‹ Le triomphe de l'ÉvangileChapitre 16 sur 32 · LETTRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE DIX-SEPTIÈME

Le philosophe à Tlicodoie.

Il vint à luire enfin , mon cher Théodore , ce jour qui sera ]un des plus memorables de ma vie. Je vis entrer le Père avant

LETTRE XVH. 3ôi

son lieuriî accoiitiinu'c ; ses yeux hrillaieiil d'une joie ex(r;iindiriaiie. Noii-seulenicnl les [>urolrs de tel lioinmi; de Dieu me fortiliiîient ; sa présence , son air religieux et recueilli m'insjiiraienl une douce confiance ; je ne pouvais le voir snns un senlitinient de respect et un désir sincère de lui ressembler. Cejour-!à je ne voyais en lui (¡u'un an{,'e lulélaire , un ami bienfaisant que le Dieu de miséricorde m'envoyait pour mon bonheur. Ln iiisl;inl de sa [)résence (oiiliibua plus à décider mon cœur (¡ne tous les raisonnements de la nuit.

l*our la première l'ois de ma \ie j'éprouvai dans moi je ne sais (¡uel sentiment semblable à ce calme céleste (jui habite dans un C(Piir religieux , et i|ui est in(om[)alible avec les sentiments obscurs et turbulents dont l'incrédule est agité. Je volai à sa rencontre, et j'imprimai mes lèvres sur la main de mon ange tutélaire. « Est-il bien possible , lui dis-je , (jue le Dieu de bonté daif^ne m'appeler de si loin , cl m'admellre au nombre de ceux (¡ni sont assez heureux po\ir le connaître et l'adorer ? " Quoique iaible encore et confuse , cette espérance re[)andait dans mon cœur une consolation si grande (¡ue je ne saurais te la dépoiiulre ; c'était un sentiment doux , profond et nouveau pour mon àme , (jui ne l'avait jamais éprouvé.

Lorsipie nous fûmes assis , le Pore se tourna vers moi , cl rue dit , avec ce Ion affectueux qui lui est familier , et auquel se joignait une joie douce et pure : « Monsieur , dès le preriiicr inslant que je vous vis ici , dans l'état d'abattement où vous vous trouviez , Dieu sembla ra'indiquer qu'il vous avait desfiné ;\ devenir un jour un grand vase d'élection , et qu'il vous amenait parmi nous pour Vous admettre au nombre de ses élus. Plus je vous ai vu depuis , plus cet espoir s'est augmenté ; les hommes que le Ciel a doues d'un espiit solide et de lumières naturelles , sonl plus près du royaunie de Dieu, en ce ([u'ils sont plus en état de connaître et de sentir la force des vérités de la religion.

» Ce point une fois obtenu , tout le reste n'en est (ju'unc conséquence facile , lorsíju'íí des moyens naturels on réunit un cœur franc et droit. Dès que les vérités de la foi éclairent la raison, elle s'a[)erçoit bientôt qu'on ne peut être heureux que par la pratiijue des vertus qu'elle prescrit. Un cœur sincère avoue et <()nfesse la vérité dès (¡u'il la connaît ; l'homme droit cherche le Ixinheur où il le trouve , et un caractère énergitpie sait s'élever au-dessus des passions viles et séduisantes (¡ui l'empèeheraient d'atteindre le but (pi'il se propose. Ainsi, quand le Ciel distingue une ;\me en la douant de qualités naturelles, il lui donne de grands avantages , puiscju'à l'iîide de ces Uioyens , elle peut plus aisément ressentir les iidhiences célestes et puissantes de la gr;\ce.

« Ee cœur humain apportiî en naissant un insatiable désir de boidieur , et il éprouve en même temps un besoin irrésistible d'aimer. Faible el incertain par sa nature , il lui faut un ap[)ui cl un point de repos. Celle disposition, qui conslilue son essence ,

l'enlriiîne dans les plus grands égaremonls , parce que tant qu'il n'a pas un guide sûr , il erre incertain , et court en insensé après tous les objets que ses sens lui présentent ; il cherche avec une inquiétude pénible le bonheur après lequel il soupire , et il le cherche vainement ; aucun des objets qui le ilattent ne peut satisfaire son besoin naturel d'aimer, ni remplir l'étendue sans bornes de ses désirs. Chaque jour il s'aperçoit de son erreur , il quitte un objet pour s'attacher à un autre ; et, comme Ions sont également insuffisants , il consume sa vi^» entière à reconnaître des erreurs dont il se désabuse , sans connaître mieux où il trouvera le bonlieur qu'il cherche.

)) Mais lorsque la religion lui montre l'unique et divin objet ijui doit absorber tout son amour, le seul qui puisse remplir la capacité tout entière de son cœur , une âme généreuse et grande n'a plus de doute ; et foulant aux pieds les passions serviles : les habitudes honteuses qui l'asservissaient encore , elle s'avance avec sécurité -, elle se précipite dans son sein , vers la félicité (ju'elle est sûre de trouver et qui est l'objet de ses désirs les plus ardents. Elle déplore ses propres erreurs et avance rapidement dans sa noiivello carrière , d'autant plus empressée d'y faire des progrès qu'elle l'a plus longtemps méconnue. C'est ainsi , monsieur , que Dieu a formé les grands saints de son Eglise ; c'est ainsi qu'il inspira un zèle si ardent aux frttf/ , aux Aurjuslin et à tant d'autres qui ne connurent la vérité que tard ; aussi observe-t-on que les personnes douées d'un grand caractère et de qualités eminentes, qui , avant de connaître Dieu , s'étaient livrées aux plus grands excès, se sont élevées à la pratique des plus hautes vertus , dès que le flambeau de la religion eut brillé à leurs yeux.

» Dieu a voulu peut-être nous donner ces exemples pour encourager ceux qui ont eu le malheur de le méconnaître , et leur inonlrer que , quoiqu'ils aient sacriiié à l'erreur une grande partie <le leur vie , quoiqu'ils aient abusé d'une longue suite d'années précieuses , ils peuvent réparer par l'ardeur de leur zèle le temps qu'ils ont perdu. Plusieurs exemples célèbres nous prouvent donc , monsieur , qu'il est possible à un cœur ardent et généreux do réparer de grandes infortunes par de grands efîorts , et dès-lors ils trouvent dans les mouvements de leur reconnaissance un nouveau motif d'émulation; ils doivent regarder comme une faveur trèsrare, très-grande et digne de toute leur gratitude la grâce que la bonté divine répand sur eux, en les retirant de l'illusion des ténèbres du monde et des passions , en lès aidant à reconnaître leurs erreurs et à rentrer dans la route du bonheur.

» Jetez les yeux sur le monde que vous habitiez et sur cet asile oi> la Providence vous a conduit. Observez un moment ces soucis , celte agitation , ce mouvement tumultueux , auxquels se livrent des hommes aveuglés et subjugués par leurs passions , et qui, sans frein et sans retenue, s'avancent vers le précipice éternel. Combien n'en est-il pas qui , près du terme de leur carrière, au moment où la mort qui les suit se dispose à s'en emparer , en

LETTUK XVII. To.)

dt'pil (les cheveux lilaiits (|in tonvicnl leur fioril riih'; , et Iîjt.s niême que les prinrijtes de la \ ie , olVaiblis dans leurs oij;aiies usés, sont sur le point de s'éleiiidre , n'ont pas ;t{>erru la uioindre lumière , et voient s'ecouicr le [)eu d'instants (jui leur restent , sans penser (ju'un juye inexorable les allond et leur demandera compte d'une vie longue et malheureuse ! Combien n'en est-il pas qui , pendant les nombreuses années qu'ils ont vécu , ne se sont jamais occupés de cequ'ils devaient à leur Créateur, et qui , au moment où ils y pensent le moins, sont pré( ipités dans les mains puissantes du Dieu terrible qu'ils ont conslamnient oliensé !

h Cond)ien en verra-t-on (pii , abusant de leur jeunesse et do leur fortune, se pressent , à lorie de jouissances , de consumer les jours |)eu nombreux d'une vio qu'ils ont abrégée! De toules parts ils ont ouvert un accès à la mort , comuK! s'ils étaient impatients d'arriver au !erme fatal (¡ni doit commencer leur malheur élernei. Combien n'en avez-vous pas connus qu'une mort subite a emportés au milieu môme de leurs désordres, et qui, des bras du vice, se sont trouvés précipités en un clin-d'œil dans l'abimc de rélernilé ! Ces tristes exemples trop fréquents ne produisent malheureusement pas un effet assez j,Miind ¡lour retirer de leur profonde léthargie ceux (jui leur survivent. Insensibles au sort d'un ami dont la justice du Ciel a fait un exemple , ils viennent d'assister à son enteircmcnt , et courent à de nouveaux excès , sans songer que le même destin [¡eut les attendre , sans faire aucune attention au sort de l'inforluné à qui Dieu n'a pas accordé un moment pour implorer sa miséricorde , et (|ui vient de mourir charge de ses crimes sans donner le m(!Índre signe de repentir. »

Ce discours, (jui me rappeUi le souvenir de la mort de ^lanucl et de celle que j'avais donnée à l'étranger , m'émut si vivement , que, poussant de profonds soupirs, je ne pus m'empêcher (!e verser un déluge de larmes ; me trouvant un pu soulagé , je racontai au Père, avec l'expression de la plus profonde douleur, l'histoire de l'un et de l'autre. Après m'avoir écoulé avec intérêt , il me dit : « Nous autres faihhîs mortels, nous ne pouvons pénétrer les jugements secrets de la Providence; nous savons que sa miséricorde est inlinie et ([ue nous ne devons jamais en désespérer. Mais il est certain (ju'une mort de celle espèce est le plus grand des malheurs , et (juil n'est aucun eflbrt , aucun moyen (jue muis ne devions tenter pour en faire une meilleure et une plus chrétienne.

