‹ Le triomphe de l'ÉvangileChapitre 12 sur 32 · LETTRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE DOUZIÈME

Le pliiiosoplie à Théodore.

hi t'ai entretenu, mon cher Tliéodore , dans ma dernière lellre, de l'impression qu'avait l'aile sui' moi le discours du Père ; je cherchai à m'en rappeler les principaux points tl à classer dans mon esprit toutes les matières qu'il avait traitées. Le lendemain il continua ainsi :

« Vous avez déjà vu , monsieur , les premiers traits de cet auguste et magniüque berceau de la religion : vous connaissez au moins déjà sa genéîdogie , vous avez reconnu qu'elle descend en ligne droite de Dieu son auteur, vous verrez bientôt qu'elle arrive jusqu'à Jésus-Christ ; el comme , en partant de ce point , la lumière devient plus vive , les preuves s'accumulent , les miracles se multiplient , votre raison , que la bonne foi accompagne et qui est dans le chemin de la croyance , se verra bientôt tellement convaincue , qu'elle ne pourra ni s'écarter de sa voie ni se refusera l'évidence.

)) Ceux qui espéraient trouver dans le Messie un roi , un conquérant , une divinité purement lomporelle , ont pu à la véiité s'étonner de ne trouver en lui qu'un homme condamné à mort el couvert d'ignominie. Tel fut le scandale et l'endurcissement des Juifs et de l'aveugle folie des gentils ; tel est celui que donne aujourd'hui le philosophe orgueilleux qui en fait un objet de dérision. Mais ceux qui ont appris des prophètes , que la croix de Jésus-Christ est le signe dont Dieu marque ses élus , savent que c'est précisément parce que Jésus-Christ a été crucifié , qu'il est le Sauveur des hommes; on en trouve encore la preuve dans ses humiliations et .'a mort , qui ont été pareillement prédites d'une manière incontestable. On ne peut se <léfcndre d'admin>r el de considérer avec un saint respect ces admirables prophéties, qui nous annoncent les opprobres el les

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souíTrancis du dix in Sauveur, sou sairilicc et les ciiconsloni es qui devaient raccoinpaiiner , enlin s;i nioil el les fruits (|ue les Jioniines doivent en espcnr. Ions ces (ails nous sont presentes sous (les Ir.iils si clairs el si reconnaissables qu'ils semblent ni^iinlenanl plutôt une iii^loire (ju'une propia lie,

» Jsttic avait (lit (jue le Messie seriiil ( ondiininé à mort par h; peuple qui riillcndail el (¡ni le nieconniiilr;iit ; (jue la soumission de Jésus - (Christ au saerilice cju'il s'imposait ferail penser qu'il élail abandonné; que sa patiente , quoiijue \olonlaire, serait regardée comme une faiblesse ; que son sacriiire serait souille par la présence et la compagnie de deux malfaiteurs ; qu'il serait allathé comme un criminel , et dé( laré tel [»ar un jugement public ; <jue loin de se juslilier ou d'employer les miracles pour ea délivrance , il souHrirail en silence et aussi patiemmenl que l'agneau «ju'on égorge ; qu'il cxjiierait les pecbés des homnics par SCS soullrances; que ses douleurs leur mériteraient le pardon ; que ses blessures obtiendraient leur uuérison ; et qu'enlin il serait une victime si pure , si sainte et si agréable a Dieu , qu'elle apaiserait sa colère.

» Ces preuves vous paraissent - elles suflisanles ? Je puis xons en offrir d'aulres aussi positives. Un avait prédit de Jésus-Clirist qu'il mourrait, et que , quoique vaincu en apparence, il oblieLdrait la victoire ; que les liommes ne reconnailraient leurs erreurs que par l'elfet de sa résurrection , el par l'augmenlalion prodigieuse du nombre des lidéles ipii en seraient tout à la fois !e résull.it el la preuve ; el (ju'ils le connaîtraient encore mieux lorsqu'ils \ erraient les autres peuples et leurs sou\erains renoncer a leurs divinités mensongèriïs [)our adorer la cioix : ([u'alurs on verrait que celui qu'on avait cruciiie était le juste par excellence , le roi promis à Sion , (pie les gentils le révéreraient , le glorilieiaient , et que semblable à Joi.-eph , qui fut d'abord vendu par ses frères , il deviendrait ensuite le maître de l'Egypte.

» Daniel voit le roi par excellence, le Saint des saints, le même (Christ livré à la mort , sans (jue personne se déclare pour lui. Sa mort, quoiijue regardée comme un supplice mérité, détruit remj)iie du pèche et établit le règne d'une ¡usiice éternelle.

» Aux yeux de David , il est assis sur un trône plus durable que le soleil , environné de l'éclat des saints , et sortant dans l'éternité du sein de son Père. 11 l'appelle le pontife sans successeur , parce qu'il est immortel . (juil ne succède à personne , el qu'il est avant tous les siècles ; après avoir célébré sa magnilicence et sa grandeur , il le représenle lout-A-coüp plongé dans un abimtî de douleurs , environné d'ennemis sans nombre , abandonné des siens , cloui' immobile, étendu avec; violence , i-xposé aux regards insullanis des témoins de son supplice , enfin abreuve de liel et de vinaigre.

c IJien plus , le Proplièle roi prédit en même temps qu il

devra h ses ignominies le triomphe le plus glorieux : il ajoute , que celui qui est attaché à la croix est la lumière des nations ; que son sacrifice produira leur conversion ; qu'il instituera un sacrifice universel en mémoire de sa mort et de sa résurrection , pour rendre à Dieu de publiques el éternelles actions de grâces ; que les pauvres et les riches seront invités à ce banquet sacré , et que tous seront satisfaits et comblés de biens et de gloire.

» Telles sont les prophéties : comparez-les de bonne foi avec l'histoire , et dites-moi si le Messie , prêché par les apôtres , n'est pas le même que ceiui que prédirent les prophètes. Ces derniers ont-ils annoncé un fait qui ne se soit entièrement accompli en la personne de Jésus - Christ ? Les incrédules se scandalisent de l'apparente abjection de sa naissance ; mais les chrétiens savent bien que , malgré le voile sous lequel le Messie cacha sa divinité , il lui est plus glorieux d'avoir été annoncé sous ces dehors ignominieux , que sil eut paru plus grand aux yeux des hommes , sans être annoncé par les divins oracles. Les hommes sont de mauvais juges en fait de grandeur ; et , comme nous l'avons déjà dit, la grandeur qu'us reconnaissent et qu'ils estiment , n'est pas celle qui convenait à Jésus-Christ.

» Les prophètes ne furent pas les seuls à prédire les mj^stères futurs du Messie ; l'ancien Testament est tout entier un magnifique tableau sjir lequel la nuin de Dieu grava tout ce qui devait arriver au Libérateur promis. Semblable au serpent d'airain , le Messie sera élevé sur le bois qu'il se sera choisi, pour y être exposé à la vue de toute la terre; comme lui il donnera la vie et la santé i> tous ceux qui le regarderont avec foi et mettront en lui leurs espérances. Comme MoUe , il priera , les bras élevés; comme lui , il mettra en fuite ses ennemis et nous donnera la victoire. (>omme Jonas , il calmera la tempête, il apaisera la colère de Dieu el prêchera la pénitence aux gentils.

)) Comme Joseph . il sera délesté de ses frères et livré aux gentils ; et , aj)rés avoir été enseveli dans la tombe , et en être sorti comme Joseph sortit de la prison , il sauvera l'Egypte par sa sagesse. Comme Abel, il sera mis à mort par ses frères , en haine de ce que son sacrifice fut agréable à Dieu. Comme Isaac , il sera sacrifié par son Père ; mais , comme lui , il survivra à son sacrifice et mourra père d'une nombreuse postérité. La bénédiction el la reconnaissance de toutes les nations seront le fruit de son obéissance.

» Comme l'agneau pascal , il sera égorgé , et tout Israël sera redevable de sa liberté à l'eifusion de son sang. Comme le grand pontife , il entrera dans le Saint des saints le jour de l'expiation générale, et, en livrant son corps au fer, aux tourments et à la mort , il rompra le voile qui mettait obstacle à la réconciliation des hommes , et qui s'opposait à leur entrée dans le Ciel. 11 se chargera de toutes les iniquités commises depuis le commencement du monde , ainsi que de toutes lea

niali'dii lions piononrc-cs conlic les hommes. Il s'offrira à la justice leiril)le de sou l'ère , il eu supijorlera tout le poids el il la c-liaii<;era en miséricorde. Son san^ deviendra un bain salulairc ixux lépreux ^ noire Sauveur cuiisenlira à mourir pour nous rendre A la vie , el nous l'aire recouvrer notre liberte el noire innocence.

«Enlin il scellera la nouvelle alliance par un sang plus (ügne de Dieu (|ue celui de l'ancienne ; il en fera l'aspersion sur tout son peuple ; par ce n)ème sant^ , le reslamenl par lc(|uel il nous déclare ses ht-rilicrs , demeurera irrévocable cl éternel. Au\ piiriiicalions legales , ({ui ne pouvaient sanclilier ceux <jui les observaient , il subsliluera un sacritice uiii({ue , dont le prix sera iiilini el dont l'ellet sera éternel el général, (^esl ainsi (jue tout l'ancien Testament , tous les rites el cérémonies de la loi ancienne étaient des emblèmes el des prophéties de la nouvelle, .lésus-illirist était le but el la réalité de toutes ses ligures , l'acconiplissemenl de toutes ses promesses, le centre où toutes ses images venaient aboutir ; il était , pour mieux dire , le grand et l'unique objet de toutes les saintes Kc ri tu res.

