LETTRE DIX-HUITIÈME
Le philosophe à Thccdore.
Le Père , après avoir cherché à m'encourager ii poursuivre mon cntieprise , me parla ainsi : « Hier, monsieur, nous convinmes que je lâcherais aujourd hui de vous donner une idee de la religion ( lirélienne , et de vous en développer l'esprit d'après les principes de la foi. Je vais m'acquilter de ma promesse , aulant que mes faibles moyens pourront me le permellre : j'essaierai de le faire avec le plus de simplicilé el de clarté que je le pourrai. La religion a sa beauté ¡iropre , et n'a pas besoin d'orneuîents étrangers. La sinq)licité dans l'expression est la parure qui lui convient le mieux.
» La foi nous apprend qu'il y a un Dieu créateur, cause première de tout ce qui existe; (¡ue ce Dieu est uni(jue, incréé, loutj)uissanl et éternel, et (|ue par sa volonlé il donna l'existence aux cli(»ses visibles et invisibles , qui ne subsistent (¡ue parce que sa Piovidence les maiiilienl et les gouverne. Elle nous dit encore que < 'est le même Dieu (jui , dans le symbole de la foi , est appelé Créateur du ciel el de la terre ; qu'il fut (onnu el adoré des Juifs ,. (pi'il le fut également par les Gentils , mais que ces derniers |)r()fanérenl son culte par un mélange absurde de fables el de supersiilions.
LKTTIŒ XMII.
» lílU; iiuus ul^c.'i^Ile (|ue ce- Dieu iiiii(|uc , (jui ne liciil ^on <;xiiti'iiLe (jiic de lui-iiiOnic , est le seul des èlies (jui exi>le puisa propre liiiluie ; il esl le ceiilie , la laeiiie el le piiiiiij)e de luules les |)ei lei liuiis , pnir-íjiie loul ce (|ui lui doil l'exisletictî , lui doil aussi louU's Us boiiues (jualilés doul il esl revèlu ^ loul l)ien , toute sainlele , loule pei fetlion dans ses créalures , dériveiil (le sa peileclion oi ij^inaire el ¡)iiniilive , sa soiuie uiii(]ue de loul bien.
" Il engendra le Veibe dans son sein des Iticrnilé , elle foi nia de sa propre substance; ainsi nous l'appelons son l'ils. (loniine jiieu le l'ère ne peut jioinl ne j)iis s'ainier lui-uiénie , pui.-(¡u'il esl inlinijiienl aimable , il ne |)eul pas non [tins ne pas ainier son pi'opre !• ils , aussi parlait ((ue lui el aussi souverainement aimable. Par la •inênu; raison , le Fils ne peul niam|uer d ainier son l'èie , qui lui a donne sa propre exislence el ses mêmes ¡)erfeetions.
» De cet amour inellable , (jui unit le l'ère et le lils , proiéde Je Sainl-Esprit , (jui est de la même nature que le Pore el le Fils , puisíjuil n'e>l aulre cliose (jue l'amour des deux. De celle maniere, ipioique la natuie di\ine soit uni(}uc el indixisible , il y a réellement en elle trois relations distii;cles que nous distinguons sous le nom de pers(jnnes , {pjoiijue les trois ne soient qu'une n)èn)e sub.->lanie. S'il était pos>iLle d'user de comparai.-on à l'eg.ird d'objets aussi su|)irieurs à noire inti;lligence , on pourrail dire que ces Irois relal'ons subsistent dans l'essence divine , de la même manière que la mémoire , l'entendement el la volonté, qui forment trois puissances distinctes en nous, el qui existent dans notre âme , dont cependant la nature est unique , sinjple el indivisible.
» Telle est l'idée (¡ue nous pouvons nous former de l'incompréhensible mystère de la sainte Tiii;ilé , premier article de foi dans la leli^'inn cbrélienne.
» Ce fut le Fils unique de Dieu le Père (jui descendit du Ciel , «'unil a la nature humaine , el se fil homme pour sauver les hommes; ce fut lui qui, dans le couis de sa missifui divine, nous découvrit ce secret miraculeux (jue la raison humaine n'eut jamais pu découvrir ni inventer. Ce fut lui (jui nous donna une idee elaire de la nature divine, en nous apprenant d'une manière piécise et non étjuivoque , (j\ni son divin Père l'avait enijendré dans l'élerjiité , de sa propre substance , el (pu; l'Kspril de tous deux procédait <le leur muliiel amour. Quoiqu'il dai^nAl nous dire ouvertement qu'il procédait de son Perc par (pii il avait été engendré , et (¡u'il était réellement et vraiment son Fils, il uo nous expliijua point comment l'Fsiiril >;iiiit proiéde des deux ; il se contenta de nuu.s dire ijut! sou Père et lui aN aient produit le Saint-Esprit , (jui est une personne distincte des deux autres.
» Voila ce (jue croit le chrétien , el ce qu'il croit parce (jue Jésus-t.hrist l'a dit. Ajjrès (jue ce divin Sauveur a donné des preuves aussi claires el aussi évidentes qu'il était Dieu , serait-il possible de ne pas croire ce (juil nous dit? Qui pouvait connaître
mieux que lui la nature divine'' Qu'importe que notre raison ne découvre pas tlairenicul tous les rapports qu'il y a dans des mystères aussi obscurs? Aurions- nous des or¿i;aiies propres à pénétrer ce qui est divin , nous qui ne pouvons qu'il peine concevoir ce qui est humain? (Comment celui qui ignore la nature de la brute , pourra-l-il parler dignement de l'essence et des attributs de Dieu? Ainsi, abandonnant la prétention de comprendre ou d'expliquer le mystère de la Trinité , b; chrétien se borne à étudier et à connaître ce que Jésus-Cbiisl a daigné dire, pour croire et adorer : c'est parce que Jésus-Christ l'a dit, qu'il croit que Dieu est un en trois personnes ; un, dans son essence , et trois , parce que cette essence unique renferme trois personnes réellement distinctes.
» Lorsqu'on dit qu'il v a trois personnes, n'imaginez pis que ce non) de personnes ait la même signiGcalion dans la nature do J)ieu que dans notre idiome familier -, qu'il signifie ce que nous entendons quand nous disons que Pierre, Paul al Jean sonl [vo'xs personnes distinrl(>s. Il y a une différence inlinie entre Dieu et les hommes; mais nous employons cette expression , et les saints Pères s'en sont servis avant nous , pour distinguer le Père du Fils , et le Saint-Esprit du Fils et du Père , n'ignorant point qu'elle est défectueuse par rapport à l'imperfection du langage des hommes. Quoique nous ne puissions pas nous mieux expliquer, nous cherchons à élever notre esprit et à confesser avec l'Eglise , qui croit avec respect aux paroles de .lésus-Chrisl , que l'essence de Dieu, qui est une, siuijde et indivisible , renferme en soi la toute-puissance , qui est le Père , la sagesse ou le V'erbe intérieur qui est le Fils , et l'amour avec lequel tous deux s'iùment et qui les unit , qui est le Saint-Esprit.
» Ce mystère est par sa nature si grand et si élevé , que les esprits les plus sublimes se perdent dans sa contemplation ; car la Divinité est un abime inépuisable de majesté et de grandeur. Mais , pour le croire , ne suflit-il pas de savoir (|ue Jésus-Christ l'a dit et que Jésus-Christ est Dieu? C'est pour cela qu'il est expliqué d'une manière particulière dans le symbole de notrti foi ; et quand nous disons ou chantons le Credo, nous faisons particulièrement profession de croire et d'adorer le mystère de la trèssainte Trinité.
•) i.orsque nous nommons Dieu , lorsque nous lui demandons son secours . ou que nous nous adressons à lui de quelque autre manière , noire intention se diiige alors vers ce Dieu , un en trois personnes; vers ce Dieu indivisible et tout-puissant , qui a tout tiri' du néant , (]ui est présent à tout , ([ui fait jouir les bicnheuretix de l'immensité de sa gloire , et qui veut nous accorder la même felicité; vers ce Dieu , notre seul souverain Seigneur et notre unique bien , ii qui nous devons adresser nos prières , et (jui seul est l'objet de notre religieuse adoration.
» Son [)rincipe est l'amour et la crainte. Dieu est infiniment bon et juste. Il est dans son essence de chérir la vertu et de
LETTRE XVlil. 377
■délcî>lt'i' le vice. 11 nous oidoniio de «iiivre ses lois et de résister il r<illruil de nos pussions. 11 u le poinoir de nous punir , et il nons il déilüré (|u'il en userait si nous refusions de lui obéir. Tels sont les |)riii(i[ies (jiii elubli.^sent la nécessite de noire obéissance , pour ne pas nous exposer aux ell'cls redoulabU's de sa colère. On doit donc en conclure (|ue le pécheur n'a pijiiit la crainte (ju'il devrait en avoir, lorsque , n)ali;re le dani^er (|ui le menace, il se laisse dominer par ses passions , ou (jue , se leposanl sur l'espoir incertain de l'apaiser dans la suite , il s'abandonne avec une fausse sécurité au torrent de ses vices.
» Mais , independaninient d'un aiguillon aussi puissant , il eu existe un plus nobU; et (¡ui agit avec plus de l'oice sur les îlnies ijénéreuses ; c'est celui de l'amour. Que nous dit le premier et le plus essentiel des commandements ? Tu aimeras le Seijncur ton Dieu lie tout loa cœur , de loule Ion unie et de tout ton esijrit. En ellet , ijue peut ainier l'Iiomme , si ce n'est son Dieu a qui il doit tout ? et peut-il faire moins que de chérir un si bon père , dont les attributs seuls doivent lenllammer d'aduiiraliop. et d';;mowr ? Les molifs (jue nous avons pour l'aimer et pour prouver notre amour, bien plus par nos actions que par nos paiules , sont ¡nlinis et sans nombre. Cet an)our tendre et respectueux doit être le sentiment dominant de notre Cœur, et nous empêcher de rien faire (|ui puisse l'oííénser. Il doit nous exciter à l'avoir sans cesse présent , a ne januiis détourner de lui les veux, de notre ;\me , et à lui renouveler sans cesse les actes de noire adoration et de notre amour. Notre propre intérêt notis v invile, ])uis(pril a daii;né nous assurer (lu'une felicité sans lin serait h; prix de cet amour (|ue nous devrions avoir , même sans celle espérance , et (juil recompenserait notre obéissance , la moindre <les obligations d'un lils envers son père ou d'un esclave envers son maître.
» Quoi(jue la religion doive l'adorer en tout lieu , puisqu'il est Dieu partout , et que sou immensité remplit tout , elle doit l'adorer jdus spécialement dans ses temples où il reside comme sur un trône invisible , où il nous accueille d'une manieie plus intime. Les tenq)les sont d'ailleurs consacrés à sa gloire ; ils soot le poinloù les fidèles se leunisseiit ¡)our hii oil'i ir leurs adoralion.s €l lui lendre le culte (¡ui lui est dii. C'est là (jue nous devons plus particulièrement élever nos cœurs à lui , pour reconnaître sa grandeur et noire dépendance , et pour adorer sa majesté infinie. C'est là que nous devons le bénir , lui demander (¡ue son nom soit glorifié par toute la terre , et (pie sa divine voloulé soit faite <;n tout lieu.
» Nous ne devons pas connaître d'autre but dans toutes nos actions, même les plus indilTérentes et les plus ordinaires , (omme le tr.ivail , les repus et le sommeil ; nous ne devons faire tout cela , que p;trce (jue Dieu veut (|ue nous le fassions. Aussi l'Eglise nous prescrit-elli; de commencer toutes nos actions [>ar le signe de la croix , signe du cluélien , auquel se joint cette expressiou :
Gloire soit au Père , au Fils el au Saint-Esprit ; pour nous faire comprendre que nous ne devons rien faire que pour la gloire de ce Dieu , un en trois personnes.
» Nous ne sommes que de faibles et misérables ( réatures. Nous gémissons toujours sous le poids de péchés plus ou moins graves, qui nous rendent plus ou moins coupables; sans cesse nous avons besoin de pardon , et nous ne devons pas nous lasser de le demander. Demandons-le donc conlinuellement à ce Père miséricordieux , qui seul peut nous l'accorder : demundons-le lui avec la douleur sincère de l'avoir oliensé , et dans la ferme résolulion de ne plus pécher. Celte prière a moins besoin délre exprimée que d'être sentie ; elle doit être en nous une aifcclion du cœur. Dieu , qui lit dans le fond des cœurs, ne se plail que dans la sincérité de rinlenlion. Mon Dieu ! aie compassion de la pauvre créature , et viens à son secours. Ce peu de mots suliil pour exprimer la douleur active qui doit être le sentiment habituel du pécheur ; et si le cœur les prononce intérieurement avec sincérité, sa voix ne saurait manquer de parvenir jusqu'au trône de Dieu.
