‹ Le Tribunal révolutionnaire (1793-1795):Chapitre 11 sur 14 · I>LAN · texte numérisé non relu

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LE TIIIBUKAL RÉVOLUTIONNAIRR EN 1793

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Depuis le milieu d'août et surtout daDS les premiers jours d'octobre, le vieux local du Parlemeut reprenait aon animation des jours anciens, des grands jours de lits de justice : seulement le personnel ëtait grandement dissemblable. C'était nn mouvement continu de juges ou de jurés, arrivant de leurs provinces, venant sa mettre à la disposition de Fouquier-Tinvilie, s'installant, prenant l'air du Palais, se familiarisant avec la nouveauté du lieu, faisant choix d'un cabinet parmi ceux laissés vacants par les magistrats de Cassation, et circulant dans le va-etvient des ouvriers posant des grilles, des prévenus conduits à l'inttruetion, des gendarmes groupant les condamnés, des Umoins, des geâliers, des avocats, des employés empressés et novices, des bourreaux attendant les ordres. Fouquier avait l'œil k tout, dirigeait tout, parait à tout. Il accueillait les nouveaux venus, les renseignait, les quittait pour siéger, correspondait avec le ministre, courait aux comités, rentrait fourbu, dormait trois heures, assistait aux interrogatoires, rédigeait les actes d'accusation, aidé par son ami Grébeauval', qui bien que nommé juge, n'en continuait pas moins la rédaction des réquisitoires, par Bonnet, l'homme à l'œil de verre, et par Lumière, un musicien de guinguettes^ qui,

' H GrébaftUT&l (Nicolu) dtait gecrùtaire de Fonqniar, quuid, le fi août 1793. H ht nommé jage tu tribun»]. An 30 leptembre U doTint aubglitut de l'accaBbleor public. » Domengat. ^oujuif'^rfff tillt ei le tribunal riBOialiannair*.

'b Fouquiflr Qt nommer juré un Tirtaio-Lumièra, av&nl la RévoluUoD joneur de violon aux guiQRuaUes qui avait dté placé an puqnct je ne sais par qui st qui n'avait aacane espèce d'aptitude au travail d'un cabinet d DépoeitioD de Anne Ducrct, coaseil public, an pivcis de Fouquier, Buchec et Bouï, t. XXXIV, p. 430. Jacqucs-

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FOVQUIKR S ÉLÈVE 123

lui serraient desecrétalres. L'entente, d'ailleurs, était parfaite, entre l'AccoBateur public et son substitut Lescot- Fienriot. Celui-ci était en li bonnes relations avec Grébeaural qu'il ne le quittait guàre : ils prenaient leurs repas enaernble : on les Buruommait le mari et ta femme '.

Au nombre des arrivants est Dobsen, t'un des anciens coUëgueg de Fouquier au tribunal éphémère du 17 aoAt i792. Depuis tors, Dobsen a rempli les fonctions de commissaire national près le tribunal du sixième arrondissement : président de la section de la cité, il a mené ardemment la lutte contre les Girondins, au 31 mai, ce qui lui valut de passer le premiersurla liste des juges au tribunal révolutionnaire, nommés par la Convention, dans la séance du 3 août*.

En même temps que Dobsen, paraît au tribunal Pierre- André Coffinbal. Ancien clerc chez un procureur au Cbâtelet, puis homms de loi, pour Fouquier une vieille connaiuaoce ; lui aussi fit partie, en qualité déjuge, du tribunal du 17 août. C'est un homme de trente et un ans% robuste et grand comme un Hercule, arec des yeux noirs, d'épais sourcils, un teint jaune et une voix retentissante. Il a été successivement médecin, avocat, saute-ruisteau, orateur de clubs, commissaire du district de Saint-Louisen-l'Ue, où il habite, rue Le Regrattier, commissaire na-

Nicol&B Lniniëre avait qaarante-qvatre ans el tut membre duConseil gdnéral de ie. CommnDe de Paris.

' CatnpardoD, [, S3.

*No(«a et minutBB pour la rédaction dn procis-verbal de la Oonventloa natianals do S août 1783. RégnltaU dei BcmUai poor la Domination de iept Jugea au tribunal crimioet eitraordinaira. Dobian (lie) a obtenu W voix. On le rappelle que la Conveolioa Ëtaft compotée, au commencement de 17a3. de T49 membres.

'Uofrinh&I naquit en 176t, à Aurillac. Douarche II. 877. D'autres (Lebas, DieHortnaire historique de la Fraitee) le (ont nattre en 1T34. C'est la date acceptée par Ch. Monsclet {Biitoirt da Iribunai rioo' lulionnaire).

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124 LE TRIBDNM, RÉVOLDTIONNAIBB

iional près lo tribunal du deuxième arroudiBsemenli. C'est ià. qu'est allé le chercher le vote de la ConventiOD '.

Du même jour sont nommés jugée, Scelller, déjà rencoDtré également au tribunal du 17 aoât ; il a trente-sept ans et remplit les fonctions de juge au deuxième arrondiseement; — Gabriel Deliège, président du Tribunal de la Marne et qui fut député h la LégislatiTe, — Maire- Sarary, ancien avocat au Parlement, juge au tribunal du premier arrondissement. Quelques jours plus tard se présente un provincial, Herman, qu'un décret du 38 août a nommé président en remplacement de Montané, toujours détenu.

Herman est un beau garçon de trente-quatre ans, de tournure élégante : il appartient & une très honorable famille de Saint-Pol : son père, mort depuis un mois, fut greffier en chef des Etats d'Artois*, hui-môme, après de bonnes études, d'abord juge en sa ville natale est passé en la même qualité à Arras : il a été successivement président de l'Administration, puis du tribunal criminel du Pas-de-Calais. Robespierre qui l'estime « comme un homme éclairé et probe, capable des plus hauts emplois *», l'a désigné au comité de salut public comme un magistrat d'un patriotisme éprouvé. Au vrai, Herman est un candide : il a eu la mauvaise chance, étant à Arras, de

'A. Don&rche., outr. cit., 11,877.

'CofflnhBl ent 6i voix, Grébeauval 63, Petit d'Hanterive 61.

Deliège 60 et Scutlier il.

'Etat civil de Saint-Pol. Acte de décès de Nîcolas-PraJiçota-Joseph HârmaD, i" mars 1T93. CommimicatiaQ de M, }<.. ICdmont. membre de la GDmmiBsion dëpartem entai e des monumenU historiques de Saint-Pel. Je me permets de Umoifnier ici à M. E. EdnoDt toute ma recoonaïssancD pour l'érudlt ot confraternol empressement qu'il a apporté 4 rechercher daiu les archives Soînt-Polaises les renseignemeots concernant Herman et sa famille.

' Paria. Histoire de Joseph Ltbau, 1, 100.

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rOUQUIER ft'iLJtVE 185

choisir pour servante une pauvre paysanne de vingt-cinq ans. Prudence Foucquart, abBolument illettrée, fille d'uu ménager de Willerval : comme, après quelques mois de service, elle était sur le point d'être mère, Herman, très chevaleresque, a épousé sa domestique '. Il a des goûts simples, aime la lecture et lo jardinage, et se pique d'une désolante sensibilité, d'un manque absolu d'ambition, mais aussi d'un inébranlable altacbemenl à ce qu'il considère comme son devoir. Au total un homme doux et terrible.

René Oumas qui lui est accolé comme vice-prësideut, . et qui débarque de Lons-le-Saulnier*, est tout autre : dans sa petite ville, où il est redouté, on l'appelait Dumas le rouge, « pour le distinguer de son frère, avocat comme lui, et par allusion à la couleur ardente de ses cheveux, à la rousseur de son visage et de ses mains, désavantages qu'il cherchait à atténuer en s'afTublant de vêtements écarlateg. » Dumas le roage a trente-six ans, étant né i. Jussey (Uaut«-SaAQe), en 17S7. D'abord au séminaire, puis chez les Bénédictins, il a rompu ses voeux avant d'avoir reçu les ordres. La tradition de Lons-le-Saulnier l'accuse d'une

' Au reçu do sa. nomination, Damas écrit celU lettre ; doDt td conciBion le [leinl assez justement :

■ Au minxalre de la jualice. Râné-Françoit Dumaa, oice-présidtnt du Iriiunal criminei extraordinairt,

I J'ai rasa la décret du iS de ce moU et votre latlra du 39 : aujourd'bni iO, je suis à mon posta.

i Ren£ Dumas, h

Dumas babilait Paiis depuis la mois de juin, il logeait rue de Bichelieu. ii*55 (>rcAiiiw nafionoZssS'BB, d*S4), puis me de Buauue {Archive) nationalei, mâme dounâes) et enQn dans la rae de tiaine. Il avait habita, en 178S, me des ProOTaires. Mémoiree de la tociété ifimulatUm du Jura, 1S67.

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126 LE TRrBUNAL RÉVOLmONNAIRE

InfAme passion poar l'une de ses Irois sœurs ' a qui n'étaient dëpouiTues ni de grAce ni de besuté », passion dont la malheureuse fut victime. Plus tard, dit-on, elle qd fit l'aveu.

Voici par quel exploit ce personnage s'4tait signala & la bienveillance des comités : le frère aîné de Dumas était, on l'a dit, avocat k Lons-le-Saulnier : son père commandait la gendarmerie de cette vilie : tous deux faisaient partie de l'administration du département du Jura ; mais jls étaient modérés et la société populaire, à laquelle ils déplaisaient, dépêcha vers Paris un groupe de citoyens éprouvés pour signaler leur tiédeur h la Conreation. Dumas le rouge ne refusa pas de se joindre à cett« dépntation ; il dénonça sans honte, ses plus proches parents'. Dumas l'atné eut heureusement le temps de passer ta frontière et se réfUgfa à Genève. Plus tard, pour justifier ses concitoyena, il écrira, de là, à son frère, deveoa président du tribunal révolutionnaire et celui-ci, reconnaissant l'écriture, au vu de l'adresse, refusera d'ouvrir la lettre, si ce n'est en présence de témoins ; cette lettre est aux Archives nationales' elle porte, de la main de Dumas, cette mention :

« Le présent jour il m'est arrivé une lettre sans enveloppe, timbrée Gendre; j'ai reconnu l'écriture et j'en ai fait l'ouverture en présence de Fouquier, accusateur public et de Liendon son substitut, et, après avoirpris lecture en commun, j'ai demandé et il a été convenu qu'elle serait déposée au parquet pour y servir de pièce à conviction contre son auteur et se^ complices. Au parquet le 18 floréal an tl. »

■N..., Cluidetto et BoaoUe, SooUté tTimulalion du Jura. ■Levot. BUtoirt de la vllh et du port de Breet, p. SIS, d'aprèi L'Ârmuaire du Jvra pour tSM.

• L lOït.

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roUQUIBR s'ftLtlTE 127

Voilà pourquoi l'image de Bmtus n'était pas déplacée dans les looaax dulribuDal.

Dumas aurait pu, d'ailleurs, se réclamer d'antres héros de l'antiquité et Méuélas, l'ancêtre légendaire des maris malheureux, devait, à ce litre spécial, lui servir de parrain. Le vice-président du tribunal révolutionnaire était en effet l'époux d'une jeune femme, « très jolie et très ambitieuse' je, qu'avait grandement séduite l'éloquence et l'impétuosité patriotique de Pierre-Louis Ragmey, autre avocat h. Lo n s-le- San I nier. Le mari, assure-t-on, avait surpris les relations qui bientôt s'établirent entre sa femme et son collègue, et il se montrait tolérant. Itagmey ne quittait pas fe ménage Dumas. Il fut, avec eux, du voyage de Paris, lors de la dénonciation portée k la Convention contre les modérés de Lons-le-Sautnier : il fut du voyage de retour, voyage qui prit lin à Dùle, car les deux compères n'osèrent affronter les huées de leurs concitoyens : et, comme ils avaient titres égaux à une récompense nationale, lorsque Dumas fut nommé vice-président du tribunal. Ragmey y fut promu juge. L'intime union persista donc entre les deux amis* et la paix du ménage, durant quelques mois, du moÎDs, ne fut pas troublée ^

* LftTOt. Hiêtoirt ttu port ttdela villa d« Brttt, S17.

' Une leltre précieuie. aorta d'anlobiographie, d&téa de 1789, coiH' plâtera Ift Kilbonelte de Dumas : celte Lettre, publiée par lei MinwiTt lie la Sociilé tïimulalion du Jura, était adreisée p&r Dnmaa luî-mems fc M-* de Laaraguaia, de Laquelle 11 lollicittùt un

< Madame, « ...Je loli tgé de trents-dem ans, d'une taille ordinaire, d'une eooiUtaition midlocre, d'une figure peu avautageoBe, ««pendant aUQ eildrienr a rarement prévenu contre mol. Sans Ëroldear, ai Indifférence, la raison et l'expérience ont pent-Btre pins contribué qu* la natnte à (Dénier en mol nu caracUra doux et facile. J'aime

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Les jnrés, désignés, on s'en souvient, le 28 septembre, avaient reçu un avis expédié dès le lendemain et rédigé en termes tels qu'il ne pouvait subsister aucun doute sur ta rigueur de leur mission.

Paris, le 39 septembre 1793, l'an i' de la République.

Je VOUS annonce, citoyen, que la Convention nationale vous a nommé juré du tribunal criminel extraordinaire, établi à Paris. La vengeance nationale est remise en vos mains ; c'est de vos travaux que le peuple attend l'affermissement de sa liberté, frapper les traîtres, c'est anéantir toutes les espérances de nos ennemis extérieurs qui ne peuvent obtenir de succès que de la perfidie et de la trahison, votre

à mo commanlqucr et no suis pas sans roéli&nce. J'esLime difOcilement; peaUËtre «Uis-je ud pen trop prompt & bUmer. L& sensibilitâ dans moi n'esL pas sans [ciblasse, et la fermeté suis obsllualion. Exempt d'orgneil, l'bumiliatioa est ce qui m'aCtecte le pins vivement. AcUC et Boignoni, le travail pénible ne me rebata point et je fais bien ce que je fais. Mon ambition ne porte de regarda jaloux ni BOr une grande fortune, oi sur une grande gloire. L'aiaaace et l'hoDiienr de ma condilion fixent mes déairs.

€ Les facnltéB de mon esprit ne sont ni brillantes ni très commnnoi. Je n'ai ni le génie qui inrenie, ni la subtilité qui charme; mais j'ai cette intellignnce qui conçoit avec facilité, qui Juge sainement, qni saisit assez promptement même les nuances délicates des objets. J'ai la mémoire facile et pan ornée. L'instruction n'a produit en moi qu'une meillenra trempe d'esprit et cette fécondité dans laquelle nous confondrons les idées acquises avec les idées produites. Si je possédais un talent particulier, ce serait celui de parler et d'écrire ; je l'emploierai avec un égal avantage dans la cbaire et dans le barreau... La facilité et l'cipérience, peut-ètra une certaine prudence, me rendent propre au»; affaires, £k la correspondance, à l'administration.

I Si ce n'est pas là mon portrait, je me enia trompé de bonne foi. Pour ne pas l'être. Madame, supposez quelques faiblesses de pina et réduisez & des extrêmes arbitraires les qualités que vous ne pouvez me refuser.

n ...J'ai dû, de tout temps, regarder une éducation soignée comme

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rouQUiBR s'élève 189

civisme éprouvé est un sûr garant que vous ue mettrez aucun retard à vous rendre au poste important où vous a placé l'hoDorable suffrage des représentants da peuple.

Le Ministre de la Justice,

GoHtER.

PS. — Vous devez vous présenter dès ce moment au tribunal qui a reçu officiellement le décret contenant voire nomination : vous en recevrez un exemplaire aussitôt qu'il sera sorti de l'impression'.

Dès le Isndemain dans les couloirs da tribunal circu- Iferent de Douvelles flgures. Les parisieoa, comme de raison, se montrèrent les premiers : l'arrivée des autres s'es-

moo seal patrimoine, cette façon ila penser, déterminée encore pu des ci rconsunceE particulières, m'aTeit adopter des erreurs, embrasser des parUs peu réHédils, accneillir de vains projets. Dix au d'études et de peines n'ont produit pour moi i^u'un lien sacté, inutile puisqu'il a ëté sans fruits ; onéi-eux, pMJsqu'il m'engage et me fermu des resBonrcoB qui eussent dQ être à ma portée.

a A 25 ans, abandonnant uns Tole sans but, j'ai déposé jus^'4 l'habit ecclésiastique, et je suis entri au barreau. J'y al eu des succès, mais uno siluation bien bornée et doTenue incertaine par bien des circonstances, na satisfait pas mon ambition. Jngex-en, Hadama, y a-t-U de l'imprudence à former d'autres projets, qoaod, A, 3i ans, et tel que je suis, on est ecclésiastique sans patrimoia* et réduit & la sphère la plus étroite des avocats? Tant d'hommes deiTent le chaDRement de leur sort au hasard I Me puis-Je raisonnablement tentor cet hasartlsî 6i l'on obiigecit comme l'on désire

( Vous savez, Madame, de quoi un ecclésiastique est susceptible... Il est tant du moyens d'employer celui qui ne désire que la travail, qui est capable de quelque chose.

■ ... Je n'ai pas desvut^s trii étendues; tout ce qni peut me conduire à l'aisanca me convioati v'eat, Madame, ouvrir une carrière bien vaste a votre bienfaisance.

'I Ddhag caoit. »

' Archive» nalionalea, BB*°S4.

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130 LE TRIBSNAL RÊVOLUTtONHAlRE

paça suivADt leur éloigoemunt : ils furent, T>our la plupart, rendus en octobre; mais quelques-uns tardèrent plus d'uo mois à se présenler au Palais.

