quatre compagnons, et revint avec une torche allumée et plusieurs bottes de paille dont on forma une sorte de bûcher devant la ligne de bataille.

La caisse fut posée à terre et ouverte, pendant que Ghelnoot approchait la torche de la paille, et que la flaosm^ s'é^ levait dans les airs en capricieuses spirales.

Alors Artevelde tira un à un de la caisse toutes les pièces et documents qu'elle contenait, fit proclamer par maître Augustin l'obligation, la charge ou la dette qui y était contenue, les déchira ensuite en pièces et les jeta dans le feu (1).

(4) « Et les gens de Flandre n'obtinrent pas sealement ral)oIition et la remise défmitëi ^l«t... avec ré?ocation formeUe de teoslés 'ensâ'gèrnents aii-

260 LR TBIBUN DB OAND.

L'armée poussait vers le ciel d'immenses acclamations de joie, et ces acclamations prirent surtout un retentissement formidable quand l'odeur du parchemin brûlé se répandit par tout le camp comme pour aller annoncer à chacun la délivrance de la Flandre.

Ghelnoot avait pris, des mains du capitaine général, le dernier document, celui qui livrait à la France une partie de la Flandre, et, furieux, il l'avait déchiré avec les dents en morceaux presque imperceptibles.

Le sacriflce était accompli ! La caisse de fer elle-méma rougissait dans le feu.

En présence do l'armée, Artevelde avait comprimé ses larmes et dissimulé autant que possible sa profonde émotion.

Quand tout fut fini, il fit signe à un trompette de donner le signal do la retraite, et lui-même, s*éloignant à pas lents, se dirigea silencieusement vers sa tente, accompagné des échevins.

Il y avait à Gnnd h celto opoquo, non loin du pont do Brabant, un endroit où tout promeneur, pourvu qu'il lut vsen-

téiieurs et promesse expres'e que la couronne de Fronce ne les invoquerait pins jamais, mais encore la remise et livraison de toutes les chartes, titres et documents qui constataient ces charges lesquelles piècrs )u (i;ouv(M-iH'ur Arte velde mit surle>cliamp en pièces avec les dents et Jeta dans lo tcu. » iChmn. (de Dripara^ t. II, p. 888.)

« Et ces documents furent déchirt^s et mis k uéanl devant Tournai. - Chron. de Jean de Dixmude. Yprcs, 1839, p. 220.)-

La pIu] art des autres hiii1ori''ns disent que ces pièces furent brûlées publi* qnement à Gand, sur le marché du Vendredi, quelques jours plus tard.

sible, passait rarement sans se sentir pressé de s*arréter un instant, pour s'abandonner à de douces rêveries. On y entendait le bruit monotone du moulin à eau de là ville. L'Escaut, précipitant avec un formidable fracas ses flots comprimés, tourbillonnait un instant et reprenait sa course vers la ville Saint-Bavon. De Tautre côté, le stem de sire Gérard le Diable dressait ses tours massives et ses murailles élevées. Semblable à la caverne d'un géant, ce mystérieux édifice paraissait commander à Téternel rugissement du fleuve, qui, comme un humble serviteur, en arrivant devant les fondements du stem, ralentissait soudain son cours et semblait baigner en passant de son onde caressante les pieds d'un

maître.

Depuis plusieurs mois, Liévin Denis avait choisi cet endroit de préférence à tous les autres, pour but de ses promenades solitaires. D'abord, il n'y passait chaque fois que quelques instants, plongé dans ses mélancoliques rêveries; mais peu à peu il s'était établi entre lui et le fleuve quelque chose de si sympathique, qu'il ne trouvait plus de charme que dans le grondement des flots écumeux et le grincement de la roue du moulin.

Pour lui, tous ces bruits représentaient l'accent de la douleur et du désespoir. Quand la vague tombant d'en haut rebondissait avec force et gémissait sous la violence du choc, une expression amène contractait les traits du jeune homme; car sa poétique imagination lui faisait croire qu'il avait trouvé dans la nature un être condamné comme lui à souffrir éternellement sans que personne dût jamais comprendre ses plaintes. Et puis ces voix puissantes, ces tourbillons vertigineux, cette fuite rapide du fleuve, tout s'emparait avec force de son imagination et apportait quelque relâche aux pensées accablantes qui rongeaient son cœur depuis si longtemps. Ici, au bord de Teau, ses douloureuses préoccupa-

tions allaient se perdre dans un monde dlnsaisissabtes rêveries, dans une sorte d'assoupissement de la sensibilité, qui mi procurait du moins un peu de repos et de tranquillité dTftme.