» L'Eglise nous ifidique le principe le plus pur de cette douleur. Cette mère sainte nous apprend que tous les motifs qui nous détournent d'oíl't^nser Dieu, sont bons; que tous ceux qui produisent le repentir dés offenses commises, le sont également ; mais que le meiih-ur , \e plus juste , et le jiius noble de tous est dans Tamour de Dieu ; c'est-à-dire que nous devons puiser le repentir et l'horrrur de nos fautes dans la douleur d'avoir offensé le Dieu de toute bonté, et ({ue nous devons prendre la résolution de réformer nos habitudes pour ne plus oííenser un Dieu aussi saint qu'il est grand , un Père aussi puissant qu'il est tendre. Cette douleur , qui n'est pas fondée sur notre seul intérêt , mais qui a sans cesse sous les yeux l'ingratitude , 1 injustice et l'iniquité dont nous nous sommes rendus coupables envers \\n Dieu si digne de notre amour , est ce qu'on nomme la contrition. Ce uiotif le plus grand et le plus noble de tous , peut devenir assez efiicace pour sufüre seul à la juslilicalinn du pécheur, pourvu cependant (juil ail le désir de recevoir le sacrement de pénitence.
» La conscience délicate , le cœur timoré de celui qui s'observe avec soin , qui veille continuellement à ne rien faire qui puisse déplaire à Dieu; qui, dans sa conduite, agit bien moins pour obtenir ses récompenses el éviter ses chiUiments (jue ¡)our complaire à un Dieu si digne d'être aimé , pour ne pas olfenser un Père à qui nous devons tout el que nous devons mettre au-dessus de tout , est le sentiment le plus digne d'un chrétien, (yesl une crainte filiale , l'airectiou d'un amour tendre , le sentiment ui honore et glorifie le plus l'amour diviïj , et le plus sublime eiïort de la vertu ( lirétienne ; sentiinenl bien supérieur a la corruption de noire nature, mais (jui .s'obtient par la grâce, et que l'exercice enlrelienl.
LKITIŒ XVIII. :}70
M 11 osl oïdiiiairi'nieiil le finit de lu prière sincère et feiNcnle ; mais avaiil de nous en occuper , revenons aux preniièics nolions <Je la religion. Le chrétien doit donc imoquer et adorer la sainte Trinité , en s'adressanl nu Père éternel par la nièdialion de son l'^ils , et avec la j,M;Ue et le secours du Siiinl - Kspril. Le S;iuveur lui-niènie nous prescrit de nous a(lres>er à son l*ere , ()Uiind il nous (lit ' : « Lorsque vous voulez [)rier , relirez - vous dans l'endroit le plus secret de voire maison , et voire l*ere , <jui connaît vos plus secrètes pensées, vous écoutera. " Il nous a|)prend encore à adresser au Tout - Puissant l'oraison dominicale , lu meilleure de toutes les prieies , et nous assure (juc tout ce que nous demandons à Dieu , au nom de son l'ils , nous sera aclorde.
» L'Kf^lise , notre n-.ère et notre guide , dont nous devons suivre les exemples, adresse daboid ses prières à llieu le Père, «jui ilans l'or. ire est la ¡)remière INisonne : elle conlinue, en interposant la médiation du Fils , parce (ju'elle sait (¡ue nous ne pouvons rien obtenir (jue par ses niérilcs ; elle les termine enlin en invoijuant le Sainl-lispril , par* e (jue son intention est d'adorer et de j»l(nilicr lu Ires-saiiite Trinité tout entière.
» La dévijliot» que nous devons avoir pour le lils de l)ieu nest pas seulement une obligation essentielle , elle est une condition indispensable pour obtenir la vie éternelle. Nous ne pouvons nous sauver qu'au nom de Jésus. Dieu n'entend nos prières et ne tious accorde rien que par ses mérites ; mais il accorde tout par ses niériles et par sa médiation. Tels sont les principes du cbrislianisme ; et , si l'on considère toutes les actions et tous les é\ènemeuts de su vie , ses liuniilialions , ses douleurs, et parliculièrenient su passion et sa niort , nous verrons <|ia; tout ( li (ju'il a l.iil , tout ce (|u'il a sonfl'crt, n'a pu être l'ail ni soullerl (jue pour nous , puis(iu'etanl par sa natuie l'innocence même , il n'uNait besoin d'aucune expiation. Pour peu <jue notre cœur soit sensible, pourrait - il oublier un instant tant de preuves d'amour , et ne pas répondre à tant de bienfaits par la reconnaissance lu plus vive et pur l'amour le plus ardent ?
)> Jésus est l'auteur de toute i;id( e et la source d'où dérive tout bien spii iluel. t/esl son sang (jui , dans le bapténa* , elîace en nous la ta( lie du péché originel et nous rend enfants adoptifs de Dieu. C'est Jésus - Christ (jui nous obtient le paillon de toutes les fautes (jue notre dépravation et notre faiblesse nous font commettre , loisijue nous en avons nue douleur sincère ; car il est ruiii(jue Médiateur entre Dieu et les hommes. 11 n'est point de gnkes que nous ne puissions obtenir par le sang précieux qu'il il répandu jwur nous et qu'il offre sans cesse à son Père. C'est enlin Jésus-Christ ijui a recouvré et qui nous a rendu nos litres Á lu vie éternelle.
« Malth. VI. 6.
» Jamais les portes du Ciel ne se sont ouvertes el ne s'ouvrivonl que par iui. Personne n'y entrera qu'à l'aide des mérites de lAgneau de Dieu, de la victime (jui seule peut expier nos iniquités : c'est pour cela qu'on lui donne le nom de Sauveur , qui ne peut convenir qu'à lui seul. Doux nom , qui doit enflammer notre amour et nous rappeler l'oblii^ation de demander son secours et de placer en lui toute notre conliance ! Comme il est consubstanliel avec son Père , il peut tout , puisque l'Uvanoile nous dit que son Père a placé tout son pouvoir entre ses mains , el qu'il le lui a donné sans bornes dans le Ciel et sur la terre.
» Nous devons donc adresser nos prières à ce divin Sauveur , pour qu'il nous pardonne nos péchés ; mais ordinairement on implore la miséricorde du Père par les mérites du Fils, les seuls qui puissent obtenir les grâces de l'auteur de tout bien. Quand nous nous approchons de Jésus-Christ dans son sacrement , soit pour l'adorer ou le recevoir, notre cœur, qui devient alors un trône de son amour, s'élève directement à lui ^ et c'est le moment le plus favorable pour lui demander la guérison de tous nos maux , pour le prier de nous fortilier , de nous guider dans le chemin du Ciel , et de nous accorder le secours dont notre faiblesse et notre misère ont un si pressant besoin. Quand on considère que ce Dieu si bon , non content d'avoir versé son sang pour nous racheter , daigne descendre dans nos cœurs , et habiter avec de faibles créalures, indignes d'une faveur qui n'a point d'exemples, comment pouvoir s'abstenir d'aimer un maître si doux, et un bienfaiteur si aimable ?
» Saint Paul prononce anathème contre celui qui n'aime pas Jésus-Christ ; et la base de iiolre religion consiste à ainier et à adorer non - seulement le Maître et le Créateur de tout , mais encore notre divin Sauveur. Si nous devons de l'amour et de la reconnaissance à celui ([ui nous a créés et conservés, pourrionsnous ne pas avoir les mêmes sentiments pour celui qui nous a rachetés par le sacriiice de la croix , qui nous a restitué nos droits à la gloire éternelle , à celui eniin (|ui daigne , dans son sacrement , être notre vie et notre force ! Tel esi le véritable esprit du christianisme ; sans lui , personne ne peut se sauver ; par lui , et par l'observance des préceptes de Dieu et de l'Eglise , la grâce nous conduit à la gloire.
» Nous ne pouvons donc, avoir une véritable piété que lorsqu'elle nous élève a Jésus-(]hrist ; et l'on peut juger de la solidité de la religion de (juelqu'un par h; profond respect (|u'il lui poite , soit dans les temples, soit dans les cérémonies religieuses et publiijues. Pouvons-nous, en eiï'et , lorscpie le Roi des rois parait en personne au milieu de ses vassaux, moins faire que de courir avec empressement au-devant de lui pour le suivre et l'adorer? Cette preuve d'amour appelle sa miséricorde et nous attire de nouvelles grAces. Mais ceUe dévotion extérieure n'est rien , si elle n'est l'eiret d'un sentiment intérieur (¡u'ou doit considérer comme
LETTIŒ XVI II. nSl
rdine de l'oxprt'ssioii cxlL'rieme ; nous en piiilorons ¡¡lus ;ui long lois(|ucjti vous enlrelicn.irui de sa vie , de sa docdinc , d<? sa |)assion fl de sa nioil , (|ui furctil les derniers liails de •^cnéio.^ite par lesquels il Mianilesla >o\\ amour inlini [tour les hoinuies.
« Mainlenanl il sullil de >ous dire (|u»! la véritable relij,M<m consiste dans l'amour de Dieu et du prochain , et dans notre conljaiui,' en Jésus-Christ ., Sauveur des hon)mes et notre Médiateur auprès de Dieu; c'est là ce (jue nous ensei^'nent les li\res de la nouvelle loi ; c'est l'exeniple (jue nous ont donné les saints , la reííjinmandation (jue nous lait l'Éjilise , ce qu'exige indispensablement la nécessite de notre salut , et ce que rien ne peut remplacer. Celui (|ui , à ces principes solides , lumineux et d'une nécessité absolue, voudrait en substituer d'autres , serait ennemi <ie la religion chrétienne , puiscpi il tendrait à en détruire les rondemenis.
» Nous adorons encore , dans la Trinité , ll^spiil s.iint ([ui procèiie du l'ère et du Fils , et qm est consubstanliel avec tous deux ; les dons précieux d(i ce divin consolateur doivent nous iu-pirer pour lui une dévotion toute particulière. La plus grande jui-uve <ie boule (jue Dieu ail [)u nous donner est liniarfüilion de son Fils , et ce lut le Saint-Ksprit (jui exécuta ce plan de niiséricorde. Persorjue n'a mieux senti son influence et sa torce que les ap<Mres cl les disciples de Jésus-Chrisl ; (juoiqu'ils eussent vécu longtemps avec leur divin Maitre , qu ils eussent été témoins de ses miracles , et (¡u'ils eussent reçu toutes ses instructions , ils n'avaient pas encore cette foi vive , cet amour généreux (pii ne coniiail point d'obstacles et sait braver la mort mén)(>.
» A peine leur a-t-il envové rKs{)ril saint , qui descendit sur <Mix en forme de langues de feu , (pie ces pécheurs faibles et grossiers deviennent des missionnaires intrépides et éclairés. Mi les horreurs du supplice ni la mort ne les arrêtent ; ils scellent de leur propre sang les vérités qu'ils annoncent. Le même Ksj)ril qui avait éclairé les prophètes parle par la bouche des apiMres , leur <lonne l'intelligence des instructions qu'ils avaient re(;ues , et leur l'ait |)oser les fondements d'une religion nouvelle, destinée à triom|)lier des anciennes, (/est ce même feu qui embrasa depuis et les \ierges et les niarlyrs , et leur lit surmonter les tourments des supplices et la mort.
» La plus grande preuve d'anuuir (pie Jésus-Christ put nous <lonner , c'est certainement l'insliluliou de l'eucharistie , puisijue par elle le p;;in et le vin se changent en son corps et en son sang. <Juoi(jue ce miracle s'opère en vertu de ses paroles , l'Kglise <roil (|utî l'Lspril saint y concourt par son influence ; et c'est pour cela qu'elle l'invixjue et lui demande ses dons. Lorsque , par le baptême , Dieu nous adopte pour ses enfants, l'Esprit saint descerní dans nos Ames , et y développe les tiois vertus célestes : la foi , l'i'sperance et la chaiile. L'ÀpcMre dit (pie la ( harile ou l'amour de Dieu se répand dans nos cœurs par l'Kspril saint (pii nous fui donné dans le baptême. Son nom est amour ; et le chrétien
382 Uí TRIOMPHE DE L'ÉVANGILE.
doit recourir à lui , s'il désire obtenir l'amour , la première des vertus du cLrislianisme. Nous sériions qu'il iiabile eu nous , lorsque nous éprouvons un aruour de Dieu si vif que noire unique crainte est de l'oilen-er, et que nous joignons a ce sentiment le désir ardent de \oïv tous ies iiomnics l'aimer avec autant d'ardeur que nous.