» Apres de nombreux el de longs préparatifs, après tant de promesses et d'espérances , de gémissements et de désirs ; après «]ue tant de prophéties eurent annoncé sa venue , et que tant Je svmboles eurent ofi'ert remblème de ses mvslères ; après que tant de justes eurent souhaité ardemment son arrivée , et que les hommes, tourmentés des plaies dont ils étaient couverts , eurent soupiré pour le médecin (jiii devait les guérir ; lors(iue le lemps marqué par les prophètes arrive et vient combler toutes les esj)erances , Jésus . lils de Marie issue de David, parait enlin sur la terre , et nait dans la ville de Uetliléem , (|ue les prophètes avaient assignée pour le lieu de sa naissance.

» Jésus étant le Messie , il devait , selon ce qui était écrit par les prophètes, rétablir le royaume de David; el non-seulenïent il le rétablit, mais encore il l'augmente, non dans le sens terrestre et mondain du Juif grossier , mais dans le sens plus spirituel et plus sublime des prophètes qui l'annonçaient , puisqu'il transporte aux gentils la santé, la vie et le rovaume éternel que la s^uagoiíue avait n»érité de perdre par son aveuglement. Cette substitution étonnante est aussi publique qu'elle est indubitable; nous en avons la preuve sous les veux, en ce (jue les gentils formèrent ¡es Eglises (hrétiennes, tandis (}ue la plus grande partie des Juifs s'obstina dans son aveuglement, (a* trait seul détiuit tous nos doutes , puisipie les livres mêmes, (jue les Juifs conservent el honorent , prédirent leur indocilité en même lemps que la docilité des gentils.

» Il ne s'agit i)liis que de considérer maintenant en détail l'histoire de Jésus-Chrisl, sa vie, ses dogmes, ses premiers disciples , ses travaux , ses conquêtes , et la formation de son Eglise , pour être assuré qu'il fut le vrai Messie , annoncé el si bien

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caractérisé par les prophètes , et qu'il n'est pas possible qu'il ait été ou pu être tout autre. Dieu a voulu , pour notre consolation et pour la sécurité de notre foi , que le dépôt précieux des Ecritures du Nouveau Testament , qui exisie ¿l gouverne l'assemblée des chrétiens , fût revêtu , indépendamment des titres qui établissent la divinité de son origine , de toutes les conditions que pourrait exiger la foi la plus scrupuleuse , et accompagné de toutes les circonstances qui concourent à en établir la vérité.

M Le premier caractère d'authenticité qu'ont ces Livres sacrés, est d'avoir été écrits par huit auteurs contemporains : saint Matthieu, saint Marc , saint Luc , saint Jean , sainl Pierre , s;sint Paul , saint Jacques et saint Jade ; tous témoins oculaires des faits qu'ils rapportent. Tous huit , ils donnent sur les points importants un témoiguage uniforme , qu'ils transmettent aux siècles futurs , ajoutant qu'ils rapportent les faits tels qu'ils les otit vus de leurs yeux, qu ils les ont entendus de leurs oreilles, et qu'ils les ont pour ainsi dire palpés de leurs mains.

» Quelle histoire , autre que celle de l'Evangile , peut se vanter d'avoir un si grand nombre de garants et des garants aussi dignes de foi ? Ainsi la religion chrétienne , abstraction fuite de son essence divine, et en ne considérant que le nombre et le caractère de ses historiens, réunit, par le temps et les circonstances où ils écrivirent , un degré d'authenticité fort au-dessus de celle de toutes les autres histoires qui s'appuient sur la force des témoignages humains.

» Nul doute que ces historiens ne fussent contemporains et témoins oculaires , puisque la tradition et la foi publique l'assurent constamment. On ne pourrait chercher à combattre cette vérité , sans détruire toutes les histoires qui existent , sans mettre entre les siècles antérieurs et nous , rinlervalle d'un abîme et d'un chaos inexplicables. Non-seulement les chrétiens , les hérétiques mêmes , les Juifs et les gentils reconnaissent que les apôtres et les évangélistes furent les auteurs de ces livres , et qu'ils écrivirent d'après leur propre témoignage ; tous sont d'accord , quant à leurs auteurs et à leurs dates ; les Eglises des différentes nations les recevaient à mesure qu'on les écrivait, elles se les communiquaient les unes aux autres, et toutes les conservaient avec le plus grand soin et le plus grand respect. Aussi ni Celsc , ni Porphyre , ni Julien , ni aucun des adversaires du christianisme , n'eurent jamais la hardiesse de répandre le moindre doute sur cette tradition.

Après la mort des apôtres , et lorsque la doctrine de l'Eglise se fut propagée et étendue , deux novateurs , Marcion et Manès , osèrent soutenir l'altération des Evangiles. Pour établir une prétention si nouvelle et détruire la paix et la tranipiillité de l'Eglise , il eût fdlu montrer d'autres originaux qui pussent constater la diift'rence , ou alléguer des preuves décisives -, miiis il n'était pas en leur pouvoir de le faire. Et lorsqu'on les pressa de

prouver niic ¡isserlion aussi iiiouic , le silence qiiils gardèrent et ïn honte tloiil ils se c()U> rirent , servirent a [»rou\er que , des l'orij,'ine même du chrislianisme , on ne [)ouvail rien opposer à la tradition de l'Eglise sur un point aussi important.

B Comment eùl-il été possible d'altérer des écrits que la piétti relevait avec tant de respect , et que la dévotion conservait comme un trésor précieux ' l.omment «-elui qui considère la manière dont ces écrits se; dislribuaient el se conservaient , pourrait-il les soupçonner d'inlidelité ou d'altération ? Cli;ique apôtre fondait dillérentes églises et les visitait successivement. Ils écrivaient a celles dont ils étaietit éloignes ; l'église ([ui recevait un écrit ou une épitre de son apotre les lisait vn public , en remettait une co|)ie aux églises voisines ou a celles avec lesíjuelles elle entretenait une corres|)ondance j)lus suivie , alin qu'elles pussent profiter de ce trésor de doctrine et de lumières ; toutes les conservaient avec le soin le plus religieux , et toutes eussent regarde comme un sacrilège la [)lus petite altération de leur contenu : aussi ces ( opies si; sont-elles ioMser>ées dans leur pureté , et nous ?onl-ellt;s parvenues dans toute leur intégrité , c'est par ce moyen que Pinstru( lion publique se propageait , et (ju'a dû s'établir la conlorniilé des copies avec le manuscrit auiogr.ipbe , de manière à ne laisser aucun doute.

» Les JCpitres de saint Paul, dit /iussuet , sont si pleines de l'amour divin , si conformes au temps , aux afl'aires et aux circonstances d'alors , elles portent l'emjireinle d'un caractère si sublime , que ces Epitres , que reçurent les Eglises à qui elles furent écrites , sont seules une preuve suffisante et convaincante de l'originalité et de la vérité des écrits que nous ont laissés les apôtres.

» En eiTet , sans parler du zèle ardent , tendre et énergique qui caractérise ces j)roductions divines , caractèic que l'imposture n'a pas le pouvoir d'imiter , je demande comment un homme qui n'aurait pas (on\erli les (ialales , eût osé leur écriie avec la force et la véhémence que nous admirons dans l'ilpilre que saint /'an/ leur adresse ? (>ommenl les Corinthiens eussent-ils supporté le ton d'autorité qu'il prend dans les deux Epitres (jui leur furent adressées , si l'écrivain n'eut pas été saint Vaut , el si saint Paul n'eût pas été leur apôlre ?

» Comment un imj)osleur aurail-il pu s'ériger en arbitre , et juger en maitre des dilTérends qui survenaient entre les Juifs et les gentils de Rome , si ces dillii ultcs n'eussent existé ? Et si leur existence est certaine , de (¡uel droit un homme , dont la mission n'aurait été prouvée ni autorisée [)ar aucuns miracles , se serait-il immiscé de connaître decisivement d'une <|uestion aussi importante (jue celle de l'oiigine de la justice ? (|uel titre aurait-il eu pour humilier à la fois les uns et les autres ?

» Remar(|uons encore que les Epitres de saint Paul , ainsi que les autres écrits du S'ouvean Testament furent envoyées à des nations dilîerentes : aux Romains , aux Ephésiens , aux

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Galates , aux Hébreux , et à plusieurs autres peuples. Observons que ces peuples , réunis en diflerenles églises , les reçurent du temps même des apotres; qu'ils possédaient l'écrit autographe et le molliraient publiquement. Pour que ces écrits iussenl supposés , il faudrait que tous se fussent entendus pour les inventer et en répandre un nombre infini, ou que tous eussent été trompés.

» Mais comment tant de milliers d'hommes auraient-ils pu se laisser tromper sur un fait aussi simple et dont il était si facile de découvrir la fausseté ? Quels si grands inlerêts auraient pu les portera accréditer celle imposUire? Tombe-l-il sous les sens que ceux qui prêchaient une religion qui abhorre le mensonge et enseigne la pratique de la vérilé , ceux qui , pour la suivre , abandonnèrent toutes leurs espérances temporelles de richesse et de bonheur , qui s'exposèrent même aux persécutions les plus viólenles , aient voulu tremper dans un complot aussi dillicile a exécuter et aussi oïlieux en lui-même , dans la simple vue de tromper les siècles futurs, en leur présentant comme l'œuvre de l'Esprit saint leurs inventions ou celles d'un imposteur , et en citant les apôUes comme témoins de faits qui n'existèrent jamais ?