Quelle pouvait donc être la cause des souffrances du jeune nomme, lui si plein de jeunesse et de vie, si généreusement doué de tous les tréisors de la sensibilité, de toute la ten** dresse d'une âme créée pour aimer; -^ lui dont le coeur tressaillait et soupirait comme une lyre au moindre attouchement; lui h qui tout semblait souriant dans le monde? ^ Hélàsf la calomnie avait aussi empoisonné ses jours! débuts son fatal voyage h Bruxelles, il n'avait pu faire un seul pas, sans éprouver un soupçon contre tout ce qui lui était slîer sur la terre. Sa Yeerle bien-aimée, l'ange de ses rêves, ne lui apparaissait plus quli travers un vèile où la dif*famation avait jeté toutes ses souillures; il lui rendait encore visite, il pressait encore parfois les mains tremblantes de la [eune fille dans les siennes; mais une expression de duplicité iju'il croyait découvrir dans son regard, venait soudain glacer son cœur, et c'était avec défiance qu'il prêtait roreille à ses paroles ; il ne pouvait se défendre du soupçon qu'elle le voulût tromper. Parfois il s*accusait lui-même de faiblesse et d'injustes défiances; l'ange alors lui apparaissait dans toute sa vérité, entouré delà radieuse auréole d'une virginale pureté et du plus sincère amour; son cœur, débarrassé d'un poids immense battait plus à Taise; mais à peine avait-il quitté sa bien-aimée, que la calomnie, toujours aux aguets, venait au-devant de lui , et il retombait bientôt dans sa noire mélancolie.

Rien de ce qu'il avait aimé auparavant n'échappait aux coups d'une diffamation dont la source cachée empoisonnait ses jours. Sa foi dans le généreux dévouement d'Artevelde oour son pays chancelait; il v avait des moments ou il so de-

mandait st le Sage Homme n'était pas réellement un tyran; Ghelnoot lui apparaissait dans ses rêves comme i^n mauvais génie qui avait changé sa vie en un éternel naartyre; il redoutait son père lui-même, pour lequel il avs^it autrefois une vénération sans bornes, comme un ennemi de son repos^ •— ^ comme un homme de la bouche duquel s'échappaient des .paroles qui portaient la mort à son âme, en y faisant naître la défiance.

Son cœur était encore hrisé par une auire bleâsure profonde. La mort lui avait enlevé son excellente mère. Le seul être qui| sur la terre, pût encore verser dans son cœur quelqi^e consolation,^ — cet être chéri était remonte au ciel et ne lui avait laissé que le souvenir de son amour; et sur la pierre qui. couvrait sa tombe, ii allait encore, aux heiirei les plus sombres de sa vie, chercher un suprême soiilagèment.

Un soir, le soleil n'était pas encore déscetidu iderrieré l'horizon, Liévin Denis était accoudé tout pensif sur la balustrade de pierre qui longeait l'Escaut; son regard suivait chaque vague qui venait gronder à ses pieîds. Son visage pâle et amaigri ne trahissait aucun sentiment particulier ; il semblait tout distrait et plongé dans le plus profond ouLu <le lui-même.

Son âme, cruellement ballottée entre la confiance et le soupçon, entre le désespoir et l'amour, se plaisait à contempler ce jeu furieux des vagues,, image des agitations de son cœur.

Il était depuis plus d'une heure toujours iîhmobile et rêveur, lorsqu'un personnage, inconnu d'abord, arrivant du côté de la porte de Brabant, vint s'accouder sur la bàliistrade de pierre à côté de Liévin. Il lui frappa eh souriàiit sur l'épaule et lui dit d'un ton d'amicale plaisanterie :

•^ Que vois-tu donc de si beàu^ Liévin, dans cette eau qui bouiUoiinet pour pa;^er ainsi tout seul ton aprés-dinéè dii

dimanche? Attendrais-tu ici le diable qui a acheté râroe de messire Gérard?

Liévin jeta un regard de tristesse sur son ami, qu'il reconnut à sa voix, et, comme s'il ne faisait que de Tapercevoir, sans ravoir entendu plaisanter:

— BoEjour, ami Jean, lui dit-il en sortant de sa rêverie comme d'un sommeil.

Et ses yeux se fixèrent de nouveau sur le fleuve.

— Comment se fait-il donc, poursuivit Jean, que tu ne Sois pas allé aujourd'hui, armé de ton arc, hors de la porte aux cinq meurtrières, prendre part au beau tir du jardin Saint-Georges? J'en viens : c'est fini; le beau hanap en argent, donné en prix par messire van Rasseghem, a été gagné après une lutte animée... Mais dors-tu, Liévin, que tu ne m'écoutes pas ? Ce qui est arrivé te touche cependant plus que moi. Voyons, je te donne à deviner qui a gagné le hanap d'argent!

—Que m'importe? dit Liévin en soupirant. Je n'envie pas son bonheur au vainqueur.

— Ah ! peut-être ! le vainqueur du tir, c'est maître Ghelnoot van Lens.

Ce nom fit une vive impression sur Liévin; il pâlit, et une expression de souffrance se peignit sur son visage.