» Les deux exemples terribles, (juc vous venez de me citer, me portent à admirer enr-ore plus la bonté avec laijuelle le Seigneur vous a Irai'.é. Ouel serait en effet maintenant votre sort , si vous fussiez devenu la victime de votre adversaire, si la moit vous eût surplis aussi subilement (]ue votre ami? Dieu des miséricordes ! traite avec la même bonté toutes tes pauvres créatures. Louez, monsieur, bénissez et ne cessez jamais de rendre giAces à ce Dieu impénétrable , mais toujours juste et miséricordieux , de la dilference qu'il a mise entre eux et vous. Il vous enlève un

de vos amis presque sous vos yeux ; vos propres mains lui servent d'instrument pour punir l'î.utre; et vous, il vous conduit dans cette maison sainte , pour y faiie briller à vos yeux la vérité de sa religion , et vous amener a obtenir votre pardon par la réforme de votre conduite. Quelle bonté! quelle indulgente compassion! que de motifs pour exciter votre reco/uiaissance et pour enilammer votre zèle !

» A présent je ne puis voir en vous qu'un miracle de sa miséricorde 5 je vous admire et vous respecte comme un homme que Dieu a daigné admettre au nombre de ses élus. Ne soyez pas sourd a une voix si puissante ; ne repoussez pas des faveurs si rares et si marquées. Dieu pouvait-il rien faire de plus pour vous persuader et pour vous rappeler à lui? il a mis sous vos yeux deux exemples effrayants ; il vous conduit au milieu de nous pour vous détromper des vaines erreurs de votre funeste pliilosopliie ; il vous présente un moyen facile pour vous purifier dans les eaux de la pénitence; il met á votre portée tous les secours de la reliííion , tous les moyens de mettre ordre à voire conscience , tous les conseils qui peuvent vous être nécessaires pour vous préparer à une vie chrétienne. Qui pourrait vous retenir? Comment votre cœur, qui parait sensible et droit , ne serait-il pas ému à la vue de tant de faveurs ? comment de si grands bienfaits n'exciteraienl-ils pas sa reconnaissance ? et comment pourriez-\ous ne pas répondre à tant d'amour? Dieu ne vous aurait-il chenhé avec une si grande ardeur que pour vous voir fuir votre propre bonheur? Votre âme serdit-elle capable de résister au Dieu qui vous sollicite avec tant d'instance? Ce serait une ingratitude aussi insensée qu'inconcevable , et digne d'un abandon éternel. Ah ! monsieur , cette grâce est trop grande, trop évidente et trop visible, pour ne pas craindre qu'elle ne fût la dernière, d

Pendant que le P«;re me parlait , je repassais dans mon cœur les horreurs et les désordres de ma vie ; je me sentais accablé de tant de honte et de confusion que je n'osais lever les yeux. Le sentiment qui dominait le plus rnon <1me était celui d'une secrète indignation contre moi-même ; elle me porta à lui dire : a Je vois bien , mon Pt-re , que vous avez raison ; je comnienc(; à reconnaître que c'est Dieu qui m'a conduit ici et qui u\c- coniie à vous. (Comment douterai-.-je que sa misérii.orde ru; soit inlinic, lorsque tout l'est en lui ? Mai> si vous connaissiez l'homme rpii est sous vos yeux, si vous pouviez avoir une idée du débordement eííivné de ma vie.... non ; ceux qui comme \ous connaissent le prix dr; la vertu , ceux surtout qui I ont constamment praliijuée , ne [lourront jamiis concevoir ni l'excès de mes prévarications , ni la multitude et l'énormité de mes crimes

» — Sont-ils plus grands rjue la miséricorde de Dieu? Vos crimes excèdent-ils les m'-rites de Jésus-Christ ? Non , monsieur , vous ne pouvez ni le dire ni le croire ; et si vous désirez vous les ' appliquer pour efficer tous vos péchés , il ne vous en coulera que de le demander et de réformer votre conduite, 'l'ous les ujériles

LETIRE XVll. 36i

do ce di\ÎQ :>>iu\eur tous ap(^r(i<rntu*nl ; îU no m>dI UM^me quo piiur \ou> , car il u ou a>uit |K!i<f besoin pi»ur lui-iitónio ; il> mtviiI a vous ilos quo vous \oudn'i en îmic \o[rr unique romoJo. Co $ang qu il a \oi>i* >ur U cr\»i\ , Uiijour> \ivau( au\ \cu\ do l>iou à qui il la otTorl jH>ur les j>ochour> , o>l toujours prx*l a }>uiiüor tout ce que lo n (tenlir lui presento. Couiuie mhi pn\ iuo>(iiuui>le satisfait a loulos los dollos dos bi'uiiuos , il suflil dy i^Nrtmrir |HHir acquitter . |v.ir son applicatiiui, toutes celles que le peuitent le plus coupable a pu iouli\u tor.

» Aunoi-xous oublie ce que nous a\ons dit de la uii>erioorde du Soij^ncur ? Ne \ous ^ou>iout-ll plus de la di>uceur et de U cloiuonio a\oo losquollos il rooiil la pv'».bore>se publique; do 1 cmprosonuMit ol do la tondre sollicitude axoo leM|uols lo uieilleur et le plus i:MO>oniont otîoii>o dos poro> lovul le plus incral et lo plus depraxo dos enfants t Ne ni>us >ouxient-il plus du laiiA>ii qui mourut dans lo suppliic au(}uel >os nombreux forfaits laxaiont condamne ? In seul mol. une piièiv humble et fer>onte sulli>oiit |u»ur laire de cet homme coiTjiable un saint, et le tiansiH>rtor du ^ibol au séjour dos bicnhouroux. — Tout cela peut otie, mon Toie ; m.ii> ni h" larron , m la poi-hero>so. ni 1 enfant prodigue, ni auiuii mortel , |urmi les morts ou les \i\ants. n'a jamais pu atteindre a re\ces de mes ini(]U)tos —

» — l-;i bonté diMuo on aura idus a iKuJtinnor , et cola no loutrihuora im'à auçmonlor sa çloiro. Non doute* pas , elle jwrdounora tout ; c"e>t pour cola que Jesus-riiri>t est xonu >ur la torre , qu'il \ est nu»rt et qu'il y a si cruoUonient soulToil. Ah 1 monsieur, ce l>ieu , ipii a tant fait pour les hommes, ne \cut la peite d aucun d'eux, i'.olui-la >eul se perd . qui s'obstine et no >out ni se repentir ni se corriger ; non-seulomonl son |)iou ol toujours di>poso a le recevoir , il le presse, il lo con\ie; il n'attend que de le \oir se connaitro et s'humilier . pour lui pardonner et le roiovoir dans ses bras. la miiltiltido et roiuMiiute do< crimes ne >onl lien . di^s que h* ropcnlir e?-l vinroro , et que la roM>!utu>n xU" ne plus pécher est bien formée ; la mi>erieorde prévaudra tou|ouis ; et la ^loiie de Ji-sus-l-hrist s'augmente, lorsque lo pardon >'ohtiiiil par ses moriles.

M lAinsidero/ , monsieur, que la tern> ne peut otTiir au Ciel d'autre objet qui rintoie»e que les actions morales des hommes. Qu'est toute la nature . .Ninon un peu de cendre et de poussière ? L'unixcrs serait-il autre eho>e qu'un assemblage î;ros.sier de matii're , si l'homme n'a\ait uno Mïh* cioee a l'imago et a la ressembl.ui» e ilo l>ieu , et qui lui a oli* d» nnee pour mériter et tdileiiir par elle une part dans 1 immensité de .va gloire ? I.'or . les rit liesses , les fruits »|ue la terre prt>tluit . les tresoiH qu'elle rocióle dans son soin , ohjets d'une cupidité insonstV , no sont . dans les desseins de la l'ro\iilence , que îles mo> eus nécessaires pour nous aider ilans lo cours {tassager île celte >ie ; «u\ yeux de Pieu et des intelligences célestes , ils ne sont plus que de la boue et un >il fumier. L';\me spirituelle île l'homme ,

cette unie qu'il a créée pour la rendre heureuse , fixe seule son attention ; et son plus grand désir est qu'elle ne se détourne pas de sa voie; que, destinée à être associée à sa propre félicité, elle ne se voue pas elle-même à son malheur éternel.

» Non , non , une âme ne se perd jamais , sans avoir épuisé les secours que Dieu lui a présentés pour la corriger , et sans que les hienhoureux n'aient uni leurs eflbrts et leurs vœux pour obtenir son retour.

)i Le Dieu tout-puissant ne l'a créée que pour la rendre heureuse ; il l'a racheléo de son sang , il l'a adoptée par une sainte régénération, il l'a admise dans sa faraiüe ; il a répandu sur elle avec abondance les dons inelîables de son Esprit. H désire qu'elle les conserve et se les approprie. Si ce Pasteur divin , qui a tant fait pour garantir cette brebis chérie de la dent du loup qui la menace , voit que , malheureusement et malgré de si grands secours , la brebis infidèle ou imprévoyante abuse de sa liberté et court au danger, il ne s'en occupe pas moins du soin de la retenir et de la ramener. Au moment où elle s'égare , il l'appelle pour lui faire reconnaître son erreur et pour qu'elle revienne au bercail. Il ne néglige aucun moyen pour se faire entendre : les inspirations, les remords, les exemples, les leçons, les avis, les lectures utiles , les infirmités , les revers , la tristesse et les dégoûls sont autant de moyens qu'il emploie pour la rappeler, et, dans sa tendre sollicitude, ce Pasteur aimant ne prend aucun repos.