Us pénétraient dans cette enceiote fameuse, un peu étoDuésdeleur imporlanceet fort novices; car les soisante citoyens que les comités avaient désignés, n'étaient en rien familiarisés arec les usages de la justice : il y avait là trois tailleurs, Presselin, Aubray, Gimond; cinq peintres, Ch&telet, Prieur, Topino-Lebnin, Sambat, Camus et Gérard, — celui qui devait être le grand Gérard, et que David aTaitplaeé sur la liste pour le soustraire^ la réquisition militaire; — cinq menuisiers, Gauthier, Billion, Devèze, Trinchard et Duplay, l'hAte de Robespierre ; ud marchand de sabota, Desboisseaux ; un chapelier. Baron ; un cordonnier, Servière ; un serrurier, Didier ; un rentier Fauvel ; quelques-uns tels que le ci-devant marquis d'Antonelle, Fauvety représentant les sans-culoltes du Gard, Besnard et d'autres, n'avaient pour métier que la Révolution •.

Ce Besnard* par exemple, ancien commissaire-priseur, avait été condamné plusieurs fois & rapporter une somme considérable provenant d'une vente de meubles et qu'il s'était appropriée. Sa situation de juré le sauva, aucun huissier ne se risquant à instrumenter contre lui'. Pour connaître Fauvety et sa conception de la justice il Burat de lire une lettre écrite par lui & Payan lorsque, après avoir quitté le tribunal, il travail lait h. la commission d'Orange : «... Mon collègue ne vaut rien, absolument rien ; il est quelquefois d'avis de sauver des prfitres

' La liste imprimée par les soins de 1& CooTentioa (de l'imprimcrie nutionaie eiéeuUva du Loarre) est «ilrimemont défeetuauBe en rc qui concurne l'a rtho graphe des DOmi.

'Qand* Besnard. rue J.-J.-Rousuau, n* 33.

* Arckivti nalioaaUi, V, tOSI.

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D.nt.zedbïG0Oglc

l-HÊ MiW Y"PÏ

-UUUC U3RART

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FODQUIEH s'élève 131

coDtre-rëTolutiannaires: il lui faut des preuties comme aux tribunaux ordinairesde l'aacien régime 1 Nous avons quelquefois des scènes très Tortes* », Antonelle, gentilhomme taré, ruiné par une vie de désordres, déi^onaidéré à Arles, ville dont il avait été le maire et le député h l'Assemblée législative, renié maintenaat par ses compatriotes était osé par l'inconduite et les excès.

Lus artistes ne sont pas plus recommandables : Gérard doit siéger rarement et Fouquier le dispensa d'être assidu ; mais Prieur et Cbâtelet se montrent pleins de zèle. Jean-l-ouis Prieur, h. qai l'on doit le recueil des Tableaux de Paris peruiant la Séoolulion, est le fiis d'un ciseleur du roi : il a trente-quatre ans en 1793 : rien, dans son allure, de l'habile et ingénieux artiste que ses dessins nous révèlent : il a la mine letue. vulgaire, l'air dur, le front bas, le menton fuyant, avec de la finesse et de l'ironie aux lèvres. C'est un gamin de Paris, grandi parmi les polissons, sur le pavé des rues'. Claude-Louis Ch&telet, son collègue, a l'aspect d'un père noble quelque peu hébété : il est plus âgé que Prieur de cinq ans et a été employé, jadis, par Marie-Antoinette, aux peintures des coquettes paysanneries de Trianon '. La reine et l'artiste se retrouvent ici : lui, trOne à la Grand-Chambre ou à la Toumelle, parlant haut, riant fort, raillant les accasés qui passent, conduits par des gendarmes, au long des corridors ; elle, agonise en bas, dans un cachot noir au

' Rapport fait au nom dt la Commiiaion ekargie de l'examen dei papier» trouvti cbei Roteepierre et tes complice», par Courtois, p. il95.

' H. Pierre de Nolhoc a consacra à Prieur une très iutâress&nle nolicri en préface de s& belle publication des dessias originaux des Tableaux de Pari*.

' Le raasée Caraav&let possède an tableau, daté de 17S1 et ilgoé Chatelet, représentaut une illuntlnatioo à, Triauon. Pierre de Nolliac, Jean-Louii Prieur, p. 10, note 3.

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plus profond de la prison sur laquelle pèse l'amoncellenaent de bdUmenU, de galeries et de tours formant la masse énorme du Palais.

Qui présida au choix de ces hommes, auxquels vont être livrées la fortune et la vie de tant d'êtres humains? Pourquoi ceux-là et non pas d'autres? Qui sera responsable, devant l'histoire, de leur implacable rigueur h. dixhuit francs par jour?

On a dit' queFouquier-Tinville et Lescot-Fleuriot guidèrent les deux comités dans la composition des listes : leur ingérence est manifeste : Fouquier y inscrivit certainement nombre des déclassés, heurtés au cours de sa vie de misère, au temps où il était homme de loi '. Fleuriot y glissa ses amis; Lumière, Fievez, Triachard, Topino- Lebrun étaient de sa section : maie on y devine surtout l'intervention de Robespierre : outre Duplay, chez qui il habitait, et dont les affaires n'étaient pas florissantes, il y plaça Didier, le serrurier de Choisy, Souberbielle, son médecin, le luthier Renaudin, Châtelet, Girard, Gravier, qui étaient 303 gardes du corps. Ceax~lk ne seront pas

■ SdpositioD du greffier Parig-Pabrieina an procès de Ponqnler- TlQviUe.

' Voltiini« Uttn qui étUiUt l'iDgérence d» Ponqnler dftiiB la formsUon de* litU* : la candidat qu'il recoin mtnd* ici, ne fat U'tilleurs pas nommé :

■ L'tccusfttenr public salue le citoyen Nicolas et l'invite A tajrc mettre sur la UeM des candidats pour jurds du tribunal, te citOfen Boberl-Cluude Lebesgue, de la section des Arcis et qui était au jury d'accusalion du tribunal du 17 août 179^. C'est une excellente anqulsltloD A faire parmi les jurés. Le citoyen Nicolas est iorité de ne pas l'oublier.

< Saint et frateroiU.

« A.-Q. Fouquier. •»

Papitrt inédiU trouvés dit: Robespierre, I, SÔS.

D.nt.zedbïGoOglc

FODQUiER s'Élève 133

timides : rapprochés des collègues Brochet, Chrétien, Leroy, Gonney, Joardeui), ils vont former i'état-major de Fouquier, l'élite que celui-ci groupera dans les grandes occasions, et dont il sait d'avance qu'il pourra tout obte-

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DintizedbïGoOglc

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Si ces hommes avaient cru assumer, ainsi qu'ils le proclamaient, une t&cbe patriotique, ou simplement honorable, comment aucun d'eux n'eul-il, par la suite, la pensée d'écrire ou de conter ce qu'il avait entendu et fait Ku temps du tribunal? Dans la masse énorme d'autobiojn^phiesetdejustiQcations qu'a engendrées la Révolution, on ne trouve pas un seul récit émanant d'un des collaborateurs de Fouquier^Tinville ' : tous souhaitèrent qu*on oubliât cette phase de leur existence; pourtant ce qu'ils avaient vu méritait d'âtre consigné; il n'est pas permis de croire qu'ils pussent jamais l'avoir oublié; et pas un n'éprouva le besoin de a soulager sa mémoire s, ainsi que le Qt Bailleul >.

Les débuts, il est vrai, furent asseu ternes : du 1" au 12 octobre, on se contenta d'expédier la besogne courante, quelques curés, plusieurs jeunes geas accusés d'embauchage, une ou deux condamnations par jour, rien de plus. Fouquier, tout en dressant son nouveau personnel, préparait des coups de théâtre. Depuis le 2 août, il possédait, parmi ses pensionnaires de la Conciergerie la reine Marie-Antoinette, transférée Ik, du Temple, en vertu du

' Aatonelle a. cependant publié ses Déclttratiotu. ' Almanach dea Bizarreries humaines.

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décret qui la renvoyait devant le tribunal révolutionnaire. On semblait l'oublier; mais Fouquier cherchait les procès retentissants comme un comédien recherche les beaux rdles : peut-être aussi B'inquiétait-il de voir les terroristes reprocher au tribunal sa lenteur et ses ménagements. C'est donc lui, qui, le premier, stimula les Comités. — « Le tribunal, écrivait-il, se trouve inculpé dans les journaux et dans tous les lieux publics sur ce qu'il ne s'est pas encore occupé de l'aiïaire de la ci-devant reine'... »0n s'empressa aussitôt de réunir les pièces du procès : on en fabriqua même une, tout exprès, effroyable, celle-là, due Il la collaboration d'Hébert, du savetier Simon, du maire de Paris, Pache, et du conventionnel David, lesquels ne craignirent point d'abuser de l'innocence du dauphin et d'arracher à l'enfant, contre sa mère, une déposition infamante. Us escomptaient grandement l'effet, à l'audience, d'une si épouvantable révélation.

Les choses, pourtant, traînèrent en langueur : Fouquier manquait d'éléments pour rédiger l'acte d'accusation : il réclama du Comité de salut public la communication des pièces du procès de Louis XVI, espérant ; trouver des inspirations : on les lui promit ■ mais avant même de len avoir reçues, il risqua l'affaire.

Le samedi, 12 octobre, à six heures du soir, un huissier du tribunal et quatre gendarmes amenèrent la veuve Capet à la Grand'Chambre, pour l'interrogatoire préalable. L'andience était terminée; on avait condamné, ce jour-U, le curé d'un village des Vosges, prévenu, entre autres griefs, d'avoir déserté la procession, emportant le Saint-Sacrement, parce que les hommes armés qui lui faisaient escorte étaient ivres-morts ■. La vaste salle était vide et

' C&mpardoa, I, 10t. La letlre de Fonqnier est du 3!> août. ' Wallon, II, lU. *

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sombre : eeoles deux bougies l'éclairaient', posées sur le bureau de l'accusateur public, auquel avaient pris place le président Herman, Fouquier et le grefSer Fabricius. Oa approcba une banquette sur laquelle s'assit l'inculpée. Herman posait les questions ', Fouquier prenait des notes, Fabricias rédigeait. L'ombre remplissait l'immense pièce ; la Toix de la souveraine devait résonner lamentablement, sous les hauts plafonds, dans ce grand espace désert. Tandis qu'elle répondait, ses regards fouillant les profondeurs noires de la salle distinguèrent des gens, qui se dissimulaient dans l'obscurité : des spectateurs privilégiés, sans nul doute, curieux de cette scène tragique. Ces ombres demeurèrent immobiles et muettes et, malgré les efforts de ses yeux myopes, la reine ne put les identifier''.

Fouquier employa la journée du lendemain h rédiger l'accusation, quoiqu'il n'eut pas reçu encore les pièces annoncées par les Comités : le lundi, 14, k huit heures du matin, l'accusée parut en audience publique devant ses Juges et les débats commencèrent.

Il est inutile de faire ici le récit d'un procès si souvent et si minutieusement conté : il suffira d'en fixer quelques traits qui aideront b reconstituer la physionomie du tribunal durant ces journées fameuses : quand l'accueéo parut, la foule resta saisie du contraste émouvant entre la belle reine, souriante et parée dont tous les Parisiens avaient l'image dans la mémoire et la femme impassible, à cheveux blancs, très pâle, l'air brisé \ toute plate dans

' CampftrdOD, II, il2,

* L'interrog&lotre et le procès de la reine ont rite pnbliûs intégralement, d'après les dossiers des urchives, par la Bimlulion francaite, 1884.

' Procès det Bourbons, cité pu' Caaipardon, I, 113.

' Campardon, I, 113 etpiutim.

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140 LE TRIBUNAL nÉVOLUTIOtlNAIHE

sa robe de veuve. Elle s'assit sur un fauteuil' qui servait, sans doute, à tous les prévenus jugés isolement, et le président l'interrogea aussitôt sur son nom et surnom, son dgo, etc.

La foule qui se bousculait, derrière la cloison d'appui, pour mieux l'apercevoir, réclamait k tout moment qu'elle se tint debout, afin que rien du spectacle ne fût perdu. Ceux qui étaient près d'elle l'entendirent murmurer : — «Le peuple sera-t-ilbientOtlasde mes fatigues'?» Durant la lecture de l'acte d'accusation, on la vit, attentive et calme, promener machinalement ses doigts sur les bras de son siège « comme sur un piano ». L'audition des témoins se prolongea jusqu'à trois heures de l'après-midi ; on suspendit l'audience qui fut reprise deux heures plus tard.

Ils continuent h défiler, perfides, ineptes, ou respectueux. H. de la Tour du Pin, appelé k déposer, adresse à la prisonnière, en arrivent k la barre, un grand salut de Cour. Un canonnier, Roussillon, déclare que, au 10 août, lors de l'envahissement du chAteau, ajant pénétré dans la chambre de l'accusée, il a trouvé sous son lit des bouteilles vides, ce dont il conclut qu'elle avait grisé les chevaliers du poignard. Un certain Labenette raconte que la veuve Capet en voulait à sa vie et avait dépSché des spadassins pour l'assassiner. On écoute patiemment d'anciens domestiques de Versailles, des femmes de chambre, des geôliers, des gendarmes, des couturières.

Tandis qu'ils parlent, Pouquier feuillette les pièces,

' Ce Tauteuil flgnre sur l'sBLaïupa de Bouillon ilarie-Ântointtfe au tribunal rivoluliannaire. C'eat, peul-('lre, celui qni est conservé dans lo cibintl de M. Pourret. directuur da la Conoiergerie, et qui, d'après la tradilioD, anrait fait partie du mobilier du cachot de It

' E. fl J. do Goni'ourt. Jlis/oire de Marie-Aiiloinelle. *Î9.

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LES GRANDS lOVM 141

bases de l'accusation, que vient de lui envoyer enfin la CoDTeation et qu'il o'a reçues qu'une heure avant le commencement des débats.

Simon, le savetier du Temple, le précepteur du Dauphin, parait ii la barre : l'aspect de cet homme, qui lui a pris son fils, doit ravager le cœur de la reine : elle le laisse parler, sans l'interrompre, n'osant, ne daignant pas peutêtre, lui demander comment se porte son enTaiit ; Hébert aussi est là ; à voix haute, il réédite sa sordide calomnie, et comme la reine garde le silence, il ee trouve un juré pour ÎDsiater... On sait le cri de protestation indigaée que jette la noble femme, très émue, k l'aseiatance muette d'horreur. — « J'en appelle à toutes les mères qui peuvent se trouver ici I » L'eCTeten est si grand que l'audience s'en trouve interrompue pendant quelques instants.

Un autre incident, navrant : on apporte sur le bureau du président un paquet scellé renfermant différents objets saisis sur la prisonaiëre lors de son transport du Temple à la Conciergerie, llerman brise les cachets et Fabricius présente à Marie-Antoinette chacun des souvenirs qu'il contient : elle voit ainsi passer devant ses yeux les fantâmes de ceux qu'elle aime, personnifiés par ces reliques intimes que profanent lee mains des huissiers ; Herman traocbaat et froid comme une lame, presse ses questions — a De qui ces cheveux ? — De mes enfants morts et vivants et de mon époux. — Ce papier chargé de chiffres? Une table pour apprendre & compter à mon fils. — Ce portrait ? — De M" de Lamballe — Et ceux-ci ? — Ce sont deux daines avec qui j'ai été élevée à Vienne. — Leurs noms? — Les dames de Uecklembourg et de Hesse. »

Fabricius sort ainsi un nécessaire garni de ciseaux et d'aiguilles, un miroir, une bague entourée de cheveux, un papier oii sont deux cœurs entrelacés d'initiales, un petit carré de toile brodé d'un cœur enflammé percé d'une

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us LE TRIBONAL RâVOLUTIOHKAIRE

flèche. Ici Fouquier relève son nez gréU; lui qui, eo ce moment même porte, sous ses vêtements, une mt^'dajlle de la Vierge', feint d'ignorerce qu'est UD8capulaire.il prend la parole et observe que « parmi les accusés qui ont été traduits devant le tribunal comme conspirateurs et dont la loi a fait justice, en les frappant de son glaive, on a remarqui^ que la plupart, ou, pour mieux dire, la majeure partie d'entre eux, portait ce signe contre-révolutionnaire* ».

L'audience du 14 se termina dans la soirée ; la reùu fat reconduite à son cachot de la Coaciergerie, par le couloir, l'ancienne galerie des Peintres' et l'escalier tortueux qui s'ouvrait, au premier étage, dans la galerie des prisonniers, à cAté du grand degré de l'ancienne Chambre des Requêtes, pour aboutir, au rez-de-chaussée, tout près de la chapelle, dans le corridor central de la prison V

' Lorsque moarat b. Saint-QnenUn , en 4SS6, Emilie Ponquier, dernière fille da Pou qnier- Tin ville, on trouva ohei elle une médaille de la Vierge, enveloppée dans un papi-^r snr lorjuel était écrit : — « 11 l'avait au cou lorsqu'il fit condamner la vouve Capet. o Annalet de la &ociéti hitloi-ique et archéaiogique d« Chdteau-Thierry 16B3. Bullelin de ta Société archéologique de Vervin*.

' Desessarts. Procit fameux.

' Aajourd'linl galerie Saint-Louis, ainsi qu'on l'a dit.