» Et lors même que cela serait possible , comment aurail-il pu se faire que , pendant les divisions inleslines des églises , dans les temps diliiciles qu'elles eurent à supporter, parmi tant de divisions d'inléréls, avec tani de diversité dans les esprits et les caractères , personne n'eût été induit à déclarer la fourberie et à détromper le public ? Une supposition semblable est une chimère qui ne niérile même pas d'ôlre réfutée sérieusement.

» D'autre part , tous les livres du iSouveau-ïeslament ont été publics et connus dès le commencement du christianisme -, tous les grands hommes contemporains des apôtres en ont fait mention ; tels furent saint Ljnace , saint Clrmenl , saint Polijcarpe , et autres ; leurs premiers disciples , saint Ircnce et saint Justin , les ont pareillement cités. On ne peut donc nier que ces saints et vénérables personnages ne les aient lus , puisqu'ils en rapportent dans leurs ouvrages plusieurs passages et le texte môme. W n'est pas moins certain qu'ils étaient persuadés que les apôtres et les évangélislos en étaient les auteurs, puisqu'ils les leur attribuent; et ils ne pouvaient en douter, puisqu'ils avaient vécu avec eux.

» Ajoutez que ces premiers témoins , si respectables par euxmêmes , sont appuyés pur ceux qui vinrent après eux et qui ne sont pas moins dignes de foi. Saint îrénie cite saint Clément , ¿l celui-ci saint hjnace ci saint Pohjcarpe , qui citent les apôtres eux-mêmes. Que peuvent les conjectures frivoles de l'incrédulité contre celte succession de témoins , qui cooimence aux apôtres , et , dïige en âge , de siècle en siècle , arrive jusqu'à nous sans aucune interruption , et en conservant toujours la même liaison et la même autorité ?

» L'exactitude sévère et rigoureuse que mettaient les premiers

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% chrólicns Jans rí'xanicii des vraies ol des fausses écriliircs , ot le pniuiíie int.iillilile (ju'iis einployaieiil puur les retoiinailic , exclueiil la |)t)>s¡l)ilite (!e loule laii^sele ou do loiile alleraliuii. Dans les preiiiii'is siei les , plusieurs henliques eurent l'auílai e de lOUipDser (le faux evaii^'iles el de les publier comme venant des apotres, dette entrepiise saciilége fut bienlol reconnue et rejelée avec indi;j¡nation.

a Les iidéles, utlai liés à l'ancienne tradition , s'opposaient à ces écritures, par la seule raison (¡u'elles étaient nouvelles; ils disaient : jus([u'a présent nous ne les avons pas connues ; lesaprttres, au nom desquels elles paraissent , ne les ont pas connues non plus ; aucun d'eux n'en rendit leurs K<>lises dépositaires ; aucune Eglise ne les a reçues de leurs mains ; elles n'ont janiais été connues dans nos assemblées , jamais on ne les a expliijuées ; elles sont |)osterieures à rétablissement de la religion , et datent du même temps (pie les erreurs qu'elles fav(<risent : il est inutile d'examiner dci titres dont la nouveauté atteste la fausseté. Un voit .isscz que des personnes (]ui se gouvernent d'après de tels principes ne peuvent ailnietlre que ce qui est auibentique : aussi nieprisaicnt-ils tout ce qui ne remontait pas ù la fondation du ( In islianisnie. Ils proscrivaient généralement , par runi(|ne et invincilde argument de la nouveauté , tout ce ([ui n'avait pas été avant eux l'objet de la \eneralion genérale , et lout ce qui n'en portait pas le caractère.

1) L'Eglise a toujours conservé une profonde vénération pour la mémoire des apôtres-, en tout teinits elle a respecté leurs écrits comme ayant clé inspires par l'Esprit saint ; elle a toujours regarde connue un sacrilège et connue une impiété l'action d'r retran- < Uer ou d'y ajouter la moindre chose. C'est à cette saine et sage maxime que nous soninjes redevables de la scrupuleuse attention avec laquelle elle a veillé sans cesse a garantir de toute altération la pureté de ce dépôt sacré.

') D'ailleurs cette altération devenait impossible. Lors même qu'on aurait pu corrompre ou altérer l'insloire de l'Evangile , les copies qui , des l'établissement des Eglises , étaient ri'[)andues avec elles dans toute la terre , auraient fait foi ; les premiers chrétiens qui formaient ces l'^^lises les avaient reçues , les respeclaietit connue un monument {li\in; chaque lidéle conservait la sieinie , elle était le titre fondamental de sa grandeur et de ses espérances. Continuellenjent ils en faisaient la lecture dans leurs families , dans les maisons particulières et dans les assemblées publiijues des lidèles ; aussi leur intégrité et leur fidélité étaient-elles à l'abri de la révolution des sie( les et de l'audaie des novateurs.

» Si quelque incrédule osait avancer (jue ces livres ont éprouvé quelipies altérations , il devrait nous les faire coiniaitre , nous en nounni-r les auteurs, nous en apprendre lesmolifs, cnlin nous en <lésigner repo(|ue. On leur demamlerail ([uels son! ceux cpii ont pu ( réer celte impostuie. Seraienl-ce les gentils ? Mais ils ne p(Mivaienl le faire (¡ue pour abattre le christianisme naissant , et sou-

tenir l'idolâtrie , dont la chute commençait à se faire sentir. Comment auraient-ils pu conserver en même temps des sentiments assez élevés et assez saints pour Us porter à admirer la pureté de la doctrine chrétienne , si supérieure à celle de leurs philosophes ? Comment n'auraient-ils pas supprimé le récit de tant de miracles qui prouvent l'essence divine de la religion? Et si les gentils conçurent un projet aussi insensé , comment les chrétiens de tout l'univers ont-ils pu l'ignorer ? comment en virent-ils l'exécutioa avec indiiférence ? comment abandonnèrent-ils sans résistance , aux poursuites des idolâtres , dos monuments qui étaient l'objet de toute leur vénération , et dont ils soutenaient l'authenticité au prix de tout leur sang.

)) Seraient-ce les Juifs ? Mais , sans répéter ce que nous avons dit de l'absurde imputation qu'on pourrait en faire aux gentils , et qui a pour eux la même force , nous demanderons pourquoi , s'ils ont pu altérer les livres saints , ils y ont laissé subsister tant de passages qui couvrent de honte lès vaines traditions de la synagogue , et l'hypocrisie des prêtres et des docteurs de la loi ; qui mettent au jour les superstitions qu'ils embrassèrent, leurs vices et leur aveuglement. Qu'on nous explique principalement pourquoi ils n'ont pas passé sous silence ce grand nombre de prodiges qui prouvent tous en faveur du christianisme , et convainquent l'univers entier de leur dureté et de leur déicide.

» Les chrétiens seraient donc les seuls qu'on put soupçonner de cette fraude : mais est-il possible que tous les chrétiens du monde se fussent concertés pour dénaturer ce qu'ils respectaient comme un trésor sacré ; qu'il n'y en ait eu aucun qui s'opposât à cette sacrilège entreprise , et dont la voix s'élevât pour sauver sa ifoi et garantir la postérité de l'erreur ? Si l'on objecte qu'un seul ou un petit nombre d'entr'eux a pu ourdir cette fausseté , il serait bien plus absurde d'y ajouter foi ; ce serait supposer qu'un petit nombre de chrétiens u pu les séduire tous , en altérant un livre dont la lecture était journalière , dont le contenu était gravé dans la mémoire des enfants mêmes , et dont il existait un nombre iniini d'exemplaires , déposés dans toutes les églises et dans chaque famille , un livre enfin que chaque fidèle conservait pour son usage personnel.

» Qui aurait pu être assez téméraire pour concevoir cet absurde dessein , et assez insensé pour en espérer la réussite ? le peuple même eût bientôt reconnu l'altération des Ecritures : aurait-on pu le cacher aux pasteurs? Si eux-mêmes en eussent été coupables , les fidèles l'auraienl-ils soutïert ? Enfin, si les pasteurs et le peuple se fussent réunis pour exécuter celle scandaleuse entreprise et consommer cet énorme sacrilège , les ennemis de la religion se seraient-ils abstenus du reproche qu'ils pouvaient leur en faire?

» Ce reproche eût été bien naturel , et cependant il ne s'en trouve aucun parmi eux qui ait accusé les chrétiens de celle témérité ; lors niêine qu'ils réunissaient tous leurs efforts pour combattre la doctrine des Livres saints, ils ne révoquèrent jamais

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en doute leur aulheiilicilc ; ils ont toujours reconnu leur intéyriló et leur pureté. Eniin , si le silence , l'oubli ou rindiirérence des ennemis du cluislianisnie les eussent eni[)(}iliés de décou\rir l'exétulion d'un projt^l aussi insensé , les [)arlis (|ui peu de t('ni[)S a[»ré5 divisèrent l'K^list' , et (|(ii sont presque aussi anciens (pTello , 1 eussent bientôt fait reconnaître.

') Peu de temps a^)res la mort des apôties , on vit s'élever des liommes turbulents et téméraires, qui rompirent lunilé de l'Eglise, et (|ui , pousses par l'i'spril d'indfju'ndancc , formèrent des sociétés séparées. Dés lors il devenait impossible d'introduire la moitjdre nouveauté dans les Ecritures -, car si les chrétiens orthodoxes l'eussent hasardé , avec quelle force toutes les sectes qui s'étaient isolées d'eux , ne se seraient-elles pas élevées contre cette prévaricalion ! Il est vrai , et je l'ai déjà dit , (|ue les héréti(|ues , pour favoriser leurs opinions, ont fait tous leurs efforts pour changer qiuilques paroles du texte sacré; mais l'ILglisi; les a toujours confondus par la seule comparaison des exemplaires anciens.