Jean lui prit la main et, d'un ton de compassion, poursuivit :

— Ce que j'ai à te dire encore doit t'afïliger profondément, je le sais, Liévin; mais on se voit souvent forcé de dire à conire-cœur la vérité à un ami. D'autres de tes amis se trouvaient aussi au jardin Saint-Georges : la famille des Yaernewyck y était, et avec elle dame Artevelde et sa fille Yeerlel... Ne t'émeus donc pas ainsi... Aht si tu avais vu quelle amitié extraordinaire Ghelnoot et Veerle se témoignaient en présence de toute la société, et comme Veerle a

paru heureuse! Il a couru tout joyeux vers elle avec le hanap d'argent qu'il venait de gagner! Les spectateurs en étaient tout scandalisés, Liévin, et tes amis surtout étaient irrités de cette infidélité qui t'était faite publiquement, en ton ab« sence ! ^

De plus en plus ému à chaque parole de Jean, Liévin, la tôte penchée et les yeux baissés, gardait un morne silence.

— Sais-tu, Liévin , ce que certaines gens disaient pour excuser maître Ghelnoot? Ils disaient que Veerle va épouser sous peu le capitaine de Saint-Nicolas; tu dois savoir cela mieux que tout autre. Ce mariage est-il vraiment décidé? S*il en était ainsi, on aurait grand tort de blâmer deux fiancés de ce qu'ils s'aiment mutuellement.

A cette dernière réflexion, Liévin leva subitement la tête; du feu étincelait dans ses yeux et ses traits contractés laissaient voir en lui une violente et fébrile émotion; il lança à Jean un regard qui était un reproche, et s'écria :

— Et toi aussi, Jean ! quel mauvais esprit t'a donc envoyé ici pour allumer en moi un feu dévorant ? Qui t'a payé pour faire saigner mon cœur? Ce que tu dis est faux! Ils mentent mille fois, ceux qui parlent comme toi 1 Va-t'en, éloigne-toi de moi et ne me parle plus de ton amitié !

Une expression de profonde pitié s'empara de Jean.

— Pauvre Liévin, dit-il en soupirant, je devrais me fâcher de ta blessante sortie; mais, bien que je m'en sente vivement blessé, je ne le puis vraiment pas. Tu es malade, malheureux ami; tu souffres horriblement, je le vois bien; la douleur a égaré ta raison. Ce que je t'ai dit n'est pourtant pas une calomnie. Je défie qui que ce soit de contester la vérité de mes paroles; et, si tu trouves jamais qu'un mensonge soit tombé des lèvres de Jean Sporrelinck, tu connais sa demeure dans la rue longue du Marais : il soutiendra son dire, en parole et en fait^ quand et où tu l'exigeras.

S66 tk TRlAUN ÀÉ 6Arn>.

Le cfllme mafis fei^oofe hingage de Jean dissi]^ t6t^t èf éonp la cmère de Lfévîn ; grâce' à lâf fti*&iiiléayec laqaeHe H se lafs^ sait aller atr doute, il se prH à penser que son amf lui avaH pirlè avee a^érîté et ^e son intention était boVine. Il lui dit d'une voix plus douce et presque suppliante :

î — Notf, non, je né veux pas devenir ton eftùémt; tu te trompes comme les àtitres; toi aussi, tu es poussé par une puiasanfce invisible; Je te pardonne ce que |e souffre en ce moment; mtfîs, poirr Famour de !)iei!i, Jean, si tu es vraitnent ffion a(mi, lafsse-^Afïoi seuh

— Oui, répliqua Jean, j'ai rempli mon devoir etje te quille, mais que je désirerais te voir délivré de ce tourment !

(«es yeux de Llévla éttucelèrent d'espérance: il demanda vivement :

'^ ISlPi bien , eh bien , que faut-* il faire pour cela ?

— Agir en homme. Je parlerais, avec fermeté, pour savoir la vérité sur tous ces bmits. Si je découvrais qu'on m'a tFompé, j'en demanderais un compte sévère, — eeltti q«i m'aurait offensé fùt-il ou non capitaine de Saint-Nicolas, — elf je mépriserais la jeune fille infidèle.

— Et si tu découvrais que tous ces bruits sont faux? dit Lîévin en l'interrompant.

— - Oh ! ators je n'hésiterais pas-; je fermerais la bouche à tout calomniateur, dussé-je flaire couler le sang dix fois par jour! Mais atort aussî, je ne ferais pas comme toi, Liévin ; jo ne fuirais pas tes sociétés, je ne dépérirais pas de chagrin à vne d'oeil, pour que chacun puisse lire sur mes traits j^ffftérés que j'ajoute foi à la calomnie. Non, non, je lèverais •fièreitoent la tête, et malheur à celui qui oserait m'hisulter ou *m*aceuser! Et maintenant, adieu! réfléchis à ce conseil; il tient d'un ami. Tien&, regarde là-bas, voilà tes Vaernewyck près de la porte de BrabanM 6hehK)ot et Veerte^ se donnent

^E TRIftUIf DB QkUP. MIT

la mm; le héraut de la confrérie de Saint-Georges porte devant eux le tianap d'argent. Au reveif t : Liéyin avait jeté les yem dans la diroelion indiqiiée j mais 9on regard n'eitt p? p.luç tôt rencoatré Yeerle et mn guide, qu'il détourna la vue en frissonnant, et aç dirige i'm f^s chancelant ver3 )e pont de la Yigne.

