‹ Le tribunal internationalChapitre 23 sur 55 · LIVRE II. — I. ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. — I. ANTIQUITÉ

lyons occupent la première place. Il avait, en Grèce,plusieurs conseils des amphictyons, ' mais le plus important était celui de Pylos-Delphique dont le devoir était de défendre les deux sanctuaires de Demetre à Antèle, près dos Thermopyles et d'Apollon à Delphes. Les députés de la Grèce presque entière s'y réunissaient deux fois par an. Les écrivains étaient, pendant longtemps, enclins à voir dans ces assemblées périodiques une sorte de congrès investi même d'un pouvoir judiciaire. * Ils onl probablement été induits en erreur par certains textes des anciens eux-mêmes, où rassemblée des députés est appelée « consistoire général des Grecs. » ^ mais une étude plus approfondie de la question ne nous permet pas d* entendre ces passages d'après leur sens littéral. ^

^ Toutes les questions relatives à Thistoire, à rorganisation et aux fonctions des conseils des amphictyons sont traitées avec beaucoup de savoir dans Touvrage de Burgel. Diepylaeisch-delphische Amphikiyonie. 1877.

' Cette erreur existe même aujourd'hui, particulièrement parmi les amis de la paix. Par exemple Ledd dit des conseils des amphictyons : « ils réglaient tous les différends et toutes les dissensions entre les villes delà Grèce ; leurs décisions jouissaient d'un grand respect et étaient considérées comme inviolables. > (Dans Prize Essays on a Congress of Nations, p. 556). Marcoartu afOrme également que les amphictyons sauvegardaient la paix entre les États de Grèce pendant 15 siècles (dans Prize Essays on international lato, 1876, p. 3i).

* Chez les auteurs grecs : wvi^piov tûv 'EÀÀisvuv ; chez Cicéron < coni' mune Grascix consistonumn.

* Les amphictyonies étaient des associations à la fois politiques et religieuses qui formaient, comme le nom Tindique, un certain nombre d'Étals limitrophes, dans le but de régler à Tamiable leurs mutuelles relations.

« Le véritable caractère des amphictyons était de décerner des récompenses nationales, d ériger des statues, des tombeaux à ceux qui avaient bien servi la patrie commune, ou jeter la malédiction sur la tête coupable. »

« A ce même titre de tribunal religieux, le conseil des amphictyons exerçait dans rintérieur de la Grèce une sorte de suprême justice de paix et de conciliation. De même qu'au moyen-âge le clergé s'efforça par l'institution de la trêve de Dieu de mettre quelque frein aux passions violentes, les amphictyons imposèrent aux guerres entre les membres de la confédération certaines limites et certains tempéraments. Il était interdit à toute armée assiégeant une ville amphictyonique de couper les conduits ou de détourner les fleuves qui lui apportaient l'eau ; la ville prise, dé-

Le conseil des amphictyons de Delphes, étant principalement une institution religieuse, n'avait jamais possédé ni une importance politique considérable ni la force. Aux époques les plus critiques pour la Grèce, il garda le silence * et finit par se transformer, entre les mains de Philippe de Macédoine, en un instrument de servitude. Nonobstant toutes ces imperfections, son -existence n'était pas complètement stérile ; car il y a déjà cela d'important que, ne fût-ce que dans la sphère de la religion, il a développé le sentiment de Taffinité spirituelle entre les tribus grecques. Un des principaux sanctuaires de la Grèce fut placé sous sa sauvegarde. Les Grecs, en se réunissant auprès de lui pour accomplir les prières et les sacrifices communs étaient obligés de cesser pour quelque temps leurs dissensions et de faire des besoins ejt des vœux généraux Pobj et de leurs délibérations. C'est pourquoi le conseil des amphictyons de Delphes, avait malgré sa faiblesse politique et particulièrement au commencement de rhistoire de Grèce, quelque signification internationale. « Il prescrivait à ses membres de traiter plus

Fense aux vainqueurs de la détruire ; daas le cours de la guerre, on devait s'accorder des trêves pour ensevelir les morts ; car les sacrilèges seuls restaient sans sépulture ; après la victoire, n'élever aucun trophée durable, pour ne pas éterniser les haines, & moins que ces trophées, comme ceux de Salamine et de Marathon, ne rappelassent un triomphe sur les barbares; respect à ceux qui se réfugiaient dans les temples ; enfin liberté pour tous d'assister aux jeux publics, d'aller consulter les oraclesj de se rendre au temple commun, dV sacrifier, etc. Tel était parmi les Grecs le droit des gens, dont les amphictyons étaient les gardiens. Ces règlements étaic^nt mis sous la sanction de véritables anathèmes. Des imprécations prononcées, Tamphictyon jurait d'employer sa voix, ses pieds, ses mains, à dénoncer, à, poursuivre, à frapper le coupable. Malheur donc à qui violait les règlements amphictyouiques! Pour le punir, le tribunal suspendait ses propres lois de clémence. Tout Grec était tenu de répondre au premier appel des amphictyons et de prêter ses mains à Texécution de leurs décrets, Clisthème de Sicyône, qui les seconda énergiquement contre Cirrha, reçut d eux en retour un appui efficace dans ses projets de tyrannie sur sa patrie. >» (V. Duruy, Hist. de lUincienne G/êce, T. I, pp. 319, 322 et 323). "^ (Note du traducteur)

* Laurent, Études sur rhistoire de l'humanité. 2c édit. II, 93.