» S'il est impossible de trouver les auti-urs d'une falsification qui n'existe pas , il le serait bien plus de déterminer son é[ioque. A quel temps, en effet , pourrait-on la rapporter? Uemonlera-t-on à des temps antérieurs aux Ircnce , aux Justin , aux Clcment , aux Ljnace, aux Pohjcarpc ? Mais c'est celui des apôtres, dont ils furent les disciples , avec lesquels ils vécurent , auxquels ils succédèrent immédiatement, qu'ils remplacèrent dans leur ministère et dans leur autorité ; et certainement aucun changement n'eût été praticable sous les yeux d'un si grand nombre de témoins tous à l'abri de la corruption. Serait-ce aux temps postérieurs ? Cela serait impossible, puisque le Noiiveau Testament , dont on se sert a\ijourd'hui , est le même (|ue celui dont parlent les premiers écrivains de l'Eglise, comme le [)rou\e le grand nombre de passages qu'ils en citent dans leurs ouvrages. L'exacte conformité des uns et des ajitres prouve que les Livres saints ont toujours été textuellement les mêmes dans tous les temps.

» D'un autre ( ôté, il faudrait supposer à cette altération un motif quelconque ; il faudrait (ju'elle eût été provoquée par quelque intérêt, et encore cela ne suffirait pas; l'intérêt qu'on aurait eu à la faire ne prouverait pas (¡u'on l'eût faite. Il serait donc indispensable de dire positivement : tel passage n'était pas oiiginairement dans vos Livres saints , et l'on y en a ajouté tel autre ; voilà ce que ' vos pères ont retranché et ce (pii s'y lisait auparavant. Cette marche serait naturelle , si l'altération était certaine ; mais jamais l'incrédulité n'en a parlé. Elle se permet tous les soupçons , mais elle se dispense des preuves ; ainsi , pour la confondre , il faut non-seulement combattre ce qu'elle avance . mais répondre encore à tout ce (|u'elle ne dit pas , et se borner de préférence à démontrer l'impossibilité des faits.

y> CoiiTenons donc <|ue des hommes qui respectaient Ie> i-crits des apiMrcs et des évangélistes , comme étant la parole de Dieu, qui y avaient puisé l'horreur du mensonge et l'amour de la vérité ,

qui renonçaient à Ions les biens de l;i terre pour ne suivre que la vérité, et qui sacrifiaient jusqu'à leur vie pour la défendre, n'étaient capables ni d'imposture ni de sacrilège. Ajoutons en n)ème temps qu'on ne trouve dans les Livres saints ni lacune ni inlerpolalion qui puissent prêter à une imputation aussi injurieuse el aussi téméraire.

» Si ces écrits eussent pu être altérés, les faussaires en auraient supprimé tout ce qui peut oiFenser des esprits orgueillcuv ou intimider un naturel corrompu ; mais ils ne sont remplis que de mystères incompréhensibles qui coniondenl la raison humaine, de préceptes durs et sévères qui combaltenl tous les vices et gourmandent toutes les passions. Qu'aurait-oiî pu ajouter : les miracles de Jésus- Christ? mais on ne peut les révo({uer en doute, puisque c'est à eux qu'il faut rapporter la conversion et l'accroissement rapide du nombre des premiers chrétiens. 11 est clair que, puisqu'il n'était pas nécessaire de les interpoler, il est indispensable de les supposer ; et de là , en admettant toutes les absurdités que nous venons de détailler, il faudrait en conclure que les Ecritures sont entièrement fausses, puisque les miracles en sont la base , comme ils le sont aussi de la doctrine , des mœurs , des usages et de la foi des mystères ; et si la supposition entière des Livres saints parait impossible, l'addition frauduleuse des miracles ne doit pas moins le paraître.

«L'incrédulité s'applaudit, lorsqu'elle entend dire que les versions de l'Ecriture sainte ne sont pas semblables , et que , dès les temps les plus reculés, l'Eglise discuta sur l'authenticité de quelques-uns des écrits qui font aujourd'hui partie des livres canoniques. Mais combien son triomphe est illusoire ! Certainement on conviendra que , dans une si longue suite de siècles , l'inadvertance des copistes a pu occasionner, dans quelques passages de livres transcrits , de légères différences qu'on n'a pas relevées , vu le peu d'importance des objets sur lesquels elles portaient. îl n'en reste pas moins toujours indubitable qu'on y trouve la même morale , les mômes prophéties , les mêmes promesses et les mêmes faits ; il est avéré que tous les manuscrits , toutes les traductions et tous les ouvrages qui composent les Livres saints, renferment îa même doctrine , la même croyance , et partout le même dogme et la même série de lois ; tous sans exception nous représentent Jésus-Christ faisant des miracles , prêchant une doctrine aussi nouvelle que sublime , avec le caractère du bon Pasteur qui réunit ses brebis en établissant son Eglise; tous nous apprennent que cet Homme-Dieu mourut volontairement dans les douleurs les plus cruelles et l'ignominie la plus affreuse ; qu'il ressuscita par sa propre puissance , et qu'après avoir donné aux apùtres la mission de prêcher l'Evangile par touie la terre , il s'éleva glorieusement dans les Cieux , d'où il leur envoya son Esprit saint pour le communiquer par eux à son Eglise naissante.

)) Il n'est pas moins avéré que tous parlent uniformément de

LiniUK XH. 2 ',3

l;i prc(li( ;i(ion dos apodes, de leurs liavaux el des conversions <|irils iireiil ; ils niHis rnppoilenl de eoncerl la ruine de l'idolâtrie , l'eliiblissenienl cl la [)rop;i¡íi>lion ¡le la croyiince en Jésiis- (^hrisl , la saine doctrine el les doj,MU('s religieux du chrisliaiiisnie , leur essence, leur excellence el leurs caraclères ; lous proclanu'iil un Dieu crcaleur, un (.".lirisl rcdempleur , un Sainl- Lspril sanclilicalcur el rcvix ilicalcur ; tous enfin nous présenlenl le ba|»lèrne , le sa( rilice d'un Dieu souveiaincnienl bon ; le même but , les mêmes moyens pour éviter les supplices el les lournients réserv«''S aux pécbeurs , el pour obtenir les récompenses destinées à l'homme verlucux. Ce tab'cau est la base fondanienlale el la substance essentielle de tout. 0»'** pouvait-on exiger de la Providence de plus imposant , de plus plausible et de plus ronvaincanl , pour nous prouver que c'est à sa main bieni';;isante «jue nous sommes redevables de tous ces monunients mystérieux et sacrés qu'elle a daigné nous conserver dans toute leur intégrili' ?

» Vainement objecterail-on que des églises partii ulii'res parurent quelijue temps dans le doute sur cerl;iins passages des écritures ; un fait pareil n'alla(jiu) ni ne peut anéantir notre croyance; si (|uel(iues églises ont hésité quebjue temps à reconnaître Tauihentii ¡lé de quelques-uns d;'s l.ivres saints , celte conduite ellemême nous prouve la sollicitude et l'examen atlenlif auxquels elles se livraient avant de les adopter ; elles n'osaient rien décider par elles-mêmes; mais, dès (|ue l'Eglise universelle avait prononcé que tel ouvrage était des apôtres , elles se soumettaient aussitôt , el leur croyance particulière se (onform;iil à la croyance générale ; il siiflil (¡'ailleurs de lire (es livres pour reconnaître qu'ils ne renfeinienl rien de nouveau ni d'opposé à ce que contiennent les autres I ivres saints dont on a de tout temps reconnu l'authenticité.

>i 11 est donc évidemment prouvé que les apôlres et les évangélisles ont écrit le Nouveau 'testament , et que nous le possédons tel qu'il est sorti de leurs mains ; il ne nous reste plus qu'à examiner l'authenticité de l'essence de ces livres , et à voir s'ils iTiéritiMil notre confiance. Pour dissiper tout doute à cet égard , je renonce à toutes les preuves (¡ni établissent d'une manièrii incontestable 1 1 divinité de leur origine , el je n'emploierai , pour en faire sentir le prix , (|ue les moyens dont la critique lnimain(î se sert pour apprécier la valeur d'un écrit , ainsi qu(; le degrci d'estime el de crédit qu'on d(»il à son auteur. V.n ne suivant seulement que ses prin» ipes, je prouverai (|u'il n'y a pas de livre au monde plus digne de conliance <|ue l'Evangile.

» Il existe une grande dilTerencc entre nos livres et ceux que nous examinons ; ils ne sont point l'ouvrage de l'imagination el de l'espril ; ils ne racontent pis des fails étrangers à ceux (jui les ont écrits , arrivés loin d'eux ou dans í\q<, temps (jui leur seraient antérieurs ; ou n'y trouve (|ue des événements dont ils furent les témoins oculaires , el le plus souvent le premier inslrumunl ; eu

11Q mot, il n'y est question que de ce qu'ils ont vu ou fait euxmêmes. D'aulre part, la saine raison , le jugement le plus profond, la douceur la plus grande respirent dans ces écrits; que faut-il de plus pour captiver noire croyance ? et la réunion de toutes ces circonstances ne détruit-elle pas jusqu'au plus léger soupçon d'erreur ou d'illusion ?

«Supposons un moment que leurs auteurs purent se tromper, et examinons si nous avons à craindre qu'ils aient voulu nous induire en erreur. Mais ils n'ont point travaillé de concert ; et quoiqu'ils n'aient écrit ni dans le même temps ni dans le même lieu , ils s'accordent tous parfaitement , soit dans leur doctrine , soit dans les faits qu'ils rapportent. Leurs écrits, il est vrai, offrent queIí¡uefois quelques légères variations sur des circonstances peu importantes; mais celte différence même est une nouvelle preuve de la vérité des faits essentiels sur lesquels ils sont tous d'accord.