Gheno^iq faiaani, il réfléchit à e^ fu^ i&kj^ S^iiavr^iiiek Hii avait dit; peu à peu il en vint h Qonolufe que 1^ CjMi^eil éli%it hon, et qu'il lui fallait omettre An | sea Cjruelleç aoufCraoc^. Cependant son courage failHt souveçi^t à la pei^é^ 4e 4^iB|9iider compte à Yeerle de sa conduite; inaiit9 bientôt aoi^ e^it le r^rtait en présenc^i de Gbelnoot; cette aitu^lticiQ faisait bouillonner son sang dans ses veines et enHam^it SQncQDiir de la soif de la vengeance.

Parvenu au pont de la Yigne, il allait regagner sa d^i^^ufe, lorsqu'il aperçut au loin son père, qui s'entretenait ayeolefpi des ribauda. Bien que Muggelyn ne parût plus q^e ra^epifHP^t chez le chef-doyen, le coeur de Liéyin était toujoura i^té plein d'antipathie pourlui, et, dans son aversion, i\ fuyait partout sa présence. En ce moment aussi, il tourna l'église de Saint- Jean, entra dans le cimetière situé prés du temple et s'agenouilla derrière le mur, sur une pierre tumulaire. Après avoir prié longtemps, la tête inclinée, 11 se releva ;puis, le visage serein et l'àme consolée, il se dirigea lentement vers sa demeure, qui n'était distante dU cimieliiète que 4e quelques pas.

A peine eut-il ôté son chaperon et l'eut-il suspendu à \ipe chaise, que son père parut aussi dans la chancre et H» dit d'un ton qui annonçait une grave résolution :

— Liévin, viens en haut avec moi; j'ai quelque chose à te dire.

Le jeune homme obéit et suivit son père. Le dief-doyen, après avoir fait asseoir son fils devant lui:

268 LB TBIBUlf DB OAND.

— Liévin, lui dil-il, je te prie de prêter toute ton attention à ce que je vais te dire ; arme-toi de courage, mon fils, et ne faiblis pas» quand même il y aurait dans mes paroles telle ou telle chose qui attristerait ton cœur. Crois bien que je déplore comme toi ton malheureux sort et que je souffre vivement de te voir languir si cruellement. Il faut que cela finisse, LiéVin ; assez longtemps je t'ai laissé dans ton aveugle confiance, assez longtemps j'ai respecté ta secrète douleur; maintenant, ce serait de ma part un crime que de lais- 9er un jour de plus mon unique enfant livré à la risée publique, et de le voir s'acheminer vers la tombe, victime innocente d'une hypocrite. afTection. Depuis un mois déjà, j'ai résolu de remplir ce devoir sacré de père; la crainte de t'affliger m'a retenu de jour en jour. Cependant ce que j'ai vu et entendu aujourd'hui au jardin Saint-Georges, m'a fait prendre l'irrévocable résolution de ne pas attendre une heure de plus, et j'ai quitté en toute hâte le tir uniquement pour te donner un conseil d'ami, et, au besoin, pour te signifier ma décision fermement arrêtée. Veerle était au jardin Saint- Georges, Liévin, et Ghelnoot Van Lens avec elle ; aucun des deux, cette fois-ci, n'a jugé nécessaire de dissimuler la flamme qui brûle dans leurs cœurs; certains de ton absence, ils te raillaient sans pudeur en présence de tes compagnons et de tes amis, — tellement, que chacun s'en olTcnsait et qu'on se demandait avec indignation comment 'tu pouvais consentir si longtemps à être le jouet de ces gens orgueilleux.

Liévin, profondément ému, écoutait en silence; l'irritation quoique retenue, la souffrance se peignaient sur ses traits décomposés; il pressentait que son père allait le remettre ë la torture et faire saigner son cœur de cent blessures. Bien que la raison et le sentiment du devoir le fissent s'efforcer de bannir de son esprit toute pensée de défiance, tout soupçon

injurieux, le ton de la voix paternelle faisait courir dans tous ses membres un frisson général... Son âme était peut-être accoutumée de souffrir jusqu'à ce point 1

— Mais, mon père, dit-il en soupirant, Veerle m*a prié et supplié hier, durant toute une heure, d'aller au tir avec elle et sa mère.

— Et pas avec Ghelnoot, n'est-ce pas ? ajouta le père en souriant amèrement. Ils connaissent mieux que toi le sentiment qui te ronge le cœur; et, au lieu de respecter ou d'alléger tes souffrances, ils font tout ce qu'il faut pour te donner le coup de mort, si je n'étais pas là pour veiller sur: mon enfant et le sauver à temps. Quand tu es auprès de Veerle, Ghelnoot y est aussi ; quand tu n'y es pas, lui y est encore ; Ghelnoot 1 toujours Ghelnoot 1 Infâme dérision 1 inhumaine cruauté !