Í) Le Saint-Esprit est le principe de toutes les bonnes inspirations 5 c'est de lui ciu'cruancnt tous les dons et toutes les grâces qui sanctiiient l'iioiiinie , et il les distribue enlre les iidèles coriüiie il lui plail. S.iint Atiguslin dit (¡i:e , suivant la parole de l>icu , nous devons à l'Espiil saint ia léniission des péchés ; ce qui lui fait dunner aussi le nom de paciiicateur , parce que de lui dérivent toute sainteté et loiile grâce intérieure. Quoique la sainte Trinilé y concoure tout entière , ainsi que nous l'avons déjà dit , il serait impossible d'expliquer tous ¡es litres cju'a ce divin consolateur à noire amour et à noire adoration : n'oublions jamais à quel point il nous importe qu'il ne s'éloigne pas de nous, puisque nous en avons un si grand besoin. Aucun de nous ne naît sans apporter en soi un esprit bien diiTérent ; un espiit de concupiscence , un amour vil et terrestre , qui nous [)orte avec fureur vers les objets sensibles , qui enliamme les désirs déréglés , amène à sa suite l'oubli de Dieu et de noire céleste pairie , qui finit enfin par nous rendre le mépris et l'opprobre des bonunes , et appeler la colère de Dieu sur nos léles.
» Pour réprimer et vaincre cet esprit séducteur, nous n'avons d'aulre ressource que celle de le remplacer par celui qui seul nous inspire l'amour du bien et la baine du mal. Nous devons l'implorer pour qu'il nous facilile l'habiUide et la pratique de la vertu , pour qu'il nous soutienne dans les tentations , et nous enflamme de lamour divin. Prions le Père éternel et son divin Fils de nous envoyer l'Esprit saint Demandons direclement à cet Esprit divin d'allumer dans nos âmes le feu céleste (jui embrasa tant de saints, et sans le(¡uel nous ne participerons [;oint à sa gloire. Nous l'avons reçu dans le baptême et dans la coniirmalion ; mais qu'avons-nous fait pour le conserver ? Malheureux (¡ue nous sommes ! nous l'avons i)erdu , et, ce qui est pire, nous ne songeons point à le recouvrer , quoique Jésus-Cbrist lui-même nous assure que son Père nous le donnera avec la nîéme facilité qu'un homme donne du pain à ses enfants.
» Le premier efft.'t (pie doivent produire dans nos âmes l'amour et la crainte qui nai.'-sent de la religion , est de nous inspirer une vigilance coJislanle dans rac{om[)Ii.sseinent de nos obligations ; une solliciUiile coiilinuelle sur nos actions , qui les rende bonnes, vertueuses si confoiines à la loi de Dieu ; et \ine attention assidue à pratiipier ce (pi'il commande et à éviter ce qu'il condamne. Ce sont les actions (pii sont ta pierre de touche de noire coiiduile , et non [las nos paroles ; Jésus-Christ lui-même nous a enseigné l'unique nutyen de discerner si l'amour que nous avons pour Dieu est réel ou imaginaire , lorsqu'il nous a dit : o Celui
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í[iii connaît mes rommandonicnls rt le*; (>l)scrvo , est celui que mon IV're fl moi nous ¡limerons véi ilahlcment ' . »
)) Celui i|ui oiriMi>i(; Dieu iif |umiI Taimer ; ceriii i|ui l'ii lilc , ne saurait le craiiidre. Dieu n'.i besoin ni de noire ( (iMir ni de nos œuvres ; et ce n'est ([ue pour noire propre bonheur qu'il nous a imposé des lois. Kx;iniinez la morale de la riîligion , et vous verrez que la charité , bi justice et la sagesse ont dicté tous les préceptes (jue nous tenons du Fils de Dieu et des r.jxitres qu'il a instruits à son école. lU; tendent tous à nous faire acijucrir la paix (le l'àme, le prctuii r des biens de celle vie. Cet amour fraternel , celle union bienveilianle et paisi[)le , qui font la douceur cl l'IiaruKUiie de la société , ne [)oui raient exister sans elle ; et n'oubliez pis ([ue la boulé de l>ieu est si grande (¡ii'il veut récompenser (omme un niérile ce qu'il n'exige de nous ([ne dans la vue de noire bonheur.
« l*our nous exciler plus follement encore à la pratique de la vertu et ù l'éloignenu nt du vice , il promet une récompense infinie , un règne éternel de délices à celui qui obéit h sa loi , et menace de tourments éternels celui qui la viole. Quand la religion ne nous révélerait pas celle vérité , la raison devrait nous en convaincre. In Dieu dont la jusliee est infinie ne peut laisser les jusles sans récompense , ni les uié( hints sans cliàlinîcnts. Puisque la terre n'est pas le séjour où la vertu est couronnée , et le vice puni', il faut (pie les réconipoîjscs et les chàlinienls soient inlligés dans l'autre motide ; nous t'Midons Ions à ( e but , et nous y parvien<lroris apiés le court vovnge de cette vie ; s'il nous parait ¿i présent que sa balance ne pèse pas nos actions , nous verrons alors qu'elles seront jugées avec l'exactitude 'a plus rigoureuse.
» C'est là l'une des véiilés les plus importantes de la religion , celle (|ue le Fils de Dieu a le plus souvent pré( bée , et qu'il a confirmée |)ar des niiiacles. La consolation solide et véritable du <brélien , est de savoir (pj'aprés cette courte vie il jjossédera une felicité c[ue les yeux n'ont jamais viu; , que les oreilles n'ont jamais entendue , et (jne l'inlelligence humaine ne pourra jamais iomprcndre. Dans le pénible ex«'rcice de la vertu , il se ressouvient des paroles du Prophète : Qui peut concevoir , ó mon Dieu ! /(■.« douceurs que tu prépares ¿i ceux qui (e craifjnent et te servent ^1 Il est assuré de voir son Dieu face à face, de jouir dans la société des saints d'une joie pure et inaltérable , et de participer à la gloire de Dieu, sans (jiie rien ne puisse jamais diminuer cette éternelle jouissance. Qui pourra donc ralentir son ardeur à mériter cet inestimable bien? il sait (|ue le jour ne peut larder, et il espère dans les promesses de son Dieu , dont la toute-puissance récompensera les sacrifices et les vertus (ju'il -ige.
» Ainsi , la première de ces obligations consiste donc à faire de
t'XI'M
' Jean. xiv. 21, • Psaume x\x. 20.
bonnes œuvres ; et la première des bonnes œuvres est de s'abstenir des mauvaises. Dieu eût pu nous sauver sans elles , comme il le fait pour les enfanls qui meurent après le baptême ; mais sa sagesse a voulu que tout adulte coopérât à son salut , et que , soutenu paisa grâce, il méritât son bonheur. La vie éternelle est tout à la fois un don gratuit et une récompense. L'Evangile nous l'ail voir avec quelle libéralité le père de famille distribue des talents à ses serviteurs. Mais ce bienfait ne juslilie pas l'inaction '. Il les donne au contraire à ses serviteurs, aiin qu'ils travaillent à les faire valoir, sous peine d'être regardés comme des serviteurs inutiles. TS'on-seulement les bonnes œuvres , les actions mêmes qui [taraissenl les [)lus indiiférentes , lorsque la ( barilé les anime , peuvent nous aider à obtenir un si haut prix.
» Ne pensons pas pour cela que 1 homme puisse rien mériter par lui-même ; ce n'est qu'avec le secours de la grâce qu'il peut faire des œuvres méritoires. Tout est digne des yeux de Dieu , lorsque l'amour et l'obéissance coopèrent à l'impulsion de sa divine inspiration.
B L'unique moyen de mériter et d'acquérir ce bonheur immortel , est donc d'avoir sans cesse dans le cœur la crainte et l'amour de Dieu , et de régler nos actions de manière qu'elles se fassent toutes pour lui , et dans la vue de lui plaire et de lui obéir. Sans cela elles pourraient être louables , mais elles ne seraient pas. méritoires, .le le répèle encore; notre premier devoir est dans la fuite du péché et la fulèle obéissance aux commandements de Dieu et de l'Eglise. Nous devons éviter avec soin de nous glorifier en nous-mêmes; quoique notre volonté concoure aux œuvres méritoires , et que Dieu daigne les récompenser, rien ne peut se faire sans la grâce à laijuelle nous devons tout attribuer. Saint Augustindisait que quand Dieu nous réconqiense, il couronne en nous ce qu'il nous a donné lui-même.
» En supposant pour première base de notre conduite l'observation des commandements et la fuite du pé( hé , il est encore pour le chrétien un autre degré de perfectioti , aucpiel il doit tendre par la praliipie des vertus; les unes sont obligatoires et les autres volontaires. Jamais il ne doit perdre de vue ni les unes ni les autres; il doit se ressouvenir (¡a'il n'est sur la terre (juíí pour peu d'instants, et que cha(|ue pas qu'il fait l'approche de son terme. Son uni([ue désir , ses (^Iforts continuels doivent tendre à des actions qui soient agréables à Dieu.
» Jésus-t^lirist nous découvre la source d'où elles découlent ; elles émauent des trois vertus que nous nommons théologales : la foi ^ V espéra ace i.tl \î\ charité ; ytnlyis surnaturelles et divines , que tous les eiTorls de la nature! ne sauraient nous procurer, et que Dieu seul peut nous accorder. 11 en met le prin(i|)e dans notre cœur, dans le ba[)têine. iVest la mine ([ui recèle l'or des bonnes œuvres , des vertus chrétiennes ; et l'on ne peut plaire à Dieu
' Mattti. XIX. 27.
LETTHE XVIIl.. 385
(lu'cn r,aisoii du ilogré do force avec le([uel elles régruínl dans le cœur. Quand elles sont laiiyuissaiiles et Îioides , noii-seuleinenl elles ne portent pas au Lien , ntais alors la nature corroinj)ue se rend niailresse de nos facultes , el nous entraîne en esclaves dans le i)récipice.
)• L'objet auquel nous devons nous a[)pli(iuer avec le plus de soin est donc d'examiner, sans nous fairi; illusion, l'iniluence (¡u'oiit sur nous ces IkíÍs vertus d'une neces>iié indis[)en.>able ; c'est d'elles que di^pendent nos destinées futures et éternelles. Il ne sullit pas a 1 lujuinie d'avoir la foi , ¡larce qu'il est très-facile , ainsi (jue l'observe l'apôtre saint Jacques , que quelqu'un , le visage contre terre , dise à Dieu qu'il a la foi , qu'il croit tous ses dogmes , et qu'il est prêt ù leur sacrilier sa vie. On peut en dire autüiit de l'espérance ; parce que l'homme , séduit [lar son pro[)re cœur , se conlie en la bonté disine , et esprre qu'il lui pardonnera. Mais il en est autrement de la cliarite ou de l'amour de l)ieu et du prochain ; en s'exaniinant de b(>nne loi , on s'apercevra qu'on la possède véritablement, si les actions de notre Aie en font foi , ou bien on reconnailra qu'elle est encore faible et ne produit pas les ell'ets qu'on doit en attendre. Combien n'y en a-l-il pas qui, faute de cet examen , croient posséder cette vertu à un degré eminenl ? S'ils s'examinaient sérieusement, ils reconnaîtraient bientôt leur illusion , et verraient ([ue leur perfection imaginaire n'est que le produit de leur orgueil.
» Soyons constamuu'nt fermes dans la croyance des vérités que J)ieu a révélées. Que notre cœur , embrasé de son amour , ne voie son bonheur et sa felicite qu'en Dieu ; qu'il lie connaisse d'autres règles (jue ses préceptes ; le péché n'aura aucun empire sur nous ou du moins nous ne larderons pas à nous relever des ( hutes dans lestjuelles notre fragilité nous aurait entraînés. L'âme bien pénétrée »'e ces principes que la religion nous enseigne , fuit le mal avec plaisir , et fait le bien avec facilité ; celle (jui n'a pas ces dispositions, les a perdues ou oubliées. Notre principale étude doit être de leur donner une nouvelle vie, une nouvelle impulsion ; sans cela nous ne servirons jamais Dieu dans la sainteté et la justice • nous risijuerons de perdre les biens éternels.
0 Croyons donc (jue ces actes de foi , d'espérance et d'amour de Dieu , non-seulement sont utiles , mais qu'ils sont encore indispensables pour produire ou exciter en nous l'amour des bolines «l'uvres : que nous devons en faire à cluujue instant de notre vie , surtout dans les tentations et lorsque nous nous approchons des sacrements : (¡ue nous devons sans cesse demander à Dieu de nous donner ou d'augmenter en nous ces précieuses vertus , germe de toutes les autres. Les apôtres , quoicjue témoins des miracles de leur Maître , et continuellement alimentés du pain de la vie , le su|»|)liaient d'augmenter leur foi. Saint Paul demandait à Dieu tantôt d'augmenter son espérance , et tantôt de diriger ses actions en vue de son amour. Il y a tant à dire sur ces trois vertus , que je ne puis vous en donner qu'une idée très-légère. Nous parlerons
de la foi , cii l'exanjinant seulement sous le rapport de la soumissioa que nous lui devons.
