LA CHAMBRE DE L* IMPÉRATRICE
bre de Sophie auprès delà lumière de la proue; elle tira de son sein le ruban blanc de chevalière, qu'elle tenait de l'impératrice et avait toujours conservé , et , à l'aide de ce précieux souvenir du commencement de leur amitié , elle fit à sa chère souveraine un signal d'adieu plus expressif et plus doux.
La princesse y répondit de son mouchoir agité, et la nef disparut sous les arbres du bord.
Lénore, en ce moment, quitta le balcon , et, seule dans cette aile inconnue du château, elle se recueillit enfin en elle-même.
La tristesse qu'elle éprouvait du sort réservé à l'impératrice d'Allemagne la conduisit à songer à sa propre situation. C'était la première fois dans cette journée qu'elle pouvait ramener ses regards sur elle. En effet , depuis quelques heures, elle avait vu tomber une puissance et une autre s'élever ; celle qui était renversée entraînait dans sa ruine une princesse bien chère; celle qui surgissait mettait au premier rang l'homme choisi par son cœur. Dans l'éblouissement causé par ce tourbillon d'événements, et en présence d'intérêts si puissants, Lénore avait été entièrement effacée pour elle-même. Elle fut tout à coup ramenée à la réflexion par la solitude où elle se trouvait.
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Sa situation était étrange.
Depuis longtemps déjà fixée à la cour par une place de demoiselle d'honneur et l'affection de sa souveraine, cette souveraine venait d'être dépossédée... Elle était unie au jeune chevalier proclamé empereur par le droit de naissance, par le choix de la nation ; mais ce mariage clandestin, non avoué, n'était guère qu'un engagement de leurs coeurs devant Dieu. Elie était fille de l'homme du peuple qui avait été ce jour-là plus fort que les rois, mais toujours sous la condamnation d'une puissance au-dessus des rois et du peuple , toujours sous ïe coup de la mort, à laquelle elle avait échappé par miracle dans l'embrasement de la forteresse. Et si Norberg , qui l'aimait d'une passion si puissante, avait été sur le point de la sacrifier, que ne devait-elle pas penser de l'inflexibilité des francs-juges !
Ainsi, femme de l'empereur, fille du chef de la révolution , elle n'avait pourtant pas de place sur la terre; elle ne savait que penser de ces grandeurs incertaines, de ces dangers aussi voilés, et se regardait avec éionnement elle-même.
Cependant, tout en se livrant à ces réflexions, Lénore considérait machinalement le lieu où elie se trouvait.
C'était le grand appartement des impératrices