Déjà Liévin commençait à ressentir l'influence de la parole de son père : son cœur battait avec violence, et un frémissement nerveux trahissait en lui les ravages de la jalousie. Cependant il comprima cette passion et répondit avec un certain dépit :

— Puisque le voyage de maître Van Artevelde dans la West-Flandre doit se prolonger si longtemps, est-il surprenant que Ghelnoot veille sur la famille du capitaine général? Maitre VanLens, depuis son enfance, n'est-il pas tous les jours dans la maison d'Artevelde ? Pourquoi changeraitil de conduite maintenant? Parce qu'une fatale et mystérieuse puissance, sortie de l'enfer, me persécute et me martyrise?

Le chef-doyen parut frappé des paroles de son fils et le regarda fixement dans les yeux. Cet examen ayant calmer ses craintes, il dit :

— Pauvre Liévin, ta magnanimité l'aveugle ; lu t'efforces de te faire illusion à toi-même sur la conduite de Ghel-

3f6 LB TMIBUN Dfi GA^D.

noot ; ttiiuUesen désespéré ooalre uae vérité évidente, parce que^situAnisstis par la reconnaître, elle t'enlèverait le plus beau rêve de ta vie ! Hélas ! mon fils, pourquoi te repaitre eAeofaid*une mealéuse illusion qui t'échappe? pourquoi te débol6B-ta? pourquoi deviens-tu pâle et maigre? pourquoi fuis-tu la société de tes amis et de tes compagnons ? Est-ce pe(t}6 que tu as foi dans le sincère amour de Veerie ? estce parce que^ eomaie autrefois, tu te sens heureux de la certitude qu'elle t'aime seul au monde ? Tu semblés vouloir dire qu'on calomnie la fille du capitaine général et son ami SiielHoot f C'est possible > mais alors accuse-toi tout le premier; ear c'est dans ton propre cœur que se trouverait la phis vfie calomnie, si ta longue souffrance n'attestait qu'une triste vérité te met au supplicel Je ne comprends pas ta crédulité, Liévin; pour un œil clairvoyant, il suftirait de IHiistoire du liouveau-Bois à Bruxelles pour demeurer con- Tfttnctt qu'on se SKyque de toi et qu'(m te trompe. Commenta Gkelnoot et Veerie «'éeartent ensemMe du reste de la so- 6iété; pendent une demi-heure, on les perd de vue, et, quand tu les découvres, tu surprends la vertueuse Veerie suspendue à son cou ? On te fait accroire que ton cousin Jacques les a égarés par plaisanterie, et que Veerie vient en ce moment d'être elTrayée par le saut d'une biche 1 Et, lorsque, avec une légitime irritation, tu t'emportes contre Ghelnôot, il se rit de ta colère et te fait promettre sur l'honneur que tu ne parleras à personne au monde de ce que tu as vu ! lYisultaiite raillerie que tu acceptes, innocent eni'ant que tues !

— Mon père, mon père, s'écria Liévin avec vivacité, je vous ai coi^é ce secret malgré le solennel engagement que j'avais pris : n'en parlez pas, au nom du ciell vous me l'avez promis t

— fil bi^ je parlerai d'autre chose. Au jardin Saint-

LB T&lBjUIS DB GAN9. 271

Georges, «ébi le anode assuràâi, miêoie les ^m$ iSsa eap itakie général, qu€ Ghelnoot va épouser Veerle. Je ne le ,ereis ^s. Recevoir uû jeune homme presque ehaq^tô jour, lui témoigner de i^amour et, sur ces entrefaites, préparer ua ménage avec un autre 1 Ah ! ils n'oseraient pousser an^ loin Tiâst* pudence!... Uoe autre nouvelle m'a blessé plus viv^oieat, bien que je ne sache si l'on peut y ajouter foiw -- Il y avait» au jardin Saint-Georges, une jeune (ille do Marienland; elle a passé l'après-dinée hier au Béguinage, où la flUe d^ ¥an Artev^de se trouvait aussi^ — et ^e racontait qu# Veerle avait dit en riant, en sa présence^ que, toi» Liévin, tu ne lui servais que de passe-temps ; qu'elle pr^d parfois plaisir à tes innoc^tes déclamations d'amour, mais qu'elle ne t'aime pas et qu'elle commeaee à se lasser de toi...

Liévin bondit tout à coup sur son siège comme un li<m blessé et recula de quelques pas. Puis^ fixant 4id là sur son père un regard étincdant, il s'écria :

— C'est faux ! c'est faux, ce qu^ vous dites là I

— Ce que je dis ? répéta Gérard Denis avec sapg-froid j ce qu'a dit la jeune fille de Marienland^ veux-tu dire? Peutêtre aussi e^-ce une fausseté; je ae voudrais pas en rérpondre.