* Essajons de Hier ici cot itinéraire, objet de tant de controTerses parmi cens qui sont curioui do ces menus détails de la topographie parisienne et, afin de nous orieoler dans ce dédale, si dissemblable aujourd'hui de ce qu'il était à l'époqae de la Révolution, suivons les indications données par an des détenus de la Conciargerie, en 1793, dont le récit a été publié, par Nougaret, dâs l'an V, dans VHâloire des Prisons (t. II, p, 1 et suivantes). Noua débarrassons cett« description dts éloquentes et confuses digressions qui l'étouffent. On eairait en 1793 à la Conciergerie par la Cour du Mai : la première pièce était le guichet. Dans le guichet, en tonraant la dos £k la porte d'entrée, on avait — a gauche la porte du greffe (a) : — eu

a) Lg gnlTs éldt fttUgt «n dgui pinis pu ane grills : d'un eia de U grilla eUMnIl» employ«t cliugte ds il t«iiu« d« liv™ d'icnni; de J'uilrecM* on pirquiitln coDdtmnH prêt! i p4rUr ponr rtcbatiud. C'mI U qa'aTiil Uni latailtUt

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Le 15 les débats furent repris, !i huit heures du matin : de nouveaux tëmoÎDS entendus, la parole fut donnée vers sÎK henres de l'aprës-midl aux deux défenseui-s, auxquels on n'avait accordé qu'un quart d'heure pour se concerter. Tronson-Ducoudray et Cbau veau-La garde parlèrent

face de sol nue porte condnis&nt k la Cour des femmes et ài ce qn'on appelait le Cûtd des Dôme; — à droite, entre denz boiseries eD psiM conpés {al.nne porte donnant accès, au corridor central de la prison. E,o le snivant, on laisiiait, & gauche, la chapelle et [a chambre de Harie- Antoinette, et on le trouvait, après avoir franchi une Krilie, dans nn espace terme de tous eâlés de barreaux de fer. (i'éUJt le parloir, au temps où les communications avec l'eitdrienr élaienl encore permises. Nougaret décrit la joie des prisonniers recevant la visite de leurs amis el de leurs femmes daai ce partoir semblable h la cage d'une ménagerie et dont on reconnaîtra la situation évidente si l'on a suivi celte description sur le plan II (voir p. Si). ■ il est vrai, dit-il, qu» cette joie était quelijueiols troublée par l'aspect deâ malheureux condamné» à mort qu'on detcendoit du Iribunal et qui traversaient ce parloir. •

Or, par où ces condamnes pouvaient-ils descendre, si ce n'est par l'escalier tortueux que nous appellerons escaiier de la Chapelle qui, dn voisinage de ce parloir, montait à Ea galerie des prisonniers, et y d«I>ouchait en face du corridor des Peintres ? Il faut dii'e aussi que ce parloiiH»ge servait de vestibule au préau des homme*, préau maintenant disparu et remplacé par l'enceinte cellulaire actuelle, il est vrai que. du préau, nn autre itinéraire plus direct conduisait au premier étage ; c'était l'escalier de la Tour Bonbec. C'est par là que passaient presque tous les prévenus hommet allant t l'ÎDstructioQ ou ï l'audience; mais un simple coup d'ceil donné aux plans I et 11 sufllt & fuire comprendre que. pour éviter, quand cela semblait nécessaire, le contact entre les détenus errant k volonté dan» le préau, et les condamnés, on fit quelquefois redescendra ceui-ci par Vetcalier de la ChaptUe. On n'utilisa pas uniquement cet itinéraire : cela paratt certain, mais on l'employait ■QTtout pour les femmes et cela s'indique. Il est en effet peu probable que des femmes aient traversé, pour monter au tribunal, le préau des hommes ; elles sortaient à.'a leur quartier par la grille (encore existante {quoiqu'on l'ait peut-être déplacée), qui séparait

a) Cm p*iu coopAs fornaient dsDx ubÎDVU où eoucliûflat Im tiuTvHIftoti. C'est Ik quon dipMtit, an UteDdiDl I* d^ul de* clurritlM. !«■ ransM candimniM à nart Cbacuii da a* eJûieta pnBtil jour, par ona poiM vilita, nr 1* guietMl mdsa : il a'«iil pa* rua de nir. aux Tiuai de tn pûtM, spparaUn U tue pila d'une mllMureiM* «Ikndant 11 nwrt.

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durant deux heures. Quand celui-ci ae fut rusii, la reine, B'&pprocliant de lui, dit :

— « Combien vous devez être fatigué. Monsieur; je suia bien sensible à toutes vos peines, n

Cette partie de l'audience s'était prolongée tard dans la

leur Rour de l'iSlrolt prdau appeié la Cûli dta Doute et lur lequel preuaieat jour pluiieurs cBcholi réservas k des pritonnlen hommet, spéciBlement survuillét (a) ; elles (uivalent la couloir cenlf&l, Isi»saioat h. gauehe le. chapelle et le cactiot de la reiuB. puvaient par le parloir et se trouv&isnl an pied de Vetealitr de la Chapelle, sans avoir tr&verBd un leul dus endroits pnblica, si l'on peut dira, et frtqnoat^B de la Conciergerie.

C'estpacl^ que la reine monta au tribuna1.il leroble qu'on n'en peut douter (6) ; la parle lie hou cachot n'ét&it lâparde de cet escalier que par la longueur de la ehapdie.

D'aitieun, le plus dpria d'exactitude de tons l«i topographe* du vieu:c l'aris, Balzac, ne s'y est pas trompe. Pour écrire La dernUre incarnation de Vautrin, roman dont les priadpsles seines ont pour thii&tre le Palais de Justice, il avait sollicité el obleuu, — il le dit, — l'auloriaation d'étudier ft fond dei dédale* de l'ancienne Conciergerie qui était, de son temps, k très peu près, ce qu'elle avait élé en 1793. Or voici ce qu'il écrit : ■ A gauche de ce double escalier (le beau degré de l'ancienne chambre des RequËtei attribuée, au tempe de Boliac, à la Cour d'assises) se trouve (au premier éla^ du Palais,

IH a'i d'iutR pniuudi qu'un oonidor obscur

it 1b jour, un rilrubèri «Jluni al iia jHtit tmUbul« Ic'éit uns cDurBiUJ aépué di la Dour dsi (amnin psr uni grilla. L«t bonne*

d'uaa foli !« (piDCbiiiiicnti d* l'imuur j onl filt oubliir «ui miilHursni l'tier-

■■t aallt psrUa da !■ Consierfarii. raiti* k peu prfa IdIuU, qaf (orma l'unie nord-eiL de li eour ulnalla dH hdmin.

1) Cipanduil, (Hé de na rien pUMr utai ilttsee. Il hul ranurquar qa'ini dea priMuniar* d* U ùmeitrgaria. Bimbual de U Boeb*. ient : — < L« JiiffHnl d( la reina eommeufa lundi malin, nsui la Tlnea paiiar daiK la ciwi-, quMra «a cinq foie, rttat bien ipM]a>l«m*nt en noir. ■ Aiui la Kein* lersit aateandu* du tribunal par raaealier de la Tour Bonbec. et aurait Irsvereé, pour re^a^^ar eon cachot, tout la pr^au det bommBs. Uais lot prisonnière u'AlaianL en liberté dane ce prtau quo dfl ati heuree du naLin 1 huit heure* au eoir et iur Ih lii rofagea

i'effeclaèrenl duraot U nuil. h 1 beure ol lei priiounien. renfErm^i. n'auraient épiiode lit la Terreur,

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soirée : à la reprise le président Herman prit la parole : son résumé, qui devait être impartial, fut, en réalité, na. second acte d'accusation. Le public, malgré l'heure tardive, ne s'était pas encore lassé : il voulait voir la fin. Dans la Grand'Chambre éclairée par quelques rares chandelles,

c'est-i-dire <lans la galerie des prisonniers) comme un enormo pilier, un des coatrerurts du P&lals et. dans celle muse, on aperçoit une peUt« porte. Celle petite porte donne snrun escalier en colimaçon qui descend à la Conciergerie. C'est par là que le procureur gâaéral, le directeur de la Conciergerie, les présidents de Conr d'assises, les avocats générani et le chef de la police de sûretâ peuvent aller et venir. C'esl par un embranchement de cet escalier, aujourd'hui condamné, que Marie- An toi nette, la ruine de France, élait amenée

devant le tribunal révolutionnaire A l'aspect de cet épouvantable

escalier, le cŒur se serre, quand on pense que la Bile de Marie-Tbérése, dont la suite, la coilTure et les paniers remplissaient le grand escalier de Vcrsaillns, passait par liil a Ce vieut nom de galerie des prisonniers n'indique-t-ll pas du reste, que certains prisonniers passaient liL, bien avant la nSvolulion. quand on les amenait de la CoQciergerio à la ToumcUe : et l'Indication que l'on trouvt-ra au plan i — Traverie — relevée sur le femer du roine semble-l-il pas désigner l'endroit que ces prisonniers Iravertaient.

Une gravure très connue, conlcmporoine de l'époque révolutionnaire, représenta les (jirondins condamnés, sortant de la Grand'- Chambre, et traversant la salle des l'as perdus, suivis par le cailavre de Valais porté sur un brancard. Où vont-ils? On s'est posé la question : l'artiste les a représentés se dirigeant vers la porte de la salle des Pas perdus qui ouvre sur la galerie Mercière. i:e n'est point la le chemin do in Conciergerie 7 Mais si, c'est très eiact. On sait qu'ils passèrent dans la chapelle de U prison — qu'on appelle depuis lors inltt des Girondini, — la nuit qui s'écouta entre leur condamnation et leur supplice. On les conduit donc, par la salle des Pas perdus et la galerie des prisonniers, k\'t»eaiier dt la ChaptlU, qui, à cette époque, possédait, outre une porle sur la parloir, une autre porte ouvrant directement sur la chapelle m^me. On reconnaît très nettement, aujourd'hui encore les traces de cette, parts acluelleinent murée, en pénétrant sovs la tribune dans l'angle nord-ouest de la chapelle. On comprend que cet ilinéralre permettait de conduire au local qui leur élalt réserve, par la voie la plus directe et la pins sûre, ces condamnés turbulents qui avaient tenté de soulever le peuple et qni auraient pu ameuter les prisonniers.

Dans cette longue note, noos n'avons pas cité une seule fuis l'escalier qui, de la Grand'CbambTO, communiquait autruruis directc-

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146 LE TRIBUNAL HÉVOLUnONNMBE

moutonnaient les Utes parquëes, sUentivea à saisir sur le visage de la prisonnière le moindre signe de faiblesse. Elle était I&, luttant toujours, se raidissant, malgré sa fatigue. A côté d'elle se tenait l'offlcier de gendarmerie De Buene, chargé de la surveiller. Comme elle se plaignit de la soif, ceux qui l'entouraient se regardèrent : aucun d'eux n'osait offrir un verre d'eau à celle qui avait été la reiae de France. De Busne, k la an, se risqua et ce léger service lui valut d'être emprisonné le lendemain.

La nuit, cependant, s'avaaçait : il faisait froid ; les enrieux, peu k peu, se faisaient plus rares : renonçant & l'immobilité forcée du prétoire, beaucoup marchaiest, par groupes, dans la selle des Pas perdus. Une voix, vers uoe heure du matin, annonça la fin des plaidoiries : bientôt une autre voix, a qui semblait partir d'une

c la CoDciui'gerio, le seul des trois eïcaliars de cette p&iiiu encore eiistont, et auquel cette pâreuuiU a v»lu d'hériter loirs aitactiiSs aux deux auLros : on l'appdla octuelloment «Êtalitr dt la fletne, et l'on assure volontiers que c'est p&r la que Harit-Antoiaelte monta au tribunal.

11 est bien certain que cet escalier, que ciU aussi CJougaret, eervit aux dégïgaments do la Grand' Chambre lorsque l'entrOc de la Conciergerie, avant les conatruclîons de l'86, se trouvait dous la petite cour par laquelle on pénùlre encore acluellement dans la prison, cl a laiiuelle on parvenait alors, de la cour du Moi. par un pwsoge tria iréquentâ, pratiqué aous la salle des Poi perdus. Hais depuis la recODSlruction du Palaii, en ITSfl il n'était plus utilisa ; peutrClro mSme ne l'étoit-il pins depuis l'élâvation du BûtimeTit neuf. Tous le> pians de ce b&timent neur {Archives nationaUs. H, 744-743) i&di-

Soent cet escalier comme ëtejit condamné et transrormë en passive e plain pied a chacun de* âlagea. D'ailleurs, eALil été praticable. OD voit, par l'eiiuDen des plu», qu'on n'eut pu, du préau, y parvenir qu'en péuéLraul dons de profonds cachots où il prenait naissance, et dont l'encombrement reudoit son abord presque inaccessible. Nous nous réservons d'ailleurs, d'indiquer, au cours du récit qui va suivie, et chaque fois que l'occasion s'en présentera, le parcoure précis elTcctué par les prévenus et tes condamnés pour montor de la prison au tribunal et pour deKeadre du Iritnuial A la

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LES (IRANDS JOURS 147

fenêtre entrebdillée ' jeta dans l'espace ; les Jurés délibèrent ».

La foule rentra dans la salle d'audience : le moment suprême approchait ; bien des gens, déjà, s'étaient répandue par la ville, annonçant que la reine tarait déportée. C'était, h ce moment, l'opinion générale : les yeux de tons les assistants, muets, demeuraient fixés sur les portes par où les jurés allaient reparaître. A quatre heures et demie du matin, le coup de sonnette reteotit, annonçant la fin de leur délibération. Ils rentrèrent : leur verdict était aftîrmatif : c'était la mort.

Hennan, toujours impassible, d'un ton sec, ordonne de faire comparaître l'accusée : la voici : tous les regards convergent sur elle : interrogée si elle a quelque observation b présenter sur l'application de la peine, elle ne répond pas ; elle fait non d'un signe de tête. Elle écoute la sentence, sans émotion, « ni crainte, ni indignation, ni faiblesse* ». Hais elle reste anéantie par la surprise : l'espëraoce l'a soutenue tout le temps des débats, et c'est, figée d'étonnement, qu'elle écoute, jusqu'au bout, sans que son visage reflète rien que la stupeur, la voix du président bredouillant la formule accoutumée n ... déclare, conformément à la loi du iO mars dernier, ses biens, si aucuns elle a dus l'étfodue du territoire français, acquis et confisqués au profit de laHépnblique ; ordonne qu'à la requête de l'Accusateur public le présent jogAinent sera exécuté Bor la place de la Révolution, imprimé et afliché dans toute l'étendue de la République*... »

C'est flni; les juges se retirent : on emmène la condamnée : « elle ne dit pas une parole, ne fait pas an geste a,

' Horace de Vlel-Culd. Maria-AntoinetU tt la Révolution ftvnçaUt.

' Sonvenin de CbauTe&n-L&gu'do.

' BttUttin du tribunal révolutionnaire, a' 3i.

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traverse la salle sans rien voir et sans riea entendre : en n approchant de la barrière derrière laquelle est parqué le peuple, elle relève la têt« avec majesté' » et disparaît, suivi du lieutenant De Busue dans les dépendances du tribunal.

Tandis que, chapeau bas^ le gendarme l'entraînait vers la Conciergerie par le long couloir qui mène à l'escalier de la prison, elle s'nrrëta, hésilanle.

— Je vois À peine & me conduire, dit-elle k de Busne.

Celui-ci lui oITrit le bras et ne la quitta qu'à la porte de son cachol.

A cette mâme heure, pendant que le rappel roulait dans les rues et que les plus pressés se hâtaient déjà vers l'échafaud pour se réserver une bonne place, l'un des jurés, le menuisier Trincbard satisfait, adressait à son frère, ce court billet :

n Je t'uprans mon frerre que je été un des jurés qui ont jugé la bétc feroche qui s dévoré une grande partie de la République celle que l'on caliGait si deven de raine". »

' Sonveoii's de Chanveao-Lagarde.

■ Jourdcult, gi^ndarino des thbuasai:, dénonça De Busne, pour ce liit. De Busne se justifia ; « Quel délit m'impute ce citoyen?... d'avoir tenu mon cb&pe&n à la, oiBiin, fuisant uhaud, et puur ma comniodilé. ut non par respect pour une femme condamnée dam mon opiniuaT >

' Ootre io nienoisier Trincliard avaient siégé : l'aai^ien dépnlù Antonelle. le Indiier Renaudio. le cliirargicn Souberbielle, le cafetier Chrétien, l'eï^iommissaii-e-pnseur Hesnard. le perruquier Ganney, l'imprimeur Kioulas, ie muaicien Lumière, le saboiîer Do<>bois- Beaui, le chapelier Baron, ie ctiarpentiur Devéze, Ftëvé doni la proresBion n'eat pas indiquûo et Ttioumin, ex-procureur syndic de la Mayenne. Les juges étaient : Maire, CofQnhal, Oonzë-Varteail et OéW^a.

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LES (;ra.nds JOUKS 140

Cette lettre a été souvent citée ; mais il n'est pas inutile de ta reproduire une fois de plus : elle indique l'état d'esprit et le degré d'instruction des hommes auxquels Fouquier-Tinville avait livré ia fllle de Marie-Thérèse.

Le jugement de la reine inaugurait la série des grands procès politiques : durant six mois le tribunal va servir h débarrasser Robespierre de tous ceux dont l'éloquence ou les opinions font obstacle ù ses nébuleuses ambitions. Fouquier s'y emploiera avec un zèle opiniâtre, un succès qui supposerait des talents et de l'hiibilcté, si la docilité des jurés u'etlt grandement facilite sa tâche. Tous les actes d'accusation qu'il rédigea sont vulgaires et déclamatoirea: besogne manifestement hfltive d'un esprit médiocre, brouillon, n'ayant même pas la coquetterie d'un semblant d'éloquence ou d'argumentation : un tombereau d'invectives déversé au hasard sur les accusés. La brutalité de la loi et la grossièreté de l'audiloire n'exigeaient, à vrai dire, rien d'autre, et c'eut été peine perdue que de s'arrêtera de plus délicates arguties.

Il fait montre, en revanche, d'une activité toujours en éveil : son tribunal absorbe tous ses instants : pour plus d'exactitude, il a renoncé au logement qu'il occupait, rue Saint-Houoré, vis-à-vis l'Assomption, et s'est installé place Dauphine, à la porte même du Palais'. Sa sollicitude suit ses condamnés jusqu'à l'échafaud : c'est lui qui donne les

■ ■ Quoique Pouquier deineurilt sur lu place Dauphine, 11 dtn&iL ordinairement ù ta buvrlla du Iribuniil s. ProussinoUe. Histoire secrète du Irit/iinal rivoluHonnaire. Los lettres adresaiîes à Pouquier et consorv^ca dans Ks cartons do la série W, aux Archives nationale». .'îr.nt en cITot adrcsst'o^ Place Davphinr.