» Tout ce (|ue l'Eglise nous dit avoir été révélé de Dieu , est l'objet de noUe loi, et doit être la ferme croyance du chrétien , parce qu'il sait que Dieu , qui est la vérité , ne peut nous tromper, i)ieu daigne voir un mérite dans la foi que nous lui devons, et il réconipense ceux qui croient , [)arce que les mystères qu'il nous a révélés sont supérieurs à noire raison , quoiqu'ils ne lui soient point opposés. Jésus-Christ dit : Bienheureux ceux gui n'ont pas vu et qui ont cru^. Et sans doute il parlait de nous , (jui sommes nés dans les temps postérieurs à ses miracles et à sa prédication.
» L'orgueil répand sur nous de temps en temps quelques nuages. Les personnes éclairées et fermes dans leur croyance , qui savent qu'elle est fondée sur les miracles de Jésus-Christ et des apôtres, sur l'accomplissement des prophéties, sur l'établisso— nient de l'Eglise , sur une morale sublime et seule capable de rendre l'homme heureux dans cette vie et dans l'autre , sur toutes les preuves enlui qui démontrent évidemment sa vérité , n'écoutent ni ces niouvemonls de l'orgueil , ni ces suggestions perfides de la légèreté ou des passions : leur pensée ne s'arrête que sur les motifs qui les obligent á croire , et leur tranijuillité n'est point troublée.
» ¡Vous devons croire ce que l'Eglise nous apprend que Dieu a révélé , pour nous distinguer des hérétiques et des schismatiques , qui ont rompu l'unité et qui ne croient plus qu'à leur propre esprit. Ils ont formé des sectes déplorables , pjiisque Dieu a dit et déclaré qu'il ne reconnaissait qu'une Eglise , une épouse dépositaire de la vérité, seule interprèle de sa doctrine , à qui seule les chrétiens doivent s'adresser. C'est ce que rA¡)otre appelle l'Eglise du Dieu vivant ; la colonne et le firmament de la vérité'^ C'est elle qtie saint M.Ulhieu nous assure avoir èlé fondée sur la pierre , et contre laquelle tes portes de l'enfer , c'est-à-dire , la persécution des médtants et les erreurs de l'hérésie ne pourront prévaloir^ ; l'Eglise enfin à qui le Sauveur a piomis son assistance et sa protection jus- (}u'à la consommalion des siècles.
» Saint Paul nous dit que, jusqu'à la fin des temps , il } aura en eljc des docteurs, des [¡asteurs , des apôtres et des prophètes. Si , selon les promesses de Dieu , cette Eglise doit toujours exister visible , infaillible et exempte d'erreurs en matière du doctrine , heureux le catholique qui se soumet à ce qu'elle enseigne , car i ne peut se lron)per. Les réformés ne pounont jamais jtislifier leur rébellion et leur nouveauté , puis(|ue leurs ancêtres faisaient partie de; l'Eglise romaine , de cette Eglise qu'ils ont abjurée. Tout l'édifice est détruit d'un seul mot : car ou l'Eglise ancienne était dans l'erreur et n'était pas la véritable Eglise , ou ils sont dans l'erreur. Si Dieu n'avait pas donné à l'Eglise le droit de ' Jean. xx. 29.
t '2 Timolli. w. 15. 3 Matth. xvi. 18.
LETTRE XMII. 387
déciilcr les poiiils de coiilroNcrse et de fixer le vrai sens d('> Jlcriliires , rien ne pourrait earaelériser la véritable Eglise et la doctrine de .lésus-( Jirisl. Cluujne secte se vante de suivre l'Evangile clans toute sa jiureté ' ; et cela est absurde , ¡)uis(jue Jésus- Christ a promis de ne jamais abandonner celte Egli>e (¡u'il fonda lui-même.
» Le premier sentiment d'un catLorujue doit être de rendre grâce il iJieu de l'avoir fait nailre , et de l'avoir régénéré dans une Eglise aussi ancienne que Jésus-Christ , et (jui n'est point exposée ati danger de l'erreur. 11 serait bieti important (¡ne tons les lidéies fo.Mniissent bien la religion et ses <logm»'s. Mais les boines de l'inlelliiience des enfants, la léj^éreté de leur ;^ge , ne leur perm(;lleiil pas de tirer des instructions (¡u'<»n leur donne tout le fruit qui leur serait nécessaire, et par niallicur , comme nous l'avons dil , ils n't pensent plus, lorsqu'ayanl acquis [dus de lumières, d'autres inléréls les occupent, et les laissent dans leur ignorance, source de tous les vices et de rincrédulilé.
» La Foi, la première des vertus théologales, est un don de Dieu (jue nous recevons dans le b;ii)téme. Elle est la base de toutes les autrrs veilus, et par elle nous actjuérons viaiment le nom de chrétien. Mais saint Jacques et l'Evangile nous disent qu'elle ne sufiit j)as par elh -même , et qu'elh; est nsorte lorsqu'elle est sans les œuvres. La vrait; foi , celle qui nous pro( ure un nom si glorieux , est celle (¡ui oj)ère par la charité ou l'amour de Dieu ; et cet amour de Dieu se connaît par les œuvres et la conduite. Je ne me lasse pas de le redire ; nous devons demander s;. us cesse à Dieu d'augmenter et de vivifier en nous la foi, qui d'ordinaire est faible et languissante , de nous faire sentir en tout sa présence , sa sainteté qui déteste lout ce qui n'est pas juste , et sa justice (jui réprime et punit tout ce qui porte le caractère de l'iniijuilé.
M Comment pourra-l-il croire (ju'il a la foi , celui (jui , poursuivi par la tentation , et lorsíjiie l'occasioti se piésente , n'a[>eiçoit pas des yeux de Pi^nie le Dieu terrible et ¡luissant (pii peut punir en un instant l'infractenr de sa loi ? (Comment ose-l-il dire (juM aime , celui (|ui , dans sa basse ingratitude , ose oiTenser le Dieu qui le ( omble de bienfaits? Demandons-lui donc avec TapiMre (¡u'il nous affermisse dans la foi , afin qu'elle produise des fruits (¡ui répond^Mit à la sainteté de notre croyance.
» IMus notre foi sera vive, moins les tentations auront de force, et plus notre vie sera pure. N'oublions jauiais (jue la vie éleruille est la seule chose né( essüire ; qu'elle doit être l'objet le plus clîer ;\ l'homme , le but heureux autjuel il doit tendre, et qu'après les courts instants d'une vie passagère, il en commence une aulr(i (|ui n'a point d<' fin ; et (jne Dieu nous demandera compte de nos actions pour les réconipenser , si elles sont bonnes , ou nous punir,
> r.nninicr.t loí profo=tnntí pnivrnt-ils liirp qu'ils suivent l'KvaiiïïilP thin? loiilft sa piiiTlt- , puisqu'ils ne pouvcnt pns nicmi' convenir entre eux de la Ui\inil<'' île Jésus-Quiit ? Tcjuoins les deruièrci querelles de tienève.
si elles sont mauvaises , et si nous sommes morts sans lui en demander pardon.
» Ces vérités , toujours présentes à notre esprit , nous empêcheront de nous écarter du chemin de la justice, ou nous y ramèneront , si nous l'avons abandonné. Elles éloigneront de nous ces livres perfides, enfantés par des esprits vains et présomptueux, t{ui veulent tout subjuguer et qui cherchent à altérer noire foi. Le chrétien qui craint Dieu et qui apprécie ce don , ne lit que ce:ix qui peuvent éclairer sa raison et fortifier son cœur dans la cro3ance et l'amour du chrislianismc et de sa morale. La fougtie des passions peut obscurcir un instant noire raison ; mais ce serait le comble de la disgrâce et du malheur, si elle parvenait à éteindre en nous celte foi pour laquelle tant de martyrs ont saciifié leur vie. Qui pourra se repentir , à l'heure de la mort , d'avoii- été h:)mnie de bien , et cherché iï se reuilre agréable à Dieu ? Îe vice osera-l-il espérer h; sort qu'attend la vertu ? Mais nous en avons assez dit sur ce point , passons à Vcspcrance.
n Elle est aussi une vertu surnaturelle que Dieu a placée dans nos cœurs. Eue consiste dans la confiance qu'a le chrétien de jouir du souverain bien , par la bonté gialuile et par les mérites de Jésus- Christ , à l'aide desquels il espère obtenir les grâces ou les moyens nc'cessaires pour y parvenir. Non -seulement il croit au souverain bonheur , mais il vit avec l'espoir de l'obtenir, et il ne se reposera pas qu'il ne l'ait obtenu ; il sait que non-seulement le Seigneur le désire, n)ais qu'il le lui ordonne sous la condition d'observer sa loi. Quel ordre [)!us doux sa bonlé pouvait-elle nous donner ? Le Ciel travaille pour nous , et il veut que nous n'ignorions pas (;u'il désire de nous posséder.
» Quels sont les fondements de l'espérance chrétienne ? D'un côté, la miséricorde infinie et la vérité de Dieu; de l'autre, les mérites de Jésus-Christ, venu au monde pour nous sauver, mort par amour pour nous , afin de nous racheter au prix de son sang^ et nous (Oiuiuire à la gloire. Lorsque nous jetons les yeux sur nous-n)ènies . nous ne voyons cfuc des iniquités ; tout nous éloigne di; ce bierî suprême. Mais , quoique nés dans le péché , Dieu nous a dévaui es dans son amour ; il nous a adoptés et nous a dotmé le droit d'être cohérilieis de son Fils. Au mépris d'une miséricorde si grande, l'homme, esclave de ses passions , se révolte encore contri; son Dieu ; il enfreint sa loi , et ce Dieu de bonlé court après lui, l'invite au repentir; et, lors(jue nous retournons à lui, il notis p.ir,îoiine: , il nous ordonne d'espérer la jouissance éternelle des biens (ju'il nous a destinés.
» Enfin sa bonté surpasse infiniment nos iniquités ; c'est sur ce précieux attribut que repose notre espoir. Notre consolation est de savoir (jue ce l*ére tendre a plus de désir de notre salut que nous n'en a\()ns nous-mêmes. 11 nous a répêlé souvent dans l'Evangile, et par la propre boni he de son Fils, que nous devions esjjérer de grandes réiompenses. Quelle sûreté mieux établie que les promesses d'un Dieu qui est la vérité même ? Les
LEÏTllK XVII I. 389
cieux ol la terre passeront , nuiis sa parole ne passera jamais.
» iNotre espérante porte sur un ibndenient plus iniruedial et plus à portée de nous, dans le sacritiee de l'agneau qui s'ollVil pour nous à son Père sur la croix. N'oublions jamais (jni; nous ne pouvons rien que [)ar Jésus-lllirisl , «¡ui seul peut »»blenir pour nous ce (jui est indispensable i» notre salut; nous n'avons en nous que nos péchés ; le sang du rédempteur peut seul les (llacer , et les bonnes œuvres elles-mêmes ne nous deviennent méritoires que par .lésus-Clirist. Aussi , le chrétien dit avec l'Apùtre : Jésus- (Jirist est mon espoir; n;ais pour qu'il soit justi; et londé , il laul que nous observions sa loi ; c'est la condition indispensable que nous devons ren)plir, et il suliit de la connaître pour être en proie à la crainte, pour redoubler de [)ru(ience et de précaution , pour éviter les dangers , pour ne pas nous laisser séduire par les plüisiis et nous maintenir dans I humble conviction de notre l)ropre misère.
» Mais nous ne devons ni nous attrister, ni nous livrer au décour.igement ■ nous devons avoir la < onliance qu'en faisant tout <e (nii e.st en notre pouvoir , Dieu nous procurera tous les moyens de nous sauver, ne nous abandonnera pas dans nos tenlalions et nous défendra contre nos ennemis. Lors même que !a faiblesse de noire nature nous entraîne cl nous fait tomber, nous de\ons osjjérer qu'en implorant un si bon Père , il nous tendra la main pour nous aider à nous relever. Sans doute nous devons nous mélier de nous-mêmes , faibles et misérables créatures ; mais la grdce de Dieu , (jue Jésus-(J»rist a obtenue pour nous , est puissante , et nous pouvons tout surnionler par elle. Le Seigneur ne l'a jamais refusée a (clni (|ui la deiiiaride avec sincérité.