— Pourquoi, mon père, pourquoi me briser le cœur avejc toutes ces calomnies ? Oh! grâce, grâce 1 laissez-moi parv lir ; je souilï^ horriblement; tout tourne autour de moil.«> ma tête va éclater !

Tandis que Liévin, tout frémissant, se couvrait les yeuf des deux mains, le chef-doyen jeta sur lui un regard scru-^ tateur. Puis il se leva, prit son âls par la main et le ramena ) à son siège en lui disant d'une voix douce et consolante :

— Il est bien pénible, le triste devoir que j'ai à remplir comme père; mais il le faut. Assieds-toi, Liévin, je serai bref. Vols-tu, mon fHs, je ne puis souffrir plus longtemps

371 LE TRIBUN DK OAND.

que tu sois l'objet de la risée publique et qu'on te fasse mourir de cbagrin, ne fût-ce que par une coupable légèreté. Je te conseille de rompre dès aujourd'hui avec la fille du capitaine général!... Tu ne réponds pas! Jeté l'ordonne 1 Gel ordre est irrévocable 1 Que dis-tu ?

— Eh bien, puisque mon cruel destin le veut, je le ferat! dit Liévin d'une voix étouffée.

—Merci, mon fils, dit Gérard, et bénis Dieu, qui te délivre aujourd'hui de tes affreuses souffrances. Relève courageusement la tête : tes chaînes sont brisées ; ton existence va redevenir libre et joyeuse, et, si ton cœur a besoin d'amour, cent jeunes filles s'estimeront flères de pouvoir offrir le leur au fils du chef-doyen des métiers de Gand. Tu peux élever les yeux jusqu'aux descendantes des plus nobles races, Liévin.

Le jeune homme, accablé sous le poids de la fatale résolution qu'il venait de prendre, demeurait immobile, la tête baissée devant son père, et n'entendait peut-être même pas ce qu'il lui disait.

— L'amour est une passion aveugle ; il nous empêche de voir dans l'avenir et nous fait souvent commettre des imprudences qu'on déplore ensuite toute sa vie. Il est bien heureux que l'infidélité de celle que tu aimais t'éloigne d'une famille qui ne tardera pas à succomber sous l'opprobre général. Vois ce qui se passe en Flandre; dans toutes les villes, sur tous les points du pays, on se soulève avec colère contre la domination d'Artevelde; le capitaine général n'a plus ni paix ni trêve; il voyage d'une commune à l'autre pour conjurer la révolte qui menace; mais à peine est-il parti, que derrière lui se rallume plus ardent le foyer de la colère du peuple. Que la haine qu'on porte dans toute la Flandre au capitaine général soit juste ou non, je ne l'examine pas; mais il est évident qu'un abîme s'ouvre sous ses pieds et qu'il

y tombera avec tous les siens.. Même à Gand^ où Ton craint et où l'on doit craindre le plus sa puissance, une tempête terrible éclatera probablement avant peu contre lui, — tempête qui s'annonce déjà à l'horizon aux yeux de quiconque sait prévoir, même dans le calme sinistre de la mer^ Touragan qui s'approche. Eh bien, mon fils, si la coupable conduite de Yeerle et de Ghelnoot n'eût pas brisé le lien qui t'attachait indissolublement au capitaine général, tu serais tombé avec lui ; ta carrière serait brisée à jamais. Maintenant, l'avenir t'appartient; encore quelques années et tu auras l'âge qui te donnera le droit d'occuper les plus hautes fonctions delà commune... Ton père, capitaine général -de Gand peut-être, travaillera à ton élévation; et Dieu sait. Liévin, quelle gloire et quelle puissance le destin réserve à notre maisonl... Mais, pour qu'un tel espoir nous soit permis» il faut que tu brises résolument avec Artevelde et les siens. J'ai confiance dans la virile énergie qui se réveille en toi, et je ne crains pas d'être obligé de recourir à mon autorité paternelle pour le sauver malgré toi d'une perte infaillible... La soirée est déjà avancée; tu as besoin de repos et de distraction après une aussi importante résolution. Je te quitte pour aller trouver à la Syrène notre ami Calevoet; allons, Liévin, plus de chagrin ; va au Lion t'amuser avec tes camarades. Tranquillise-toi; à bientôt I

A ces mots, il frappa sur l'épaule de son fils, comme pour l'encourager, et descendit l'escalier.

Liévin resta immobile, abimé dans un profond désespoir ; longtemps après, et lorsque les ombres de la nuit eurent rendu dans la chambre tous les objets invisibles, il quitta son siège, et, se promenant avec agitation :

—Je lui sers de passe-temps ! se disait- il ; elle ne m'aime pas et prend un ironique plaisir à mes protestations d'amour 1 Mon Dieu, mou D|eu, ce n'est pas vrai U,. ^^jfi

2^4 LS rniiruN de gand.

quéDes raisons de mentir "peut avoir cette jeune Me de Marienland? Elle a entendu tcmt cela elle-même.. . Veerlo était, en eAlBt, hier après dîner au Béguinage; c'est môme pour cela que Je ne lui ai pas rendu visite; èperfidiel Et Bruxelles! Bruxelles t Ah't c'en est fait» c'est un rocher qui m'oppresse le cœur, Jemoiurrai de douleur;.... mais le sort en est jeté 1

Sous cette impression, il descendit au rez-de-chaussée, ifiît son chaperon et sortit sans saluer personne.

