CHAPITRE Il
LE TRICHOCÉPHALE INFESTATION — EVOLUTION — FRÉQUENCE
Le trichocéphale est un vers de l’ordre des némathelminthes. Il fait partie de la classe des nématodes et appartient à la famille des trichotrachelidés.
Railliet, dans son Traité de zooloqie médicale et agricole, donne les caractéristiques suivantes de la famille des trichotrachélidés : « Ce sont des vers à corps très allongés offrant une partie antérieure longue et mince et une partie postérieure plus ou moins renflée contenant les organes génitaux. La bouche est arrondie et unie. L'œsophage est très long, point de ventricule ; anus plus où moins terminal. Les mâles sont parfois dépourvus de spicule; le plus souvent néanmoins ils en possèdent un simple et vaginé, c’est-à-dire entouré d’une gaine, laquelle se retourne en doigt de gant lorsque le spicule fait saillie en dehors. Les femelles possèdent un ovaire simple ; la vulve est située à l’origine de la partie renflée. Quelques genres sont ovovivipares, mais la plupart sont ovipares. Leurs œufs présentent à chacun des deux pôles une sorte de goulot translucide que recouvre un bouchon albumineux. L'évolution ne paraît comporter aucune mue. »
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Ces vers sont parasites des vertébrés. Ils forment les genres : Trichocéphalus, Trichosoma, Trichodes, Trichina, Sclérotrichum et Onchophora.
Le trichocéphale constitue le premier de ces genres. Sa principale caractéristique est la grande différence de calibre qui existe entre la partie antérieure et la partie postérieure du corps. La première, la partie digestive de l'individu, comprenant l’æsophage est longue et presque capillaire; la seconde, la partie génitale, est renflée et deux ou trois fois plus épaisse.
Un caractère facile à constater permet de différencier dans le cæcum d'un individu parasité les trichocéphales mâles des trichocéphales femelles. La partie postérieure du mâle, c’est-à-dire la partie renflée, est contournée en spirale. La femelle au contraire est légèrement arquée, mais n'affecte jamais la forme en spirale.
Les œufs ont une forme bien particulière qui les fat aisément reconnaître à l'examen des matières fécales d’un malade porteur de trichocéphales. Long de 50 y environ sur une largeur de 20 #. il a la forme d’un citron. La coque jaune brunâtre qui l'entoure très épaisse le protège efficacement contre les influences extérieures. Il porte très nettement à chaque extrémité le « goulot translucide » dont parle Raillet ce qui est un élément de diagnostic très important.
Au point de vue de l’évolution du parasite nous ferons simplement remarquer qu'il n’évolue pas dans l'intestin de l'homme. Il ne peut donc s’y multiplier. Les œufs pondus dans l'intestin de l’hôte sont expulsés et subissent à l'extérieur (le plus souvent dans l’eau) un commencement de segmentation. La coque épaisse
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qui entoure l'œuf lui permet de résister longtemps aux agents de destruction qu'il rencontre et absorbé ensuite avecl’eau de boisson il donne des trichocéphales adultes. Cette évolution a été nettement démontrée par une expérience que cite Raillet : un élève de Grassi, ayant vérifié qu'il n’hébergeait aucun trichocéphale, absorba des œufs ayant subi un commencement de segmentation. Un mois après 1l se trouva porteur de trichocéphales.
L'infestation est, comme pour la plupart des parasites de ce genre, le fait des eaux de boisson. Certains observateurs ont également incriminé les aliments souillés de boue : c’est ainsi qu'elle se produirait chez les enfants de Naples qui, dit Francisco Cima, toujours dans la boue, sont très souvent infectés de trichocéphales ; c’est également le cas des aliénés malpropres comme le font remarquer MM. Vigouroux et Colleti.
A la question du mode d’infestation se joint celle de la fréquence du parasite : elle est extrêmement variable. Suivant les régions et les villes où l’on observe, les résultats sont absolument différents.
Il fut un temps où l’on pouvait dire que la moitié au moins des habitants de Paris étaient infestés, c'est du moins ce qu’affirme Davaine. Le trichocéphale y est aujourd'hui beaucoup plus rare. Néanmoins, on le trouverait fréquemment encore aux Etats-Unis, en Egypte, au Japon, en Algérie, ou le D' Niclot l’a trouvé assez souvent aux autopsies de son service de l'hôpital militaire d'Oran. En Europe les nombreuses observations qui nous viennent de l’Allemagne et de la Russie
1 Vigouroux et Collet, Bull, de la Soc. anat., 1905.
mr = montrent que ce parasite doit être relativement fréquent dans ces régions.
En général, on trouvera de préférence le trichocéphale dans les régions tempérées et chaudes, ce n'est là qu’une simple coïncidence et 1l est plus logique d’attribuer à l’eau le rôle principal dans la répartition de ce parasite. Sa fréquence variera en effet d’une ville à l’autre avec le degré de filtration des eaux potables : les eaux impures donnent le trichocéphale comme elles donnent le bacille d’Eberth ; nous trouvons une preuve de cette asserlion dans la grande diminution de la fréquence du trichocéphale à Paris, par exemple, où cet helminthe est aujourd’hui relativement rare alors que Davaine le donnait comme excessivement abondant. A Lyon, où les eaux de la ville sont bien filtrées mais où 1l existait 11 y a vingt ans surtout un grand nombre de puits insuffisamment surveillés, nous trouvons dans un ouvrage de Drivon', datant de 1892, des statistiques indiquant l’abondance du trichocéphale. Nous analyserons ce travail en détail car ses conclusions sont des plus importantes pour étayer la thèse que nous soutiendrons tout à l'heure.