» ils avouent eux-mêmes leur ignorance , leur faiblesse et leurs fautes avec tant d'ingénuité , qu'ils persuadent et édifient. Ils se donnent pour ce qu'ils sont , pour de pauvres pêcheurs , dont toute la science , avant qu'ils fussent appelés à l'apostolat , consistait à conduire leur baïque et à réparer leurs filets. Ils n'ignorent pas que l'orgueil est le vice le plus opposé à l'esprit de l'Evangile, et néanmoins ils avouent le désir qu'ils ont eu d'acquérir des distinctions et des préférences ; ils confessent que , jusqu'aux derniers moments delà vie de Jésus-Christ , l'ambition et la jalousie furent parmi eux la source de leurs murmures.

» Ils confessent qu'ils avaient tous promis à Jésus-Christ de le suivre jusqu'à la mort , mais qu'ils furent punis de leur présomption en ce qu'ils prirent lâchement la fuite. Quand ils rapportent que l'un d'eux le renia trois fois, ils n'omettent rien de ce qui peut caractériser l'énormilé de sa faute et la rendre plus digne de mépris.

» Et pourquoi une si grande sincérité et une humilité aussi profonde ? Etait-il donc nécessaire de rendre publiques des fautes nombreuses (}ui les couvraient de honte ? N'eùl-il pas été plus utile, pour la prop;:gation de l'Evangile , de cacher les faiblesses de ceux qui étaient appelés à le prêcher ? En agissant ainsi , les hommes auraient peut-être pensé faire un calcul très-prudent ; ils eussent cru qu'il leur importait de garder le silence sur des faiblesses dont la connaissance eût affaibli la confiance qu'obtenaient chaque jour les apôtres , et eût mis par conséquent un obstacle aux progrès de la religion 5 mais l'Esprit divin n'en jugea pas ainsi.

» Le courage et la constante fermeté avec lesquels les apôtres souffrirent la mort pour soutenir la vérité , mettent le dernier sceau à la cerlitude de leur témoignage. On peut concevoir qu'un homme se laisse séduire et qu'il s'obstine dans son erreur , lorsqu'il s'agit de discuter des dogmes impénétrables ou des maximes spéculatives : l'éducation , les exemples et ses réflexions propres

LETiKt: xn. 245

peuvrnt former ses opinions , leur donner un grand degré de force , t'ígrínt-r duns son dnie des senlinicnls profonds ; la crainte de Dieu j)eul les forlilicr iMicore par rap[)liiali()n (¡11 principe j,'eneral (|ue nous devons tout sacrifier aux saines iiiees de l.i religion , et alors il n'esl pas clonnanl qu'avec plus de zèle (juc de lumières il devienne la victime de son eireur.

» Mais concevra-1-on (ju'il puisse exister une réunion de séducteurs qui veuillent , sans intérêt comme sans motif, non pas faiie adopter leur opinion , mais persuader un fait aucpiel ils ne croient pas ? Peut-on admettre qnii , dans cette vue , ils s'exposent aux tourments les pUis horribles , aux supplices les plus affreux , (|u'ils se livrent aux remords de leur conscience cl aux chrttinients de Dieu , sans que celle obstination insensée leur [>roduise atitre chose que la certitude d'être condamnés par l'éternelle vérité (ju'ils oiVenscnl ? C.q serait une sorte de dt-lire , dont la possibilité ne tombe ¡)as sous les sens et dont l'histoiie n'offre aucun exemple. Mais puis(|ue les apôtres souffriront tout, au point de sacriijer leur vie pour attester des faits publics et avérés donl ils avaient été témoins , et sur l'existence desquels on ne pouvait se tromper , qui pourra doijler de leur authenticité ? J^'errcur de celui qui élèvera quelque doute ne proviendra pas de sa raison , mais de sa volonté.

» Voilà ce qtie nous pouvons dire , humainement parlanl; mais combien ces preuves n'acquièrent-elles pas plus de force , lorsque nous considérons que ces livres sonl divins et leurs auteurs des hommes inspire s ! Et peut-on douter si , comme nous l'avons protivé , ces livres sont bien ceux que les ajiAtres écrivirent ? Que Uinis apprennent-ils ? One Jésus-Christ leur promit une linniére surnalurellr , une révclalion immédiate , qui les conduiraient dans la publication de leur doctrine. Voici ses propres paroles ' : Le Consolateur ou l'Esprit saint , que mon Pérc vous enverra en mon nom , vous cnseii,Miera toul et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit Quand l'Esprit de vérité

viendra , il >ous ensoiiinera toute vérité ; car il ne parlera pas de lui-méuio , mais il dira tout ce (ju'il aura entendu, il il vous annoncera les choses à venir.

» La promi'sse de celte inspiration ne pouvait être ni pins positive ni plus générale. Les apcitrcs eux-mêmes et les évangelites assurent l'avoir reçue, et ils ajoutent (¡u'elle fut poncluciloment acc(miplie ; c'est pour cela (ju'ils nous répètent à tout moment qu'ils ne sonl que les organes et les interprèles de 1 T-spril saint ; (jue Jésus-Christ parle par leur bouche \ que celui qui mcprise ses paroles , méprise l>ieu qui s'expli(|ue par S(ui Esprit. Le grand apiMre dit aux fidèles de Thessalonique "^ : Vous ne vous êtes pas tnunpi's , en recevant mes discours avec le même respect que si c'eût été la p;irole de Dieu , parce íjuen i lit ils

' Jean. xv. 26. xvi. \'¿.

• 1 Tlicssal. u. 13.

l'étaient : non ut verhuni hominum , sed , sicut est verc , vèrbum Dei.

» II est donc avéré que les apôtres disaient , soit dans leurs discours , soit dans leurs écrits , qu'ils étaient inspirés de Dieu ; il est inénie à remarquer que non-seulement ils le disaient , mais qu'ils le prouvaient : et comment ? Par les miracles qu'ils opéraient. Une seule parole , au nom de Jésus-Christ , guérissait toutes les infirmités ; par elle les boiteux de naissance étaient guéris; ils disaient aux paralytiques de marcher, et cette parole puissante produisait tout ce qu'ils ordonnaient; la mort même respecte en eux Tempire absolu de celui qui s'appelle la Résurrection et la Vie. Ils pénètrent les replis les plus secrets des consciences , et l'éclair n'est pas plus prompt que la mort dont ils frappent l'hypocrisie et le mensonge. Ces prodiges étaient si publics et si répétés, que les gentils , les prenant pour des dieux, voulurent leurolfrir des sacriiices. C'en était trop ; mais comment se refuser à croire ce que disent les hommes qui opéraient de semblables choses ?

» Et que disaient-ils ? Que tout ce qu'ils faisaient , ils ne le faisaient pas par leur propre vertu , mais par celle de Jésus- Christ ; que s'ils chassaient les démons , s'ils guérissaient les malades et ressuscitaient les morts ; que s'ils communiquaient enOn aux autres ridèles les dons de l'Esprit saint , c'était uniquement au nom de l'Homme-Dieu cruciiié , dans la seule vue de persuader à l'univers que Jésus-Christ est Tunique médiateur entre Dieu et les homîues, et que la leligion chrétienne est la seule vraie. Les apôtres étaient donc persuadés eux-mêmes ; et quel autre que Jésus-Christ aurait pu les persuader ? et comment n'eussent-ils pas été persuadés, ténjoins eux-mêmes du spectacle étonnant de son pouvoir , de ses vertus et de sa doctrine ?

» Toute la vie publique de Jésus-!!hrist , depuis le commencement de son ministère jusqu'à la consommation de son sacrifice , fut une suite continuelle de miracles : riIomme-Dieu disposait do la nature eu arbitre souverain. Il donnait la vue aux aveugles, l'agilité aux impotents et la santé aux malades. A sa voix les morts sortaient du sépulcre et ouvraient une seconde fois les yeux à la clarté du jour. Il rommandait aux vents et aux tempêtes ; Îa mer lui était soumise et lui obéissait également. Er)tre ses mains toutes-puissantes, un petit nombre de pains se multiplient au point de suffire i\ la nourriture du peuple immense qui le suivait. Enfin , il serait impossible de faire l'énuméralion de ses miracles : arrêtons-nous à quelques-uns , et lAchons d'en tirer les mêmes conséqtiences que Jésus-Christ.

» Celui de la multiplication des pains annonçait ouvertement le Créateur de tout. Celui qui apaisa ainsi la faim de cinq iiiille hommes , est le même qui , toutes les années , avec la mémo bonté et la même puissance , satisfait aux besoins de tout ce (jui existe sur la terre , en donnant la fécondité à nos semailles. Ce prodige nous surprend moins , parce qu'il est jJlus ordinaire;

mais meltaiíl i\ pari loutes réflexions, je m'arrêterai à ce miracle , alloiidu (¡ne, s'il est certain , on ne pi.'iit en tirer ijue de grandes tonscíinences.

B 11 est inipossiljie de revociiier en donlc sa vérité , cl l'un ne peut souiironner ¡ci ni inipo>ture , ni illusion. Ce que rj'.vangiio nous en raj)[)(>rle est naturel et simple , cl il ne peut y avoir eu aucune >uper( herie , puiscjue le miracle se fil a la vue et en faveur d'une riiullilude immense. Les apôtres savaient bien la quantité de [juin (luils avaient , et ils ne pnrcnl douler de leur multiplication . [)uis(|ue ce fut par leurs mains que le partage s'en ut au peuple. Si ce miracle est vrai , je dis qu'il s'ensuit que Jésus - (Christ est le Fils de Dieu et qu'il était le Messie , puis(]ue Jésus-(>lirist , au moment de taire ce mirai h; , leur dit : Je suis le pain de vie , le pain venu du Ciel , (jui donne la vie au monde j celui (jui croit en moi obliendra la vie éternelle. De ce que ces paroles accomjjagnèrcnt le miracle, il s'ensuit que l'on doit y ajouter foi.