» La brebis sourde ou insensible ne les entend pas ou les méprise ; le Pasteur ne se lasse pas encore ; et , à voir la peine continuelle qu'il prend de renouveler ses avertissements, on dirait qu'il n'a aucune autre inquiétude , aucun autre souci. Ce Pasteur tout-puissant pourrait , à l'instant même de son infidélité, immoler à sa jusiice la brebis infidèle ; mais il veut la sauver malgré son ingratitude et sa résistance ; il redouble" ses cfTorls -, il cherche à pénétrer dans son cœur ; il l'appelle ; si elle ne l'entend pas, il l'appelle encore plus haut, et quehjuefois d'une manière si forte (ju'eile est bien obligée de l'entendre; on ne lui ouvre pas encore la porte ; bien plus , on lui dit d'attendre , et il attend.

» Les bienheureux , attentifs à ce spectacle , le seul qui puisse les intéresser sur la terre , contemplent celte lutte de la grdce avec la perversité. Ils admirent la clémence du Pasteur ; ils suivent des yeux la brebis égarée -, ils désirent ardemment qu'elle revienne et se rende à la voix de celui qui l'appelle ; ils intercèdent pour elle , et prient le Pasteur d'attendre encore ; qu'il augmente le son de sa voix. Mais le Pasteur leur répond : Puis-jc faire plus que ce cpie j'ai déjà fait ?

» Sans doute le Pasteur tout-puissant , qui tient tous les cœurs dans sa main , et A qui rien ne résiste dans le Ciel et sur la t(;rre , pourrait , en usant de son pouvoir , arrêter la brebis et la faire entrer dans le droit chemin ; mais cette conduite serait

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conliairc à sa saj^esse cl au plan qu'il s'esl forim; pour le ¡i^ountiiieiiH'iit (le l'univers ; il vcul (jutr l'iionimage de son cœur soit libre. Le J'asleur veut que la brebis toiilribue aussi à son bonheur , qu'elle l'oblienne par son désir et par sa demande. 11 la créa sans son concours; mais il ne veut pas la sauver sans qu'elle y contribue elle-même : il lui a imposé la loi de coopérer à son propre bonheur. 11 ne se borne pas à lui prodiguer les secours de sa grAce ; >ient-elle à s'égarer par faiblesse ou par ignorance , il ne l'abandonne pas; il l'appelle, il la pré\ien't ; plus elle s'éloigne , plus il nu't d'aideur à la ramener ; il lui suggère des pensées (pii l'éclairent , des remords (jui la reliennenl ; il lui envoie des conlre-lemps qui l'arrélenl ; il l'ail lant , enlin , que celles qui finissent par se perdre , n en peuvent accuser que leur propre obslinalion.

» Mais si l'heureuse nouvelle se répand dans le Ciel , que la brebis inforluiu'e a écoulé la voix (|ui l'appelle , que non-seulement elle s'arrête, mais qu'elle reprend le droil senlier qu'elle avait abandonnée , alors loul change , tout se converlil en joie et en consolations. Dieu connucnce à la regarder d'un œil salisl'ail ; il s'empresse à lui einoyei- de nouveaux messagers (jui Taccouipagnenl et lui aident à suimonter les difGcullés du voyage. L'espérance et la loi lui servent de conducteurs et l'acconipagnenljusqu au bercail.

» C'est alors que les esprits célestes , pleins d'une joie incliable , entonnent un cantique de grAce en l'honneur du divin I\îsleur ; le chœur des anges le répèle , et il retentit dans toutes les régions célestes; ils reconnaissent la brebis dont ils déploiaienl la perle , pour leur frère et leur compagnon , (jui partagera leur felicité , et chantera éternellement avec eux les louanges de leur i'asleur commun ; telle est la fêle dont Jésus-Christ voulait nous parler , quand il disait a (¡u'il y a plus de joie dans le Ciel pour la conversi(>n d'un pécheur que pour la persévérance de qualre-\ingtdix-neuf justes". »

» Ne pensez pas , monsieur, que ce tableau soit imaginaire , et n'ait pas une réalité exacte et enlière. Il est comjjlèlement renfermé dans ces paroles de Jésus-Christ et dans une infinité d'autres éparscs dans l'Evangile. 11 n'y a rien que l'Esprit de Dieu n'ait aulanl (herché à nous inculquer, rien qu'il nous ait répété en lant de manières dilTérenles , soit sous dillérenles espèces de ligures , soit par des moyens réels qui nous offrent limage la plus frappante île la sollicitude aclive de ce Dieu de clémence , et de la joie et de l'allégresse de tous les esprits qui en\ironnent sou trône.

» Quand le divin Sauveur allait dans les villes et les bourgades , annonçant à leurs habil;.nls le royaun)e de Dieu, une nmllilude innombrable le suivait pour l'enlendre , et l'on distinguait dans la foule un grand nombre de publicains et de

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pécheurs connus parieur mauvaise conduite ; le Sauveur ne l'ignorait pas. Qui mieux que lui pouvait connaître les désordres et les crimes de chacun? Loin de les repousser par des reproches amers ou de les éloigner de lui par la sévérité de ses regards , loin de les traiter avec dédain ou avec mépris , il les reçoit toujours avec douceur ; il les voit avec bonté , il entre dans leurs maisons , il accepte leur repas , il s'invite quelquefois lui-même et daigne manger avec eux.

» Les scribes orgueilleux et les pharisiens regardaient celte excessive condescendance comme un mal ; elle leur paraissait peu digne d'un juste ; ils s'en scandalisaient , ils en murmuraient publiquemerit , et ciierchaienl à trouver dans cette conduite des inductions contraires à la vertu de Jésus-Christ. Ce divin Uéderapteur n'ailéra jamais la douceur de sa charité ; il daigna mênio> en diverses occasions faire son aplogie ; et , tout en la faisant , il reprochait ordinairement à ses ennemis la dureté de leur cœur , leur orgueil et leurs autres vices; il était tout entier à la compassion que lui inspirait l'état malheureux de ceux pour qui il montrait un si grand intérêt et un désir si vif d'y remédier. Tantôt il les compare à la brebis égarée que le pasteur ramène avec soin, taniOl à la perle perdue que l'on retrouve ; il l'explique souvent sous d'autres figures 5 mais toutes décèlent l'amour dont son cœur est plein ; toutes présentent les plus grandes consolations aux pécheurs repentants.

» Mais écoutons ses propres paroles , et voyons ce qu'il répond à ceux qui accusaient sa bonté : Quel est celui d'entre vous , leur dit-il , qui , ayant cent brebis et voyant qu'il en a perdu une d'entr'elles , ne laisse dans les champs les quatre-vingt-dix-neuf qui lui restent , pour courir après celle qui lui manque ? Quel est celui d'entre vous qui s'arrêtera avant de l'avoir trouvée? et quand il l'aura trouvée , quel est celui d'entre vous qui ne la charge avec joie sur ses épaules , et , en arrivant chez lui, n'appelle ses amis et ses voisins , et ne leur dise ; Réjouissez-vous avec moi , car j'ai relcouvé ¡a brebis que j'avais perdue?

» Peut-on exprimer avec plus de force le zèle, la sollicitude , la peine, le désir et la joie du Pasteur, ainsi ([ue l'allégresse ineiîable des habitants de la céleste .lérusalem? Il ajoute, pour terminer la parabole : « Je vous déclare qu'il y aura de môme plus de joie dans le Ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence , que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'en ont pas besoin. »

» Un pécheur repentant n'est pas sans doute plus digne d'amour et d'estime que s'il n'cîût jamais abandonné le sentier de la justice ; mais, comme il s'est égaré , il est devenu un sujet d'aftliction pour le Pasteur et pour les autres habitants du bercail fortuné , aussi son retour leur cause-t-il une joie plus sensible. Peutêtre aussi ce sentiment est-il plus vif, parce qu'une pénitence sincère inspire une ferveur assez grande pour réparer avec avantage ses désordres passés.

» "N'oiiloz-Yous un autre ext^rniiK; de la même e>[ièce ? Quelle est lu l'eiunu; , conliiiue le Sauveur , (jui , a\.Mil perdu une des dix diaclinies ([u'clle |K)ssédail , n'allunH; a riii>laul sa lauij)e , ne fouille sa maison , et ne la ( lierclie avec le plus grand soin , jus(|u'à ce qu'elle l'ail retrouvée ? Lorsqu'elle y e>t |)ar\enue , elle réunit ses amies et ses voisines , et leur dit : Parlajjez ma joie , car j'ai letrouvé la drathme que j'avais perdue. (Jbservez la même inciuiétude , la même sollicitude , la même joie , et observez en même temps la même r onclusion -, il termine éjj^alement en disant : Je vous déclare que l'on se réjouira de même dans le Ciel de la conversion d'un pécheur.

» H laudrail être insensible pour ne ¡)as être ému par des conq)araisons aussi vives el des expressions aussi afl'eclueuses. Le tableau touchant de ce père si bon, si clément, si vraiment p¿'re , soit à l'éj^ard du bon iiis , soit à l'égard de l'eniant piodiyue, produit dans l'àme un(î douce impressicui qui-ion^ole el attendrit tout à la fois. Et quei est ce père, sinon Jésus-Christ, qui se peint lui-même , et qui nous fait connaître dans ces paraboles et dans i»lusieurs autres passages , la joie qu'il ressent à la vue du pécheur qui se repenl ?