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l&O LE TRIBUNAL DÙVOLUnoNNAIIlE

ordres aux bonrreau' ; il s'informe, auprès des huissiers, SUT la façon dont ça t'exlpassé^. Il a l'oeil à tout, et coosidëre comme un insuccès personnel le moindre retard duis l'exécution des jugements du tribunal. Pour la célérité des choses, Hanriot, le commandant général de la force armée parisienne, eflt souhaité que la guillotine fonctionnât, pour les condamnés du tribunal révolutionnaire, sur la place de la maison commune (place de Grève) ainsi qu'il était de règle pour les condamnés du tribunal criminel : mais Fouquier repoussait cette assimilation rabaissante. II souhaitait que ses condamnés, à lui, — fous contrerévoluliannai}-es , écrivait-il non sans une pointe de vanité, — effectuassent un long parcours dans Paris et fussent exécutés le pluB près possible du Palais où siégeait la Convention nationale. C'était sans doute une sorte d'hommage qu'il croyait devoir à l'Assemblée'.

' Proeèi Fouquier. Bacheï et Root XXXIV et XXXV, patgim.

* fl Les huLssiei'S étaient dans l'usage de lai rendre compta des eiécaUona et s'il y ëlait arriva ijuelque éréDemeiil. ■ DéeUration dt Fouquier fort de Mon proci*. Campârdon, I, iiS, oale.

* Ii« il juillet 1 193, & l'occaiion de la condainDalicin à huit ans de fer de Ani«ine-Pr&nfois Lagrua. et de la condamoalioa t. mort de Louis-Charles Mulherbe. Fouquiur-Tfnville luireBeail ï Ilanrîot la lettro qno voici :

■ Veut m'étoDuei eo m'appreQ&nt que vans n'avez reça que ce matin a huit heures la réquisition que je vous nj faile pour l'eiécutiun du jugement des deux condamnés Legros et Malherbe ; car j'ay remii moy-mËme le paquet contenant celte rëquliltion an geailarme & deux heures du matin ; j'en ay usé de DnCme relatiTement à tous les Huti-ea qui sont parvenus il leur dnslinatioji : je ne pouvols vous faire uette rdquiaition plus tOt, parce que le Jugement n'a été rendu qu'à une lieure et obligé de faire exécuter d ds les vlogtijuatre heures et ni^me au bout de trois heui'us ; voila la cause pour laquelle vous n'êtes pas souvent préverm longlempe avant; je recoiiimande sana cesse aux gendarmes d'Mre eiactg ut d'après ce que voua me marquei, il me parait qu'ils ne le sont guère : alors pour éviter & l'avenir celte inexactitude, je vais faire prendre avec

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L'empressemenl que Fouquier apportait h exécuter, k devancer même les désirs de la Conveolion, à la eolid&riaer, pour ainsi dire, avec lui, dut paraître quelquefois excessif ^ nombre de députés : peut-être eussent-ils Sûufaaité un peu de temporisation. Le 3 octobre, les vingt et no Girondins sont décrétés d'accusation : aussitôt Fouquier les considère comme lui appartenant. Il reçoit, le S, le texte du décret, et, tout de suite réclame les pièces et le rapport d'Amar qu'il veut utiliser en manière d'acte d'accasation; il se fait fort de réunir tous les prévenus, & la Conciergerie, lejour mâme; il témoigne son désir de procéder à l'instruction, aux interrogatoires, sans oucun retard. Tl rappelleque Philippe-Égalité, compris dans le mëmedécret, n'est pas sous sa main : il est détenu dans une prison de Marseille ; Fouquier réclame sa prompte translation ; d'ailleurs il prend tout sur lui, assure que rien n'arrâtera le iugement'. Déjà, te T octobre, il a expédié Gorsas; c'était

soin les aomi de ceux ûa» gendarmes qui leront porteurs de jMqneta at l'heure à latiuelle ils leur svroul remit.

■ Vous semblei ddilrer que tos exécutions se (Aiient snr 1& place (lo la maison commune : à cet égard je vous obserrotay que le Iribunal n'ayant à juger que den contre-râvoIutfonnairL-s venant de Ions lus points do lu République, il importe, d'abord pourl'uieniple, que ces conspirateurs soient vu3 lo plus possible, en second lien qu'ils soient uiâeutéB & peu de distance de la Convention; toiles sont les rusons princî)iaies qui ont ilâlerminé i» tribunal t adopter la plaide do la RéroluJon pour l'exécuUon de ces Jugements.

a Eialut et fraternité.

> Fonquier-Tinvlll». *

" te paquet 4 vot™ adresse a Été remis, suivant le reçu qui Tient da m'#lre représenté pur le gendarme qui a, élé chargâ de ce paquet, au citiiyen Tuflln ; 1b mf rau gendarme m'assure qu'il a reroin ce paquet i deux heurts un quart, n

Architei aalionaCes, AFn, 18-370.

' « l'ftris le 5 octobre 1703, l'an [1 de la République, une et indivisible.

■ Citoyen président,

<i J'ai t'bonnenr d'informer la Convention qu'ayant reçu l'acte

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1S2 LE TRIBUNAL RÊVOLUTlOiniAIRE

le premier cooTentionnel qui paraissait en accosé devanl le tribnnat : Harat, lai, s'; est présente en triomphateur. Gorsas amené par les geDdarmes à l'andience déclare ses noms et prénoms et subit l'interrogatoire habituel ; il s'assied : le président prononce l'arrêt de mort : l'accusé

d'aecuioUoD par elle porta contre les dépnté* Brisu>t, Vergnisnd et antre», je l'ay fait traoscrire anr les rejjistres dn tribunaJ et j'ay requii et le tribunal e rendu ordonnance d« priM de corps et leur Ifanilalion et écroa & la maJion du Jnitlce de 1& Conciergerie : le tout leur sera uoUfid duis le jour et Ift translalion de cens dcjà délenus dans dilT^renteB maisons d'arrêt sers. elTectnée &Dasi duos le Jour aulAnt que je le pourrai : mais pour foire procéder aux inlerroftatoires et à l'instmclion de raaniëru & pouvoir prétenter en jni^ ment cette importante alTaire sans aucun retard, il devl ni Indispensable qne les pièces me soient transmises, ensemble te rapport : 11 ne m'a été remis jusqu'i ce Jour qu'une partie des pièces concernant Lanze de Perret :

■ Plil lippe-Egalité ci-devant duc d'Orléans élant compris dans le mems acte, il me paraît Indispeniaole, qne la Convention rapporte le décrut en vi^rta duquel il a été traduit à Marseille et qu'aile charge le ministre do prendre les mesuras nécessaires pour opérer sa prompte translation dans la maison d'arrêt de la t^nciergerie.

■ J'ai rtionneur d'obKOrver que le temps que demandera cette translation n'arr^t«ra en ta^oa quelconque la jugement des détenus.

t L'accosatenr public dn tribunal révolutionoaire.

« A.-Q. Fonquier. »

i4rcAiN« nationale», C. !79.

An citoyen Président de la Conrenlion nationale.

La Convention accéda Immédiatement an désir de Punqnîer. « Sur la demande de l'accusateur public du tribunal révolutionnaire cnnvertie on motion, la Convention nationale décrète que le rapport et les pièces à l'appui de l'acte d'accusation porlé contre les députés envoyés à co tribunal, seront remis incessamment à l'accusateur public; rapporte le décret en vertu duquel le ci-devant due d'Orléans a été traiiult & Marseille et cbarge le ministre de la justice ds prendre les mesures nécessaires pour opérer la prompte translation de cet accusé dans la maison d'arrft de la Coneierfterlo de Paris.

« Bon a expédier, 5 octobre

•< Pons de Verdun, Secrétaire ».

Archive» nationtUe», C. 373.

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est hors la loi ; la constatation d'identité suffit. Le malheureux reste stupéfait. Il demande à parler : mais la sentence estdëjà rendue; les juges se retirent. Tandis qu'on entraîne le condamne, il se tourne vers l'auditoire — « Peuple, implore-t-il, c'est de vous que je réclame la parole. » La foule le hue et crie A bail Dans le tumulte, le pauvre Gorsaa, se débattant, déjà dehors, clame lamentablement : — « Je recommande à ceux qui m'entendent ma femme et mes enfants... b

Il ne fallait pas espérer que le procès des Girondins se passerait aussi allègrement ; Fouquier se promettait de ne pas le laisser s'éterniser. Désireux que ce procès n'interrompît pas la besogne courante du tribunal, Herman réclama de nouveaux juges* : mais, avant même que sa

s de l'an 3 de la République

• Citoyen miaistre,

■ Les divenes leclioDs dn tribvnal sont en activité. Noqb avons b«3ola par conséquent dn nombre de jugei que noua a donnés la Convention nalEonala. Des jnices. quatre paraissent n'avoir point accepta. Ce sont : Brutlé, Ltfeli et deux autres dont je ne me rappeLe pas. J'Invite le citojun ministre il donner connaissance de cette nun-acceplation an Comité de saint public et de sûreté généralu aQn qne l'on prucâda an remplacemant.

a J'ai déjà donné la liste des juges présents an citoyen ministre. Je le préviens anssi que ce matin j'ai écrit pour le même objet k la Convention.

■ L.e présidant dn tribunal révolutionnaire.

« Heiinan a.

Archiva nationale; BB", 2t.

Céiestln Leretz, ancien moine génovéfoin, retenu à Arros, par ses fonctions d'Administrateur du district, refusa en oiTet : Bruslé avait accepté ; mais il démissionna le 23 octobre [Archivti nalionalet. BB**, H). C'était un ancien procureur au l'arl^mi^nt. Il devint Préfet de lOiso (1810) et de la Gironde (ISItj, Préfet de l'Aube et coDMiller d'btat pendant la Restauration. 11 monnit ofGcier de la Légion d'honneur et baron firusié dn Val-Sutenav. en mars 1885 (A, Douarcbe. II, 871).

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ISi LE TRIBUNAL HËVOLDTIomtAIHE

requête fût parvenue au miniEtre, le procès des Girondins était entamé.

De ces audiences célèbres, tout ce qu'on doit retenir ici, c'est l'attitude du public ordinaire du tribunal, tnaniTestemeut désorienté en voyant s'asseoir sur les gradins, où, jusqu'àprësentn'ontprisplacequedesconspiraJeui's.cesTÎngt et un Jeunes gens dont il ne a'est paa déshabitué encore de citer les noms parmi ceux des plus fermes amis du peuple. C'est le défilé des tdmoins, au nombre desquels parait le citoyen Deslourn elles, ministre des Contributions publiques, que le président interroge sur ses noms et prénoms.

— Est-il indispensable, demande piteusement le ministre, que je dise le prénom qui m'a été donné à ma naissance ?

— Oui.

— Je le profère îi regret..., c'est louis.'

C'est Chabot, qui ricane en apercevant sur le latal gradin le groupe de ses adversaires politiques et qui s'avance avec olîectation h la barre des témoins, « vêtu d'une redingote déchirée, les cheveux gras, dégoûtant de saleté* ». Sa déposition — il parla pendant onze heures!* — fut un réquisitoire. Des colloques s'engagèrent entre les témoins, le président, l'accusateur public et les accusés : de ceuxci on ne discutait quo les opinions et le public paraissait se désintéresser : il semblait mollir et prendre parti pour les prévenus; les jurés, dans ces conditions, se laisseraientils convaincre'? Que pouvait-on attendre de l'ciTet des plaidoiries et de l'ensorcelante éloquence de Vergniaud défendapit sa tète t Fooquier commen(;ait h redouter un acquittement. Le procès, d'ailleurs, menaçait de se

' Desessarts, Procès fameux.

' Ea voyant entrer Chabot, l'an des accnséa, Dncos, dit ea riant : — fl De la pnlicDcu 1 Noos allons eatendra un teriDon da diable, u Dusessarta, Procès fameux.

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LES GRANDS JOOSS 1&&

prolonger : il arail commencé le 24 uctobre ; on était au 28, et aucun fait dâcisif n'était acquis à l'accusation.

Fouquier-Tinville, dans ce désarroi, appela !i son secours la Convention : il se plaignaitde la lenteur des formes, de la loquacité des prérenua, de l'abondance des témoins. D'ailleurs, ajoutait-il, pourquoi des témoins...^ Et il demandait à l'assemblée de faire disparaître toutes les formalitésqui entravent la marche du tribunal'.

La même idée était venue au Père Duckesiie : a Braves bougres, gui composez le tribunal, écrivait-il, ne vous amusez donc pas à la moutarde. Faut-il tant de cérémonies pour raccourcir des scélérats que le peuple a déjà j«ffrfs.*»Lamômeidéeencore, — etcet accord est bien surprenant, — avait séduit grandement les Jacobins* : h. la

* Voici cetlc lettre rameuse qui contient en germe ton! l'esprit do ]& fatare loi dn iï prairial :

■ La lenteur avec laquelle marchent les procédures instruites au tribunal criminel eilraordinaire nous force h. vous présenter qnelquei rëDaiions; nous avons donné asïez de prenvei de notre zèle pour n'avoir pas à craindre d'ftre accustis do ocgligence : nom sommes arrêtés par les rormes que prescrit la loi. Depuis cinq jour* le proche des députés que vous avez accusés est commencé, et neuf témoins seulement ont été entendus : chacun, eo Taisant ta déposition, vent faire l'historique do la RévolniEon ; les accusés répondent ensuite aux témoins qui répliquent k leur tour. Il s'âlablit une discussion que la loquacité des prévenus rend très longue et, après ces débats particuliers chaque accusé ne voudra-t-il pas faire une plaidoirie générale * Ce procès sera donc interminable. D'ailleurs on se demande pourquoi des témoins? La Convention. la France entière, accusent ceux dont le procès s'instruit; les preuves de leui's crimes sont évidentes; chacun a dans son &me ta conviction qu'ils sont coupables ; le tribuneJ ne peut rion faire par lui-mAme, il est obligé de suivre la loi : c'est k la Convention i. faire disparaître toutes les formalités qui entravent sa marche, s Monileur du 30 octobre, cité par Campardon et par Wallon.

' Séance du iS octobre. Cbaumette parla longuement des lentetus néfastes du tribunal révolutionna Ire, qui est. selon lai, deTena on tribunal ordinaire : n 11 juge les conspirateurs comme il Jugerait un Toleur de portefeuille, u — HiSbert prit, après Chauniette, la

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156 LE TRIBUNAL BÉVOLUTIONN*iaE

séance du%9ils se prësentëreat à la Convention réclamant une loi qui débarrasserait le tribunal des formes « qui étouffent la conscience et empêchent la conviction ».

On a retrouvé plus tard, dans les papiers de Robespierre, et de son écriture, une proposition de décret, qu'il griFfonna à la tribune en réponse au vœu de la société des Jacobins. La voici, avec ses lacunes et ses incorrections :

La Convention nationale.

Considérant qu'aucun chef de conspiration n'a encore été jugé, que des tentatives avaient été faites pour exciter des émeutes aristocratiques alarmantes pour la tranquillité publique.

Considérant que le glaive de la loi ne parai t atteindre avec facilité que la tête des coupables obscurs, tandis que les jugements des grands criminels éprouvent des lenteurs qui donnent un libre cours à l'intrigue, à l'imposture, à l'audace contre-révolutionnaire;

Considérant qu'il est également absurde et contraire à l'institution du tribunal révolutionnaire de soumettre à des procédures étemelles des crimes

p&role ; il dom&Dda les (£tcs de Brissot, de GensonnË, de FauclieU de Duchaalel, de Vergnland. da Ducos. < Celni-là, dit-il, les femmes l'oal pris sons leur prolecUon. parce que, il faut en coDTenir, il est joli I ; puis il passï aux conspirateurs doot ce tribunal ne paraJssail pas s'inquiéter : M» Roland. Bailly, Manuel. La, Fayette, M>' misabelb. Channietta reucbéi'it encore en proposant qu'on regarde comme mauvais cito]rL<n tout homme qui se chargera de défendre nn conspirateur. * Il faut que le jugement se ftisee ainsi qn'â Rome, où. du Cupitole. la coupable passait jt la roche tarpélenne, o L'assemblée des Jacobiug se sépara après avoir toU qu'une députation irait le lendemain & la Convention demaader It jugement des Girondina dan» h» vingt-gnalre heures. Aulard. La soâili des Jacobins, t. V.

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OÙ uQo nation entière est accusatrice et où l'univers est témoin.

Décrète ce qui suit :

S'il arrive que le jugement porté au tribunal révolutionnaire ait été prolongé trois jours, le président ouvrira la séance suivante en demandant aux jurés ai leur conscience est suffisaniment éclairée. Si les jurés répondent oui, il sera procédé au jugement.

Le président ne sou (Frira aucune espèce d'interpellation ni d'incident contraire auxdisposi lions de la présente '

Le décret, voté immédiatement, fut porté, le jour même au tribunal : le lendemain, quand s'ouvrit l'audience, à neuf tieures du matin, Fouquier-Tinville en requit la lecture et Herman, toujours esclave du devoir, demanda aussitôt aux jurés n si leur conscience était suffisamment éclairée n. ils se rctirËrent en leur chambre pour en délibérer et reparurent après une courte absence ; Autonelle, leur président, déclara que leur conviction n'était pas faite : tes débats se poursuivirent donc, et l'on continua l'audition des témoins : k deux heures de l'après-midi l'audience fut suspendue jusqu'à six heures. Au moment ou les juges reprenaient leurs places, les accusés n'étant pas encore introduits, Antonnelle se leva et, parlant au nom de ses collègues :

— Je déclare, dit-il, que la conscience des jurés est fiaffisamment éclairée.

