‹ Le tribunal d'inquisition de Pamiers [microform]Chapitre 12 sur 32 · N- LXIX, LXXVII · texte numérisé non relu

N- LXIX, LXXVII

(4) Voici le début du premier interrogatoire de Jean Maury par Jacques Fournier. 11 contient le résumé des formalités qui ont suivi la capture de ce fugitif, jusqu'à sa remise à Tévéque de Pamiers:

«Anno Domini M^CCC^XXIir, die XVIII» mensis febroarii Johannes Maurini filius Raymundi Maurini condam de Monte Alionis, dyocesis Appamiarum, qui per longum tempus steterat in partibus Cathalonie et regni Aragonie fugitivus a Regno Francie pro crimine heresis de quo suspectus vehementer habebatur, captus per Arnaldum Cicredi de Ax, nuncium et familiarem Reverendi in Christo Patris domini Jacobi, Dei gratia Appamiarum episcopi, et Religiosi viri fratris Johannis de Belna, ordinis Predicatorum... Qui Arnaldus missus per predictos dominos episcopum et inquisitorem ad partes Regni Aragonie ad perquirendum et capiendum dictam Johannem Maurini, et alios bereticos^ et credentes eorum dyocesis Appamiensis... dictum Johannem cepit apud Castrum Asinorum dyocesis Ilerdensis una cum Sperta socru sua et Matheva uxore sua, filia dicte Sperte, et captus ductus fuit ad dominum episcopum Ylerdensem in cujus dyocesi habitabat; qui tandem de mandat©. Sanctissimi Patris et Domini nostri, domini Johannis digna Dei Providentia Summi Pontificis, litteratorie facto dicto domino episcopo Ylerdensi et inquisitori Aragonie fuit restitutus et remissus dicto do-

Ouillem Maurs, réfugié à Puycerda, dans les états du roi de Majorque, y est relancé par Arnaud Sicret et Guilhem Mathieu, arrêté par le viguier royal, et remis à l'inquisiteur du royaume, qui le restitue à l'évêque de Pamiers ut fieri decehat (1). La Practica de Bernard Gui contient la lettre adressée par cet inquisiteur à ses collègues d'Espagne pour la remise de divers hérétiques réfugiés (2).

On n'a pas oublié que l'inquisiteur a le droit, pour découvrir les fugitifs, de compter sur l'aide de tous les fidèles (3). Bernard Gui le rappelle à l'occasion de Pierre Antier, Pierre Sanche et Sanche Mercadier, dont il ordonne la capture, en promettant à celui qui l'aura effectuée une récompense éternelle et une rémunération temporelle (4).

Le dessein de mériter les faveurs de l'Inquisition avait poussé. Arnaud Sicret à entreprendre la chasse à l'hérétique; pour Biaise Boyer c'était l'espoir d'éviter la confiscation des biens et une peine infamante (5). Cet espoir était fondé sur une promesse formelle

mino inquisitori Carcassone ut eius fugitivus; et dictus dominus inquisitor eum commisit examinandum dicto domino episcopo Appamiarum et fratri Galhardo de Pomeriis ordinis Predicatorum, socio dicti domini episcopi, cui comisit ut una cum dicto domino episcopo inquireret, examinaret, caperet et alia faceret necessaria vel opportuna pro facto Inquisitionis citra sententiam contra quascumque personas dyocesis Appamiensis» (folio 213 D).

(1) N« XLIX, folio 152 A. Voir dans Ch. Molinier {Arch, des Missions, vol. cit., p. 304) le texte contenant ces formalités.

(2) «Littera directa ad partes Hispaniae contra sectatores Dulcini liaeretici» {Practica, p. 350-352).

(3) Conc. de Toulouse (Harduin, t. VII, c. 178) ; Ordonnances de Parchevêque de Narbonne {Hist. de Languedoc, t. VIII, c. 981).

(4) Practica, p. 4, n. 3. — (Le 10 août 1309). Cf. p. 6, n. 6.