» D'après les dispositions de lendiesse et d'anuiur (jue nous manifeste ce Sauveur bienfaisant , qui ¡unirra se laisser intimider par rénorniité de ses excès , au point de ne pas oser se jeter à ses pieds el lui en demander pardon ? Par cela même qu'ils sont Irès-yrands et très-multij)liés , il doit se hûter de les eirarer par ce sang précieux. Cette conliance en sa bonté , celle idée du prix de ses mérites ne i)euvenl que lui être agréables. Celui (|ue nous implorons aujourd'hui el celui (¡ui nous [)ardonne , est le même Jésus-l^hrist (jui pardonnait alors si facilement ; ainsi que dans CCS lemps-là , il ne demande aujourd'hui que notre douleur et notre confiance. Oui le sait mieux que les vrais pénitents que nous voyons tous les jours ? interrogez-les ; ils vous diront qu'ils trouvent plus de douceur dans les larmes que leur repentir leur fait ré[)andre , qu'ils n'en trouvèrent jamais dans les faux [)laisirs qu'ils déplorent maintenant — »

C'est par ces paroles de douceur et de consolation que cet excellent homme faisait ¡lénétrer dans mon ûme la paisible consolation de l'espérance. .V l'entendre parler avec une onction si touchante de la bonté de Dieu et de la charité infinie de Jésus- Christ envers les pécheurs , je commençais à me livrer à une confiance pure . tendre et filiale (|ue mon cœur n'avait jamais connue , et je n'aurais pas eu la force d'en supporter l'impression, si l'abondance de mes larmes ne m'avait soulagé. Avec cjuelle profonde douleur je |»ortais mes regards sur tant d'années passées dans l'ignorance complète d'une religion où tout est si sublime , si giand et si admirablement adapté à la f.iiblesse et aux besoins des hommes !

Le Père , me voyant noyé dans mes pleurs , conliiuia ainsi : « Ces heureuses larmes, monsieur, sont uh bienfait du Ciel;

^mRi

360 LE TfliWiPHE DE L'EVANGILE.

aujourd'hui le repenlir vous les fait répandre ; combien ne serontelles pas plus douces , lorsque l'amour et la coiiiiance en seront la source ? Songez que puisque la lumière des paraboles de l'Evangile ne peut nous tromper , dans cet instant même foute la cour céleste a les yeux fixés sur vous et intercède pour vous ; Jésus- Christ rej^arde votre cœur , il attend l'eiTet que sa grâce produira ; votre ange tutélaire, plus spécialement chargé de veiller sur vous, vous couvre de ses ailes et prie de toutes ses forces; Dieu vous prépare de nouvelles grâces ; il attend de vous voir coopérer à celles qu'il vous a déjà accordées , pour vous en départir de nouvelles qui puissent compléter cette réconciliation qu'il désire et que sa bonté même daigna provoquer.

» Ne sentez-vous pas , monsieur, que sa providence , qui règle tous les événements de l'univers , vous a amené ici ? Et pourquoi vous y aurait-elle conduit , si ce n'est pour que sa grâce put vous faire entendre , dans le silence de celte retraite , les vérités de sa religion et sentir les attraits de la vertu ? Pouvcz-vous craindre que celui qui vous a appelé de si loin et qui vous a cherclié avec tant d'ardeur, lorsque vous employiez tous vos eiTorfs à le fuir , vous abandonne â présent , que vous-même vous vous disposez à le chercher; maintenant que vous avez déjà entendu sa voix , et que , revenu de vos égarements , vous êtes sur le point d'entrer dans la bonne voie? Non , monsieur, Dieu est fidèle , et il n'a jamais déçu celui qui le cherche. Le Dieu des miséricordes connaît le limon dont nous sommes formés, et il est toujours disposé à jeter un regard de compassion sur le cœur qui s'humilie, sur le ca'ur contrit qui le craint et l'adore. Sa bonté paternelle prend pitié de nous. Aucune mère ne reçoit avec plus de tendresse sur son sein l'enfant qui revient à elle.

» Vous avez longtemps vécu dans l'esclavage du péché , c'est un grand malheur • mais Dieu a fixé sur vous ses yeux de miséricorde , et il vous appelle. Pourriez-vous ne pas entendre avec joie et reconnaissance les paroles de paix et de réconciliation qu'il vous adresse ? Loin de votre pensée l'idée que la grandeur et la multitude de vos fautes doivent vous ôtcr l'espérance , ou que Dieu vous a déjà séparé du nombre des vivants ; une telle pensée serait le plus grand des crimes ; et quel crime plus grand pourriez-vous commettre f¡ue celui de prononcer sur vous-même cette malédiction , et de vous méfier d'une bonté qui n'a jamais connu de bornes? Le Dieu vivant l'a dit et l'a juré par luimême ' : Qu'il ne veut jias la mort du pécheur ^ mais qu'il se convertisse et qu'il vice. 11 a dit: Convertissez vous , et j'effacerai vos iniquités.

» Oui , monsieur , il l'a dit plusieurs fois et de mille manières différentes. L'Eglise , qui est son épouse , chargée de promulguer ces paroles de consolation , a reçu de son divin Epoux toute l'autorité nécessaire pour effacer et pardonner tous les péchés.

« Eiéchicl. XTiii. 21. '¿7,

LETTRE XVH. 3GI

Moi-inômc , son niini^lrc indijjMu;, fjiblo ¡iislnitmiit do son au lorilé , peul-oUe [«lus niisérabli; el plus [¡üclicur (¡ut; loul nutie , j'ai le [xjuvoir do Il-s ilrliuiii' , di; les anéanlir cl do les [)ardoniiei" en son non), l'usscnl-ils aussi énormes (ju'on le peut concevoir, lors nicMne (¡u'a tous ecuv (jue vous avez commis vous joindriez tous ceux dont la terre a pu être souillée pend;jnt la durée des siècles , uioi , qui suis si peu de chose aux yeux, de Dieu , mais qui suis son ministre , si vous concourez avec moi par votre douleur et voire fernie rc.-.olulion de ne plus pécher, je peux d'une seule parole les dissiper tous , comme l'éclair qui disparail et ne laisse point de trace.

» L'Eglise est dépositaire du sang de l'Agneau (¡ni liTace les péchés du monde. r,ette bonne mère, (¡ui connaît la misère des hommes, obéit aux ordres de çon di\in l'ondateur, en le conliant a ses ministres, [)our (juils viennent au secours de ceux qui en ont besoin. Ainsi tout prêtre légitimement autorisé peut vous absoudre au nom de l'Eglise , et vous ap[)liqucr les mérites de ce précieux sang , bien plus puissant pour votre s;ilut que les péchés ne peuvent l'être pour vous perdre. Ce sang divin non-seulement effacera tout le passé, n)ais par lui vous acquerrez de nouvelles forces pour soulenir votre faiblesse à l'avenir. Il ne faut , pour obtenir une régénération aussi heureuse, (jue reconnaître ses péchés, les confesser humblement, les détester de tout son cœur, former l;i résolution sincère de les éviter et de les expier par la pénitence. Si vous vous y déterminez, je vous assure , au nom de Dieu et par l'autorité de l'Eglise. <|ue vous obtiendrez votre jiardon.

)) (Jbservez , monsieur , l'art perGde ((ue le tentateur emploie le plus souvent contre ceux qui commencent à sentir le besoin de la pénitence. Tant qu'ils vivent dans le désordre , tant qu'ils boivent l'iniquité comme l'eau , il les laisse tranquilles , il éloigne d'eux l'idée de l'énormité de leurs crimes, il leur persuade (jue Dieu est miséricordieux, el qu'au moment où ils voudront se convertir, ils obtiendront facilement leur pardon ; mais veulent-ils sérieusement se convenir? il leur [)résente alors avec force le souvenir de leurs iniquités, il leur en exagère lénormilé , et leur inspire une mcfianee (ju'iis n'avaient pas. Cette marche astucieuse est connue ; mais l'on sait aussi ([ue Jésus-Christ a satisfait d'une manière surabondante pour tous les péchés de la terre.

» Souvenez-vous de ces paroles , el gravez-les dans votre cœur en caractères inelfaçables ' : .1 quelque heure que le pécheur se repente , je ne me ressouviendrai plu.'i dr ses pèches. Qui croyezvous qui ait prononcé une promesse aussi positive et si consolante? Le même Dieu tout-puissant , qui n'emploie qu'un acle de sa volonté pour (jue cela soit ainsi ; le Dieu de verilé , qui ne peut ni se tr()m[)er ni tromper personne ; le Dieu qui préfère à lous les noms celui de miséricordieux. Méditez ces paroles , et voyez s'il est possible de s'expliijuer plus clairement.

' Ezcvhicl. wiii. 21 et 22.

» A tout instant il est prêt à recevoir le pécheur. Il semble qu'il veille à la porle de son cœur , qu'il l'attend et qu'il l'accueille à sa première demande. 1! sufiit que le pécheur gémisse et se repente, et ses péchés sont oubliés. Peul-on trouver une expression j)Ius forte pour annoncer qu'il ne les punira pas et qu'il los pardonne? Comment les punira-[-il s'il les oublie? Il parle des ¡léchés en fiénéral , c'est-à-dire de tous , et de quelque genre qu'ils soient : il n'y a donc ni exception ni différence. Dieu i)on ! qui n'adorerait pas \olre généreuse bonté ? quel pécheur ¡)out se défier de votre miséricorde , lorsqu'il a eu le malheur de vous offenser? si le tentateur vous inquiète, monsieur, par le souvenir de votre mauvaise conduite, répondez-lui par ces mêmes paroles.

» llépondez-îui ce que Jésus-Christ a dit ^ : Ce ne sont pas ceux qui sont en santé , qui ont besoin de médecins, ce sont les malades. Il a dit encore : Qu'il n'est point venu dans le monde pour chercher les justes , mais les pécheurs. Que s'il a répandu son sang, ce fut pour effacer nos péchés ; et que par cela même que nous en avons beaucoup commis , nous n'en avons qxie de plus grands motifs de recourir à sa bonté, puisque nous avons un plus grand besoin de son secours.