Cette courte phrase, tombant dans l'effrayant silence, coupa court aux dépositions, supprima la fin des interro-

■ Papisr* iniditi trouvé» chei Roiapierre. Baudonla, JS!8, t. II,

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ISS LIb TRIBDNAL ftÉVOLUTlONNAIHE

gatoires, Iqs plaidoiries, le rësuinë du président ; Hermiin n'eut qu'à poser les questions, ce dont il s'acquitta aassitAt. Les jurés se retirfereDl pour délibérer.

Vers dix heures du soir, ils rentrent en séance : AdIonelle a « la figure altérée ». Camille Desmoulins qui se trouve là, en spectateur, va h lui, anxieusement, n'osant l'interroger : — « Ahl mon Dieu, dit-il, je te plains bien; ce sont des fonctions bien terribles'... »

A l'unanimité la réponse est : u Oui, les accusés sont coupables » ; comme les jurés émettent chacun à son tour, ce oui tragique, l'un d'eux. Brochet, l'ancien laquais, celui qui avait divinisé Marat, croit devoir, — la loi l'y autorise — motiver son opinion : « le peuple de cette enceinte, a dû se convaincre, dit-il, qu'il réchauffait dans son sein des serpents venimeux, qui, après quatre années de constance et de zèle pour acquérir et conserver le plus précieux de tous les biens, la liberté et l'égalité, ont voulu, par des manœuvres ténébreuses, étoulTcr cette même liberté dans le lieu même qui l'avait créé. » Il parle de « l'œil vigilant des patriotes, des repaire» nocturnes et criminels, de la république universelle et manifeste son désir de voir les têtes coupables d'autres mandataires du peuple tomber bientôt sous le glaive de la loi j>. Les huissiers ouvrent 1b porte parlaquelle on communique à la chambre où sont parqués les accusés : escortés de gendarmes, ils montent à leurs gradins : les sept défenseurs- se replacent à leur banc : tous s'attendent k la continuation des débats ; mais Herman se lève, fait lecture de la déclaration du jury et Fouquier, auesitât, requiert la mort pour tous.

' Récit de Vilate, Myttèret de la mère de Dieu dévoilé*.

' CampudoD donne Icnre noms : Cbauveau-Lagarde, Lafleatcrie, GuiUot, TroQSDD-Ducoodra;, Julienne, Guinier et Lasalle. lis n'eurent pas à prendre la parole.

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LES GRANDS JOVII& 159

Ils comprenDent seulement l'escamotage dont ils sont victimes. Une grande émotion les secoue : tous crient k la fois, tous se lèvent, agitant les bras. Le vieux Sillery luimême jette ses béquilles ; ûensonné, très pâle prononce des phrases que, dans le bruit, on ne distingue pas ; Boyer- Foafrède se jette dans les bras do Ducos ; Brissot, les mains ballantes, baisse la tdte et paraît consterne ; Fauchet lève les yeox vers le ciel, Vcrgniaud semble « ennuyé » ; il se tourne vers Valazé, qui chancelle ets'appuie contre un des i^endarmes. — o Qu'as-tu doncî As-tu peur? — Je meurs, « rÛ'pond Valazé. Il tombe : d'un stylet caché parmi les papiers préparés pour sa défense, il s'est percé la coeur. Et Vergniaud s'adressant au médecin Lehardy, l'un de ses compagnons, dit en souriant — « Docteur, voilii déjîi un de vos malades guéri... »

Le public est resté immobile d'effroi et d'horreur : les condamnés l'interpellent, mais il demeure muet ; la Terreur passe, muselant les bouches. Les juges, dans le bruit, s'agitent; Herman, debout commande. — n Emmenczles! » Les gendarmes tirent les condamnés au bas des gradins, les poussent, pêle-mêle vers la porte : eux se débattent, protestent, sont entraînés, jettent aux curieux, en passant devant la balustrade, des assignats et les feuillets de leur défense. — « A nous, mes amis ! Vive la République ! — Vive la Itépublique ! » riposte d'un cri la foule qui, tout à coup déchaînée, hue îe groupe tumultueux que les sotdatsbalayent. Sur labousculade, la porte se referme. Ou les entend encore quand ils ne sont plus là : ils chantent : le bruit de leurs voix s'éloignant, décroit rapidement par le dédale des corridors.

A son siège, le président, resté debout, impose d'uo geste le silence : l'arrêt de mort n'a pas été prononcé ; il va en donner lecture, formalité rendue plus tragique par l'heure tardive, — il est onze henres ; — par l'ombre qui

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lAO LE TRIBUNAL RÂVOLOTIOMKAIRE

emplit la salle et que percent k peine les Qammes vaôll&ateB de quelques chaDdelles ; par l'aspect des gradins déserts, sur l'un desquels on distingue une masse immobile, écroulée : le cadavre de Valazé. Uermau requiert les deux officiers de santé attachés au tribunal, Naury et Théry : ils avancent, montent aux gradins, examiDeat le corps, le palpent. Jusqu'au plus profond recoin de la Grand 'Chambre, tout se tait et attend : au dehors la plaie tombe en ondées, avec un bruit monotone et désolant.

— « Il est mort », déclare un des médecins. Sur quoi le président, toujours empanaché et impassible, invite deux huissiers, Nappier et Deguainié à reconnaître le cadavre. Ceux-ci vont à lui, le nomment h. voix haute : Charles- Eléonor Dufriehe-Vaiazè ; et, sur-le-champ, Fouquîer parle : sou vœu est qu'on guillotine le mort avec les autres* ; mais le tribunal ne lui accorde qu'une demi-satisfaction : Herman prononce que le corps du dit Valazé sera porté dans une charrette uaccompagnant celle de ses complices au lieu de leur supplice, pour, après leur exécution, être inhumé dons la même sépulture ».

L'audience est terminée : tandis que les magistrats et les jurés se retirent, les huissiers emportent ce mort qui vient d'être jugé et le déposentdans k salle où ses compagnons attendent d'être transférés, pour y passer leur dernière nuit, dans la ci-devant chapelle de la Conciei^erie.

De ce jour, les accusés de marque se succèdent presque sans intervalle : le 6 novembre c'est Philippe-Egalité qui paraît au fauteuil, hautain, superbe de flegme et d'insouciance, entre les six gendarmes qui l'escortent, le sabre

' DâpOEitiou du greffier Wolf. ProcU de FouquUr-TiruniU.

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LlfS GRAMJS JOURS 161

DU ; puis c'est H" Roland entrée & la Conciergerie au moment même oii l'on conduisait a. l'échafaud ses amis de la Gironde: le jour de la Toussaint, au greffe du tribunal, le juge David ^ l'interrogea, en présence de Fieuriot-Lescotet du commis-greffier Derbey. On la garda plus de trois heures, la pressant de questions et l'obligeant à y répondre en peu de mots, ce h. quoi elle ne consentait pas volontiers. Deux jours plus tard, nouvel interrogatoire dans la salle du Conseil « oii se trouvait une table autour de laquelle étaient rangées plusieurs personnes qui paraissaient être là pour écrire et ne faisaient qu'écouter. Il y eut beaucoup d'allants et de venants et rien ne fut moins secret que cet interrogatoire * ». Le 8, cnÛn elle parut au tribunal. Dumas présidait et Lescot-Flenriot suppléait Fouquier-Tinville. L'accusée commença la lecture d'un aperçu de sa conduite politique depuis lecommencementdeia Révolution : mais Dumas l'interrompit observant qu'elle ne pouvait abuser de la parole pour faire l'éloge de criminels dontle tribunal avait fait justice*. Elle protesta avec véhémence contre ce procédé et, se tournant vers l'auditoire.

— «Je vous demande acte, cria-t-elle, de laviolenceque l'onmefait. oAquoi lepeuple répondit: Yivelarépubliqitfl A bas les traîtres ! '.

Le procès de Baill; dura deux jours : ensuite on vit passer Manuel : les habitués du tribunal assistaient ainsi

' Alex&ndro-Edmi»-David DciisLe, dûpaté supplùant de l'Anbe à la Convention, Dominé le ii septembre jage au tribunal, qu'il quitta le 12 décambre snivant pour siéger k l'Assemblée. Mémoira d* H" Roland, édition CI. l'errond II. 311. note.

■ Mimoiret dt M" Holand. Ëdltioa Cl. Periond II, 319.

* On trouvera le projttde défaut de M~* Eoland. A la suite de ses Itémmfti. EditioD Cl. Perroud 11, 320, C'est sans doute su passage : ■ J'ai *v ett hommtt... républicains déclarii... etc. t que la lecture en Rit interrompue par lo président.

• Wallon, II, 3S-3S.

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laS LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

au défilé tragique de tontes les idoles dont, depuis qn&tn ans, les noms avaient été acclamés : Daport-Dutertre, Baioave, les conrentionnels Kersaiot, Osselin, NoSI, l'ancien ministre Lebrun, les généraux d'armée, Luckner, Cnstine, Biron, sans nommer les accusés plus obscurs, dont le nombre, insensiblement, augmentait. Le tribunal, pressant la besogne, parvenait k interrof^r et à juger quatre ou cinq prévenus par jour : les fournée», rares au début étaient fréquentes, maintenant. C'était en quelque sorte, besogne courante, vite expédiée, sans incidents. Lesjoges, les jurés, les greffiers, semblaient remplir une formalité : le public insensiblement s'était blasé; il ne manifestait plus, d'ordinaire, l'intérêt modéré qu'il apportait aux audiences. Les accusés eux-mêmes prenaient place docilement aux gradins, répondaient aux questions, écoutaient l'acte d'accusation et le réquisitoire, sans protestation, avec une sorte de noncbalance résignée. C'est dans les couloirs du tribunal qu'était le spectacle : le vaet-vient continu des magistrats empanachée, au manteau noir flottant, des jurés se réunissantà la buvette, dînant là, fort gais, quand Fouquier est loin, plus silencieux et goarmés lorsqu'ils l'aperçoivent : lui est toujours en mouvement, bousculant ses commis, activant les expéditionnaires, courantdelasallede to Liberté h. oeMe de l'Égalité, dictant à ses substituts les actes d'accusation, laissant toujours ouvertes les portes de son cabinet aRn de tout surveiller et de tout entendre. S'il ne siège paB,i! consolide 'es témoins attendant l'heure de paraître à la barre, il vient assister h un bout d'audience, court à un interrogatoire ; on travaille partout, dans la Chambre du Conseil, dans le greffe, dans le bureau de chacun des juges, au parquet, et partout il est â la fois. Lui aussi, pour ne pas perdre de temps, prend au restaurant du tribunal son déjeuner, que lui sert, à une heure et demie, sur une

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LB8 GIUND8 JOURS 163

petite table isolée, au fond de la salle S In femme Morisan, la bavetière *. 11 plaisante quelquefois, à sa façon : reucoD^ant Joly, tin des huissiers du tribunal du département, il dit : « Le peuple doit être content, la guillotine marche : elle marchera et çà ira encore mieux * ». A la femme de Gamacbe, le valet de chambre de Philippe Egalité, sollicitant la permission d'embrasser son mari qui arrive de Marseille avec le prince, il demande : « Quel Age as-tu 7^ Vingt-deux ans. — ■ A ton Age, ajoute-t-il, un mari de perdu, cent de retrouvés, s La jeune femme se met à fondre en larmes. Fouquier reste un instant songeur, prend la plume, écrit quelques lignes et ajoute — «Ecoute, d'Orléans mourra mercredi et je ferai ce que je pourrai pour te rendre ton mari ». Gaïuache fut mis en liberté au jour dit ^

Parfois il s'emporte contre Dumas, quand celui-ci préside. 11 lui reproche n de ne pas laisser parler les accusés. C'est un gueux '! »

Dumas avait d'autres façons: il interrogeait avec insolence, souvent avec ironie. Il siégeait dans le procès du général Bouchard', un vieux soldat de cinquante- trois ans qui avait conquis tous ses grades dans l'armée républicaine. Houchard parut à l'audience, d'une taille colossale, la démarche sauvage, le regard terrible: un coup de feu avait déplacé sa bouche en la renvoyant vers l'oreille gauche : sa lèvre supérieure était partagée en deux par un coup de sabre ; deux balafres parallèles coupaient sa

' ProusBiaaIe. Eûioire secrète, .. Il, p. 173.

' Bacbflz el Roui. XXXV p. SI.

■ Idtm. p. SU.

' Récil... de LoaiS'Franfois Gam&che. lSt7.

" Déposition de la fiUe Horiian an Procèt de Fouquier.

• 15 novembre ^^93.

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peu communes : un gendarme, condamné pour propos inciviques, sauta des gradins, se précipita vers les juges ; les huissiers le saisirent: il fut aussitôt garottë'. Le fils de Gustine après avoir entendu sa sentence, se contenta de hausser les épaules '. Lamourette, évéque de Lyon, fit un signe de croix : mais l'immense majorité des condamnés ne manifestait aucune émotion : ils écoutaient, la lecture du jugement, l'air très étonné, pour la plupart, répondaient placidement non au président leur demandant s'ils avaient quelque observation à formuler sur l'applicatiOD de la peine, puis descendaient docilement des gradins, et suivaient les gendarmes sans mot dire.

Ce qu'était une comparution devant le tribunal, on le sait, d'ailleurs, très précisément, par lerécitdeM""Vitasse qui, le 9 février 1794, y fut traduite avec sept autres femmes. Angélique-Françoise Vitasse avait trente-deux ans et appartenait h la communauté des Carmélites de la rue de Grenelle. Sortie de son couvent le 14 septembre i792, elle s'était réfugiée, avec M"" Biochaye, Carvoisin, Poubert, Lesnier, Crevel et Donon, dans une maison de la rue Cassette où tes rejoignit une religieuse visitandine, H"* Chenet. Au mois d'août 1793 elles étaient allées se loger rue Neuve-Sainte-Geneviève ; arrêtées là, elles furent conduites à la prison de la Bourbe '.

Deux mois après leur internement, lejuge Maire, accompagné du commie-greflier, Raymond Josse, entreprit le voyage de la Bourbe, leSldécembre, en pleine nuit, afin de les interroger. M"" Crevel, la première, fut appelée au greffe de la prison vers deux hcure^j du matin, puis les autres,

• Bulletin, U-* partie n* 63.

* Deâeas&rtï. Procii fameux.

-* Ou Port-Libre, l'uicienne maison de Port-Buy&I, rue Ae la, Bourht», nnjonril'hui la Maternité.

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166 LE TBIBUNAL BÉVOLUTIONNAIRE

iadividuellemeDl descendireut. A cinq heures du soit Tint le tour de M"* Vitaese ; un gendarme a d'un air terrible », lui ordonna de le suivre ; mais, parvenue an graiTe, elle dut attendre jusqu'à sept heuree « parce que ces messieurs dînaient. » Enfin on la conduisit dans unf grande salle au milieu de laquelle était une table : Maire et son grefTier étalent assis chacun d'un c&téde cette table: une chaise attendait la prévenue, la juge l'invita à s'asseoir.

Maire-Savary» n'était pas un méchant homme : :I affectait volontiers des allures farouches et un ton rude ; mail souvent, après qu'il avait opiné pour la mort d'un accusé, on l'avait vu passer vite, dans les couloirs, les yeux pleins de larmes. Comme il occupait au Palais uu de ces cabinets ouvrant sur te couloir et donnant vue sur le préau de la Conciergerie, il y recevait parfois, sous prétexte d'interrogatoire, la fille d'un prisonnier afin de lui procurer l'occasion de voir son père par la fenêtre et de causer avec lui >. On lui reconnaissait « de la bonhomie et de la seasibtlité'».

C'est bien là l'homme que représente M" Vitasse. Quand elle fut assise il mit seslunettes et la dévisagea avec iosis» tance,

— « Jg suis, lui dit-il, juge au tribunal révolutionnaire; il faut que vous sachiez que le tribunal est établi pour

' Antoine-Marie Maire-Savwy, qnwanlo s!>pt ans pn 17U.1, né à- Versftiltas, fils d'uo roédecia do clienil de Louis XV, avocat au Parlemeat do Paris, hoinmu de loi, quai Pclltitiei' n*4H, membre do laConimanet^n 1790, jugHau tribunal du t7aoùt179S, adniiuislratcur proTÏsoiredudéparLumeQtde Paris laoût 1792 à janvier 1793). juge an Irtbnnnl du I" arroiidisïitment. C'csL IJk qu'était venu le chercher le décret (lu se septembre qui l'avait nommé juge wa tribunal révolutiounaire. A. Donarclie. II. 919.

* Procès de Fouquier-TinvilU. Buohoi el Boni XXXIV p. t&l.

'■ Procès. Bûchez el Rou\ XXXV p. 6.

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LB8 GRAKIIS JOURS ie7

juger et condamner à mort tons ceux qui seront contraires à la république, et lorsqu'elle sera bien établie, le tribunal a'existera plus et tous les juges rentreront dans la classe de leurs concitoyenB. »

La c&rmëlite fit uD signe de tête « comme pour dire : «c'est bon » ; mais ne répondit rien.

Maire parut étonné ; il commença l'interrogatoire : « Avez-vous faille serment? — Non. — Pourquoi? — Il est contraire à ma conscience et à met vœux », répondit M*"" Vitasse que le juge questionna tout aussitôt sur un <!crit trouvé en possession de l'une da ses compagnes, et qui débutait ainsi : C'ett au nom de Notre-Seigneur Jàsus- Citritt et de la très sainte Vierge qu'un ministre du Seigneur... Elle refusa d'en nommer l'auteur. Maire, brusquement lui demanda : « Est-il permis de mentir dans votre religion ? -~ Non. — Eh bien est-il venu des prâtres k la rue Cassette ? » Elle avoua qu'il en était venu quelquefois, mais s'obstina à ne pas les nommer. Le greffier, qui n'écrivait que le moins possible*, lui remarqua que a. si elle ne les nommait pas, il en résulterait du f&cheux pour elle, a

La discussion s'engage sur ce point; le juge accumule les questions, s'impatiente, presse, maudit l'eatétement de la religieuse, lui tend des pièges, la force à répondre. Sans doute il la voit trembler, car tout in coup a avec un grand air de bonté a : a — Avez-vous froid? dit-il. —Non. » 'Tout de suite il la harcèle de nouveau : « Ce sont vos prêtres qui vous montent la tête... Vous leur ressemblez ;

' Le dossier des Archives W 3St d° 4M conllent le procès-Terbal de cet iDterrogatoira, publié par Wallon, II, 4JS. Il est en parfaite concordance avec le récit prëcieni de M» ViUSie qu'a publié inUgralement M. Campardon, I, 460, maifl il no reproduit que trts succinctement les question* et les râponseB, et p&ese kous lilencc les însiEtanccs du juge ainsi que les réticences de la prévenue.