» Jésus - Christ rend la vue à un aveugle de naissance'. Ce miracle l'ut aussi l'.nblic qu'indubitable. Les eflorts que ses ennemis enq>loyérent a r.iire douler de son évideui e et à en afl'aiblir linqiression , contribuèrent au contraire à lui donner plus de publicilé et plus de certitude. Quel fut le molif de cet aclo di>in ? L'Evangile nous l'apprend ; celui de montrer aux hommes que Jésus-Christ était le Vils de Dieu , de les porter à croire à sa parole et a l'adorer. Puisqu'on ne peut douter du niiracle , on ne peut non plus révoquer en doule ses conséquences.

» El ijui pourra refuser d'adorer Jésus-Christ et hésiter à <Toire en lui , si l'on examine toutes les circonstances de la résuireclion de Lmare- ? Jésus était éloigné quand on lui donna connaissance de sa maladie , et à l'instant il déclare (jne Dieu ne l'a permis (jue pour la manifestalion de sa gloire et prouver la mission de son Messie. Lazare meurt; il était enterré depuis quatre jours. La nouvelle de sa jnort était publique; elle était connue à Jérusalem , puisque plusieurs personnes en étaient venues pour consoler SCS deux sœurs. Jésus-Christ arrive après eux , et aussitôt il annonce solennellement qu'il est la résurrection et la vie. Il exige* que Marthe le reconnaisse pour le Fils du Dieu vivant , cl il l'assure non-seulement que son frère ressuscitera au dernier jour du jugement, mais même sur l'instant.

» H se rend au tombeau de Lazare , non-seulement ses deux sœurs l'accompagnent , il est suivi d'une grande (juanlilé de Juifs que les circonstances avaient amenés ; il ordonne de lever la pierre , rend gr;\ces à son Père de ce qu'il l'écoute toujours favorablement; il le prie de l'exaucer encore dans celle cirionslance potir l'instrui lion du peuple qui a les yeux sur lui ; et appelant Lazare de cette voix puissante qui fit autrefois sortir l'univers du néant , il arrache à la mort une de ses victimes , et

' Jean. i\. 1. • Jean. xi. 1.

rend à la vie el ù la lumière un cadavre que la corruption avait déjà défiguré.

» Toutes les circonstances de ce fait prouvent sa publicité , puisqu'il eut un si grand nombre de témoins ; aussi les prêtres et les pharisiens ne purent-ils l'ignorer , et les évangélisles ajoutent que , ne pouvant en attaquer la notoriété ni supporter l'effet de ce prodige , ils résolurent la mort de Jésus-Christ, ils ajoutent encore que le désir de voir Lazare ressuscité fit venir de Jérusalem à Béthanie beaucoup de Juifs ; que leur curiosité , qui fut l'occasion de la conversion d'un grand nombre d'enlr'eux , servit aussi à irriter les prêtres contre Lazare ; enfin , il nous disent que ce miracle contribua beaucoup aux acclamations que Jésus-Christ reçut quelques jours après, à son entrée dans Jérusalem.

» Maintenant je demande , si tous ces faits étaient faux , comment les apôtres et les évangélisles auraient-ils osé les écrire et les publier ? comment les auraient-ils écrits avec tant de simplicité , et pourquoi en décrivent-us toutes les circonstances et jusqu'aux détails les plus minutieux ? comment osèrent-ils citer en témoignage tant de personnes alors viviuiles ? et surtout comment auraient-ils pu espérer d'avoir pour complices ceux mêmes qui avaient le plus grand intérêt à les démentir , si ce n'était parce que non -seulement les indifférents et les simples, mais même les plus grands ennemis de Jésus-Christ , atleslaienl les uns et les autres ces miracles ?

j» il est vrai que, pour en atténuer l'effet, iis en calomnaient le principe. Ils disaient qu'il les faisait au nom de Bcelzébub , contradiction d'autant plus absurde qu'ils soutenaient qu'il chassait les démons par la vertu du prince des démons , comme s'il avait voulu combattre contre lui-même. Ils reprochaient à Jésus-Christ , rendant la vue aux aveugles et guérissant les paralytiques , de profaner le saint jour du sabbat ; mais tous ces subterfuges , dictés par la haine et l'envie , n'étaient qu'un aveu plus éclatant de l'impuissance où ils étaient de nier ce que tous a\ aient vu, un témoignage ajouté à l'authenticité des faits. Leur malignité même y donnait un plus grand degré de croyance.

» Les Juifs les plus opposés à Jésus - Christ furent eux-mêmes si coüvaincus de ses actions miraculeuses , que la tradition s'en est perpétuée dans leur postérité , et aujourd'hui même leurs anciens monuments nous en offrent des vestiges. On lit dans le Thalmud , chapitre 12, que Jésus-Christ fut redevable de ce pouvoir à la magie qu'il avait apprise en Egypte , ainsi qu'au secret qu'il possédait de bien prononcer le nom de Jchocah. Nous n'avons pas besoin de recourir aux Juifs pour apprendre par quelle vertu il faisait des miracles -, mais ces explications frivoles et ridicules prouvent qu'ils ne pouvaient les nier, et cela nous suffit.

» Les geni ils n'osèrent pas non plus les nier. Celse lui-même , qui attaqua la religion avec tant d'acharnement et de rage , ne les a jumáis contestés. Julien ne les révoqua jamais en doute ; il cherchait à les atténuer , à les présenter comme des prestiges ; il

LEITIŒ XII. 249

recotiiiaissuil (|iic Ji'sus - Ciiiist nvait guéri des boiteux el des aveugles , (lu'il avail ( liasse des dcmoiis ; mais ces actes ne lui paraissaieul ni grands , ni dignes d'ùlre, transmis ;i la postérité. Si ces ennemis implacables du ( lirislianisnie , dans des siècles |)lus voisins des événements, n'osèrent jamais sVIcver contre une traditioii aussi constante et aussi générale , comment I(!s incrédules inoderni-s sont-ils assez audacieux pour se prtteiidie mieux instruits (pTeux , el exiger (jue leur tcméritc prévale contre dix-liuil siècles de res[)ect el d'une habitude constante ?

» Mais , nous disent-ils, si ces miracles sont eerlains , pourquoi tous ceux (pii Iiahilaicnl Jérusalem el la Judée ne se convcrlirenl-ils pas ? Combien leur incrédulité esl injuste el aveugle ! ils ne s'étonnent pas de ce rpie Jésus-Christ, [lar ses miracles, ail converti une u)ultilude de Juils el un grand nombre de nations, el il leur parait impossiljlo (jue ses miracles n aient pas converti toute la Judée ! Ils devraient voir (|U»î les ()r()phétcs , ¡¡lus éclairés qu'eux , avaient prédit (ju'lsrael verrait de grands prodiges , et (¡ue néanmoins son ¡m rediililé serait prescpie générale ; ainsi , lijin (pie l'inirédulilé des Juifs soit une preuve contre les mirac les de Jésus-Cliribt, elle nous prouAe au contiaire qu'il esl le Messie, puisque raccomplissement des prophéties nous l'ournil une double preuve de sa mission.

» Il n'est cependant pas difficile d'expliquer cette énigme. Les Juifs étaient comme la plupart des homme- qui ne travaillent ni ne s'ap[)li(|uenl point à la recherche de ce qui n'intéresse pas leurs passions, l.orscpi ils ne sont mus par aucun intérêt , la véiité par elle-même ne leur oiîre point d'attrait assez puissant pour leur paraître un hiiwi , malgré les peines el les travaux nécessaires pour l'accjuéiir. 11 leur arrivait ce qui arrive ordinairement ; ceux qui avaient seulement eniendu parler des miracles , ou ne les connurent qu'imparfaitement , ou n'en tirèrent aucune conséquence , parce (ju'ils ne s'appliquèrent pas à les vérifier. D'autres purent être mieux instruits et peut - être aussi plus touchés , mais la disposition insuftisante do leurs cœurs p»il effacer facilement celte impression passagère ; ils cinrent ce qu'ils virent , et n'y pensèrent

Îtlus dès que les événements ou les faits cessèrent d'être sous eurs yeux.

» Les pharisiens el les docteurs de la loi furent les plus aveugles, parce qu'ils étaient les plus passionnés. Forcés de reconnaître les miracles, pnrce (|u'ils en avaient ete témoins , ils les attribuèrent au démon. JMnsi<Mirs de ceux qui suivirent Jésus-Christ , pendant sa vie , ne purent ensuite supporter le scandale de la croix. Il était si ()])posé aux idées et aux espérances de la multitude , qu'il dut eiracer le souvenir des premières œuvres de Jésus - Christ. D'ailleurs, les miracles ne produisent (jue l'étonnement el la surprise ; leur effet n'est que passager et su|)eriiciel , lorsque la grAce n'attc'int pas les cœurs , lorsque son influence heureuse n'a point surmonté leur résistance vl la secrète aversion qu'inspire toute vérité qui tend à la niorlilicalion des sens.

» Enfin, .lésus-Cbrist , après avoir donné de si grandes preuves de sa divinilé , en donna une ¡)lus gr;!nde dans sa rcsurreclion glorieuse, qui devait effacer toutes les impressions défavorables que l'ignominie apparente de sa mort avait pu produire. Nous avons déjà vu que ce grand évènemonl était la base et le fondement de la religion chrétienne ; que seul il suffit pour démontrer tout ce qui l'a précédé et suivi , et que , dans ce dessein , I>ieu a voulu lui donner un tel degré de clarté et de certitude, qu'aucun des faits que les hommes regardent comme indubitables ne peut être aussi coujplèlemeni prouvé ni paraître aussi certain.