(5) Le frère de Sicret lui avait conseillé ce moyen pour recouvrer son patrimoine: «Non videbat viam qualiter dictam domum [suam] reeuperaret nisi aliquem hereticum caperet» [folio 119 C]. Pour Boyer: ^<Fuit sibi promissa gratia de poena confusibili et amissionebonorum... pe mandato... Joannis de Prato... tune inquisitoris her. prav., qui ipsum Blasium ad praedicta specialiter destinavit » . . . TDoat, XXVII, folios 85 v°, 109-110).

LE TRIBUNAL d'jNQUISITION DE PAMIERS

de l'inquisiteur, qui se fit, d'ailleurs, un devoir de la tenir (1) Un autre Narbonnais, Jean Corrozel, de la secte des Béguins, mérite de bénéficier d'une semblable remise de peines en s'emparant de trois suspects (2). Le Registre du greffe de l'Inquisisition de Carcassonne présente des exemples de pareilles faveurs qu'expliquent seulement la promesse de l'inquisiteur de se montrer indulgent, le cas échéant, et l'accomplissement par l'accusé de l'œuvre dont sa liberté est le prix (3).

Innocent IV avait permis que l'on encourageât par ce moyen la capture des fugitifs (4), et Bernard Gui, dans sa forma ahsolvendi et quittandi aliquem, ciii fuit promissa gratia si procuraret capi et haberi aîiquem hereticum veî hereticos débita cum e ffect H, fskit allusion à un véritable pacte conclu pour cela entre le juge et l'inculpé (5). Les inquisiteurs pouvaient, ainsi, tirer parti de l'embarras des accusés pour avoir des renseignements précieux et même mettre la main sur des hérétiques (6). Enfin, le coupable repentant, renvoyé avant ou après sa pénitence, devait jurer de s'employer activement à la recherche des hérétiques. Alazaïs den Vernaux fait cette promesse en abjurant l'erreur (7).

(1) Doat, XXVII. folio 109-110.

(2) Doat, XXVI II, folio 162 v^.

(3) Douais, Documents, etc. II, p. 131, n. XXIX, p. 132, note 2. Cf. Molinier, op. city p. 324-326. Voir un autre exemple dans Vidal, Jean Galand et les Carcassonnais, p. 16, 39, 40.

(4) «Si voluerint bonam satisfactionem praestare quod... fidem servabunt catholicam et deffendant, impugnando pro viribus et prosequendo, accusando et etiam capiendo hereticos ». (1249. — Doat, XXI, folio 76. Cf. Molinier, V Inquisition dans le Midi, p. 323).

(5) Practica, p. 48, n. 12; cf. p. 185.

(6) Bernard Gui constate qu'on a coutume de traiter ces gens-là avec douceur: «Cum per conversionem talium negotium fidei et officium Inquisitionis multipliciter illuminentur et promoveantur, sicut sepius est compertum, consueverunt taies recipi ab inquisitoribus cum magna gratia et favore, et procurare eisdem necessaria unde vivere valeant a principibus et prelatis» (Practica, p. 219).

(7) Folio 101 C. Voir ms. 4030 du Vat., passim, les textes d'abjuration; et Practica, p. 92.

Somme toute il était rare que les inquisiteurs n'arrivassent pas à se rendre maîtres des contumaces. Parmi les justiciablesdu tribunal de Pamiers il en est vingt sept qui comparaissent après arrestation et incarcération préalables. Sur ce nombre^ neuf ont été appréhendés purement et simplement « capti, detenti » (1): on ne voit pas qu'ils aient été touchés par une citation. Pour onze la citation a été de nul effet; on les a « capti, adducti » (2) ; sept qui avaient pris la fuite ont été capturés en dehors du diocèse: «fugitivi; capti; adducti» (3). Contre plusieurs on essaye de l'excommunication: ainsi, contre Béatrix Gleizes, Guillemette Bénet (4), et Pierre Guillem, qui ayant pris la fuite après sa citation se hâte de comparaître dès que la censure est fulminée (5). Bernard Clerc y met moins d'empressement et finit par être arrêté par les gens du comte de Foix (6).. La Pracfîca contient une formule d'excommunication contre cette sorte de fugitifs (7).

Les prisonniers sont écroués à Pamiers, dans la prison del'évêque, ou bien aux Allemans, dans les cachots de l'Inquisition. L'absence du juge ou le trop grand nombre d'afi'aires. inscrites au rôle sont des raisons de retarder leur première comparution (8).

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