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16ti LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

TOUS souh&itez de voir fondre sur nous touB les maux possibles... Vous êtes bien bonne de leur obéir... Faites le serment, nous ne vous demandons pas autre chose : qne voas regardiez tous les hommes comme vos frères et que TOUS contribuiez autant que voua pourrez à leur procurer une liberté qui peut seule les rendre heareux. •

Elle s'obstine : il y revient : k Faites le serment. — Non. — Pourquoi? — Parce qu'il estcontraire à ma conscience et & mes vœux. — Par exemple 1 Obéissez aux lois de la Hépublique, soyez-lui soumise et vous pratiquerez le voeu d'obéisBance... Vous jouirez de votre pension ; mais vous pouvez TOUS mettre simplement ; n'achetez que les choses les plus communes ou les moins chëi'es et vouspratiquerez ainsi votre vœu de paurreté. Vous avez fait vœu de chasteté, qui vous empêche de rester vierge ? Vous avez la liberté de vous marier si vous voulez; mais vous avez la liberté de ne pas le faire ai vous ne voulez pas. Si vous demeuriez chez moi, je serais bien fdché de vous empêcher de vivre de la manière qui vous plairait ; moi je suis chaste aussi, et cela ne m'empêche pas de rendre service h la République; cependant je n'ai pas renoncé au mariage... »

Le greffier intervient : — h Voyez avec quelle bonté il vous parle : il a pour vous l'affection et la tendresse d'un père, il voudrait vous voir bien heureuse. — J'en suis bien reconoaissante. — Allons, nommez-moi vos prêtres. — Non. » Le greffier pose la plume. — « Je ne puis me résoudre à, écrire vos réponses, cela me fait trop de peine, car je vois que vous en serez victimo et tous irez à la guillotine. — Tant mieux, j'irai plus tût au ciel. — Au Ciel! s'écrie Maire : oui, au ciell vous y serez bien accueillie ! Dieu le père ne voudra par vous receToir, vous n'obéissez pas à la loi et vous ne suivez pas ce que son fils a dit de rendre à César ce qui appartient nCésar... Allons, nom-

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LES GIUNDS JOURS 1<»

inez-moi vos prêtres — Non. » Le juge se met à rire : c Si, TOUS me les nommerez — Non, non je ne vous les nommerai pas. n

Le commis du greffe se mêle encore à l'entretien : — « Dans quel abîme Toas vous ptongei t Vous serez conduite au tribunal révolutionnaire et vous ne savez pas ce que c'est que de comparaître au tribunal; vous serez assise dans une tribune très élevée devant tous les juges et une grande multitude de peuple qui auront tous les yeux sur vous. On vous fera les mêmes questions que nous et nous verrons si roue aurez le courage de répondre... — El il avait l'air, ajoute M"* Vitasse, de retenir bien d'autres choses qu'il ne voulait pas dire, u Pourtant elle n'est pas ébranlée.

Au cours de l'interrogatoire. Maire, une seconde fois, s'informe: « Avez-vous froid? — Non. » Lui touchant les mains, il s'assure qu'elle dit vrai. — a Et aux pieds?

— Un pen ». Il ordonne aussitôt qu'on apporte du bois, qu'on allume un grand feu, et il place, pour la prévenue, un fauteuil près du foyer. Il cause avec elle, presque affectueusement. « Vous ne feres donc pas le serment? — Non. » Le scribe interrompt encore: — <c Vous serez cause de votre malheur ; pourquoi ne voulez- vous pas faire le serment ? — Parce qu'il est contraire à mes vœux.

— Eh bien, fait le juge, je veux que vous me disiez si vos vœux sont contraires à la loi? — Apparemment, répliquet-elle. » Il en rit longtemps de bon cœur; se tournant vers son greffier : « Ah I écris cela : apparemment; écris aussi que, d'après l'aveu de ta citoyenne, les prêtres sont cause qu'elle ne fait pas le serment. — Je vous ai toujours dit le contraire. — Ecris toujours ; moi j'en suis convaincu.

— Ce n'est pas la vérité. — Je sais bien que vous ne l'avez pas dit, mais je crois que cela est. — Que vous le croyez ou que cela soit sont deux choses; ainsi je no con-

170 LE TRIBUNAL SÉVOLUTIOHNjURB

sens pas que cela soit âcrit — Eh bien, dit Maire au greffier, ajoute qu'elle a refuté cela'. »

ÎA"' Vitassc, ce rtai Dément, était plus coupable, d'après les lois du temps, que la plupart des prévenus : et pourtant le magistrat est pour elle indulgent et attentionné ; le greffier ne se décide qu'avec peine k transcrire ses réponses, dans la crainte de la compromettre irrémédiablement. Est-ce Ih une modération particulière au jnge Maire, ou faut-il penser que ses collègues procédaient avec la même bienveillance aux. interrogatoires préalables? D'autres, on l'a su depuis, étaient de braves gens : loin de la surveillance de Fouquier, ils se montraient pitoyables et faisaient effort pour sauver de la mort les accusés dont ils instruisaient les procès ; mais, h l'audience, sous l'œil du terrible maître, en présence de la foule acharnée, ils avaient peur, et ne se risquaient pas & témoigner leur compassion. Naulia était de ceux-là, Nautin qui, ancien commissaire national au tribunal du cinquième arrondissement*, fut, pendant un temps, substitut de l'accusateur public, puis juge et vice-président du tribunal révolutionnaire. Dans les prisons, quand il arrivait pour procéder à quelqu'instruction, on disait: — a C'est Naulin, tant mieux; il n'en ira pas tant h la boucherie'. »II osait se plaindre

' Voici Itt fin du procés-verb»! d'interrogatoire U est iat^ress&nt de le rapprocher du récit de H" VilAsee ; — « Vos vœuE sont doni^ contraires à lu loi ? — Appartmmenl. — Je Toua invite, pour la dorniËre fois, à nie nouimer lea prêtres qui, d'après voire propre aveu. voua ont rois dans le caa d'être rérraclaire aux lois de la Répnbliijue. — Je periiste à ne pas vouloir les nomrosr. Uais je dâcl&re i|ue ce ne sontpa^ eui qui ma rendent réfraclaire aux lois de ia République, u L'écrit (te la religieuse est si merveilleusement sincère (|u'en le comparant ît ce procËa-verbal, qu'elle n'a jamais connu. on retrouve très écourlées. il est vrai, par ud grelBer laconique ot bienveillant, les plirasos qu'elle rapporta ; on y retrouve même, un le voit, lea mots qu'elle se roppciie avoir prnjionccs,

' A. Douarclie, II, 9Ï9.

■ Bûchez ot Boui, XXXTV p. 3Î0-3Î4.

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2t Dumas lui-même de la raptdiUdes procédures. — a On ne laisse pas parler les accusés ; c'est una infamie ; ou ne peut y tenir; co n'est plue un tribunal, c'est une boucherifli.» Du temps où il siégeait au civil, un plaideur étant venu lui demander conseil, glissa furtivement sur son bureau un paquet cacheté contenant 3000 livres que Naulin déposa le lendemain au tribunal en requérant que la somme fût distribuée aux indigents*. Naulin, d'ailleurs, ne plaisait pas à Fouquier-Tinville, encore moins à Robespierre : il fut emprisonné, pour un mot, dit k la société des Jacobins, et resta sous les verrous des Carmes jusqu'au 10 thermidor^.

Le juge Harni était également un homme estimable, désireux de démissionner, mais retenu, lui aussi, par la peur' : il faisait preuve, quand il l'osait, de sensibilité et d'humanité. En ce qui concerne Scellier, qui préaida fréquemmenten remplacement de Dumas, les renseignements sont contradictoires* : TouBEaintr Gabriel Scellier était fils

' Procèi de Fouquier. Disposition do Boucher, liniasier. = Procès de Foiiquier. Déposition de J.-B. Tavornier, eomtnisgi-eftleran tribunal.

* BuUttin de la prison dei Catmet : du 11 un 19 messidor ui II, cntrce de Naolin (Claude), vice-président du liibuualrùvolutioanaire. Ordre des comiUs de «alut public et do sûreté générale, i'ius tard Nanlia déclara qu'il avait déplu pour avoir, aux Jacobins a iute:^ pelle Robespierre et Coutbon, parce qu'ils avaient dénoncé, sons les nommer, des bommes perQdea existant daui le seia de la Convention. V Archives nationale/, U, IQÎl.

' Buchei et Roux XXXVp. 8.

• 11b le sont pour tous. d'ailleUTt, te Naulin dont on yient de parler, se vantait, lorsqu'il fut en prison. « d'avoir fait périr deux à trois cents de ces scélérats »; c'est du moins ce qu'assure Wallon, (IV Sei). 'Vilain d'Aubigny, très suspect témoin, il faut le dire, déclara, au contraire que, détenu avec Naulin t il l'a toujours entendu déplorer amôremant les crimes qui s'étaient commis au tribunal attribuables. selon lui. à l'asservissement de certains magistrats. aui volontés arbitraires des comités autant qu'à l'ignorance absolue de« jurés.

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lîS LR TBIBCN&L RËVOLUTIONNAtRE

d'un marchand drapier de Compiègne : soa frfere atné était maire de cette- ville à l'époque de la Révolation. D'homme de loi au baillage de NoyoD, où, sans doute. Fouquier, qui était du pays, avait eu l'occaBion de le rencontrer, Scellier était passé juge au district de Compiègne' et de là au tribunal révolutionnaire. Pour certains, sa dureté, son mépris des formes judiciaires, son insolence à l'égard des accusés, sa grossièreté étaient notoires et « l'avaient recommandé pour le poste de vice-président' »■ Pour d'autres, au contraire, c'était un magistrat scnipaleui. On raconte qu'en février 1794, se trouvant à dîner avec douze ou quinze convives au nombre desquels était Robespierre, celui-ci se plaignait de la lenteur apportée parle tribunal au chAtiment des conspirateurs : Scellier allégua que la loi imposait des formes; que ces formes étaient la sauvegarde de l'innocence et qu'il regarderait leur violation comme un crime odieux.

— « Bah 1 Bah I répliqua Robespierre : voilà, comme vous êtes, vous autres, avec vos formes : attendez ; avant peu le comité fera rendre une loi qui en débarrassera le tribunal et nous verrons alors. »

Scellier, indigné, garda le silence^

Us avaient, ces juges, l'audace de se taire, nulle autre,

' L** teiie Carmililes de Compiigne, par Victor Pierre, p. 131.

' Victor Pierre, Ouv. cité.

'Procèi de Fouquier. Déposition do Vilain d'Aublgny. Béai déctiM, loi aossl qae Scellier professait les sentiments de la plus siDc4re hamanilé : — « Pendant que j'élaU déUnn au Laiembonrg, dit-il. bcellier eut occksIoq de voir mon fils d&n* uns maison tierce : cet enfant y chanta avec énergie des couplsts patriotiques ; j'ai gn qn'en l'entendant Scellier versa des larmos ; qu'il donna à mon éponse d'excellents conseils, que, dans un temps où l'on fuyait les femmes des détenus comme dus pesliférëes, il l'a rec.uo toujours bien. Je veux, disait-il, conduire votre enfant dans des sociétëa où il sera entendu ; iv veux qu'il saavo son p6rr>. h Bûches ri Krmi

sxxiv. 3fly.

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et ils retouraaient, les larmes aux yeux, à leur épouTaatable mission; bien sauvent on les a vu pleurer : ae doiton pas manifester quelque pitié à ces malheureux, saisis par l'engrenage? 11 leur eût fallu de l'héroïsme pour s'en arracher ; et peut-on flétrir sans quelque rémission des hommes qni D'aTaient le choix qu'entre leurs épouvantables fonctions ou la mort?

Ces sommaires indications ne seront point inutiles à la suite de l'histoire de M"* Vitasse et de ses compagnes : c'est à l'audience publique du 9 février 1794 que Fouquier- TiDville réclama leurs têtes. Le récit de la religieuse est trop précis pour qu'on s'abstienne de le citer intégralement :

A midi, on vint nous appeler pour monter au tribunal : un tremblement universel s'empara de moi. Le concierge nous Ata tout ce que nous avions dans nos poches, et une douzaine d'hommes conduisirent nos pas par beaucoup de petits chemins noirs très étroits et très sales : il y en avait d'autres très grands et très vastes '. Nous montâmes beaucoup. Pendant le chemin, j'éprouvai l'étendue de ma faiblesse ; nous fûmes obligées de passer par une porte très basse, je ne m'aperçus point de sa petitesse et, ne

■ Cest ici l'occasion du idire remarquer que, si l'on était monli au tribunal, comme onl'a cru jusqii'4 prtaenl, parreacaliardit sujonrd'hai Etealier de la Reine, les accusées n'auraient pua eu k puconrir « beancoup de petits chemins noirB très âtrolts et tris saloB s et ■ d'antres très grands et très vastes, ■ pnisqoe cet escalier aboutit diractement dans la Graad'Chambre. » Nous mont&mes beaucoup, ■ dit H"* Vitasee : il fallait en effet gravii l'escalier tortueux et fort irrégulier de la Chapelle : puis, après qu'on avait suivi la gaUrie det Peintres, on trouvait une dizaine de marches pour gagner le niveau du corridor, an bout duquel on descendait pour se retrouver de plain pied avec la Grand 'Chambre

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(7i LE TRIBUNAL HÉVOLOTIOlfNAIRE

me baissant point pour passer, je me donnai un grand coup à la tête. Le gendarme, qui en fut très effrayé, fit ce qu'il put pour me procurer un verre d'eau, mais cela ne fut pas possible ; il me demanda si je souffrais beaucoup, je lui répondis sur place que je ne l'avais pas senti : effectivement, le trouble que je ressentais était ai grand qu'il m'empêchait de rien sentir. Je fus effrayée de ma faiblesse et je priai Dieu d'avoir pitié de moi et d'Être lui-même ma force. Les railleries que nous essuyâmes, le long du chemin, d'un grand nombre de personnes qui nous attendaient au passage me coûtaient singulièrement àentpndre ; je m'unissais autant qu'il m'était possible à Jésus humilié dans sa Passion pour l'amour de moi. Nous entrons dans la salle au bruit de toute la populace, mais à ce moment une paix et un calme profond s'empara de moi ; je pensais tellement & Dieu que je voyais sans voir et que j'entendais sans entendre. Mes sœurs avaient reçu la même grâce et la même force sans avoir éprouvé la même faiblesse, parce que Dieu avait voulu me foire voir que la force et le courage dont je me trouverais revêtue ne viendraient que de lui seul : ce qui nous a bien prouvé que c'était véritablement pour sa cause que nous allions combattre; sans cela, il n'eût pas fait en nous de si grandes choses, car ce que nous ressentions n'était point l'effet d'une tête montée, mais le calme et la paix qu'on éprouve au ciel. Paisibles entre les bras de notre Dieu, noua ne voulions que lui être fidèles, et nous lui abandonnions le reste.

Lorsque nous fûmes assises, l'accusateur public lut

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LES GBANDS iODRS 175

noB chefs d'accusation, qui était tels que nous eussions dû aller à la guillotine, car nous eûmes celte ressemblance avec Jésus-Christ que nous fûmes accusées faussement. On fit ensuite prêter le serment à tous les juges qu'ils seraient intègres dans leur jugement, et à tous les témoins qu'ils ne diraient rien qui fût contraire à la vérité. On lut le papier trouvé chez ma sœur Victoire ; le peuple n'en parut pas beaucoup ému. On nous demanda & toutes nos noms, nos Ages et notre demeure ; on nous interrogea toutes, les imes après les autres, selon le rang où nous étions assises, en commençant par celles qui étaient plus près des jugée ; ce fut ma sœur Louise-Thérèse [qui fut interrogée la première] . Le président nous nomma un défenseur qui se trouva là et qui n'était point au fait de notre cause ; elle lui représenta cela, mais eo vain. Le président lui demanda si elle voulait faire le serment : « J'aime tendrement ma patrie, je suis meilleure patriote que personne, mais je suis chrétienne, catholique et religieuse. — Si tu veux faire le serment, nous t'écouterons, mais si tu veux prêcher, tu n'as qu'à te taire ». Toutes les fois qu'elle a voulu parler ou simplement nier des faussetés, on l'a tottjoors fait taire; elle avait écrit des moyens de défense très excellents, mais on ne les lui a pas laissé dire.

L'accusateur public avait demandé à une de mes sœurs si le prôtre réfractaire K... ne venait pas chez nous ; sur ce qu'elle avait répondu qu'oui, ma sœur Louise- Thérèse dit qu'il y venait pour lui donner des leçons de dessin, ce qui donna lieu à bien des propos.