» L'espérance est donc la verlu du pé( heur qui se repent et iu)n de celui (jui s'obstine. L» bonté de Dieu ne doit pas encoulager le vice ; et si la douleur de l'avoir olfensé ap[ielle sa déjnence , l'obstination seule du coupable peut enilamnu'r sa colère. Lorsque le pécheur a fait ce qui dépendait de lui pour se puiilier par la pénitence , l'espérance doit régner dans son cœur ; quoifju'il ait olfensé Dieu très-longtemps |iar les péchés les plus «'normes , dés (|u il a recouru à sa misériconle , en confessant ses fautes , et qu'il a obtenu l'absolution de son ministre , il doit 4'spérer que le sang de son Rédempteur h'S a lavées, et que Dieu ne le regarde plus comme son ennemi , mais comme sou iils. Le créateur de l'homme n'est pas vindicatif et inexorable comme nous le sonnnes -, il n'a (jui; des penv('(>s de paix , de cléuuMice et de j)ar(lon. t^'est lui (jui invite intérieurement le jiéclu'ur à implorer sa n)iséricorde ; et dés (ju'il le voit repentant , il lui pardonne, (lependant il est des chrétiens qui , après avoir fait ce qu'ils peuvent , restent encore dans l'aflliction et dans l'incertitude ; c'est l'en'et d'une faiblesse coupable . puisque croyant à l'Lvangile , ils doivent être tran(|uilles d'après ce ([ue ce livre saint nous dit delà miséjicorde du SeigiuMir.
» Coaiment celui qui, dans son repentir a confessé ses fautes,
peut-il douter de sa bonté? II ne doit pas les oublier ^ mais lour souvenir ne doit servir qu'à animer notre prudence , à redoubler nos précaulions . à rendre [)lus ferventes nos prières et notre pénilence , cl à fuir les occasions de retomber. Dieu nous ordonne d'espérer ; il nous prescrit la coufianee en lui : c'est rolienser quede le regarder comme un mailre inilexible. Cette seule pensée llétrit le cœur et en bannit la confiance et l'amour, Lorscpie nous n'avons rien omis , nous devons espérer qu'il nous a déjà pardonné , et lui dire ([lie nous ne cesserons jamais d'espérer que sa yràce nous soutiendra jusqu'au point de nous faire partager sa gloire , puisque lui-même nous assure que ceux (¡ui espèrent en lui ne seront point trompés dans leur attente.
» Si la méfiance est un mal , le désespoir est le ¡)lus grand de tous. Le cbrélien qui penserait qu'il ne peut être pardonné , cesserait d'être chiélien , et se rendrait coupable du plus grand des pécbés , parce qu'il ferait à Dieu la plus grande des injures. Tant qu'il entretiendrait cette pensée, Dien ne pourr;ut lui pardonner; en attaquant le plus précieux de ses altribuls qui est la miséricorde , au lieu de l'apaiser , il ne ferait que l'irriter de nouveau. Celui qui pense ainsi, n'envisage que rénormilé de ses péchés; mais ce n'est pas par son mérite propre qu'il peut en obtenir le pardon ; ce n'est que par les mérites de Jésus-(>liiist , qui est mort pour les laclicter et (}ui peut seul opérer cette réconciliation. Si l'homme ne peut ri<'n par lui-même , il peut tout , il obtient tout à l'aide de ce divin médiateui- , de cet avoca! puissant qui parle en sa faveur , et dont le sacrifice , suivant TApotre , suffit pour racheter le inonde entier. Loin donc de nous une pensée si coupable et si injurieuse à Dieu I 11 n'est aucun crime , aucune faute que n'efface le sang de l'agneau , lorsque nous les déposons à ses pieds avec un repentir sincère.
') Quoique la foi et l'espérance soient , comme nous l'avons déjà dit , les vertus les plus essentielles du chrétien , elles lui seraient peu utiles si elles ne sont accompagnées de la charité. Cette vertu est au-dessus de toutes les autres; elle est la première de toutes. On enliMid par charité l'amour de Dieu et l'amour du prochain , qui m> difl'èicnt que par le nom , qui se confondent et qui ne font réellement qu'un ; l'amour du prochain cesseraii d'être la charité, si nous ne l'aimions par amour pour Dieu. L'essence du christianisme consiste dans la [iralique et dans l'exercice de celte vertu divine ; et l'élu qui a reçu ce don de Dieu possède tout. Celui qui ne désire que de plaire à Dieu , lui plait réellement. Et quel autre (jue Dieu pourrait le rendre éternellement heureux ?
» Par amour de Dieu , on entend celui que toute créature raisonnable doit à son créateur, le Dieu tout-j)uissant , un en trois personnes , et la source unique de toutes les grâces. Aussi , la premièri> obligalion d'un clireiien est-(dle d'adorer et d'aimer cette divine Tiinilé de tout son cœur, de toute son àme et de toutes .ses forces. Le Sauveur nous l'a enseigné lui-même ; c'est lui ([ui
LEÏTRi: XVI I í. 391
nous a appris ù connaître Dieu comme notre Seigneur et notre maître.
» (>omme il est au-dei^sus des facultés de nos sens , il est à •craindre (jue sa majesté et sa souveraine bonté ne fassent (t;is sur l'homme UmW limpression (ju'elles devraient faire sur lui ; mais la raison et la foi doivent clevi-r Si's pensées et le rendre sans cesse présent a son esprit et à son cœur , pour lui cons;¡( ror son amour. (Jiiel esc la\e , toniblé des Lienfails de i-on mailre , peut ne pas |)enser a lui et ne pas l'ainnr tendrement ? (".on»menl oublier un Dieu qui s'annonce si hautement pour noire bienlaiieur? Peut-on porler ses regards vers le (jel ou sur la terre, sans apercevoir une foule d'objets animés ou inanimés , destinés «nitjuemenl ù notre service , à nos besoins et à nos plaisirs ? lit <;e pbiIoso[die , dont l'uiil observateur a découvert la main qui créa de si ¡^landes merveilles , comment sera-t-il puni , s'il n'a pas profité de ses lumières pour adorer son bienfaiteur? Le jour arrivera où ses sectateurs et lui sciont couverts d'ignominie et de boule , à la vue d'un si grand nombre d'ignoranls bien plus éclairés (ju'eux , puisqu'ils surent aimer et servir celui (|ui les u créés.
» Ne lui devons-nous pas tout ce que nous possédons? Après nous avoir condjlès de ses bienfaits sur la terre , Jésus nous [)romel une immortalité pleine de gloire , non pas qu'il ait besoin de nous , mais parce ([u'il veut nous associer à son triomphe, r.utout ou nous portons nos regards , nous n'apercevons que des marques d'une bienfaisance et d'un amour (jui ne peuvent prendre leur sourc(î ([ue dans sa bonté infinie. (7est par sa bonté qu'il veut être notie Père; que , lors(|ue nous rolfcnsoiis , il daigne nous attendre eî nous pardonner ; (|u'il désire lui-même (¡ne notis implorions sa miséricorde. Ouel tribut d'umour et de reconnaissance ne devons-nous donc pas lui rendre ?
» Comment [louvons-nous lui prouver notre amour? De trois manières : la première , en suivant ses commandements. Exanúnons donc nos actions. Sa loi réprouve l'injustice , l'impureté , l'intempérance et les autres vices que la loi naturelle piosirit aussi. Or, comment pourrait se llatler de l'aimer celui dont les désirs et les actions sont dans une opposition conlinnelle à la .sainteté de ses préceptes ? Le premier caractère île l'amour est de ne déplaire en rien à l'objet (¡u'ou aime. La pralicjue d(> la loi divine ne peut avoir d'autre motif (|ue l'amour de J)ieu. deux (jui ne sont retenus (|ue par les iluHinH'uts temporels , et ceux <|ui ne s'approchent du tribunal de la pénitence (¡ne [lour éviter ceux de l'autre monde , montrent l'imperfecliou de leurs cœurs et de leurs âraes. L'amour de Dieu leur est étranger ; ils ne ( onriaissent que l'amour d'eux-mêmes. L'amour véritable ne se borne dmic pas à s'abstenir de ce (¡ne la loi défend et à faire ce qu'elle prescrit ; il est dans son essence de pratiíjuer la vertu et de multiplier les bonnes «vuvres. (adui qui aime , ne restreint pas son amour à ne pas déplaire à l'objet qu'il aime j il cherche encore à lui plaire.
Il est difficile que celui qui est sans vertus puisse élre sans vices , puisque la pratique de la vertu n'est (¡ue le moyen de nous préserver du vice.
» La seconde manière de prouver à Dieu notre amour , c'est de souffrir avec résignation pour l'amour de lui. La société est composée de [¡auvres et de riches, de gens titrés ou obscurs, de personnes qui nagent dans la prospérité ou gémissent dans l'infortune. Dieu est l'auteur de toutes ces différences , et nous devons nous soumettre à ses décrets , nous souvenir qu'il gouverne tout par sa clémence et par sa justice , et que rien n'existe ni n'arrive que par l'effet de sa providence. Notre raison s'indigne de voir sans cesse la vertu j)ersécuiée et l'iniquité triomphante ; mais la religion nous apprend que si un Dieu juste et saint permet ce désordre apparent , il a des raisons secrètes dignes de sa sagesse , que nous connaîtrons un jour. Malheur à celui qui ne répond que par ses iniquités aux bienfaits de son Dieu ! Heureux celui qui ne perd pas Dieu de vue au milieu de ses peines , qui baise la main qui le frappe , et qui, plein de confiance , espère que ses afflictions seront remplacées par des consolations ! l,a pros[)érité nous endort, et l'homme a besoin de contre-temps qui le réveillent et lui rappellent que le monde n'est pas le séjour du repos.
)) La troisième manière consiste à aimer le prochain comme nous-inêmes. Tel est le précepte que Jésus-Christ et les apôtres nous retracent le plus souvent ; ils nous prescrivent d'aimer jusqu'à nos ennemis , et de faire du bien à ceux qui nous abhorrent et qui noijs nuisent. L'homme ne peut acquitter envers J)ieu la dette qu'il contracte pour le bien qu'il lui fait; mais Dieu reporte ses droits sur les autres hommes , et nous annonce qu'il régardera comme fait à lui-même ce qu'on fera pour eux. Il assigne encore de grandes récompenses à celui qui secourra ses frères , en annonçant que c'est le devoir sur l'obseï valion duquel il sera le plus sévère. Cet amour fraternel , ajoute-t-il , et cette charité active seront l'attribut le plus di=;ne de la religion , la livrée de ses disciples et le caractère du chrétien.
» Les vertus théologales sont donc évidemment le principe et la splendeur de nos bonnes œuvres. Mais nous devons observer (jue l'homme porte toujours en lui un ennemi secret qui les combat , et qui , s'il ne les dt^lruit pas , cherche au moins à en atténuer l'efl'et ; dès sa jeunesse il le fait pencher sans cesse vers le mal , et le porte aux actions vicieuses. L'homme , étant composé d'une âme et d'un corps , s'élève d'une p:irt à la hauteur des anges , et de l'autre il descend jusqu'à l'état de la brute. On croirait que l'esprit doué de raison devrait maîtriser le corps et diriger ses penchants; mais, hélas! combien les passions ne pervertissent-elles pas la raison qu'elles subjuguent entièrement !
» Mon Dieu ! quelle propension facile et funeste nous entraine vers le mal ! (pu* d'obsîacU's entre nous et le bien ! que de passions effrénées nous excitent à l'intempérance et aux trompeuses
voluptés ! quelle iirdcîur pour des liouneurs cl des richesses (ju'on n'ublieiil souvent (juCn \iol;iiil la loi de J)ieu el de la raisun I quelle soif de vengeance que rien ne peut apaiser! La jeunesse a ses vices, la \ieillesse a les siens , el à toul u<¿e nous sonwnes le jouel d'une impulsion secrélc qui nous porte à salislaire nos désirs, sans soni-er à ce (|ue la vertu nous prescrit, (^e désordre provient de la dégradation de notre nature;, que le pc( lie ticnl alladicea la terre, el rend esclave des biens visibles, (|uoi(|ue passagers. C'est lu l'elFel de l'aujonr de nous-mêmes; amour a\eugle, sans règle comme sans frein, sourd à la \oi\ de la raison, (]ui prcfére sa volonté à celle de Dieu , cl qui, dans son aveiiglcmenl, clieiclie le bonheur partout où il n'est pas.
» Quel reuH'de opposer à <e mal universel dont personne n'est exen)pl ? La religion nous en oflVe deux. Le premier nous vient immédiatement de Dieu ; il consiste dans le secours puissant de sa grâce ()ue nous obtenons par la prière. Le second est dans les ciTorls continuels du vrai chrétien pour dompter l'ainour-iuopre , elle subordonner à l'amour di\ in qui doit tout diriger. (Àl illort est la niorliliciition ; il consiste dans l'abiu-galion de sa propre volonté. L'oraison est la pi ière ([ue nous adressons à Dieu , afin qu'il notis arcorde les gi;Ues el les secours dont r)ous avons autant besoin pour la vie spirituelle que pour, celle de ce monde. L'oraison est (!onc non-seuiemenl utile et louable, elle est encore indispensable ; sans elle, on ne peut ni praliijuer la verlu ni éviter le péclié. (7est une vérité que la religion enseigne el que nous confirme l'Ecriture. Malgré son amour et sa libérale munificence envers l'homme , Dieu veut que nous recourions à sa bonté , et que nous sachions (jue nous ne pouvons ni rien faire de bien ni persévérer dans la voie de la justice , sans son secours et son assistance.