» Tout vous invile à hàler ce moment. Vous êtes dans la maison du Seigneur , et c'est visiblement sa miséricoj"de qui vous y a conduit. Vous avez ici un grand nombre de prêtres saints et éclairés, et (}ui , remplis de l'Esprit de Dieu , vous enseigneront le chemin du Ciel , et vous conduiront dans le sentier de la pcnitonce ; vous pouvez choisir. Nous a>ons un supéiieur aussi vénérable par son savoir que par ses verUis; il pourra vous indiquer (clui de nous qu'il jugera le mieux vous convenir. Personne ne serait meilleui' <jue lui-même , et je ne doute pas qu'il ne se charge de cette l'onclion avec zèle , si vous lui faites connaître votre désir.

» Dieu vous a procuré une sainte retraite dans cette solitude religieuse, où ii parle à voire âme avec plus de force. Vous aurez ici des exemples excellents et continuels; vous entendrez la voix de la componction , les gémissements de la pénitence ; vous trouverez en nombre de saintes âmes (jui élèvent au Ciel des mains pures, et dont les prières parviennent jusqu'au trône de la miséricorde pour obtenir des lumières et des secours. » . Chaijue parole du Père m'inspirait un nouveau degré de courage et de confiance. Les idées confuses et tumulliuMises , qui jusqu'alors occasionnaient mon indécision et mon trouble, comnieneérent à s'éclaircir. Je jetai un coup-d'œil rapide sur ma conduite passée. Ma pensée s'arrêta tout-â-coup sur l'événement extraordinaire qui m'avait conduit dans celte solitude ; la singul.uité des circonstances qui avaient amené un homme de mon caractère , de mon rang et de ma fortune dans cette retraite

' Luc. V. -¿i cl 32.

Liai II E WII. :io¿

siiiiile ; le /élc plein de l.oiilc du l'ùii', (¡ni avait mis en (imimo lanl dcU'orls cl ilc nioyciis pour nu: del romper , la fuite de ses ruisonnemenls , «[ui, maigre moi , m'avaient lait sentir mes erreurs, lurent autant de motifs pour me tonvaincre (|u'en eirel ces évcnenn'nls n'étaient point diiij.',és par le hasard , mais disjjosés par une l'rovidence c(»ni[)alissaiile, (¡ni voulait me laniener dans le cliemin de la vérité.

D'autre pari, un mouvement intérieur m'invitait à me mettre •entre ses mains , a m'abandonner à sa conduite , et à lui laisser diriger toutes les allections de mon âme. Uii Iroirverai - je , me disais-je a moi-même , un zèle auñsi ardent et des connaissances aus.>>i étendues ? t;t cependant j'hesilais ù me déterminer; j'éprouvais uni; secrète honte (jue Je ne jionvais surn)onter. Je n)e représentais tous les obstacles «¡ne mon imaiiination m exatiérail , les amis (¡u'il me faudrait abandonner et dont j'aurais a sup[;orler les brocards et les plaisanteries : les plai.-irs et les jouissances auxquels il faudrait renoncer, et suilout l'inipossibililé de soulmir la nouvelle vie (juc je n)e proj. osais d'embrasser, et (¡ne je ne rrojais pas alors pouvoir soutenir longlenn)s. Ces considérations se réunissaient pour combattre nion penchanl, et nje retinrent longtemps dans une douloureuse ificertilude.

Enlin , Dieu , (|ui conr.aissait la faiblesse de mon caractère , daigna prendre pitié de moi. Après un morr.enl de silence qui me paraissait déjà trop long , et dont j'étais honteux : « 3>lon Père , lui dis-je , si vous voulez vous diarger de la résurrection d'un homme mort , je vous pronu>ls obéissance entière. » Elevant aussitôt les }eux et les mains au t^iel , il s'écria : « Le Dieu des miséricordes soit béni !.. Il ajouta encore : Peut-être ne pouviez-vous pas choisir dans celte maison ui\ sujet moins capable que moi; mais je ne m'arrête ¡)oint ¿i scruter les secrets de la Providence , je ne m'attache qu'à obéir; et, puisqu'elle vous a su.;géré de me choisir , elle supj)léera à mon insiiflisani c.

)) Pour ressusciter le monde , il choisit les plus faibles d'entre les hommes ; et moi , le plus incapable de celle maison , je pourlai aussi vous ressusciter par sa grâce et en son nom. En se servant de moi , le (>iel veut vous'monlrer (jue l'œuvre est loule ù lui; mais personne n'esl faible (juand il a l'appui du foi t , et rien n'est inip,ossible avec l'aide de celui (¡ni donne la force. J'accepte donc la mission dont Dieu me charge , puisque vous avez daigné nie choisir, et dès à présent je commence mon ministère. Y consentez-vous , monsieur ? » J'étais si ému , qu'en me précipitant à genoux , je pus à peine lui répondre (ju'oui. Le saint homme me releva , el après (pie nous nous fumes muluelloment un peu remis , il (ontinua ainsi :

« Jnxpi'ii i , monsieur, je n'ai pu agir avec vous que con?me un chiclien , ( omme un ami ([ui cherchait à vous montrer le ( hemin du Ciel et à vous v conduire ; maintenant (¡ue vous me choisissez pour volie directeur, vous me donnez avec ce litre des droits queje n'avais pas par moi-même. Je peux à présent exiger

304 LE ÏRlOiMPHE DE L'ÉVANGILE.

\olre sinccrilé ol voire confiance ; el quand vous en serez venu à vous confesser, je serai votre juge. Si , comme ami , j'ai pu vous convaincre, à présent , comme directeur , je dois vous guider ; et pour cela il est indispensable rjue je connaisse les efit'ts de la grâce divine sur votre cœur, et les dispositions où votre âme se trouve pour l'avenir. Dites-moi donc :

» Etcs-vous convaincu de la vérité et de la divinité de la religion chrétienne ? — Oui, mon Père ; seulement je sens que c'est

un peu tard

» — Reconnaissez-vous Jésus-Christ pour votre Dieu et votre Médiateur auprès de son Père éternel ?

» — De toutes les facullés de mon cœur : cl je le prie d'avoir compassion de moi , et de me pardonner mon iiîcrédulilé et mes

innombrables péchés

» — Désirez-vous entrer dans le sein de l'Eglise que Jésus-Christ a fondée par son sang et qu'il a promis de proléger jusqu'à la fin des siècles ? Promettez-vous en même temps de maintenir en fils" soumis la foi qu'il vous préclie ?

» — Oui , mon Père , et j'espère lui être aussi fidèle que j'ai clé

iiréligieux et indigne d'une mère aussi sainte

» — Avec ces dispositions, dont vous êtes redevable à Dieu , j'espère qu'il vous pardonnera , et perfeclionnera l'œuvre de voire régénération. Mais , avant d'aller plus loin , permettez - moi de vous faire quelques réflexions.

» Vous avez été baptisé. Par une grâce singulière et l'effet d'un amour particulier pour voire personne , Dieu vous choisit parmi Tin grand nombre pour vous accorder ce don ineiTable ; peut-être n'en connaissez-vous pas tout le prix , et je dois vous le rappeler. Le bapîème est le plus grand des dons du Ciel ; c'est un sacrement divin , par lequel Jésus-Christ , au moyen de signes visibles et extérieurs , répand dans l'ànie de celui qui le reçoit une sainteté inîérieure et invisible , le feu sacré de la charité et les dons de l'Esprit sainl. Tout cela a lieu par des opérations ineffables et secrètes, qui produisent cette grâce de sanclification.

)) C'est en vcilu de celle gràcQ que l'homme , qui fut conçu et qui naquit dans le péché, acquiert en nu instant une régénération nouvelle cl surnalurclle ; qu'il esl revêtu de l'Esprit de Jésus- Christ , el que , d'un enfant de colère , il devient un enfant d'adoption , membre vivant du corps mystique de l'Eglise dont Jésus- Christ est le dîef , son frère et son cohéiilier au royaume de Dieu. Ce changement merveilleux s'opèie , et ces effets si étonnants sont produits en nous par les eaux saintes dont nous sommes purifiés par les fontaines de la vie. L'apôtre écriv;tit aux Ephésiens : Quand nous naquîmes, nous n'étions aux yeux de Dieu que des objets de colère et de haine; mais â présent, Dieu, qui est riche en misérn-orde , de morls que nous étions nous fait vivre , par l'excès de son amour, en Jésus-Christ el avec Jésus-Christ ^

' Ephés. Il, o cl II.

LETTUE XVil. 303

» Le baplémo eiîacc donc tous les péchés de rdme , il la dolivre de loiilcs les i)eines , il reniichit de Ions les Irésois célestes;!/ lui inspire la loi , l'cspéraïux' , la cliarile et toutes les vertus les plus excellentes ; il lui inspire le sceaji de Dieu , et , au nom de la sainte Trinité , il grave en lui le caractère indélébile du chrétien. Ce caractère est inconteslaUlenient [)lus jjiioiicux (|ue tous les litres vains et li;s futiles distinctions dont l'oi^ueil humain se nourrit et dont on lire une vanité si insensée, puis([u'il nous lait parti(i|)er en ([uehpie sorte a l'essence divine , et (jue nous le portons au Irihunal de Dieu , alin d'être reconnus [)ar lui pour disciples de Jésus-Christ , comme uiie partie de son [teuple cl comme Lrehis de son bercail.