» Il n'en est aucun qui ait été rapporté p:;r tant d'auteurs contemporains , tous témoins oculaires , tous dignes de foi , tous prêts à sceller de leur gang la vérité de ce qu'ils a.vaient écrit ; le plus grand nombre d'entre eux souiîrcnl la mort pour assurer leur témoignage ; aucun auîre fait historique ne peut donner moins de prise a l'erreur ou à l'illusion, il n'en est aucun qui, pour être dûment attesté, demandât autant de courage et exigeât de si grands sacriûces ; aucun ne s'est lié plus étroitement et par une connexion plus intime ù d'autres faits indubitables ; aucun n'a été cru par tant de peuples, pendant un si grand nombre de siècles; aucun n'a changé autant la face du monde ; il n'en est point enfin de plus évident , de sorte qu'on ne peut opposer à son authenticité que des doutes intéressés ou téméraires , que des suppositions arbitraires et absurdes.

» On a reproché aux apôtres et aux disciples d'avoir cru légèrement, mais leur relation même les justifie. Eux-mêmes ils confessent qu'ils n'espéraient plus la résurrection de leur Maître , que les ignominies de la croix avaient effacé de leur mémoire ses prédictions , en détruisant le peu d'espérance qu'ils avaient. Leur défiance était telle qu'ils se refusaient à croire les premières nouvelles qu'on leur en donna ; et quand Jésus-Christ apparut luimême au milieu d'eux , ils crurent voir un fantôme, il fut obligé de leur dire ' : Voyez njes pieds et mes mains , je suis Jésus , touchez et voyez, car un esprit n'a ni chair ni os. ils l'ont donc vu et touché ; et , malgré cela , à peine pouvaient-ils le croire : enfin , pour dissiper entièrement leurs doutes , il se met à table , il mange devant eux et avec eux. Il leur rappelle ce qu'il leur avait dit pcndnnt sa vie. îl était ni'cessaire , leur dit-il , ijue tout ce qui était écrit de moi dans la loi de Moïse , dans les prophéties et les psaumes , s'accomplit.

» Jésus-Christ pouvait-il leur donner des preuves plus grandes cl plus positives de sa vie et de sa présence ? Qui eût imaginé qu'après sa glorieuse résurrection il aurait conservé les cicatrices de ses plaies , et serait descendu jusqu'à des preuves indignes en apparencii de son immortalité et de sa gloire ? Tout cela néanmoins était nécess;\ire pour que les apôtres fussent convaincus ; car telle était leur méfiance, qu'ils ne se rendirent à un si grand nombre de preuves , que par l'impuissance d'y résister.

' Luc, \xiv , 39.

j.ethu: \ii. 251

» Ji'siis-Cluist ne se Ijorna ni à ces preuves ni à ccà dcmons- Iralioiis exlerieiites, il les éclaira aii.tsi inttrieuteiucnt. 11 leur coniniuni(|(ia rintelligence des Ecritures , il leur (Juiina la mission de prêcher à tous les [)cuplcs de la terre la pénitence et la niniission des pèches ; il leur proniil une force surnuturel!(î [)Our soutenir le poids d'un niiuislère si dillicile et si relevé; il leur ordonna de sii rendre en (jalilee ; il leur indi([ua la montagne sur laipielle il voulait (|u'ils le vissent dans toute sa si)Iendeur. Ainsi (•(;s ap[»aritions n'étaient ni subites, ni illus(nres ; elles n'étaient point muettes. Jésus-(>lirist leur parle , leur rappelle le passé , leur donne îles ordres nouveaux pour l'avenir ; il leur ¡)arle connue il l'aNail l'ait pendant sa vie.

» Kl puisijue les disciples, au nouibre de plus de cinq cents , se rendirent en (¡alilée pour obéir à ses ordres , puis(ju'ils en revinrent en racontant tout ce (jui s'était passé , et plus persuadés (ju'auparavant de la résurrection de Jésus-Christ , serait-il pos.«-ib'e de douter encore (jue ses ai)parilions ne fussent pas certaines , que ses ordres n'aient pas été positifs et (¡ue sa résurrection u'i'A pas incontestable ? Dans un fait sur leiiiud les honinies les plus slupides et les [dus bornés ne sauraient être susceptibles d'illusion , de simples soupçons ou des doutes volontaires pourraient-ils suffire ¡)our inlirnier la déposition de cinq cents témoins, et leur imputer de s'èliiî tons laissé fasciner les yeux ? Alors que deviendrait la certitude hisloiicpie ? Admettre de pareils doutes , ce serait adopter le p)rrlionisme le plus insensé.

» Ah ! monsieur, plus ou examine les historiens sacrés, plus la certitude des faits qu'ils rai)p()rlent devient sensible ; plus <elui de la résurreclion , particulièrement , y acquiert le dernier caractère d'authentii ¡lé. Saint Luc le présente en peu de mots. Il dit que .lésus-(lliri>t a[)j)arut plusieurs fois à stis apôtres après sa mort; qu'il leur ilémonlra par des preuves qu'il était vivant; et (¡ne pendant quarante jours il leur parla sans cesse du royaume de Dieu.

» Que de choses importantes renferme ce peu de mots ! Les apparitions sont multipliées , sont diif.rentes , et continuées pendant (juarante jours. Ainsi que nous l'avons rapporté , elles ne furent ni muettes, ni subites et passagères : de longs discours les acconqiagnèrent ; (dles furent suivies d'instructions relatives à l'Kglise dont b's ap()tres étaient les pontifes ; aux sacrements dont ils étaient les ministres ; aux vérités éternelles qu'ils devaient être les premiers à annoncer; enfin à la hiérarchie et à la discipline du nouveau royaume que Jésus-Christ allait fonder sur la terre.

» Ce ne sont pas ¡ci seuleinent (|U(d(pies mains qui louchent le corps de Jésus ressuscité , quelques oreilles qui entendent sa voix, (juehjues yeux <|ui s'assurent de sa présence; à tout cela se réunit encore l'étonnante explication des prophéties les plus sublimes, une lumière ([ui fait disparaître l'obscurité des Ecritures, une manifestation complète du plan général de l'Eglise,

de celte Eglise qui devait commencer à Jérusalem , recevoir ensuite dans son sein toutes les nations , et , en dépit des persécutions et des hérésies, se maintenir stable et ferme jusqu'à la iin des siècles. Maintenant donc , si les apôtres n'ont cru la résurrection qu'après tant de preuves et de prodiges , qui osera les accuser de crédulité? Quel nom donnerons-nous à ceux qui, après tant de preuves convaincantes, s'obstinent à ne pas la croire?

» Ces apôtres furent soumis aux épreuves les plus rudes. La persécution les suivit jusqu'à la mort ; plusieurs d'entre eux périrent de la manière la pUis cruelle et la plus violente. On ne peut se lasser d'admirer leur courage • ils supportèrent avec constance toutes ces tribulations , parce qu'ils souiTraient pour la cause de la justice , et qu'ils étaient soutenus par la consolation intérieure de l'Esprit divin. Or, si la résurrection n'est pas vraie , ces hommes ne sont que des faussaires que leur imposture rend dignes de châtiments éternels ; et comment alors expliquera-t-on les motifs de leur constance ?

» Comment , ces hommes auraient su que Jésus-Christ est mort , qu'il n'est pas ressuscité , que sa mort a été comme celle de tous les antres , que par conséquent il n'a le pouvoir ni de les délivrer de leurs persécuteurs , ni de les récompenser de leurs sacrifices , qu'ils n'ont rien à espérer de lui, et néanmoins ils auraient l'audace d'inventer et de soutenir sa résurrection? On ne les condamne aux supplices et à la mort que pour cette imposture : loin que leur conscience puisse les consoler , les remords les plus cuisants se réunissent aux tourments qu'ils endurent ; ils souffrent les douleurs les plus atroces; une seule parole peut les en affranchir, et ils aiment mieux expirer dans l'agonie la plus douloureuse que de prononcer ce seul mot qui rendrait gloire à la vérité , et leur assurerait une vie tranquille et paisible? Qui pourrait admettre une si monstrueuse hypothèse , si contraire à la nature humaine et à la saine raison ?

» Ce n'est pas tout encore : pendant que leurs persécuteurs s'acharnent à déchirer leurs corps , l'idée d'un Dieu vengeur viendrait intérieurement les atlérer , et nous les voyons , au milieu des tourments , rendre grâce à ce même Dieu qu'ils auraient irrité , à ce Dieu , dont ils n'auraient pu attendre que les châtiments destinés aux imposteurs et aux parjures? Ils implorent son secours , le nom de Jésus-Christ est sans cesse sur leurs lèvres, ils le prennent à témoin de leurs peines, ils lui offrent le martyre qu'ils endurent , dans la seule confiance qu'il couronnera leurs travaux; et tout cela ne serait qu'un simulacre de vertu, une feinte qui couvrirait leur hypocrisie, un voile qui cacherait leur obstination insensée et supérieure à toute la rigueur des supplices ?