» L'homme doit donc élever sans cesse son cœur vers ce Dieu d'où émanent toutes les grâces, el qui non-seulement les dispense avec libéralité , mais qui est notre i*ère , et qui ne les refuse jamais à celui qui les lui demande. C'est pour cela que son Fils uni(jue nous apprend , dans l'oraison dominicale , à le supplier de ne pas nous laisser succomber à la tentation . el qu'il nous a assurés ()ue nous obtiendrions tout ce que nous lui demanderions avec confiance. Ceci ne doit s'entendre que des biens spirituels ; car , quant aux tcmj)orels , DÍími sait mieux (pie nous ce (jui nous convient ; el , i|noiqu'il nous permelle de les lui dcn)ander , nous ne devons le faire {|ue subordonnénuiit à sa volonlé. L'ApoIre , (|ui savait conibicn l'assistance divine nous est nécessaire , veut que nous ne cessions de la demander ; il exige (¡ue nous la sollicitions sans cesse. .Jésus - C.hrisl , le grand Maître de la vie chrétienne, nous dit lui - même : Vrillrz rt priez '. Ce sont les deux moyens qui doivent nous servir de guide dans les périls de ce monde.
• Mallh. x\\i,lii.
39/í. LE TRIOMPHE DE L'ÉVANGiLE.
» La mcill(Miro règle qu'on puisse se prescrire pour la prière , est do suivre les docuinenls el rus;!gc que l'Eglise a établis parmi les Ü lèles ; il faut s'adresser à Jésus - Christ , à qui son divin Père a donné sur la terre el dans le Ciel tout pouvoir de distribuer ses trésors inépuisables entre tous ceux qui l'adorent. ÎVous devons donc nous adresser avec confiance à ce souverain Sauveur qui règne dans le Ciel, et qui, à tout instant, nous donne tant de preuves de son amour ; à ce Uédenq)leur aimable qui , après avoir conversé avec les hommes sur la terre , veut encore communiquer sans cesse avec eux par le mojen de l'Euchiiiistie.
» N'oublions jamiis que l'Eglise, soit dans la messe, soit dans les autres ofiices , adresse toutes ses prières au Tout - Puissant , au Père éternel , en lui demandant ses grâces par les mérites de Jésus-Christ , son Fils , vrai homme et vrai Dieu. N'oublions jamais que ses mérites sont infinis , et que le Dieu des miséricordes nous écoule favorablement, quand nous le prions au nom d'un Fils dans letjuel il a placé toute sa gloire et tout son amour. L'Eglise reconnaît (jiie tout ce qui nous vient de cette main puissante est dû à ses mérites. Lorsque les saints et la Mère même de Dieu intercèdent pour nous , ce n'est pas d'après leurs propres mérites , mais au nom de ceux de Jésus-Christ : eux seuls sont efficaces , puisque lui seul est noire Médiateur. Saint Augustin dit que les saints prient dans le Ciel , ainsi (ju'ils le faisaient sur la terre par la médiation de leur Sauveur el du n(Mre ; el c'est la forme de la prière que le Fils de Dieu nous enseigna , quand il dit : Tout ce que iwus demanderez à mon Père en mon nom , il vous l'accordera '.
» Dieu étant partout, et connaissant jusqu'aux désirs les plus secrets de notre cœur , on peut l'implorer partout ; mais le lieu qui y est spécialement destiné est son temple. Il y résuie sur le trône de sa gloire et de sa clémence , principalement lorsque son divin Sacrement y est exposé ; parce qu'alors un motif de plus excite notre reconnaissance et enflamme notre dévotion , et qjje la meilleure préparation à la prière est de se bien pénétrer de la présence de Dieu. L'oraison efticace ne se compose pas de raÍ3ondance de paroles ni de pensées étudiées ; le divin Maitre nous l'a dit lui - môme. Il ne désapprouve pas que nous le priions longtemps ; mais il a voulu nous prévenir que Dieu connaît nos besoins, et qu'il attache moins de prix à la longueur el à la recherche , dans nos prières , qu'au zèle el A là pureté de l'intention. \j\\ rustique villageois , dans son grossier langage , peut lui plaire plus que le savant le mieux instruit ; Dieu veut qu'on lui parle du cœur plutôt que dirs lèvres.
» Nous devons donc nous prosterner en sa présence avec un cœur humilié , avec autant d'appréhension de noire faiblesse que
'Luc. v. 31 et 32.
de cotiliaiic'3 dans la j;i'i\i(î divine. Demandons-lui p.iidoii dts (anlos que la malice ou la lia<;ililé nous ont l'ail luninielltc , el iiiiploioiis son secours contre les [)érils (|ui nous mcnacenl à cbac{u(; inslant. Lorsque la loi nous dit ({ue nous sommes en inisence ciu Dieu qui pénètie dans nos cœurs , il est presque irn(.os>iL!e (jue nous soyons sans lespecl , el ([iic nous comnicllions hi nioindie ¡irevi-ience , puisijue , s'il est certain (|u'i! uc( orde ses gijUes a ceux (jni litiNo- ((uenl avec huniililé ; il nCst i)a> moins vnii (¡n'il [leul a l'instant cbâlier le tenierait*' (jui oulilie qu'il est en sa [tioence ; el il l'est également (jue noire existence est un don de sa souveraine bonté qu'il renouvi'lle a loiis les instants.
» Ainsi donc Mais, monsieur, emporte par mon zèle , je ne
songe plus (|ue j'abuse de voire patience par de liop longs discours ; mais j'ai encore beaucoup de cboses à ^ous dire , el je \ons prie de permettre (jue je continue demain. »
Je rendis grâces à cet liomnie res[)eclable de ses soins ili.irilables, et il nu; ([uilla. .Aussitôt , mou cher Théodore , je me suis mis à t(î ra[)porU'r ce (¡u'il ni'av;iil dit , [i.irc»' (jue mes occupations sont devenues plus considerables <'l plus ¡ucssinites. Je dois nie réserver du temps pour é'tudier et apprendie [)ar cœur ce (jue le prêtre ma pres( rit. Je me livre à ce Irav.iil jour et nuit avec un phiisir (|ue je ne saurais Texiiriitu-r , el , grâces à Dieu , avec (juelque fruit. Adieu , mon ami.
J.KTTRE DlX-NEl VIKME.
Le pliiioiophe à Théodore.
Les premiers instants de la journée dont je vais t'cnlrcli'nii-, mon «ber Théodore , molirirenl un grand nu)tit(le j»»ie el de cuii>olation. Mon premier mouvenu'ul , a mon réveil , fut de réciter mes prières |)our essayer si elles avaient pu se graver dans nia mémoire , et je le fis sans m'arrùter el sans en rien ouu'llre ; les a^ant rép» lées |)lusieiirs f(tis Irés-courammenl , je m'assurai <|ue je les savais bien par cœur. J'i-n eus une si grande jdie , c|ue des (|ue le Père arriva je m'enn)ressai de l'en instruire. Il en parut chaimé, et me répondit qu'il espérait qu'avec le secours d'en haut nous pourrions en faire bientôt usage, mais qu'en allendanl il fallait continuer noire entretien de la veille , qui tendait au rnéme but.
« il est digne de voire attenlion , n)e dit-il , de remar(|uer que , parmi toutes Us créatures «¡ni existent sur la terre , l'homme est
la seule à qui Dieu ait accordé la raison , don précieux , «u moyen duquel il peut s'élever jusqu'à la connaissance de son Créateur; et que l'homme étant seul à connailie , quoique imparfaitement, son principe et sa lin , il est évident que Dieu a créé et conserve pour 1 homme toutes les autres créatures ; que tout doit nous convaincre de notre dépendance envers un Mailre si puissant et si grand , et nous inspirer envers un bienfaiteur si généreux, une reconnaissance sans boines. Observez en même temps qu'il n'y a pas un seul instant dans le cours de la vie , où nous ne recevions de nouvelles preuves de sa bonté , soit qu'il éloigne de nous les dangers dont nous sommes menacés , soit qu'il nous conserve la santé ; soit qu'il nous accorde toutes les grâces spirituelles et temporelles doutai ne cesse de nous combler. La première de nos obligations donc doit être de lui rendre des actions de grâces continuelles , cl c'est dans celte vue que , dès notre premièie enfance , on ncjus a instruits ù commencer la journée par la prière , et spécialement par l'oraison dominicale , qui renferme en substance tout ce que nous pouvons lui dire et lui demander.
» Qu'il serait coupable, l'homme qui réciterait cette prière sacrée et qui nous vient de Dieu même , sans le recueillement et la dévotion qu'elle exige ! Tous les m;itins, et dès qu'il est levé, le chrétien doit se prosterner soit à Téglise , soit dans un lieu relire de sa maison , en présence de la Trinité sainte et adorable , dont la majesté remplit tout l'univers. Là , pénétré profondément de sa présence , et éloignant toutes pensées terrestres , il doit lui faire des protestations d'amour , d'adoriition , de louanges, de dtsir de sa gloire , lui offrir ses vœux ardents pour que tous la connaissent, la bénissent et n'aient d'autre but dans toutes leurs actions. Là , il doit lui rendre grâce de tous les bienfaits qu'il a reçus , et lui en demoiuler de nouveaux avec confiance. Là, il doit s'humilier profondément aux pieds de l'Auteur et du Créateur de la nature , rc— contuiitre son néant et le besoin continuel qu'il a des secouis d'en haut. Là , il doit élever son cœur jusqu'à la hauteur du Roi des rois , adorer sa sainteté , sa clémence et sa bonté , s'enlielenir de l'espoir que ses secours l'aideront à régler sa vieel à le conduire dans la voie de ses divines lois.
"Lorsque le jour finit, il doit recommencer la même prière, pour le remercier des bienfaits (ju'il a reçus pendant sa durée. Et qui de nous peut les apprécier à leur juste valeur ? Comment excuser l'ingratitude de celui qui , possédant des connaissances , des dignités , jouissant de la santé , des biens de la fortune ; ayant une femme vertueuse et des enfatils dociles , non-seulement n'en rend pas grâces à Dieu , mais ne daigne pas môme penser à de si grands bienfaits? Combien ne serait-il pas plus coupable encore s'il les attribuait à sa naissance, à son mérite oti au hasard I Cette orgueilleuse ingratitude mériterait (juil fût privé de tout à l'iuslant même. Tous les jours , le chrétien doit adorer son Sauveur et lui rendre des actions de grâces , puisqu'il est l'auteur de tout bien; il doit lui offrir sou amour et lui demander ses grâces, afin
LCTTIŒ XIX. 397
de rendre sa conduilo tliync do ce iiiêine amour. Que pout-il niaiiquor á la ("eikile de celui qui s'est rendu JeMis-(^lii isl lavoiabie ?
» La vr.iie manière de prier est de se mellre sans cesse en la présence de iJieu ; de ne rien dire et de ne rien iaire,^A^ans se souvenir que rien ne lui échappe ; de régler son es|)rit 'de telle sorte qu'il s'élève à Dieu dans tous les événements de cette vie pour adorer sa justice, ^a luisoricorde ou sa provitlcnce ; elsoncceur, de manière (¡u'il se porte vers lui selon les cin onslances par un acte de crainte, d'amour, de coniiance ou de recounaissance ; d'agir enlin de telle sorte (jiie noire âme ne perde jaujais tie vue sa dé[)eiidaiice , et s'entretienne sans cesse des senliiiu-nls (jui l'elévenl jiis([u'a soti Créateur, i.e soin de se ra[)[te!er con.slamnient la présence de Dieu , ces élévalioi/s fréquentes eiilreticnnent entre l'iiomnie et Dieu une correspondance conlinuclle , et sont peut-èlie les meilleures prières qu'on puisse faire.
» Parmi les autres moyens d'excittir la dévotion , nous devons mettr»' au ¡Meniier rang le clt..nt ou la r»'cilation des psaumes et des h} .unes à la gloire de Dieu. L'antiquité de cet usage en démontre assez l'iujportance. Les Juifs, dans leuis lenqdes , (baillaient les mêmes [;saumes et les mêmes h\mnes que nous faisons servir aujourd'liiii à notre^iisli uclion et à notre edilication. J)ans les avis i]ue saint Paul dog^ait aux chrélicns (jui composaient les églises qu'il établissait, il leur disait' : Alimentez voire dévolion (¡ar les cantiqurs et les psaumes que vous cbanlerez ix la gloire du Seigneur. Et dans son épilre aux Hébreux , il dit : Offrons sans cesse à Dieu , en Thonfieurde Jesus-t^lni^t , une hostie de louanges, ludépendanmienl de l'antiquité de celte pratique , nous avons aussi la certitude qu'elle rious vient de Dieu et qu'elle nous est enseignée par les a[)ôlres. Ltis hymnes ne S(Uit-el!cs pas une mino inépuisable d'amour et d(! louanges pour Dieu et ses saints ? Les psaumes sont remplis de saintes iiislruclions , de prières touchantes , d'actes innombrables de foi , d'espérance et de ( harité ; lis respirent les sentiments les plus tendres de reconnaissance , de re[)entir et d'humiiile. Pour remplir nos^bligalions, que pouvonsnous faire de mieux sur la terre que de bcnir sans cesse le Seigneur et d'anticiper sur ce que nous ferons éternellement dans le Ciel?