» Le monde ignore ou ne médite pas ces avantages ¡neslimahlcs. Accoutumé à ne juger des choses que par les sens, il n'appiécie que les biens lemimrels el ne prise point les biens invisibles. Si l'homme pensait un moment à tout ce (¡u'il doit à Dieu quand il le purifie, (juanil il se réconcilie avec lui, el (juand , par la sanctification du baptén)e , il le délivre des peines éternelles et lui destine une gloire sans fin , il ne pourrait s'empêcher de reconnaître la première dette de son cœur et la plus sacrée. Aveugle, ot n\i\ant de goût que pour ce (jui peut llatler ses sens . il ne s'élève [)oinl [)ar la pensée á la hauteur de sa vraie grandeur. Quelle comparaison peut-on établir entre des biens futiles et passagers , et ces dons imu»er)ses et infinis, parfaits el immortels, qui nous viennent immédiatement du Père de tous les biens? dons sacrés qui nous unissent a notre Dieu par une union aussi intime qu'elle est éternelle el bienheureuse.

» Mais si le baptême est le plus important de tous les biens , puisqu'il nous conduit à posséder tout ce qu'il peut y avoir de [»lus désirable et de plus grand , il est aussi le plus sérieux et le plus saint des engagements. En recevant ce sacrement , 1 lionime contracte en même temps une dette immense. Dans celle alliance (ju'il forme avec son Dieu , dans ce trailé mutuel où Dieu lui promet des biens infinis s'il est fidèle , il exige une fidélité inviolable à laquelle l'homme s'engage. Cet engagement est bien étendu , puisqu'il embrasse toule la loi ; il est bien solennel , puisqu'il est contracté envers Dieu , en public , à la face de son Eglise et en présence de tous les fidèles.

» Dès (pie l'homme est revêtu du sublime caractère de chrétien, au même instant où il renaît par l'eau el l'Esprit saint , il est deja soumis à la loi , à toute la loi du législateur (pi'il reconnaît pour son Dieu el pour son Père. Dès cet instant il esl indispciisablement obligé non - seulement de se soumettre à celle loi divine , mais encore de la professer puhliijuemenl , de ne jamais en rougir, de vivre conformément à ses |>rin(ipes , de persévérer dans son o'oservance jusciu'à la mort ; enfin de ne rien faire de ce qu'elle défend, el de ne rien omettre de ce qu'elle prescrit.

» Ainsi (pie l'ennemi commun , le monde et la chair s'opposent opinidlrémenl à la pratique de cette loi, et nous portent à la

3G6 LE TJllOMPIIE DE L'EVANGILE.

violer par leurs efforts niullipliés ; celui qui s'enrôle par le baptême dans la milice de Jésus - Christ renonce publiquement au démon et à toutes ses illusions, au monde et à toutes ses pompes, à la chair et à toutes ses perfides douceurs. Il abjure toute erreur (jui nous séduit , toute ilaltctie et tout attrait qui tendent à nous éloigner de la voie tracée par ¡a loi de son souverain. C'est pour cela que les apôtres disaient qu'èlrc baptisé en Jésus-Clirisl , c'est mourir au péché , à soi-même , à ses passions , à ses sens et à tous les allrails du siècle , pour mener urie vie céleste sur la terre.

» Ces saints engagements sont sliicls et nombreux , mais nous les avons solennellement contractés envers Dieu. Nous lui avons tous fait ces promesses dans notre bapiême ; son ministre les a faites en notre nom ; une partie des fidèles les a entendues; l'autre nous a servi de garant et les a offertes pour nous, et Dieu daigna les recevoir. Tout s'est passé devant Dieu même , daris son temple et aux pieds de ses saints autels ; nous-mêmes nous avons conlirmé quelquefois nos promesses dans le cours de notre vie. Quel abus sacrilège , quelle inique profanation dans notre infidélité à des engageinenls aussi sacrés , et lorsque nos discours ou nos actions démentent des promesses si authentiques et si dignes de la majesté suprême à laquelle nous nous sommes consacrés !

» Par cela même que leur dignité est si relevée , l'abus d'un don d'un si grand prix sera puni du châtiment le plus terrible. Ces chrétiens emporteront dans les enfers le caractère sublime et ineffable qu'ils proslituèrcul ^ sans cesse présent aux yeux du réprouvé , il augmentera sa confusion ; également présent aux yeux de Dieu , il excitera sa colère. Les péchés du chrétien dérivent d'une malice toute particulière , et ils seront punis avec plus de rigueur; leur énormité s'accroît par la sainteté des conditions. L'eccli'siastique , qui dut honorer son état par la pureté do sa conduite, est plus coupable qu'un simple laïque. Le religieux, appelé à utie plus grande perfection, est plus coupable qu'un séculier ; et un chétien l'est bien plus que les infidèles qui ne reçurent point la grâce du baptême. Il eût mieux valu [ïour Judas de n'être pas né ; il eût mieux valu pour le chrétien impénitent de n'avoir jamais vu le jour, que d'avoir violé cl profané un don inestimable.

» Si ce que j'avance est la vérité , lors même qu'il ne s'agit que de celte conduite coupable (jui trouve en quelque sorte son excuse dans la fragilité humaine, examinez, monsieur , ce qu'il en sera des cœurs corrompus qui , non coritenls de se livrer à tous les vices qui déshonorent leur foi, sans cependant l'anéantir, osent allaciuer la foi même ; et , s'élevant au-dessus de Dieu qui les a créés, de l'Eglise qui les a instruits, de la religion chrclicnne a laquelle ils se sont consacrés , méprisent tout , attaquent tout , et outragent tout. Ils contestent à Dieu le droit d'éclairer les hommes ; ils traitent l'Eglise , leur Mère , comme un imposteur qui voudrait les séduire ; et , dépouillant la religion du titre sacré do

LETTIUí: XVII. 3<J7

íillc (lu Ciel , ils la (lógradciit jusqu'à la rojctcr dans la classe dos iiiensongcs dos homnios.

» l'üUve/.-vous iin.igiiKM- à quel ùv^vé de lénuirild peut parvenir un esprit (|ui ose se tousliluer le juge de tout ce ([ui est divin , souniellrc les allribuls de Dieu aux jugements d-c sa pensée et rejeter ses oracles, ou parce qu'ils contrarie iit ses passions, ou qu'ils ne s'accordt ni pas avec le délire de son oigueii ? Si /idam aspira ù en savoir autant que Dieu , l'incrédule prétend en savoir davantage, puistju'ii désai)[)rüuve tout ce <ju'il a l'ait, Iors(|u'il ne K' trouve p:is coniornu! à la portée de son intelligente. Ilprclend au moins en savoir ¡¡lus que l'Eglise, plus que les saints docteurs qui l'ont respectée , et plus que tout le pou[)le chrétien qui la révère.

» Vous pouvez juger par là de quelle irrévérence et de (luelle iniquité s'est chargé le malheureux mortel qui, après avoir reçu t'I juré sa foi , en fait assez peu de cas pour négliger de s'en instruire, pour no daigner s'imposer le travail de l'examiner, lors même {{u'il aurait intérêt à calmer ses inquiétudes et à se livrer mi plaisir sans remords. Emporté par une folle témérité, il s'empresse de secouer un joug (|ui lui semble pénible, il se livre tout entier à ses sens , quoi qu il en puisse arriver; sans crainte du Dieu qu'il insulte et sans respect pour l'Eglise qu'il outrage, il se montre infidèle sans prétexte, déserteur sans motif, et apostat psr caprice.

» Il n'est pas dans mon intention de vous inspirer jine confusion <|ue la grâce vous a déjà fait éprouver d'une maiiière salutaire. Je me borne à vous faire connaître que celui cjui e^t tombé (!ans de si grandes erreurs , doit , lorsque la bonté de Dieu le réveille de sa léthargie , expier ses forts ¡lar les plus grands eiforts ; non-seulement il doit cherclier à les réparer auprès de Dieu par une douleur Irès-vive, mais encore au['rès de l'Eglise par un respect et une soumission à (oute épreuve. Il le doit encore à l'égard de tous les complices et les témoins de son imprudence , par une piété exenijilaire et un témoignage public de son respect. H doit enfin, par des exemples de \ertu et de religion , etîacer l'impression de ses scandales; il ne lui suffit pas de vivre en bon chrétien, il doit s'empresser de le paraître. L'incrédule qui ail'ecta de mépriser le christianisme , doit être aux yeux des hommes plus chrétien (jue les au! res.

)) Vous avez eu le malheur de perdre les grâces et les dons qu'il répandit sur vous dans le haplènu' ; mais vous possédez encoie ce caractère sacré , q\ii , par sa nature est ineifaçable ; et sa bonté nous a laissé des moyens de recouvrer les dons que nous avons perdus. C'est dans celte intention qu'il a institué un autre baptême dans le sacrenu'nt de pénitence. Il n'est pas si parfait, il est plus pénible que le premier ; mais il est l'unique espoir qui nous reste après le naufrage. Avec la grâce de Dieu , et en dépit des peines et de la honte que nous aurons à surmonter, nous entreprendrons de prendre cette voie, lue pénitence humble , persévérante et soumise peut réparer tout ce que nous avons perdu.

» Ce sérail un grand bonbeur que de pouvoir renouveler noire baptême et nous puriiier de nouveau par une seconde régénéralion ; mais cela n'esl pas possible. L'Eglise ne permet point de renouveler les cérémonies de la régénération ; il suffit d'y avoir une fois été soumis , pour qu'elles aient gravé en nous le sceau indélébile du cbrétien ; et ce serait les profaner que de les répéter sans utilité. Mais l'Eglise , féconde comme le Dieu qui l'institua , nous ouvre plus d'une route pour le salut.