Dominé par la colère et par la douleur, Liovin marcha d'un pas rapide et au hasard par les rues au milieu de Tobscurlté, jusqu'à ce que, sans s'en douter lui-môme, il se trouvât à la porte de la demeure d'Arteveldc. Là, son courage l'abandonna tout à coup; lise prit, à trembler comme une feuille, et, quand il voulut saisir le marteau de fer, il n'eut pas la force d'élever la main jusque là. A demi af- Aiissé sur lui-même et appuyé contre le montant de la porte, il réfléchit et se pénétra vivement de ce qu'il allait faire en ce moment.

Il allait rompre avec Veerlo, lui dire adieu pour jamais, la repousser loin de lui, comme une coupable 1 Peut-être àllait-il briser le cœur d'une amie innocente, par. cette cruelle rupture! Et puis il ne verrait plus le doux sourire de cet ange, il n'entendrait plus sa voix, il deviendrait son ennemi, à elle qui, comme un esprit protecteur, avait répandu le bonheur sur son enfance et sa jeunesse I Yeerle le iiaïraitl elle mourrait peut-être comme une fleur dont la racine est rongée par un ver dévorant!... Quelle vie pour le pauvre Liévin! car son amour pour Veerle a jeté de profondes racines dans son esprit et dans son cœur; ses pensées, ses sentiments ont emprunté à cet amour leur forme et leur nature; cet amour, c'est son être, c'est rame de toutes ses émotions, c'est le ressort qui entretient et gouverne sa vie. EtoufTer cet amour, c'est mourir ! et il sent bien, l'infor^

Lfi TRIBUN M 6AlN«. :r75

Umé iewfkià iioHune, q^& œ .fu'ii va faire, c'e$t «gner BiDn arrêt de <iioirt> ^ «'est ouvrir deux tooibes pieut-étiiel El pourquoi? Ahl iisoufire davantage lencore mainiefiaatl Cette question évoque sous ses yen% Vimage de soa pêne ^ son âme martyrisée repousse cette image et implore grâce... Il s'affaifise» extéaué, sur le seuil de la porte, et^ eu proie à la fièvre qjui s'est emparée de lui> il oublie sa situation. Pui^ tout à coup, il se sentit saisi sous les bras et soulevé de terre par deux mains robustes ; il entendit en même temps une voix goguenarde qui lui disait :

— Ebl ehj camarade, quand on a bu un trop bon eoup au Renard, on peut aller dormir ailleurs qu'à la porte du ca^ pitaine général!

£n reconnaissant cette voix, Liévin se redressa viveoaeîit^ porta la main à soa couteau et s'écria comme si une vipère l'eût mordu :

— Muggelynt arrière I arrière | retirez-toi) ne me touche pas, ou mon couteau...

— Tiens, tiens! s'écria le roi des ribauds en riant; c'est notre ami Liévin ! Si votre père savait cela, lui qui croit que vous ne buvez ni vin ni bière 1 Cela vous apprendra combien il est dangereux de trop boire quand on s'en va faire l'amour.

Le jeune homme, debout, tremblant de colère , fut sur le point, dans un premier mouvement, de plonger son couteau dans le sein du roi des ribauds; mais la pensée d'un meurtre le fit frémir. Et, comme pour échapper à la tentation et se' délivrer de la présence de Muggelyn , Liévin saisit fébrilement le marteau de fer et le fit retentir à plusieurs reprises sur la porte d'Artevelde.

Le roi des ribauds s'éloigna rapidement, comme un oiseau de nuit, en disant :

— Bonne chance avec votre belle; elle va joliment vous laver la tète de ce que vous avez si bien leté Bacchus t

S76 Ll TRIBUM Dl 6AND.

Une servante ouvrit la porte, et Liévin, tout égaré, entra dans la chambre où Veerle se trouvait avec sa mère.

Dame Artevelde fut tout effrayée de voir le jeune homme apparaître devant elle, d'une façon si imprévue. Et, en effet, il était terrible à voir : la pâleur de la mort décolorait ses joues; de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front; il tremblait de tous ses membres, et ses yeux, étincelants de jalousie, lançaient un foudroyant regard sur Veerle, qui, cachant son visage dans ses mains, pleurait amèrement au coin de la cheminée.

La jeune fille avait bien levé la tête quand la porte s'était ouverte; elle avait làncéà Liévin un regard irrité, et comme si sa présence lui pesait, au lieu de la réjouir, elle avait porté les mains à ses yeux, sans même saluer son bien-aimé.