» La lecture d(; l'Lvangile et des épilres de saint Paul et des autres apôtres , a été et seia toujours un moyen sur d'éc hauflér et d'enlrett>nir la devolii)n. Le Sainl-Lsiirit lui-même nous parle dans ces écrits et nous m; pouvons a\oii un meilleur guide. L'Eglise a des interprèles sûrs , qui nous sitlenl à eut- luIre ses oracles ilivius, et nous devons nous en servir (omnie de l'aliment le plu6 solido et le plus propre à nous forlilier dans la vertu.
» lu autre secours non moins puissant contre les tentations et les dangers de la vie, nous est offert dans la mortification.
» Le chrétien , qui se rappelle sans cessa le remords qui j)our-
' Ephes. T. 19.
suit le crime dans ce monde et le cliâlimcnt qui l'aUend dan& l'autre , se pénétre de la nécessité de combattre et de rejeter les perfides conseils de l'amour-propre , il s'endurcit contre lui-même, il résiste à sa propre volonté , qtiand ses vœux sont contraires aux. devoirs de la religion, il sait que Dieu ne lui commande rien que pour son bien , et que l'inspiration de ses passions est toujours o¡)[)osée ù la vertu, a sa sanctification , à son bien ou à celui de son procbain. D'ailleurs , ce qui lui importe le plus , est de ne pas ofiVnser le Weu de qui dépend son bonheur ou son malheur él'Mnel.
» Ce combat continuel contre une Tolonté corrompue , ces mortifications dirigces céntreles désirs qui tendent à nous perdre , nous sont spécialement recommandés par notre di\in Maître comme une pratique indispensable , puisqu'il nous a dit : Celui qui veut me suivre doit renoncer d lui-même. Plus le cœur en acquiert l'heureuse habitude, plus il se fortifie dans la vertu. L'apôtre assure que ceux qui appartiennent à Jésus-Christ , ont crucifié leur chair, et soumis par la mortification leurs passions déréglées. Aussi les plus grands saints , quoique fortifiés par un exercice constant , quoi([ue accoutumés à résister aux tentations et à en triompher, doivent néanmoins veiller sa'hs cesse et être toujours prêts au combat. Semblable à un ¡ion rugis^nt , notre ennemi nous épie continuellement pour nous dévorer , et ses défaites passées ne l'empêchent pas de nous livrer sans cesse de nouveaux assauts.
« Qu'on ne se persuade pas (jue celte vertu n'appartient qu'aux déserts et aux cloîtres. Elle } est moins nécessaire , parce que les d;fngers y sont moins fréquents ; elle est bien plus indispensable dans le monde , où les combats sont plus communs et i)lus animés. A qui [icul-elle mieux convenir qu'à une jeunesse dont les passions demandent à être réprimées'' Il est malheureux q\i(f ceux à qui elle est le phis nécessaire , soient ceux qui la pratiquent le moins. Notre nature une fois corrompue , on n'a pu la gouverner qu'en lui faisj^nt violence , puisque riiomme porte dans lui le principe de l'amour-propre qu'il faut nécessairement subjuguer.
» Observez les enfunts dans leur âge le plus tendre , vous a[)ercevrez que le goût de Tiinlépendance commence à se développer en eux, et qu'ils naissent avec le désir de tout assujettira leur propre volonté. Si Ton n'employait la force pour les réprimer, on les veirait donner dans les excès les plus nuisibles , et ils se plieraient de bonne heure à tous les vices. A mesure qu'ils avancent en dge , la violence de leurs passions prend un nouvel essor -, et comme ils sont sans expérience , ils s'aveuglent jusqu'au point de mépriser les conseils de la prudence et de l'amitié. Dès-lors leur cœur s'ouvre aux désirs et aux ¡daisirs les plus dangereux et les plus funestes. Heureux les jeunes gens qui ont appris de bonne heure i» faire uh bon usage de la vie et à se jdier au joug de l'obéissance !
LETTIU: XIX. 399
>) ]í\) quclqtic ólat cl à qii('l(|uc á<xe. (\\\"\\ so trouve , l'Iionime «éprouvera toujours des tiMiliitioiis. Tel est l'apanage de sa nature ; cl pour les surmonter, il a besoin des pins grands ciVorls ; il doit travailler à se vaincre lui-même , d'après ce précepte de notre Sauveur : Le mijaume des deux demande ta violence , cl les violenls sont ceux qui t'emjwrleut '. Aussi les bons chrétiens qui travaillent sérieuseuMiiil à leur salut , doivent-ils s'accoutumer soigneusement à rabncgalion de leur [)ropre volonté , qui est le nieilletir exercice de la morlilicition ; ils savent (¡ue s'ils ne sounu'llent l'anioiM-propre à la raison et à la volonté de Dieu , semblable à un clieval sans frein , ce penchant indislruclible de la nature corrompue les détournera biiMilùt du bon < liemin et les conduira dans le précipice.
» Li mortification chrétienne ne se borne pas à assujettir les passions , lors(|u'elles nous entraînent à ce (jui est op[)ose à la loi de Dieu et aux décrets de l'Eglise ; elle sait aussi user de sévérité envers ce corps qui , selon l'Ajiùlri; , ote ses forces à l'Ame , cl dont les besoins nous servent de pretexte ou d'occasion pour l'ifiteni[)('ranc(; et d'autres jouissances défendues. Il faut donc avoir l'atlnition continuelle de ne déplaire en rien à celui qui nous ordonne pour notre propre bien d'être just(;s et saints. Il faut se souvenir en même temps {|ue nous ne profilerons jamais dans celle véritable école du christianisme , si nous ne faisons pas germer flans notre cœur la semence d'une autre vertu , que les gentils ne coiinurenl et ne prali(juérenl jamais ; vertu bien étrangère à ces philosophes orgueilleux qui se sont vantés d'enseigner iiux hommes l'art de la sagesse.
» .le parle de l'humilité , qui est essentiellement la vertu du chrétien, et d'une si grande importance, (jue si elle n'est pas unie à la charité* , toutes les autres vertus sont stériles. Il n'en est aucune de vraie et de méritoire , qui ne soil accompagnée de l'amour de Dieu et de la connaiss.ince de notre misère. A quelle vertu peut prétendre l'orgueilleux , et quel fruit peut-il espérer de ses actions ? Dieu a déclaré (juil abhorre les superbes et qu'il n'aime que les humbles.
» Notre divin Sauveur nous a donné dans ses actions et dans ses discours l'exemple et le précepte de toutes les vertus; mais il nous a ordonné expressément d'apf)rendre de lui à être doux et humbles de cœur, pour ac(juérir la paix véritable. Quelle paix , (jui'l repos pourront jamais avoir ceux (pii ne sont animés que par l'anjbition et par l'orgueil ? Ils sont sans cesse mé( (mlents des autres et d'eux-mêmes ; (>t tandis (¡ne l'homme lunnble allire tous les cœurs à lui , il n'en est aucun <jue l'orgueilleux ne repousse.
» L'homme qui s'examine lui-même , sent qu'il doit avoir une idée très-peu avantageuse de ses connaissances , de son mérile et <le ses qualités , lors méraç qu'il est sur de posséder plus de
' Mallh. XI. 12.
savoir et plus de connaissances que ceux qui l'eníomcnt , lors même qn'il les surpasse en richesses , en dignités et en santé. Tous ces avantages ne sont-ils pas des dons de Dieu ? S'il lui a plu de les accorder quelquefois à ceux qui le méritent le n)oins , ne peut-il pas les leur retirer quand il lui plaît? les périls et les iniirmités ne nous environnent-ils pas de toutes parts ? la fi;li<Mté est-elle donc si éloignée de l'infortune? Que l'orf^nieilleux , si plein de son mérite, de ses dignités ou de sa noblesse , se sonde intérieurement , et qu'il examine si, malgré tout l'éclat dont il s'environne , il n'a pas des défauts bien plus grands que ¡es jiersonnes mêmes qu'il méprise ; si, dans sa vie, il n'a pas commis de plus grandes fautes qu'eux , et s'il n'est pas prêt à en commettre encore. Qu'il nous dise s'il peut se soustraire aux châtiments du Ciel, aux infirmités et aux disgrAces , <{ui sont le partage de ce monde. Pourquoi marche-t-i! donc la télé si assurée et avec un regard si allier? Si Dieu tourne sur lui un œil miséricordieux , il l'avertira , par quoique disgrâce salutaire , de rentrer en lui-même; et malheur à lui si la mort seule vient à l'instruire de son néant , sans lui donner le temps de profiler de cette instruction.
» Je ne m'étendrai pa^ sur un sujet aussi vaste . qui s'écarte de notre plan actuel , et sur lequel nous reviendrons dans la suite. Je me bornerai à vpus dire , pour le moment , que celui dont le cœur est humble possède un grand bonheur , puisque celte vertu n'est pas moins chérie de Dieu qu'estimée des hommes , môme de ceux qui ne la possèdent pas. Observez l'homme d'un caractère humble ; il peut changer en acquérant des dignités , de la fortune ou des honneurs; mais sa conduite et sa manière d'être ne changent jamais , à raison de l'idée désavantageuse qu'il a conçue de lui-même ; il ne s'enorgueillit point -, ses discours et ses actions n'annonceront jamais qu'il est ébloui par la prospérité; il sait que nous n'obtenons ri,en que des faveurs du Ciel, et que celui qui donne tout , pont tout nous enlever; il -sait que les biens temporels sont un prêt et non pas un don, élqiiç l'adversité suit de prés la prospérité.
«Lorsqu'il éprouve des événements malheureux, il ne murmure point , il ne résiste pas à la volonté divine. Convi.incu (pi'il n'a mérité que des chAtimeîits , et que Dieu ne l'éprouve que pour le purifier, il se dispose à supporter avec patience les contrariétés que la bonté de son Père lui envoie ; et quand il souffre potir son amour , il s'écrie avec l'Apôtre : « Les chAlimenls de celte vit) ne peuvent entrer en comparaison avec l'immensité de gloire que Di(;u nous prépare dans l'autre '. » Il se résigne enfin aux disgrAces , aux infirmités, aux contradictions, à la perle de ses biens ; ot lorsque la mort arrive , il la reçoit avec la résignation qu'il doit au Mnître qui l'appelle. Ce sacrifice si cruel , si humiliant pour l'homme superbe , devient pour lui un sujet de
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consolation , parce qiu! son luiniililé lui découvre Télcndue infinii; de la niiscricorde divine ; plein de lonliaiice , il envisage la mort córame la un de ses peines el le commeneenjent de sa felicité.
» La base, l'essence de la religion chrétienne consiste donc dans l'adoration de Dieu par la médiation de Jésus-CLrisl , et dans une lidéle observance de l'Evangile dans la pratiijue. Songez sans cesse que ces bommes fortunés , (|ui ont passé leur temps d'épreuves , (jui glorilièrenl Dieu par Jésus-Cbrisl , et qui , soutenus par sa grice , observèrent liéroniuenient l'Evangile , sont aujourd'hui daiis le Ciel , voient Dieu face à face , et jouissent , dans sa gloire , de la récompense de leurs vertus. Les saints (jui ont traversé heureusement la mer orageuse de ce monde , el qui sont parvenus tran(iuiMen)eut au port , sont les amis de Dieu. La religion les révère et nous ordonne de les révérer comme nos prolecteurs ; elle prescrit de les implorer pour qu'ils prient Dieu pour nous ou lui olfrent nos prières. Mais il importe de bien saisir l'esprit de l'Eglise , pour ne pas tomber dans des abus ; et voici ce qu'elh; nous dit. Les saints ont déjà reçu dans le Ciel la récompense (le leurs vertus ; ils sonl dans la gloire de Dieu, dont ils partagent l'éternité. Leur heureux sort est aussi irrévocable que celui des anges , et ils méritent comme eux (|ue nous leur rendions sur la terre le tribut de respect et de vénération qui leur est du. Si le monde a ses héros , pourijuoi la religion n'aurait-elle pas les siens ? pourquoi les saints du christianisme , qui ont été des modèles de toutes les vertus , ne seraient-ils pas dignes de notre respect ?