» Si , pour être incrédule, il faut dévorer d'aussi grandes absurdités ,. l'incrédulité doit être bien honteuse; je rougis même d'employer tant de temps à justifier de fraude et de mensonge des hommes dont les vertus non-seulement étonnèrent l'univers ,

LETTRE XIÍ. 253

mais le oonvcilircnl à Dieu. Dus (juc lEspril saint les eut remplis de ses dons , il ne leur resta d'humain (jue te qui était nécessaire pour l'exercice de leur zèle, ils dévorèrent tous les outrages, ils ne furent retenus par aucun dan|^er, ils surniontùrenl tous les obstacles, pour retirer les hommes de l'ahinie de leurs erreurs, et des \ices dans lesquels ils étaient plonjjés. Leur humilité ne connut [luint de bornes, leur douceur fut inalterable, leur patience invincible , et leur courage au-dessus de tout. Loin de dis>imuler en rien , ils prononcèrent les malédictions les plus terribles contre les cœurs faux , leur fermèrent à jamais les portes de la Jérusalem céleste , et les menât èrent du feu éternel.

» Nous avons déji vu que Jesus-Clirist , après sa résurrection, employa quarante jours il consoler ses disciples, à les instruire , à les lorlilier dans leur foi , et à cimenter leur Eglise. Nous avons vu (ju'au moment de quiller la terre , il les conduit à la montagne des Olives , leur annonce des vérités nouvelles et sublimes , qu'il accompagne de promesses pleines de consolation, lève les mains, les bénit, et s'élève dans les cieux ; une nuée le dérobe à leurs yeux , et quelques anges leur parlèrent à tous. Tout cela se passa A la vue de tous; tous le virent, tous l'entendirent, et tous l'atteslèrenl.

») Comment sérail- il donc possible de douter de la vérité de ce prodige, ou de chercher à l'attéimer ? Celte montagne était à la vue de tous; les témoins étaient en très - grand nombre, tous connaissaient Jésus-Christ , tous reçurent les mêmes hçons , entendirent les mêmes discours et les mêmes prédictions ; tous assistèrent à sa merveilleuse ascension ; tous éprouvèrent la même sensation , et se rejouirent de la gloire de leur Mailre , et de l'espoir de la partager un jour ; tous enOn lui rendent des actions de grâce , et se réunissent pour attendre dans la retraite et la prière l'accomplissement de ses promesses. Cette réunion de circonstances et de témoignages exclut toute possibilité d'imposture et d'illusion. C'est ainsi que les faits de la résurrection et de l'ascension de Jésus-t^hrist se soutiennent réciproquement ; mais la venue du Saint-Esprit, qui les suivit de très-près, leur donne un nouveau degré d'évidence.

» Jésus-Christ dit à ses disciples qu'il se séparait d'eux pour monter au Ciel, mais qu'il leur enverrait l'Esprit saint, qui les remplirait d'une vertu divine , les transformerait en d'autres hommes , et leur enseignerait toute vérité ; qu'ils convaincraient le monde d'avoir commis un crime énorme, en cruciliant celui qui était venu sur la terre pour en èlre le Rédempteur ; que le prince des ténèbres , principal auteur de ce crime , serait dépouillé de l'empire t^rannique cjuil avait usurpé sur le genre humain, et que le Eils de Dieu , du sein de son Tère , serait plus puissant pour nous conduire il la vérité et à la justice.

» Avec quelle lidélilé , avec quelle magnificence les événements n'onl-ils pas justilié la vérité do ces oracles merveilleux ! Les disciples de Jésus-Christ , qui composaient l'Eglise chrétienne dans le

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principe de son établissement , s'étaient réunis dans une maison où ils priaient. Un vent inipélueux toul-à-coup s'y fait sentir, semble l'ébranler , et des langues de feu se reposent visiblement sur la tête des disciples ; elles furent les signes publics et extérieurs de la venue de l'Esprit saint , de l'Esprit consolateur qui devait leur enseigner toute vcrité et que Jesus-Christ leur avait promis -, c'est à cet instant qu'il s'empara de leurs cœurs , et ce signe d'en haut fut le symbole de sa force invincible.

» Quels furent ses efl'ets ? Les disciples ne peuvent dès-lors contenir l'ardeur dont ils se sentent pénétrés. Us quittent leur retraite, se répandent dans les rues de Jérusalem, et, en présence des habitants et de la multitude de Juifs étrangers qui étaient venus pour y célébrer dans le temple la solennité du jour , ils reprochent aux magistrats et aux sages de la nation d'avoir crucifié Jésus, qui était le Messie , pour qui leurs pères avaient tant soupiré, ils publient hautement sa résurrection, affirment et assurent l'avoir vu et lui avoir parlé ; ils expliquent avec force et clarté tout ce que les prophètes avaient prédit sur sa mort et sa gloire , ses ignominies et ses vertus, et sur l'empire éternel qui devait être le fruit de son sacrifice. Les peuples étrangers , de tant de pays différents de la terre , les entendent malgré la diversité de leur langage ; chacun entend dans le sien ce que disent ces hommes simples, et ils sont pleins d'étonnement.

» Qui a appris aux apôtres si subitement tant de langues différentes ? Quel discernement leur fait saisir , au milieu de tant d'idiomes différents dont ils avaient si promptement acquis la connaissance , celui qui convient à chacun , sans le mêler ni le confondre avec les autres ? Comment des hommes élevés dans la bassesse et l'ignorance ont-ils pu s'élever tout-à-coup à un si haut degré d'illustration et d'inlelligence ? Qui leur a donné le pouvoir de transformer une multitude si indocile et si endurcie , en un peuple nouveau qui se pénètre d'amour et se soumet à la pénitence ?

» Le fait est que leur premier discours convertit trois mille personnes, et le second cinq mille- Et l'on ne dit pas que les apôtres durent des progrès si prodigieux à la disposition des esprits en leur faveur , ou que ces conversions furent aussi superficielles que rapides , puisque ces hommes qu'ils convertirent, et qu'ils amenèrent à adorer Jésus-Christ , étaient les mêmes qui le crucifièrent. Ceux qui peu de temps auparavant ne croyaient pas en lui, parce qu'ils ne voyaient dans les Ecritures que des récompenses temporelles , furent alors ceux qui le reconnurent pour le Messie et leur Dieu ; ceux qui naguère n'avaient d'autre intérêt que celui des biens de ce monde , sont ceux qui vont les vendre pour en mettre le prix aux pieds des apôtres ; enfin ces Juifs , si charnels et si grossiers , sont transformés par leurs désirs en citoyens du Ciel , n'aspirent qu'à la jouissance des biens éternels. Ils forment déjà un peuple de chrétiens qui n'ont d'autre désir que d'aimer Jésus-Christ cl de l'imiter.

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» 0"' l"'i't s'empèclKT do ifcoiiiKiilit' d.ms nno n'-solulion si grande el si iiiopiiicc , la pri-senco ili* l'Kspiil siiiiil cl de son operation lonle-[)nissanU' ? (Jnclle aiilio puissance que la sienne aurait produit en un moment des vertus si sublimes; éteindre l'amourpropre , le transformer en une charité pure , ardente et ffénéreuse ; réformer des cœurs corrompus el les fondre de telle manière dans le feu tie l'amour divin , (|u ils ne forment [)lus(|u'un seul cœur et une seule Ame? Un n'en peut douter; el, s'il est certain (|ue , suivant la promessíí de Jesus-(llnisl , l'I'LsiJril divin est descendu sur eux, il est induhilaMe que Jesus-t^lirist est le Messie (|ui est ressuscité , el (¡ui a prisent est plein de vie et assis a la droite dcî son Père, exerçant le niLMne pouvoir, puisque sans cela il n'eût pas ^•nvoyé l'Kspiit consol.'leur , seul auteur de tant de merveilN's.

» Je crains , monsieur , que mes loni,'s discours ne falif^uenl voire attention ; je crains (jue mes réilexions ne deviennent fastidieuses , et mali;ré tout cela je n'ose pas toujours les supprimer: parce (juc si quehjues-unes ne paraissent pas nécessaires, elles pourraient peut-être être utiles. Mais je n(î dis pas tout ce que je pourrais, et pour ne pas être diffus j'onu'ls de i^randes vérités (|ui [xjurraient être d'excellentes preuves. Hier nous parlions du vieux Testament ; aujourd'hui , du nouveau. Hier nous commençâmes par la création et nous nous arrêtâmes à Jêsus-fdirist ; aujourd'hui nous avons parcouru sa vie. et nous l'avons suivi jusiju'à son séjour Menlieureux dans le Ciel. Ce n'est point tout, il me reste encore beaucoup à vous dire; si vous me le permettez, nous pourrons continuer demain. »

Le Père s'en alla , el je restai sans avoir ni la force , ui la faculté d'articuler une seule parole. Cha(jue fois que le Père me quittait, il me laissait avec un poids dont mon ( œur était oppressi' ; mais, celte fois, il me semblait (ju'il m'avait accablé sous le faix d'une nionlaiine , (|ui m'em[)ècliait de r(\spirer. Je réfléchissais sur tout ( c qu'il me disait, je cherchais à lixer mes idées, j'écoutais avec la méfiance que m'inspirait naturellement un homme auquel son éducation el son étal prescrivaient de telles opinions; mais je ne savais comment échapper à la force de ses discours, ni comment résister à une si prande lumière.

Je ne pouvais me défendre de trembler, quand je l'entendais me prouver la divinité de Jésus-Christ par des raisonnements qui me paraissaient convaimants et sans re|)Ii(|ue ; plein de crainte et d'effroi , je disais vu moi-même : Si Jesus-t.hrist est Dieu , combien nmn sort sera atl'reux ! cpiel sera celui de Théodore el de tous mes autres amis? Helas! infortum! Manuel ! ces ideiN nu^ rempiissaienl de consternation , elles all"e( taieul ( ruelKnienl mon ;\me et me déchiraient le ( (Pur.

Adieu , mon ami.

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