A l'entrée du jeune homme, dame Artevelde courut à lui, l'entoura de ses bras avec compassion comme pour le soutenir, lui prit la main, et dit avec inquiétude :

— Pauvre Liévin, qu'avez-vous? qu'est-ce que cette émotion morlelle?

Mais le jeune homme, hors de lui, lui serra convulsivement la main avec force, et resta immobile, les yeux, d'où sortaient comme des éclairs, toujours fixés sur Veerle.

— Oh ! mon Dieu I s'écria dame Van Artevelde d'une voix déchirante, quel malheur! quel malheur! Veerle, Veerle, il est fou 1

Au cri d'angoisse de sa mère, Veerle se redressa brusque ment, et, toute tremblante, considéra le pâle visage de son bien-aimé. Tout à coup des cris inintelligibles s'échappèren» de son sein, et, en éclatant en sanglots, elle posa ses deux mains sur les joues glacées du jeune homme , le regardé fixement dans les yeux, et chercha à pénétrer jusqu'au fond de son âme pour y trouver la cause de l'émotion qui l'agitait.

— Non, non, s'écria-t-elle, avec un rire égaré, ce n'es»

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pas vrai, ma mère 1 Non 1 nont Pauvre ami , qu'as-tu ? Oh 1 parle» au nom de Dieu; que j'eatende encore ta volxl

Et, comme elle ne recevait aucune réponse de Liévin, elle appuya ses lèvres frémissantes sur son front, comme si, dans son égarement, elle ne connaissait plus d'autre moyen de rappeler son ami à la conscience de lui-même, que cette preuve suprême de son affection pour lui.

En effet, un sourire d'une ineffable douceur vint illuminer le visage du jeune homme. Son œil adouci jeta un douloureux regard sur Fange qui l'avait sauvé et, pour toute réponse, il dit :

— Veerle, pauvre Veerle ! merci de ce que vous avez eu pilié de moi 1

— -Ohl béni soit Dieu durant l'éternité! s'écria Veerle avec transport en répondant par un céleste sourire au sourire de Liévin.

Elle se hâta de prendre un verre de cristal sur la table, en versa de l'eau dans une coupe d'argent, et, la portant avec une tendre sollicilude aux lèvres de Liévin, elle lui dit de sa voix la plus douce :

— Tiens, bois, mon pauvre ami; assieds-toi près de moi. Tu as bien fait de venir chercher des consolations ici; je chasserai bien le désespoir de ton àme.

Elle fit asseoir Liévin sur un siège à côté d'elle, sans abandonner sa main, et s'efforça, par un sourire dans lequel rayonnait le plus ardent amour, de dissiper le chagrin qui oppressait le cœur du jeune homme.

Il contemplait avec extase le visage charmant de Veerle, et dit d'une voix tremblante de bonheur :

— 0 Veerle! j'ai enduré des souffrances inexprimables; aujourd'hui, j'ai senti dix fois mon cœur se briser; j'étais comme une âme damnée plongée dans l'enfer du doute. Je ne sais ce qui se passe en moil En ce moment, je vois le ciel

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imà tet MUs adorés ; mm ^ùm ^goûte )àne su^éme féiicilé ; le bonheur f ecoaUe... Feut^étre sute-je iDdensé<! — Oh 1 non, Bon, Veeriel merci, merci à vou», d'être toujours restée ma ^ère ei Adèle amie! Tolare sourire seul est la vérité, — tout te reste est mensonge et calomnie ( Dût le monde entier faire de moiie joael de ses railleries, dussé-je me courber sous la plus affreuse réprdi)ation, je reste à vous, toujours, toujours, Jusque dans la tombe t

— Mais, Liévin, dit dame Ârtevelde, vous étiez, en en- Iram, lellemeiit ému, qu'il a dû se passer des choses terri* blés. Je crois comprendre à votre langage que la calomnie qui BOUS poursuit vous a encore choisi pour victime. La franchise seule peut vous protéger contre le venin par lequel en veut empoisonner votre vie. Dites-nous hardiment ce qui vous a si cnieUemeat ému > ce n'est que dans la plus entière sincérité que vous pouvez trouver tous deux la consolation et le repos.

Liévin hésita quelque temps à répondre à cette question; 41 semblait arrêté par un obstacle insurmontable, et baissait la tête avec confusion.

Dame Artevelde hii demanda en le regardant sévèretteïit:

— Liévin, vous sentez-vous donc coupable, pour que vous n'osiez pas parier?

Veerle épiait avec anxiété les moindres mouvements du jeune homme; une expression de dépit et de tristesse obscurcit tout à coup ses traits comme un sombre voile, ei, presque insensiblement, elle dégagea sa main de la main de Liévin.

— Ah! s'écria-t-il enfin, il y a des choses qu'on ne peut révéler; mais vous pouvez mesurer la mortelle douimir que J'endure : je suis venu ici pour dire à Yeerle un éternel adieu.

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