» Renouvelez les engagements que vous contractâtes au baptême ; cet acte , que nous ferons en présence de Jésus-Cbrist , suppléera au baptême qui ne peut se donner une seconde fois, et j'ose attendre de la miséricorde divine qu'il produira en vous des effets salutaires. Mais, pour y parvenir, il faut croire de cœur et confesser de bouclie tout ce que croit l'Eglise catbolique établie par les apôtres , et parvenue par une succession non interrompue depuis saint Pierre jusqu'à nous, par les vicaires de Jésus-Christ qui succédèrent à saint Pierre , et dont le successeur actuel existe aujourd'hui à Rome. Les principales vérités que celle religion nous enseigne sont renfermées dans le symbole que les apôtres nous ont laissé eux-mêmes, que nous nommons le Credo , et qui est un abrégé de la doctrine et des points essentiels de la foi catholique.

» Le chrétien le moins instruit doit savoir le Credo , puisqu'il renferme les vérités indispensables à connaître pour notre salut, et qu'avec son seul secours , nous pouvons renouveler la protestation de noire foi et confirmer notre profession de chrétiens. C'est la protestation que nous faisons ou qu'on fait pour nous , quand l'Eglise nous imprime son sacré caractère. Maintenant que vous désirez le renouveler spirituellement , mettons-nous à genoux ; offrez à Dieu vos vœux , et récitez le symbole avec foi et piété. »

Le Père se mil à genoux; je l'imitai machinalement. Mais quelles furent ma honte et ma confusion de ne pouvoir en articuler un seul mot!.... Comment m'eùt-il été possible de réciter une prière que je n'avais pas faite depuis mon enfcnce , et que j'avais nécessairement oubliée ? Mon trouble et ma honte étaient si grands que je ne pus proférer une parole. Combien alors j'aperçus avec douleur l'oubli total de Dieu dans leijuel j'ai vécu , l'entier abandon de ma vie et 1 immense multitude de mes crimes î Honteux de mon ignorance, et profondément indigné contre moi-même, je me jetai à terre , et baigné de larmes que je ne pouvais contenir , je dis au Père d'une voix altérée et contrecoupée , que je ne le savais pas....

Il s'arrêta un instant , et me pria de ne pas m'affliger. H m'aida à me lever , me conduisit à mon siège cl se plaçant près de moi , il me dit : « Si vous supportez avec humilité la honte dont je vous vois pénétré , si vous l'acceptez comme un juste châtiment de votre coupable négligence , et si vous voulez fermement lu réparer sans délai, avec zèle et ardeur.

LETTRE WII. 309

vous pourrez par là niônic obtenir que Dieu ail pilit; de volie douleur el vous conlinue ses grâces. Ne songez i)lus au passé que pour le dt'[)l()rer et pour vous corriger. C'est aujourd'liui <iue coinmoiice a mourir en vous le vieil homme á'Adurn , jiour que l'Iiomniiî nouveau de Jésus-Christ ressuscite de ses cendres. Dieu , (jui veut vous recevoir de nouveau au ni)mbre de ses enfants , nous donnera I<; temps d'a( hever l'œuvre de votre sanctilication.

» Mais , avant d'aUcr phis loin , il est indispensable ([ue vous appreniez el que vous reteniez de mémoire ce (jui est absolument nécessaire de savoir pour être chrétien. Notre religion renferme des vérités qu'il faut nécessairement savoir exj)licilenienl ; ce travail sera court , el vous pourrez facilement les apprendre par cœur, .le vais vous chercher un livre , qui dans peu de temps vous apprendra ce (ju'il vous est indispensable de savoir : quant au surplus , il suflit de vous en rap[)orler et de vous soumettre à la croyance" de l'Eglise. Attendez-moi un instant, et croyez que ce Dieu qui vous inspire pour votre bonheur des sentiments aussi vifs , vous donnera la confiance (M! sa miséricorde (}ui doit vous servir de consolation. Ayez-la tout entière , monsieur , et songez que plus vous étiez éloigné de Dieu , plus vous lui devez de reconnaissance de venir vous chercher. Soyez en ménje temps convaincu que sa bonté paternelle brille avec plus d'éclat dans la sollicitude qu'il fait paraître pour un fils injuste , qui s'est si longtemps éloigné de ses bras paternels. »

Il sortit el nie laissa dans le ¡ilus grand trouble. Mes idées s'accumulaient cojifusémenl , sans (jue je pusse m'arréler à aucune. Dès que je me vis seul , un sentiment nouveau , mais profond, (pii se composait do ma douleur, du mépris de moi-même, de mes espérances el de ma gratitude , me porta , par une impulsion presque irrésistible , à mejeler à genoux cl à élever mou cœur au Ciel, Oui, Théodore, ce cœur avili, qui , semblable au reptile impur , n'avait jamais rampé que sur la terre , el qui , pendant une si longue suite d'années , n'avait jamais su s'élever r.u Ciel , s'élança jusqu'à la di\iiiité.

Je ne me ra[)pelle plus ce que je lui disais; peut-être ne savaisje que lui dire ; j'ignore si je pus rien articuler. Mes sens étaient trop troubles pour former un discours suivi , mais mon cœur lui parlait ; je demandais pardon , j'implorai.* son assistance , el Uion langage le plus positif consistait dans mes larmes et mes gémis>einents. Ce fut dans cet état que le l'ère me trouva lorsqu'il rentra. Après m'avoir consolé el m'avoir engagea ra'asseoir, il me donna «n petit livre , dans lequel il nie montra ce que je devais apprendre.

» Ce retard de (¡uehpies jours, me dit-il ensuite , ne sera pas perdu. Tandis (¡ne vous apprendrez ce (ju'un chrétien doit nécessairement savoir, nous mettrons ce temps à prcdit pour I'imuployer à des sujets qui ne sont pas moins importants. Je cher-

cherai à vous donner une idée de la religion cbrélienne , à vous en expliquer res])ril ; et ces conférences vous seront sans doule Irèsuliles pour mieux comprendre ce qu'elle nous enseigne : rien ne peut nous exciter davantage à l'estimer cl à l'aimer que le bonheur de la bien connaître. S'il existe tant de chrétiens faibles ou pervers, c'est parce qu'en général notre éducation est très -défectueuse en cette partie , et qu'il y a fort peu de personnes qui la connaissent comme ils le devraient.

» On reçoit le baptême dans l'enfance la plus tendre , dans un âge où l'on ne peut connaître ni l'étendue de l'engagement que l'on contracte , ni les beautés de la religion qu'on embrasse , ni l'immense félicité à laquelle elle doit nous conduire. Dans j'àge de raison , peu de gens connaissent l'importance de cet objet, et s'avisent de penser qu'ils devraient en faire l'étude continuelle de leur vie ; il en est bien moins encore qui s'y appliquent aussi sérieusement que l'objet le mérite. Les uns se pervertissent et se livrent à toutes les ¡ni(¡uités que la religion réprouve ; d'autres croient faire beaucoup en récitant quelques prières et en entendant la messe les jours de fêle. Le plus grand nombre est moins occupé de la crainte de Dieu et de son service que de leurs plaisirs, de leur fortune; el de leur aisance ; il en est infininiiMit peu qui cherchent à connaître l'essence ou l'esprit de leur religion , dans la vue de remplir avec cxaclitude les obligations qu'elle nous impose.

» De là résulte l'égarement des uns, et la faiblesse ou l'ignorance des autres. Rien n'est plus important dans le monde que de connaître les lois auxquelles nous avons été soumis on recevant le baptême , et les conditions sous lesquelles nous fûmes admis par l'Eglise , lorsqu'elle nous incorpora dans la congrégation de ses fidèles. Le baptême est un contrat réciproque entre Dieu et le chrétien ; celui-ci renonce à tout sentiment désordonné et contraire à la loi divine , à toute affection vicieuse et condamnable; il reconnaît Dieu pour son unique souverain, pour la source et le principe de tout pouvoir , de toute vertu et de toute sainteté ; il reconnaît Jésus-Christ pour son Fils unique , pour son Dieu , son Rédempteur et son Médiateur. Il a promis de garder ses préceptes , d'aimer Diini par-dessus tout , et son prochain comme lui-même , enlin de ne pas s'écarter d'un seul point de sa divine loi.

» Dieu lui a promis , *par l'organe de l'Eglise , que s'il remplit ses obligations avec fidélité, il lui donnera une éternité de gloire. Comme il sait qu'il est faible, et que la dégradation de sa nature ainsi que le nombre de ses ennemis l'exposent à des périls perpétuels , il lui a offert de le secourir dans ses tentations ; il lui a promis son secours toutes les fois <]ue , dans h^s combats qu'il aura à soutenir, il implorera sou aide avec conOancc. Il lui a bien |)lus i)romis encore ; il l'a assuré que si , malgré sa grâce , la faiblesse de l'humanité succombe sous les attaques de la concupiscence , et s'il ose violer les préceptes de la loi divine ,

LETTRE XMI. 371

sa miséricorde sera prête à le recevoir , dès qu'il y roc i)una avec la toiitiition du cdMir , et c'est dans celte vue (ju'il a iiislilué le sacrciiiciil de pciiitcnce.

» Voila donc , monsieur, un contrat bien rétipiociuc, une convention bien mutuelle sur un objet de la plus haute importance ; car il s'agit de la ^ie éternelle. Or , i)enl-il exister rien au monde (jui intéresse plus vivement le chrétien que les clauses de ce contrat ? Ne d(iiv( nl-elles ¡¡as être sans cesse présentes à son esprit ? i'eut-il méditi'r trop souvent et avec assez d'atli iilion les conditions auxciuelles un si grand bien nous est assuré , pour se soustraire au danger de le [¡erdre ".' A (|uoi celui (jui a été assez heureux pour acquérir le titre de fils de l)i(!u , et hî droit de l'apl)eler du doux i:om de Père , peut-il mieux employer t(jules les lumières de sa raison , dès (|u'elle commence à l'éclairer , si ce n'est à étudier des obligations que lui imposent une dignité si relevée et le danger de perdre une vocation si sublime ?