* Consulter pour les détails Burgel, ouv. cité, p. 193 et suiv.

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humainement les ennemis pendant la guerre et agissait, en tout ce qui lui était soumis, comme une autorité judiciaire, même au cas de choix des parties, en qualité d'arbitre. Son activité, à ce dernier point de vue,n*a probablement pas été restreinte, bien que, d*une manière certaine, nous en sachions très peu de chose. Le plus connu dans Thistoire est le procès que l'on appelle de « Délos » qui eut lieu entre les Athéniens et les Délossiens, environ 345 ou 343 av. J.-C, au sujet de la possession du temple d'Apollon, sis à Tîle de Délos. On peut penser que les parties ne s'étaient pas adressées aux amphictyons, sans que Philippe de Macédoine les y ait poussées. Le représentant des Délossiens était son partisan Eiphinate d'Olympe et celui des Athéniens, d'abord Eschine, puis après qu'il eût été éloigné par Taréopage, Hipéride. H semble que l'arrêt ait été rendu en faveur des Athéniens, qui continuèrent dans la suite à posséder le temple. ' Indépendamment des conseils des ampbictyons, Torade de Delphes apparaît aussi comme médiateur dans les dissensions entre les républiques grecques. Son influence sous le rapport politique était considérable ; mais elle s'exerçait par une voie indirecte. Dépourvu du droit d'initiative, il ne pouvait que donner des réponses aux questions qu'on lui posait, conseiller, mais non diriger, d*une manière indépendante, la vie politique. Les prêtres ayant en vue, le plus souvent, les intérêts du jour, et non la vérité, donnaient des réponses vagues et embrouillées ou telles que les puissants désiraient qu'elles fussent. D'autre part nous ne devons pas oublier que, dans quelques cas, rares à vrai dire^Tôracle de Delphes éleva la voix en faveur de la paix et des opprimés, que des contrées d'Orient et d'Occident sollicitèrent ses conseils, qu'enfin c'est lui qui le premier, dans sa réponse à Milet, a appelé toute la terre du nom de notre patrie. *

« Bilrgel, ouv. cité, p. 203 et 267.

* nà(7a yii narpiq, Cicéron l'appelle oracle de Tunivers {oraculum orbis), Laurent II, 302 et suiv.

fi^autres fois ^ Toracle ne fait simplement que désigner le lieu où il faut chercher un arbitre. Dans la dissension qui eut lieu entre les rois des Cyrénéens (environ 550 av. J.-C), il conseilla de choisir comme arbitre un citoyen de Mantinée ; le conflit fut, en conséquence, jugé par un Mantinéen, du nom de Démonax. * Les Grecs choisissaient fréquemment, en qualité d'arbitre, une ville amie quelconque (ttoXi; ïxK\r\Toç) OU bien des particuliers ayant mérité, par suite de quelque service, leur confiance. Quelquefois aussi le choix tombait sur des sages, même sur des vainqueurs heureux aux jeux de l'Olympe. * Les questions que Ton déférait à ce genre d'examen ne se distinguaient certes point par une grande importance politique. Celaient des discussions au sujet delà religion, du commerce ou des frontières, etc.*

* Barbeyrac, ouv. cité I, art 77, p. 58.

* Par exemple, à un de ces vainqueurs se sont adressés les Arcadiens et les Eléens, lors d'un différend à propos de frontières (Laurent, II, 138).

Les fêtes ou jeux olympiques formaient un lien pour tous les peuples de la Grèce ; en les forçant de déposer leurs haines au seuil du sol sacré, ils les invitaient à les oublier au retour. (Duruy, ouv. cité, T. I, p. 350).

{Note du traducteur).

' En voici quelques exemples : le conflit entre les Athéniens et les Mity* lénéens, au sujet du promontoire de Sigée, fut résolu par Périandre en faveur des premiers. ("Barbeyrac, I, art. 61, p. 47j; entre les Corinthiens et les Corcyréens, au sujet de Leucade, — conflit résolu par Thémistocle, il condamna les Corinthiens à payer 20 talents, après quoi les parties devaient posséder cette presqu'île en commun (Barbeyrac, art, 125 p, 101). Entre Athènes et Mégare, au sujet de la possession de Salamine, les deux républiques en appelèrent à l'arbitrage de Sparte, et le conflit fut résolu par une commission de cinq membres (Laurent, II, 138). Quelques autres exemples sont mentionnés par Pierantoni, Gli arbitrati internazionali e il trattato di Washinglqn, p. 05-68. — Calvo, Le droit international, 3e édit. (1880) ; II, 546. — Kchrabro-Wassilevsky, De Varbitrage international (en russe) dans la Revue russe de droit civil et criminel, 1881, II, p. 1-4.

M. Chrabro-Wassilevesky (dans son article sur Varbitrage international) dit ce qui suit : « Que l'arbitrage ne présentait rien d'extraordinaire ou exceptionnel dans la vie intérieure de la Grèce ; on le constate par ce fait que, môme les Romains, étrangers au droit grec, étant devenus les maîtres de la Grèce, avaient quelquefois recours à ce moyen afin de mettre an terme aux discordes des villes grecques. C'est ainsi que^vers le milieu du premier siècle devant J. -G. le préteur romain de l'île de Crète chargea

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