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176 LE THIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

Il dit que c'était un coureur de lièvres, qu'il s'iutroduisait chez toutes les religieuses, et qu'à l'aide d'un carton de dessin il savait faire des siennes. Ensuite le président demanda à ma sœur Chrétienne si elle voulait faire le serment, a Non ! — Avez-vous connaissance de cet écrit? — Je l'ai entendu lire à la section et ici ». 11 voulait lui persuader qu'elle avait avoué dans son interrogatoire que ma sœur Victoire était pr... {sic}; elle s'en défendit beaucoup; mais, comme il voulait toujours lui soutenir qu'elle t'avait dit, elle lui répondit avec heancoup de vivacité : — « Non, monpère, je le l'ai pas dit». Ce qui nous fit beaucoup rire ainsi que tous les assistants, et le président lui-même fut obligé de perdre sa gravité. Ma sœur Victdire fut beaucoup questionnée sur l'auteur de l'écrit ; il disait qu'il n'était pas possible de croire qu'une religieuse eût ia discrétion de ne pas demander le nom d'une personne dont on lui apportait un écrit. On lui a fait plusieurs questions sur la messe des prêtres, mais comme elle avait la voix très foible on ne l'entendait presque pas, et présentement son peu de mémoire les lui a fait oublier. Tout ce que je sais c'est qu'on avait l'air de lui en vouloir et à ma sœur Louise-Thérèse beaucoup plus qu'aux autres ; ce qui me fît croire qu'on ne les enverrait pas à la guillotine sans nous. Ils firent très peu de questions à ma sœur Rosalie; ils lui demandèrent si elle voulait faire le serment; sur son refus, ils passèrent & ma sœur Joséphine et ne lui en demandèrent pas davantage ; ils avaient l'air de se dépêcher comme si on les attendait. Ils passèrent à ma sœur Philippine. Le

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LES tillANDS JOURS 177

président : — « Quel est votre confesseur? — Ily a plusieurs mois qu'il est parti. — Quoi ! point de confesseur? — Quand on n'en a point, on s'en passe.

— Qui vous a suggéré de ne point faire le serment ?

— Dieu et ma conscience. — Bont-ce vos compagnes?

— 11 n'y avait qu'un mois que j'étais avec ces citoyennes, et j'étais parfaitement décidée à ne pas faire le serment avant de me réunir & elles. — Voulez-vous donc fitro rebelle à la loi ? — Je serai toujours soumise à la loi dans tout ce qui ne sera que civil, mais... — Celle-ci est théologienne, passons à une autre. ■ El, voyant que M"* Chenet était sourdo. ils dirent [&la sœur Philippine] : — « Demandez àcelle qui vous suit si elle veut faire le serment? » Philippine : « Le président demande si vous voulez faire le serment, Madame Chenet? — Je ne l'ai jamais fait et je ne le ferai jamais. » Il passe à moi, Angélique. Le président : — h Ne voulez-vous donc pas regarder tous les hommes comme vos frères? — Oui. — Vous parlez plus raison que les autres ; pourquoi ne vouîez-vousdonc pas faire te serment? — La liberté telle que vous la définissez anéantit tout engagement indissoluble ; j'ai fait des vœux qui m'engagent jusqu'à la mort, je ne puis pas faire le seiment qui les anéantit. » Le président reste quelques instants en silence, et ensuite, très faiblement : — « Qui vous empêche de pratiquer vos vœux ? Ne voulez-vous pas être soumise à la toi? ~- J'aime tous les hommes comme mes frères, je veux le bien de tous, je serai soumise à la République dans tout ce qui ne sera pas contraire à ma conscience et &

178 LE TRIBUNAL «ÉVOLUTtONNAIRR

mea vœux; mais pour des serments je n'en ferai pas ».

Alors on donna au défenseur la permission de parler ; je ne sais pas s'il avait la volonté de prendre notre défense, mais il ne le fît pas. Il commença par dire aux juges qu'il n'y avait pas de lois assez rigon* reuses pour nous ; il leur lit entendre que, quand ils nous jugeraient selon toute la rigueur des lois, ce serait un acte de justice ; que cependant, à cause de notre vie retirée, qui donnait lieu de croire que nous n'avions fait aucune cabale, il serait grand de leur part de nous faire quelque grâce et de ne pas nous juger selon toute Tétcndue de la sévérité des lois. Ensuite, il demanda la permission de nous faire un sermon républicain ; il se retourna de notre côté et y mit une force et une véhémence extrêmes. Il avait mis dons sa tète de faire de nous ses prosélytes ; mais malheureusement pour lui, Dieu nous parlait encore plus fortement au cœur; et nous n'entendîmes pas grand'chose de tout ce qu'il nous débitait. Son sermon fini, il monta & notre tribune avec quatre ou cinq autres pour nous engager à faire le serment; nous n'entendîmes de tous côtés que ces cris : — « Faites le serment, on veut bien vous en donner le temps; faites le serment, vous êtes les premières à qui l'on ait fait de semblables gr&ces ; jamais au tribunal on n'a laissé les gr&ces dans les mains des accusés et vous voyez que les jugea veulent bien faire cela pour vous ; faites le serment, et l'on vous enverra chez vous; vous serez comblées d'honneurs et vous recevrez vos pensions. » Le gendarme qui

était & côté de moi me disait avec beaucoup de douceur : — « Faites le serment, vous le pouvez ». Je lui dis que, si j'avais pu, je n'aurais pas attendu à ce moment à le faire. Les juges et le président attendirent avec beaucoup de patience pour voir si nous ferions le serment ; mais, lorsqu'ils virent que tout cela était inutile et que nous persévérions toujours à le refuser, ils donnèrent le si^al pour nous faire retirer. Les gendarmes nous conduisirent dans une petite chambre peu éloignée du tribunal. Pendant ce temps on détermina notre jugement. Toutes les personnes qui nous avaient suivies à la tribune nous suivirent et recommencèrent leurs exhortations. Plusieurs personnes s'attachèrent plus fortement à moi, et ils disaient que j'étais la plus jeune, que j'avais l'air moins entêtée que les autres, et qu'ils étaient bien sûrs que je ferais le serment si je ne craignais pas mes sœurs; ils me dirent de ne point avoir peur de ces vieilles entGtées, qu'elles seraient la dupe de leur entêtement ; mais lorsqu'ils virent que cela ne m'ébranlait pas, ils voulurent aussi m'entreprendrc et m'appelèrent fanatique ; mais le gendarme qui m'avait exhortée à faire le serment prit mon parti. Il vint me demander si c'est que je n'aimais pas tous les hommes ; je lui dis que oui et voudrais bien leur faire tout le bien qui me serait possible : il fut leur dire qu'une personne qui voudrait faire du bien à tout le monde n'était pas une personne dont il fallût tant se méfier ; que je ne ferais pas le serment, parce que je ne le pouvais pas, et il les fit tous sortir. Peu de temps après on nous reconduisit dans la

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180 L£ TRIBUNAL RËVOLUTIONNAJRB

salle du tribunal. Lorsque nous fûmes awises, l'accusateur public nous qualifia de viergee folles et lut notre jugement. H commença par dire qu'il n'y avait pas de mort assez cruelle pour des fanatiques telles que nous; que cependant, comme il était prouvé que nous étions fort retirées et tranquilles, nous n'aurions subi que la peine portée par la loi, qui était d'être renfermées jusqu'à, la paix comme suspectes ; mais que, n'ayant pas voulu dire la demeure et le nom des prêtres réfractaires qui venaient chez nous, c'était comme si nous les eussions cachés ou recelés chez nous ; que la loi punissait do la déportation tous les prêtres réfractaires et ceux qui les avaient cachés et qu'ainsi nous méritions la même peine ; que nous étions condamnées à la déportation selon les termes prescrits par la loi ; que tous nos biens, si nous en avions, seraient confisqués au profit de la République avec les exceptions portées par la loi.

Les saintes Temmes furent écrouées àla Saipétriëre en attendant l'heure de la déportation qui ne vint jamais ; la chute de Robespierre devait les rendre à la liberté, oa, pour mieux dire, au cloitre, où toutes l'entrèrent, après thermidor, pour n'en plus sortir.

En mars, le printemps de l'an H s'ouvrit par un jour charmant, ensoleillé et doux : Paris était joyeux comme il l'est au premier soleil : d'autant plus joyeux que ce jourlà commençait le procès d'Hébert. Le peuple comprenait si mal les événements, qu'en apprenant l'arrestation du

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J^ère Duchesne, il se figura qne, du même coup, tous les rérolationnaires allaient'v passer en mâme temps, et que Hobespi erre était du nombre'. C'était d'ailleurs uoe joie générale : on en espérait l'immédiate cessation des troubles et de la disette : le public était même si peu au courant des choses que, trois jours avant l'ouverture des débats « une foule prodigieuse de citoyens adluait k la place de la Révolution pour voir mourir l'idole de la veille passée subitement au rang des monstres. C'est un indice de l'opinion que les badauds se faisaient du tribunal de Fouquier-Tinville : ils savaient qu'un homme pris était un homme mort et dès la nouvelle de l'arrestation on courait, sans délai, choisir une bonne place autour de la guillotine : hommage populaire b l'activité de l'accusateur public.

Les raffinés seuls étaient friands du spectacle des audiences. Le ai mars, ils eurent la surprise de voir leur Père Duchesne, — qui si souvent avait insulté les victimes et s'était raillé da leurs grimacs, — monter aux gradins, blême de peur. « Dix mois de prison ne l'auraient pas plus changé', o Dix-neuf accusés étaient à ses côtés, parmi lesquels une femme, la citoyenne Quétineau et un étudiant en médecine de quarante et un ans, J-B. Laboureau que nul ne connaissait et qui n'était qu'un espion de Robespierre placé 1^ pour surprendre et rapporter les confidences qu'échangeaient les p^évenus^ Celui-là était bien tranquille.

' Schmidt. Tableaux de la rèvoliUhn feansahe, cîlô par Wallon,

* Schmidt. Tableaux.., ofc.

* Labouroau, membre du comitû râvululionnuire do la acclion Maral se disait mûde<;in. mais était alchimiste. Il cliarchait la [lierre philoBOphala. Il était niS à Arnay-Bur-HaiToni |CiJle-d'Or| et demeurait mo de lu Harpe. Archive» nationale». Il semble que les accusés n'&icat ea aucun doute sur le rûle de Labouruan : dans les noltd

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iSâ I.E TRIBUNAL BÉVOLUTIOKNAIRE

Hébert occupait le fauteuil ; il avait h peine la force de répoodie par oui ou par non aux questions du présideot : on s'étonnait beaucoup « qu'il eut plutdt l'air d'un sot que d'un homme d'esprit ». Le bruit de sa mine piteuse s'était répandu et la Toule accourait pour la contempler : mais l'afiluencB était ai grande, l'après-midi surtout, que des gardes postés dans la cour et sur le perron du Palais repoussaient les curieux au delii des grilles : dans les rues, on lisait èi haute voix la liste des chefs d'accusation portés contre les accusés.

Le quatriëmejourdu procès, le président Dumas, pressé d'en finir, eut un fougueux mouvement d'éloquence : en dépit de l'impartialité que lui commandaient ses fonctions il traita les accusés d'infdmes, de brigands, de traîtres, d'instruments méprisables, d'dmes viles, d'assassins, de bourreaux, de barbares, d'hypocrites, d'égorgeurs, de panicides, d'affameurs, de féroces esclaves, d'usurpateurs, d'agents du tyran, de valets de l'étrauger, de faux patriotes et de royalistes. Les jurés se déclarèrent, aussitôt, suffisamment éclairés et les défenseurs furent dispensés de plaider : Dumas prononça la clôture des débats.

Quand, après un séjour do deux heures dans la salle de ses délibérations le jury rentra en séance, il apportait une réponse affirmative sur toutes les questions, sauf sur celle qui concernait l'espion Laboureau : on le fit rentrer isolément : le gendarme qui l'escortait, en entendant proclamer son acquittement se jeta dans ses bras. Le président, les juges, les jurés lui donnèrent avec émotion l'accolade fraternelle : Dumas !e fit placer près de lui, sur l'estrade,

que co personnage rédigea Louchant le procès mâme où il flguraîl, notes qu'on retrouva dana les papiers de Robespierre, il ëcrït : — H Ja n'ai pu tirer aucun renseignement de Vincent : il p&riatt souvent ï l'oreille de Momoruntilc Ronsin et fermait son pilier lorsque je voulais y regapiicf, il sosl constamment métlû de moi. » DesessarlP. Procèj/niJJiîi'J.

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LËA GRANDS iOURS 189

et s'écria : — « La justice voit avec plaisir l'innocence s'asseoir à ses cOtés'. u Puis il donna l'ordre d'introduire les autres accuses : en voyant Labourean assis h la droite du président, ils comprirent qu'ils étaient perdus : la face d'Hébert devint livide, en m<iine temps que la sueur perlait sar son front : pendant la lecture de l'arrêt il avait le regard fixe et les yeux pleins de larmes '. Les gendarmes l'emportèrent. L'athée Cloolz, condamné avec lui, en appela a au genre humain » : Ronsin, Vincent et Momoro conservèrent une attitude très ferme. M^'OuéUneausedé- Clara sur le point d'être mère et fut séparée des condamnés : son mari avait été condamné k mort, huit jours auparavant et on ne sait pourquoi on avait associé cette veuve au jugement des flebertistes : ello avait été oubliée dans l'acte d'accusation^.

La condamuatioo du Père Duchesne et de ses complices fut, en quelque sorte, une réjouissance populaire ; pourtant la rapidité du procès laissait quelques mécontents : pour la première fois on entendit des patriotes s'étonner des façons du tribunal : — « On ne laisse pas aux accusés le temps de se défendre, le président leur parle avec beaucoup de dureté : — c'est oui oitnon que je vous demandSt leur dit-il à chaque instant, il n'est peu ici question de phrases. « Le peuple, (foulait VObservateur de police qui rapporte ces propos, « le peuple voit avec peine, le tribunal suivre une marche aussi contraire aux loisde l'bumanité et de la justice*. »

■ La EUrleudeiUKlD, à U sociùLâ des Jacobins, Laboareau m prv- ■ei)t&. Ht un discours, qui débutait par ces mots : t Citoyens. TOUS voyez uoe nouvelle preuve de la justice du tribunal râvolntionnaire... > II reçut l'accolade du président, anx applanditsements de tonte l'asaietance. La tociétt de* Jacobint, Aulard, V[, p. 16 et 17.

* Deeessarts. Procès fameux,

• waUoQ m, &e.

' .Schmidt. Tableaux.

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18t LE TRIBUNAL KtVOLUTIONN&IRB

En faveur des Dantoaistes, huit jours plus lard, cette résistance s'affirma: Fouquier la prévoyait; ii prit ses mesures : le 2 avril, du lieu de commencer l'audiecce, aîoai que d'ordinaire ; & huit heures du matin, il traina en longueur le triage des jurés dans la Chambre du Conseil, opération dont fut exclu, contrairement à la procédure habituelle, le greffier Fabricius, protégé et ami de Danton : le choix de Fouquier tomba sur les solides : Trinchard, Dix-Août, Lumière *, Desboisseaux, Ganney, Souberbielle, ReoBudiD : sept senlemeot. N'en trouva-t-il pas davantage dont il fût sûr ? Il voulait la condamnation de tons les accusés, elle lui était, sans nul doute ordonnée. Etait-ce, pour lui, une question de vie ou de mort ? Cela parait probable. Savait-il que la veille, ou lematin même, l'ordre avait été donné de l'arrêter, lui et le président Herman? H parait invraisemblable qu'il n'en fût pas informé. On retrouve dans les papiers du Comité, une note conçne ainsi :

[Corps de garde en face de la rue des Poulies]', écrire à Heoriot de mettre à l'ordre qu'on ne fasse point arrêter le président et l'accusateur public du tribunal révolutionnaire.

Faire signer par quatre membres.

13 germinal.

(La lettre a été envoyée, le même jour par un gendarme'.)

' Après avoir éli, pendant quelque tOTiips, sccrétalro de Fouquier [Àrchiiiei nationaUs, V 10211, lo niDsicien Lumière âtait passé au nombre des jurés. Décret du !6 eeplembre 1733.

' Cell» iigne est raturée.

' Archiixs luUionalea, AF""!!*.

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LES GRAnOS JOUR» 185

A quoi s'étaient eogagés, pour détourner le coup, Fouquier et Hermao ? Le Comité sans doute laissait l'effrayante menace anspendue sur leurs deux têtes, afin de stimuler leur zèle ' : de fait, IIe se surpassèrent.

La première audience ne s'ouvrit donc qu'à onze heures : on espérait, en siégeant tard, remplir sans trop de malencontre, les trois jours après lesquels, seulement, le jury pouvait se déclarer pleinement éclairé. Quand la porte du prétoire s'ouvrit, Danton entra « comme le taureau furieux qui surgit dans l'arène, les cornes basses : il espérait, dès l'abord, soulever le peuple * » entassé depuis trois heures derrière les balustrades*. On dit que, comme il

' Dam&s, de son cdtù, reçut cotte iaviUtioD, datûe du 12 germinal (l« avril) : « Lo Comité do salut public invite le citoyen Damas, vice-président dîi tribnnal criminel (ne) & se rendre au Uea de ses séancea, demain, i. midi, s Danton, par Q. Lennox, p. 139. Voulait-on offrir & Dumas la prÉïidence retirée &Hennanî

' Hérault de Séchellea, par Emile Dard.

' C'est une question de savoir dana laquelle des deux Chambres fut Jugé Danton. La plupart dus historiens placent le procès dans i(L sallo Saint-Louis (Tournelle), ot une tradition rapporte que la voii puissante du tribun, tes feoùtrea étant ouvertes, parvenait juaqa'au quai do la Mégiiiserio, situé de l'autre ci^té de ta Seine. La chose, vraisemblable si les audiences curent lieu k. la Tournelle. ne pourrait être acceptée dons le cas où elles auraient eu la Grand' Ctiamiire pour théâtre, Daubon dit expressément que le pi-ocès se déroula 4 la Tonmelte ; mais on a vu qu'il faisait erreur en ce qui concerne !e jugement de Charlotte Corday, ot son uUlrmalion aurait besoin d'i^tre conUrméo. Ce qui donnerait t penser que Danton fut jugé à. la Grand 'Chambre, c'est que t'un de ses co-accusés. auquel lo président posait lus questions d'usage, répondit : s Je me nomme îléranit de HéaheWcs... je tiégeais dam eetleKUU,otiyélB,iB àé^estédm parlementaires, i II est vrai que, très jeune avocat général, Hérault dut siéger, aussi bien & la 'rourneile qn'fi la Grand'Chambre. Ces mots ne fournissent donc pas une preuve : mais co qui semble an itià une, décisive, c'oit que, lors du procès de Pouquier-Tin ville, qui, lui, Tqt, sans conteste, jugé dans la Grand'Chambre, l'un des témoins, Vlllain d'AubIgny, parlant de Danton et da ses amis, désigna les places qu'avaient occupées... « ces inrortunés qui furent assassiniis, il y a précisément un an, à pareille heure, & cette place.