L'auteur constate tout d’abord la diversité des résultats suivant les statistiques. Pour l'Allemagne, par exemple, voici, d'après Drivon, quelques exemples
A Dresde ,. . . 5o fois sur 1.939 ou 2,5 0/0 A Erlangen. . . 195 fois sur 1.755 ou 11,11 0/0 ANKielN RE -x85"ois sûr U617 où 38;6 0/0 A Mutiche...e".. 8,26 0/0
4 Drivon, les Parasiles animaux de l’espèce humaine dans la région lyonnaise en particulier, Lyon, 1897.
À côté de ces résultats, nous avons ceux de Bellingham à Dublin, qui trouve 70 pour 100; Thibault à Naples, 80 pour 100. À Lyon, la fréquence du trichocéphale était extrême à l’époque où observait Drivon. Sur 148 autlopsies, la recherche du parasite aurait été 110 fois positive, soit une moyenne de 74,22 pour 100. « On peut admettre, dit-1l, qu'en général, trois sur quatre de nos malades ont des trichocéphales. S'il s’agit seulement d'adultes, la proportion s'élève beaucoup, de dix à quarante-cinq ans, 1l y en a dans presque tous les cas. » Les observations de Drivon portaient sur des sujets atteints de n'importe quelle maladie, ainsi qu'en fait foi, d'ailleurs, le tableau suivant qui résume le résultat de ses travaux :
Trichoc. Pas de tric.
Phtisie pulmonaire, granulie, tu-
berculose généralisée . . . . 48 42 Pneumonie,bronchopneumonie . 8 6 Emphysème, bronchite chronique. 8 6 Autres maladies des organes respi-
ratoires Le RE omEe | 5 I 1
Affections du cœur et des vais-
SOAUXS ULRÉTOMEM TT, MONNETA 11 3 Cancer-de l'estomac nt FN 2 3 Autres affections du tube digestif. 5 3 2
Néphrites primitivesousecondaires 15 11 n Affections des centres nerveux. . 11 9 2
ol Soit en résumé :
Pas Helminthiase d’helminthiase
Affections des organes respiraloires. 83,33 0/0 16,66 0/0 — — circulatoires, 78,57 21,43 — — tube digestif. 5o 50 — — COINS Us T0, 49 26,66 ss — centres nerv. 81,81 18,18
Voici comment Drivon recherchait les trichocéphales aux autopsies : sectionnant l'intestin, complètement détaché de son insertion mésentérique, au niveau de l’extrémité inférieure de l'iléon et à .{o à 50 centimètres au-dessus du cæcum, il adaptait le fragment ainsi obtenu à un robinet donnant de l’eau sous pression. Le bout supérieur (iléon) est attaché au robinet, tandis que le bout inférieur (côlon) débouche dans une terrine de 10 litres énviron. On détermine, par le fait d’une chasse énergique, un lavage complet de l'intestin et l’on procède à l'examen de la muqueuse d’une part, de l’eau de lavage qu’on laisse décanter d'autre part. En procédant de cette façon Drivon trouvait parfois, mais rarement, des trichocéphales adhérant encore un peu à la muqueuse, il en trouvait presque toujours dans le résidu laissé par des décantations successives du contenu de la terrine et c’est ainsi qu'il est arrivé aux résultats cités plus haut.
Nous sommes ainsi convaincu que le trichocéphale était, 1l y a vingl ans encore, un parasite extrêmement abondant à Lyon. Si sa fréquence a diminué aujourd'hui, 1l se trouve encore assez souvent, puisque sur onze aulopsies, pour lesquelles nous n'avions pas pris les précautions de Drivon, puisque nous ne cherchions
DD que les parasites qui adhéraïent encore à la muqueuse, nous l’avons trouvé trois fois.
Le trichocéphale de l’homme est le frichocephalus dispar. Le mâle a une longueur de 35 à 4o millimètres. Il possède un spicule de 2 millimètres entouré d’une gaine. La femelle un peu plus longue ne s’en distingue que par l’absence de disposition en spirale.
Nous citerons encore le {richocephalus despresstusculus parce qu’on le trouve très fréquemment dans le cæcum du chien et quil est presque toujours attenant à la muqueuse. Ceci explique que les expérimentateurs, n'ayant observé que chez le chien, aient pu considérer le trichocéphale comme toujours fixé dans l’épithélium intestinal, On le trouve chez les chiens atteints d’anémie des meutes bien que, dit Raillet, il ne joue qu'un rôle insignifiant dans cette maladie.
Nous mentionnerons enfin le trichocéphale du lapin parce que nous l’avons trouvé et qu'il nous servira à propos de la fixation de ce parasite. C’est le trichocéphale onguiculé {ér. unquiculatus). Il se trouve le plus souvent dans le cæcum du lièvre et du lapin de garenne, plus rarement chez le lapin domestique où nous l'avons néanmoins rencontré.
La conclusion de ce chapitre est donc que le trichocéphale est un parasite, encore aujourd’hui, relativement fréquent chez l'homme, qu'il est souvent absorbé avec les eaux de boisson contenant les œufs expulsés en grand nombre avec les excréments des individus parasités. Il est facile de s’apercevoir que ces eaux auront également beaucoup de chances de recéler en même temps le bacille de la fièvre typhoïde.
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