» Comment riiomme , qui par sa nature n'est ([u'une faible argile , dont la condition est si misérable et si fragile , qui nourrit en lui-même des tyrans impérieux qui l'arment sans cesse contre la loi de Dieu et les préceptes de sa leliyion , et qui à chaque instant l'exposent i» manquer à ce qu'il a promis ; comment , dis-je , riionime n'emj)loierail-il pas tous les moyens que cette même religion lui offre , pour résister à leurs attaques et se prémunir contre des ennemis aussi danijereux ? Dieu , il est vrai , ne lui demande pas des choses impossibles , puiscpi'il l'aide par le secours de sa grjice , et qu'avec son assistance il jicut aisément accomplir tout ce que la loi prescrit ; mais comment obtiendra-t-il cette grâce, s'il lie la demande pas? comment la demandera-l-il pour accomplir la loi , s'il ne la connail j>as ? comment ap()réciera-l-il la diflicullé de l'accomijlir , s'il ne la médite pas? et comment celui qui ne considère ni la granileur de ce iju'il s'expose à perdre, ni l'urgence du péril, pourra-t-il sentir la nécessité du secours?

» D'un autre côté , le chrétien ne doit pas perdre de vue une vérité qui ¡lout l'aider puissamment i'i accomplir les obligations qu'il contracte ; tout ce (jue la loi divine lui prescrit est pour son plus grand avantage. Ses préceptes sont tels , (pie lors même que nous ne serions pas obligés de leur obéir , notre propre intérêt .demanderait que noiis les suivissions. Examinez bien le Décalogue , et vous verrez «pie tout ce (p>'il nous défend est précisément tout ce (|ui |>eut nuiie à notic bonht'ur ; et (¡ue, si ses préceptes étaient suivis , l'orgueil , l'avarice , l'impureté et tous les vices disparaîtraient de dessus la terre. Tout ce que les commandements de Dieu nous prtscrivent tend à noire propre utilité ; il ne les a faits que pour nous.

» Ainsi , lorsque Dieu nous ordonne de résister à l'impulsion mortelle du vice , il nous prescrit notre propre bonheur. (Juels peuvent être les résultats de l'impureté , de l'intempérance , de la colère , de la vengeance et de toutes les autres passions

injustes et violentes , si ce n'est le trouble , le clésordie et fous les maux qu'elles entraînent à leur suite? La philosophie du paganisme a reconnu elle-même la nécessité et riniporlance de celte morale sage et prudente. Elle a bien senti que c'était l'unique moyen de rendre moins pénible le moment orageux de notre passage sur la terre ; et que si l'on accordait tout aux passions , il serait impossible de ne pas altérer la paix de l'âme, sans laquelle l'esprit n'éprouve qu'affliction et inquiétude.

» La religion ne se borne pas à nous préserver du mal; elle nous prescrit la vertu , mère féconde des biens infinis. Dieu nous recommande la charité fraternelle , cet amour mutuel entre les hommes , qui nous oblige à nous regarder tous comme frères , comme iiis du même père , et par conséquent à nous aider muluellement de tous les secours que prescrivent riiumanité , la modération et la justice ; elle nous inspire l'éloignemenl de tout ce qui est erreur ou mensonge ; elle nous commande enfin des vertus de plusieurs sortes , et dans toutes elle nous prescrit ce que la nature nous a déjà indiqué comme nécessaire à notre propre bonheur. Elle nous commande tout ce dont la privation ou l'absence forait notre malheur , ou altérerait le bonheur dont nous jouissons.

» Il y aurait donc du délire à ne pas apercevoir les notions les plus simples de la raison , à ne pas reconnaître que , quand Dieu daigna nous donner ses ordres divins , son amour arrangea tout pour notre bien. Cette considération doit 'faire sentir au chrétien l'injustice de celui qui , au lieu de rendre grâces à Dieu d'une condescendance aussi paternelle , ose censurer ses préceptes , en blâmer la rigueur , et se plaindre d'une loi dont l'observance , après l'avoir rendu heureux sur la terre , doit lui procurer dans le Ciel une gloire sans fin.

» Puis([ue la miséricorde de Dieu , monsieur , vous donne le désir et le temps d'acquérir ces importantes connaissances , cherchons à méditer avec l'attention la plus sérieuse l'esprit de la religion chrétienne ; voyons en quoi consiste la véritable piété et quelles sont les pratiques qui doivent caractériser le chrétien. Dieu et la raison nous prescrivent de savoir et de connaître ce que la religion demande, pour nous conformer à son esprit , et oiîrir à la divinité un hommage raisonnable.

» Le chrétien a des obligations et des dévotions. Les premières sont essentielles, nécessaires et indispensables; tels sont les préceptes qui nous viennent directement de la main de notre divin Législateur, de la part de ses apôtres , formés ¿son école ou â celle de l'Lglise, son interprète fidèle. Quelle institution plus salutaire , plus bienfaisante et plus digne de la bonté de Dieu , que celle du sacrement de pénitence . source inépuisable de gr.lces pour tout pécheur qui , par son moyen , peut effacer les taches que lui a fait contracter sa fragilité ? Quel don incomparable que celui de la sainte Eucharistie , qui prodigue à l'homme par anticipation les délices du Ciel , lui permet de recevoir dans son

LETTUE XVII. 373

sein le inèino Dieu ipu fcia un joui' sa ifliciU* , <>l , en .'itlciidunl , le cdiisoli; dans le (oiiis de celle Nie |)iissa^eie ! l'arnii les n crilaides insliliiUons clirclieunes , celles-ci doixenl oícujier de préférence noire c(eur.

I) il est d'aiilifs pialiciiics pieuses (¡ni pi u\ciil êlre bonnes , (jui loules soûl uliles , dès qu'elles aliinenlenl la pielé el sonl confoinics a l'espril de la sainle Eglise. Mais, pour bien les réi^ler, il faul disUnguer celles qui sonl oblij^aloircs , d'avec celles (jui sont de suierogalion , el (jui ne doivent avoir lieu (|ue lorsque les premières sonl accomplies, (icnéralement elles nous .vont salutaires en ce (luelles coMcourent à niainlenir dnns nos ( œius un sentiment [iiir de respect et d adoration [)our l'Elre suprême de qui nous dépendons ; le désir d'imiler et d'aimer notre Kedetnpleur , noire ur.i(|ue modele ; I hommage de notre vénéraliou envers les sainis, l's amis de l>ieu et nos inlercesseurs auprès de lui,el l'esprit de soumission aux lois qu'il nous a dictées dans l'Evangile , el à celles (pie l'Eglise nous impose en son nom et d'après son autorité.

a Sans ces principes, qui doivent diriger l'esprit el l'intcnlion d»; loules les actions du chrétieri , la dévolion cesserait de lui être utile : l'essence inaltér.ibU; de sa religion est (pie Dieu, l'auteur, la cause universelle de tout et le seul principe de noire existence , est l'Elre auquel nous devons tout, ^'olre premier devoir est de l'aimer, non - seulement parce ([ue notre felicité dépend de sa main loule-[)uissanle , mais encore parce (ju'il est en lui - même iiiliniment aimable [>ar ses allribuls et ses perfections. Il nous aime , il désire noire bonheur , il veut et peut. nous récompenser; dans le baptême , nous nous sommes consacrés à son service ; nous lui avons juré foi el obéissance ; enfin , dans loules nos actions el nos ¡lensées , iu)us ne devons asjtirer (pi'à lui prouver notre désir de le servir el de lui plaire ; et toutes les pratiques de dévolion autorisées par l'Eglise ne tendent qu'a réchautrer noire amour [lour lui , el nous animer à la pratique de ce qu'il nous commande.

» Ici-bas nous nous atlachons par intérêt à nos supérieurs ou à nos souverains ; nous les servons avec li Jelilé , nous les aimons , et noire amour, ainsi (pie notre respect , s'augmenlc en pi-o[)orlion de leurs faveurs ou de leurs bienfaits. Quel souverain peut êlre com|)arê à celui qui cree lui-même les souverains ? Non-seulemenl il est grand el aimable, il est encore la grandeur, la beauté, r.imabiiilê d'où dérive tout ce (|ui , dans le monde , parait orné de (juelípies-uns de ces allribuls. Seul il a dans ses mains l'existence, la conservation , el Ions les biens de la terre , sans parler de ceux de la gloiie éternelle.

I) La raison et la nature se reunissent donc pour nous ap[)rendre que noire respect el noire amour doivent avoir pour uni(pie objet le Tout- Puissant (pii nous a crées. S<iin( Ainhroisc disait (pie co senlimenl, (pii doit dominer tous ceux de noire cœur, est le fondement de loules les vertus, el que Dieu l'exige de nous, parce

qu'il est indispejisable à noire propre bonheur. Nul ne peut ôtrèiieureux ici-bas , si ce n'est celui <|ui n'a d'autre volonlé que celle de Dieu , et qui est pièt à abandonner tout pour lui. Et ([ue 1 bonime ne lui doit-il [)as ? qui pourra concevoir l'étendue d'une obligation qui est iniinie ? La toi seule peut y atteindre ; l'homnm slupide et grossier ne peut Texpüíjuer ; heureux s'il sait aimer et adorer en silence.

» Demain , si vous le penneilcz , monsieur, nous entamerons celle conlérence. Consolez-vous , dès ce nion)ent , en songeai)! que vous êles déjà dans les bras de Dieu , et que sa bonlé nous accordera et le lemps et sa grâce pour achever son ouvrage. » Le Pérese relira. Et moi , w.on cher Théodore , sans perdre un seul instant,, je m'occupai a apprendre ce qu'il m'avait prescrit ; ce travail prit une grande partie de la nuil. Je désirais loul apprendre ; mais, à force de vouloir tout embrasser, je n'apprenais rien. Adieu ^ mon arai.

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