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18li LE TRIBUNAL BIfVOLUTIOHHAIBE

gagnait le banc des accuses, Fabricus, le grefOer, se leva de son siège, courut à lui, et, tout pleurant, l'embraesa*.

Ce furent, pour Herman et Pouquier, de chaudes journées. Une foule, accourue de tous les points de Paris, déferlait contre les portes du tribunal. Le premier jour, la partie reste indécise : le 3 elle parait se décider en faveur des accusés : le plus minime incident peut transformer leur procès en un triomphe : le peuple semble n'attendre qu'un signal pour porter les prévenus à la Gonveotion, comme on y a porté naguère, l'Ami du peuple : quelle rentrée 1 C'en est fait, dans cecas, de Robespierreet du triumvirat : c'en est ùÀt des comités et du régime de la Terrenr. Le sort de la France se joue au tribunal et Fouquier le tient dans sa main ; mais c'en est fait aussi de lui et de ses fidèles s'il n'est pas le gagnanti lui ne l'ignore pas, eux, ils hésitent : entre deux peurs, car la peur est la carte maltresse, ils ne savent à laquelle céder ni de quel cdté le danger est le plus menaçant.

Aux couloirs, aux salies qui environnent le prétoire, une animation insolite : les audiences sont courtes, afin que les accusés parlent le moins possible ; mais, dans les

ici, li, t&... ■ (le Umoio indique Uplaiio où iU ét&ieol). Bâcliez el Roui. XXXIV. Ut.

11 semble, d'ailleurs, qoa chacuoe des secUoas du tribnnaJ a'&vaiL pu ua la(N&l atLitré : elles Hlâge&ient indifféremmaDt ù la, Grand'- Cbambre où 6 U Tournelle, suiv&nt, sans doute, le nombre d'accusés qui leur iacombait. 'W&llon, qai i, dépouillé tous les dossiers du tribun&l, note • deuxième leclion, talU de la Liberté > (Graad'Cbambro) lU GIS. — > Pnmière leclion. salle de Liberté t. IV, Ï0«, — a Dtu^ime teclion. ealle de IBgatiU (TouraeUe) a, IV E06. — a Deuxième teclion talle de la Liberté », IV, 530 ~ ■ Parmi les coadtUDDâs du la Première audience, salle de la Liberté ». IU, 436, clc. On voit que, l'une ot l'antre des deux sectioDs occopaieut olter^ oatiTement les deux salles, sans althbulioa précise. Pour plue de dorké, nous conlinuerons à appeler ces deux salles de leurs anciens noms, Grand'Chambre et Tournelle.

' Danton, par G. Lcnaox.

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coulisses, le spectacle est tragique : conciliabules aaimës entre les juges et les jurés. Que Ta-t-on faire ? Quatre députes tt la Convention, Amar, Voulland, David etVadier', sont Ih, allant de l'un k l'autre, propageant le souhait du Comitë : il faut que tous les accusés soient déclarés coupables. Dans le corridor, dans les salles du bâtiment neuf, c'est un mouvement incessant : les commis escaladent les escaliers, courent du greffe au parquet, cherchant fiévreusement des pièces queFouquier réclame impérieusement; les témoins se massent, indécis, discutant, trësperplexes: la buvette est assiégée : l'attente, l'angoisse et le beau temps altèrent : un soleil d'été chaufte les vieux murs du Palais : on s'aborde, on s'interpelle, des querelles éclatent et le tumulte cesse, par instants, quand, provenant de l'audience, groDde le tonnerre de la voix de Danton que coupe le fracas des applaudissements.

Sur leur siège Herman et Fouquier, qu'assiste Flenriot- Lescot, sont en désarroi : ils se passent des billets, griffonnés en hâte, minutant leur anxiété. — A Fouquier, écrit Herman ; dans une demi-heure, je ferai suspendre ta défsTise* de Danton; il faudra prendre quelques mesures de détail. Fouquier répond. J'ai une [objection mot rayé] interpellation à faire à Danton, relativement à la Belgique, lorsque lu cesseras les tiennes.

Et, sur un troisième chitTon, ces mots, de la main d'Hermnn :... il faut avancer^.

On n'avançaitpas: jamais l'ardente éloquence de Dan ton, auquel on ne parvenait pas à imposer silence, n'avait été plus secouante. Ni emphase ni grands mots ; mais la familiarité brutale du maître qui se sent chez soi, le dédain

■ Pi-ocèa Fouquitr. Déposition de l'aris-Fabricius. ' Ccel-i-dlro VinlerrogatoiTt.

■Jules QBrelie. Camille Deamoulins, étude sur les Danlonhlef. ï- édition, 1ST5, p. 338 ; et Wallon, III, IflB.

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188 LE TR1BITNAL B^.VOLUTIONNAIBE

d'un géant que des nains cherchent à enlacer; ses phrases courtes, imagées, tenaillantes, serrent à la gorge ses adversaires : — « Danton aristocrate I La France ne croira pftscelalongtemps ! — Moi vendu I Un homme de ma trempe est impayable 1 — Le peuple déchirera par morceaux mes ennemis avant trois mois t — C'est moi qui ai fait instituer le tribunal révolutionnaire, ainsi je dois m'y connaître I Interpellant un témoin, Cambon : « Nous croistu conspirateurs ? Voyez, il rit, il ne le croit pas ; écrivei qu'il a ri ' I »

Le pAle Herman n'est pas de force : les juges et les jurés mollissent, anéantis devant de tels hommes; le public commence h s'enflfevrer. Fouquiorflairerimminent danger; l'audience est suspendue. Les députés, Amar, David, Vadier, Voulland n'ont point quitté le tribunal : « ils vont, s'agitent, parlent aux jurés, aux juges, aux témoins, disant k tous que « les accusés sont des scélérats, et particulièrement Danton' n. Dumas, qui n'a çien à voir là, puisqu'il préside, en ce moment, l'autre section, chapitre h sa façon les récalcitrants. Mais Fouquier a d'autres moyens : h quoi bon convaincra quand on peut faire taire? Le temps passe ; les trois jours vont se terminer ; demain on posera aux jurés la question de savoir s'ils sont suffisamment éclairés : s'ils répondent négativement, tout est perdu. Alors, de son cabinet, il appelle h son aide le Comité : il écrit « qu'un orage horrible gronde sur le tri-

' M. Jules Cl&retle a publia ilsns sou Camille Desmoulins les noies prises à l'andionce, par l'un des Jurés du tribunai, le peinti-u TopîDO-Lnbrun, Celui-ci n'eteit sans doute I& qu'en spectateur, comme !<; conveDllonnel Courtois et d'autres, car W&IIsd ne le cite pas au nombre des sept jurés inscrits au procf^s- verbal d'audience. Pourtant, an procùs de Fouquier, Paris- Fab ri ci us parla do Topino- Lebrun ea termes qui ieraient croire que ce juré siégeait k l'airairc Danton.

* ProeH Fouquier Bucboi et Roux, XXXIV, 472.

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LSS GRANDS J0UH9 189

bunal..., tes accusés réclameot l'audition de témoins à décliarge : ils en appellent au peuple tout entier ; le tribunal est décontenancé, et il sollicite un décret qui mette fin à cette agitation dangereuse >. » Il sait bien comment la perfidie de Robespierre utilisera ce perfide billet; et il n'apas longtemps à attendre : il est rentré it l'audience, il annonce aux accusés, pour les amadouer, qu'il vient de prendre les ordres de la Convention, et les malheureux, pleins d'illusion, manifestent la joie la plus sincère et la plus vive reconnaissance^. C'est, sans nul doute h ce mo<

' [1 y a dcui laltrea de Fouquier adressées à, la Convention : la liremïf^re est ainsi conçue : — « Cn orafe horrible gronde depuis <|u« la séance est termiaée. Des voix efTroyables réclament la compiLruLîon et l'audition des liéputûs Simon, Gossuin, Legendre, Frë- ■"on, Pania, Lindot, Calon, Merlin de Douai, CourtoU, Laignelot, Btibert Lindet, Robin, Goupilleau de Uontaigu. Lecointre de Versailles, Brlval et Merlin de Thionville. Les accusés en appellent au peuple entier du refus qui lui {sic pour leur) serait Tail de citer ces tomoins: il est impossible de vous tracer l'èlat d'agitation des oapritB. Malgré la fermeté du Iribunal, il est instant que voua vouliez bien nous indiquer noire règle de conduite et le seul moyen serait nu décret 6 ce que nous pi'évoyons.

Fonucii*. >

Hermao, consulté, n'approuva pat complètement la teneur du liitlet, et Foaquier s'arrSla à celta autre veraion, que le président signa avec lui : — k Citoyens reprvsentanta : un orage terrible Kfonde depuis que la séance est couiniencée : les accusés, en forcenés, réclament l'audition des témoins à déctiaige, des citoyens députés Simon, Courtois, Laignelot, Fréron, Panis, Undet, Calon, Herlin de Douai, Gossuin, L.egendre, Bobin, Goupilleau de Montaigu, Robert Lindet, Lecointre de Versailles, Briv^ et Herlin de Thionville ; ils en appellent au peuple des refus qu'Us prétendent épronvar. Malgré la fermeté du président et du tribunal entier, leurs réclamations multipliées troublent la séance et ils annoncent à h&ute voix qu'ils ne se tairont pas que lenri témoins ne soient entendus et sans un décret: nous vaua invitons à, nous tracer définitivement notre conduite sur cettu réclamation, l'ordre judiciaire ne nous [ournÏEBant aucun moyen de motlrei' ce refus.

A.-Q. tkiuqaier. Uermaii. >•

■ t Grande et sincère gaieté de luus les députas accusés u. Notes de Topi DO- Lebrun. — J. Claretie, hc, àt.

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menl, qu'il faut placer ce mot de Danton à Herman : — « Je te respecte, président, ta as l'Âme honnête '. »

L'audience se poursuit, dans le calme jusqu'à cinq heures : h ce moment un huissier remet à Herman, un billet, un billet apporté de la Convention : c'est Collot d'Herbois qui l'a jçritTonné :

i'j Rerniinn.1'. Au préiidtnl ilu Tribiinal révolutionnaire :

Citoyen, La Convention a rendu un décret dont tu recevras tout à l'heure l'expédition. Ce décret réprimera l'étrange désordre qui a eu lieu au tribunal et l'empêchera de se renouveler. On te portera aussi des pièces dont la Convention a ordonné la lecture qui éclaireront l'opinion publique sur toute la profondeur de la conspiration'.

Quelques instants plus tard, l'huissier avertit Fouquier qui sort précipitamment de l'audience ' : dans le couloir il se heurte h Amar et & Voulland, revenant des Tuileries.

— n Eh bien î — Voilà ce que tu demandes : c'est le décret de mettre les accusés hors des débats... n Voulland ajoute :

— «De quoi vous mettre à votre aise ». Fouquier rasséréné, réplique en souriant : — a Ma foi, nous en avions

iir desatisraction», il rentre à l'auain la réponse de la Convention au vceu des accusés ; grand silence : il en donne lecture. Eh î quoi 1 c'est un arrêt de mort ! « Les juges, les jurés, le

' Déclaration d'Herman au Procès Fouquitr. Bucbez et Boui. XXXIV. p. Mt.

* 4 avril.

' ArehtMi nationalei, AFn«174.

' DéposiUoD de Paria. Procè» Fouquier. Buchoz el Rom, XXXIV, p. 4TS.

► DëposiliOD de Paris, Proeii Fouquier.

besoin'! », et, « d'un ai dience. Il tient à ta mai

LA TOUR O'ARQENTI e photographie prise en 18G8, lors do la démolition du Bdlimentvi (BiblioUi»<|ite 1I4I1 Ville de Parie.)

peuple, les prévenus sont stupëfaitB, ils se regardent et ne savent ce que cela veut dire". » Danton se lève, terrifiant; il somme les magistrats, il adjure les spectateurs de dëclarer s'il est vrai que les accuses se sont révoltés : les juges, les jurés, médusés, conviennent que c'est faux, que la Convention a été trompée : le public « crie h la trahison, il est attendri, il est ému, il s'agite.... »

Herman déclare l'audience terminée... Les trois jouis sont enfîa passés!

Le lendemain, qui était le S avril, dès huit heures et demie du matin, les députés Amar, David et les aatres. rOdent déjà par les couloirs : lia montent à la buvette oii les jurés se réunissent ; Fouquier et Hermnn s'y rendent aussi : tous ensemble passent dans la salle du jury qui est toute voisine. Un employé, qui se trouvait au fond du greffe, entend tout à coup un grand bruit dans l'escalier qui conduit à la buvette : il accourt sur le palier, et voit descendre les jurés, h la tête desquels l'auvergnat Trinchart : ils avaient « l'air de forcenés, » fous de rage. Fouquier venait de leur communiquer une lettre « qu'il disait arrivée de l'étranger et adressée à Danton m. Trinchard agitait les bras, criant : — « Les scélérats vont périr »; et le député David, qui descendait avec les autres, répétait d'un air de joie féroce. — « Enfin, nous les tenons * t » Tous s'engouffrèrent daos ta salle d'audience : quelques instants plus tard, ils en ressortaient ; Trinchard, chef du jury, venait de déclarer la coDScience de ses collègues, ainsi que la sieane suffisamment éclairée I Tout le tribunal était terrifié : jusqu'au plus humble des copistes, chacun se terrait dans son bureau, redoutant d'être com-

' Dùpo&iUon de Villaia d'Aubigny, Proeèa Fouquier.

' DépoïiUoD de Paris, de Villain d'Aubigny «l d'antros employés du tribtuiaJ, au Praeèa de Fouquier. Bûchez et Roux XXXIV et XXXV, fanim.

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192 hf. TRIBUNAL nÉVOL0TIONMAIRE

promis dans ce grand crime : et i'oD entendail la bousculade des gendarmes, arrachant les accuses des gradins auxquels ils se cramponnaient désespérément, les éclats de la voix de Danton, les cris aigusde Camille Desmonlins, que les soldats emportaient, se débattant...

On ne les revit plus. Fouquier crut prudent de ne pas rappeler les condamnés pour la lecture du jugement : le peuple, peut-ëti'c, indigné, ne se eerait-il pas révolté? Danton et ses quinze compagnons n'apprirent leur sentence qu'à la Conciergerie, au moment où les aides du bourreau s'occupaient déjà des préparatifs de l'exécution.

Elle eut lieu le jour même, et, le soir venu, Fouquier put dormir tranquille : mais le lendemain, comme, de bonne heure, il était à la buvette, Paris-Pabriciue, Bon greffier l'aborda. Fouquier tenait à la main une liste des jurés de la veille, qu'il annotait à l'aide d'un crayon. En regard de certains noms, il écrivait «n marge, un f ; il disait, en même temps: — «/tifftie». Paris, qui avait refusé de signer la condamnation de Danton, son ami ', et qui en avait gros sur le cœur, s'informa de ce que faisait l'accusateur public : celui-ci, continuant son travail, coula sur Paris un regard sournois, et, ricanant, de sa voix pateline, il dit, comme se parlant à lui-mâme :

— 1( C'est un petit raisonneur... Mous ne voulons pas des gens qui raisonnent; noue voulons que cela marche. »

El le silence de l'autre l'offusquant comme un reproche, il pesa son papier, regarda le greffierâxement.etajouta :

— « Au surplus, c'est le Comité de salut public qui le veut ainsi ».

Le surlendemain Paris-Pabricius ne reparut pas : qnelques-unss'inquiét^vmt, mais bien vite, on n'en parla plus : il <5tait au secret ù la prison du Luxembourg.

' Oït DD commis-grefQor, Durand, qui signa il sa plooi.

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D.nt.zedbïGoOglc

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Lss récompenses, en revanche, ne tardèrent pas : Danton était mort le S avril, le 8, Herman était nomniiî ministre de l'Intérieur ; Dumas, qui avait pris, comme on l'a vu, bien de la peine, le remplaçait à la présidence du tribunal; CofTinhal et Subteyras étaient promus viceprésidents. Le 10, Lescot-Fleuriot, en qualité de maire de Paris, s'installait, avec sa femme, dans le ci-devant hôtel du Premier Préaident, vaste et noble demeure, joignant le Palais, dont BofTrand avait, en 1711. orné les appartements ', Depuis plus d'un mois, déjà, l'ancien jésuite Donzé- Verleuil, le juge Ragmey, l'ami de la citoyenne Dumas, et le borgne Bonnet, avaient quitté Fouquier-Tinville : chargés de former un tribunal révolutionnaire à Brest, ils étaient partis, munis d'un viatique do 3000 livres pour subvenir aux frais de leur voyage '. L'accusateur public

' Tbinry. Gitide du voyageur et d» télranger, 17S7.

* Archioti nationaUt, AF II 22 170. Ragmey, après avoir ét^ prd- Btdent du tribunal révolutionnaire de Brest, où il se montra impUceJ>le. rentra d&ns l'obscuriU ; il mourut en 1S37, daos on faubourg de Paris. Berriat-Saint-Prix, LaJutUce réBolulionniUre. p. 253.

Qnani k Bonact, on Jugera de ses relations avec Poui^iiier par uno lettre qu'il lui adressait de Brest, le 9 meseidcir. < Ciloïen mon patron,

■ Pas UD mot de ta part ne m'est encore parvenu ici; cependant je l'ai écrit plusieurs fois ainsi qu'à Coffinhal, Je vous ai m^me envoyé

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