» Les fêtes établies en leur honneur ont été instituées pour glorifier Dieu et le remercier de les avoir soutenus par sa grà( e ; pour rappeler les exempb^s qu'ils nous ont laissés , et nous exciter à les imiter , pour que ces serviteurs de Dieu , qui sans doute ont perfectionné dans le Ciel , par l'amour de Dieu , l'amour qu'ils poilaienl sur la terre à leur i)rochaiii , s'intéressent en notre faveur \ pour demander enfin à Dieu (|u il vienne à notre secours. Il y a une couHiiunion existante , une correspondance invisible entre l'Eglise triomphante el l'Eglise militante , entre les voyageurs de ce monde et les habitants du Ciel ; entre ceux qui , adorant Dieu , espèrent jouir de sa présence par les mérites de Jésus-Christ , et ceux qui en jouissent déjà , el l'Eglise souifrante , c'est-A-dire ceux (jui achèvent d'acquitter leurs dettes. Lorsque nous invoquons leur protection , les saints offrent à Dieu nos ¡jrières , accompagnées des mérites de Jésus-Christ , et obtiennent pour nous les grâces qui peuvent nous sanctilier.
» L'invocation des saints est donc un moyen utile el louable pour appuyer nos prières auprès de Dieu. L'intention de l'Eglise , dans les fêtes (¡u'elle a instituées en leur honneur , est de nous rappeler leur exemple et la récompense qui les a couronnés , pour nous exciter A les imiter ; c'est ainsi qu'elle nous invile à lire l'histoire de leur vie et à nous retracer chaque onnée la mémoire de leurs vertus , pour que nous ne les oubliions pas. Ce sonl là.
les dogmes de l'Eglise catholique , qui réprouve en mémo temps avec sévérité les abus que l'ignorance ou la superstition ont tenté d'introduire. Elle sait que les saints ne sont que des hommes , des créatures et des serviteurs de Dieu , el que, quoique leur dignité par rapport à nous soit très-éminente , puisqu'ils jouissent de Dieu, elle n'est rien quant à la distance intinie {[u'il y a du Créateur universel à ses créatures.
» Si , par défaut de réflexion , on donne aux saints la qualité de divins , on doit l'expliquer dans un autre sens. Si telle église est consacrée , selon l'expression commune , à tel saint ou à la Vierge .^/a ri e , notre sainte mère , l'Eglise entend que les temples et les autels ne se consacrent et ne soient dédiés qu'à Dieu seul , en l'honneur et en mémoire des saints ses serviteurs. On dit ordinairemeni que telle messe est de tel saint ; cette expression signifie qu'on la célèbre en mémoire de lui. Le sacriüoe non sanglant de l'autel ne peut s'offrir qu'à Dieu ; mais on peut le lui offrir en mémoire de ses saints, les glorifiant par Jésus-Christ pour les grâces qui! leur a accordées. C'est ainsi que le docteur angélique dit que la dévotion aux saints ne s'arrête point en eux , mais qu'elle s'élève jusqu'à Dieu par la grâce duquel ils jouissent du bonheur éternel. Saint Jérôme disait : Révérons les reliques des martyrs, pour adorer Dieu pour qui ils ont souffert , et glorifions le serviteur pour que la gloire rejaillisse sur le Maître.*
» Il est important de ne pas perdre de vue qu'il n'y a que Dieu qui puisse accorder le pardon des péchés , et que nous ne devons le demander qu'à lui seul, L'Evangile nous dit que c'est lui seul qui les pardonnera. Lorsque nous les confessons au tribunal de la pénitence , nous ne les confessons qu'à lui ; et c'est lui qui nous en donne l'absolution par la main de son ministre , qui n'i-st que l'instrument auquel il a confié ce pouvoir. Nous devons savoir aussi (¡ue les saints ne peuvent faire des miracles par leur propre vertu ; ils ne peuvent avoir par eux-mêmes un pareil pouvoir. Le Dieu tout-puissant peut seul les opérer , soit qu'il les accorde à nos prières , soit qu'il cède à celles des saints qui ne peuvent en être que les instruments par leur intercession. C'est ainsi que, d'après le dogme de l'Eglise , lorsque nous prions les saints d'intercéder pour nous , nous devons être bien convaincus que Dieu seul peut nous accorder les grâces que nous demandons , et que les saints ne peuvent être que nos intercesseurs. Si les saints pouvaient par eux-mêmes , ou faire des miracles , ou accorder des grâces , ils seraient dieux.
» La déTolion aux saints , réglée de cette manière , est trèsutile pour nos progrès dans la vertu. la lecture de la Vie des saints , les exemples héroïques de leur conduite iious portent à les imiter, à abandonner la voie large et pleine de dangers, pour rentrer dans le sentier étroit qui les coniluisit à la gloire. El si nous les invoquons dans la vue d'obtenir de Dieu , par
leur ¡nlerccssîon , un vrai reponlir , la yráce de Iriomplier des leiilalions, la lorce de leiioiiter à nos mauvaises habiUules ; ou si nous recourons :\ eux <ians le dessein d'acijuérir les \eilus (jui nous niancjuenl , alois noire dévotion est éclairée et solide. Si les iéles des saints nous ¡ns[)iient le désir ardent de fréquenter les sacrements et de iaire des projjrès dans laniour de IJieu el du prochain , alors nous leur rendons un hommage qui tourne à notre avanlaiie et que la reli|j;ion a|q)rouYe.
» Malheureusement nous n'implorons les saints le plus souvent que pour obtenir les biens leujporels , tels (jue la gucrison d'uiie inlirmilé , le gain d'un procès, l'abondance des récoltes, l'eloignemenl des lemj)èles , des incendies et d'autres accidents , la sali.sfai tion d'a\oir des enfants el autres choses senjblables. Ce n'est pas une action reprehensible que de recourir aux saints {iour de telles c]u)ses , lorsqu'elles ne sont ni injustes, ni ¡iréjudiciables au prochain ; et Dieu ne nous détend point d'implorer sa bonté pour acijuérir les biens temporels; il nous a lui-même ai)pris à lui demander le pain de chaque jour ; el l'Eglise le prie de nous donner et de nous conserver les fruits de la terre On peut donc demander les biens temporels , mais dans la vue de i)ar\enir à obtenir h'i biens s[)iriluels. On doit prier pour la paix ¡uibliijue el particulière , parce que la guerre el les dissensions amènent les désordres et le crime ; el nous devons recourir i» la bonté divine dans les calamités générales el particuiéres , parce qu'une pauvreté excessive peut nous précipiter dans une iniinilé de ¡¡érils où noire conscience serait engagée. En un mot , on peut demander tous les biens, lorsque les motifs, qui nous y déterminent, sonl purs.
» Mais la première obligation du chrétien , qui demande ce genre de gri\(es , est d'èin; humblement résigné à la volonté de l)ieu , qui sait ce qui nous convient mieux que nous. Celui (¡ui ne deniande pas dans celte disposition d'esprit, el (pii , en in\oquanl les saints, n'a pour but que les avantages temporels, ignore l'esprit de la religion , el n'a qu'une dévotion fausse el moudaine.
» Si quelqu'un s'obstinait à refuser aux saints ce culte cl celte vénération qui leur sonl dus, sa coiuluile serait très- reprehensible , comme contraire A la pratique de l'Eglise , et conforme à l'opinion des hérétiques. Mais (juel chrétien ne se choisira pas des amis parmi les habitants de la cour céleste , afin qu'ils intercèdent pour lui dans la carrière périlleuse que nous courons tous?
» Si quehiue dévotion particulière peut enflammer le cœur d'un chrétien qui adore Dieu par Jésus - Christ , c'esl (elle que nous devons à Marie, sa très -digne Mère. Celte ^'ierge sans tache est non - seulement sainte , elle est la reine des saints ; elle est supérieure à tous par l'éminence de ses vertus. Ses prérogatives sonl si sublimes , que l'éclal de tous les habitants du Ciel s'évanouit à sa vue j le litre de Mère du Fils unique
de Dieu est si élevé , que noire esprit ne peut atteindre au degré de vénération qui lui est dû. Aussi les chrétiens lui rendent-ils un culte supérieur aux autres saints ; et l'Eglise nous apprend que , dans nos besoins , nous obtiendrons de plus puissants secours par son intercession que par celle des autres bienheureux. Marie fut par excellence pleine de grâces , celle de toutes les créatures pour qui le Tout - Puissant a fait le plus de grandes choses. Tant qu elle vécut , elle fut enrichie des dons surnaturels les plus abondants ; dans le Ciel , elle fut élevée ù des honneurs ineffables 5 et , toujours miséricordieuse , elle est sur la terre protectrice particulière des chrétiens , et le refuge des pécheurs.
» Aussi il n'est personne dans notre religion qui s'occupe de sou salut éternel , sans avoir une dévotion particulière ù la sainte Vierge ; qui ne la révère comme une mère tendre , et ne la regarde comme un intercesseur puissant. Marie est d'ailleurs l'exemple le plus parfait de rhumililé , de la pureté, de la patience , de la charité, de l'amour de Dieu , et des vertus les plus eminentes. Tous les chrétiens doivent avoir les yeux sur cette Reine du Ciel , pour s'appliquer à l'imiter. Les vierges qui se consacrent à Dieu trouvent spécialement en elle le tableau le plus accompli de tout ce qui plaît à leur divin Epoux. Mais , pour que notre dévotion pour e|le soit vraie , il ne suffit pas de l'invoquer, de célébrer les fêles en son honneur ou d'étudier sa vie et ses actions ; elle doit , pour être solide , consister dans l'imitation de ses vertus , autant que notre fragilité peut le permettre. Qui pourra plaire , s'il n'est pur , vrai et humble , à la plus pure et à la plus humble des vierges ? Oui pourra , s'il n'aime et ne sert Jésus- Christ , son Fils, se rendre agréable à la plus aimée et à la plus aimante des mères ?
» La dévotion la plus particulièrement agréable à Marie , la prière que celte puissaf)le protectrice reçoit avec plus de plaisir, est celle du pécheur qui l'implore pour obtenir de Dieu la grâce d'abandonner le péché et de se corriger ; celle du bon chrétien qui l'invoque pour obtenir celle de se conserver dans la loi de l'Evangile, et de ne pas s'écarter par sa fragilité du droit chemin. La dévotion de ce dernier est parfaite , puisque , dans le même temps où il implore Marie , il s'efforce de servir le Seigneur , et ne lui demande que de le servir mieux et de le servir constamment. Celui qui a celte dévotion peut être sûr d'en obtenir le fruit, et compter que celte divine Mère, pleine de l'amour de Dieu et des hommes , si puissante dans son intercession , n'abandonnera pas celui (|ui la prie avec tant d'instance , sans l'avoir conduit à la vie éternelle. Mais se croire dévot à Marie , la plus pure des vierges , lors([ue le cœur est encore corrompu , lorsqu'on ne songe pointa réprimer ses passions, ni à réformer dans sa conduite ce qu'elle a de vicieux, c'est s'en imposer grossièrement.
» Je sais que les hérétiques se moquent de celle dévotion , parce qu'ignorant la vraie doctrine de l'Eglise , ou conduits peut-
èlrc par nn principe de niéi baiK été , ils lui allrihucnl des opinions excessives sur le culle de la saiule A'ierge ; mais les domines de l'Ei^lise existent dans les décrels des pa|)es el des toruilcs , dans les calécliisnies ap[ir()U\és, el non pas dans les écrils de le! ou tel auleur particulier (jui , par reffel d'un zèle indiscrel , a pu loniher dans des excès que l'Ki^Mise désaj)¡;r()uve. J'ai dil que la dcYolion à Marie doil être Irés-supcrieure i\ et;lle qu'en doil aux autres saints ; qu'on ne saurait louer assez celle créature sublime, la |)lus pariaile qui soit sortie des mains de Dieïi , la [)lus riche de ses dons , et (jui surtout est la m«';re de i'Iloninie-Dieu. ?vous lui devons noire vénération comme à l'avocat le plus puissant que nous puissions (!m[)loyer; mais nous ne devons pas croire (¡uc [)ar elle-même elle puisse nous pardonner on nous sauver.
» On j)ent donnera la sainte Vierge le litre de medialriie , mais par analogie el j)ar rappoil au pouvoir de ses prières auj)rès de son Fils , et parce ([u'eile est la mère du genre humain entier.
» Quoique la dévotion à Marie soit aussi juste qu'elle est utile, il est indispensable que nous ayons toujours la dévoli(in la plus vive envers Jésus-Christ ; ce doit être la première et la ¡)lus essentielle i\ un chrétien. Ses mérites sont l'unique confiance des hommes ; c'est par eux que nous obtenons le pardon de nos ])éthés; ils nous souliennenl parmi les écueiis el les périls de cette Aie , et nous conduisent eniin au Ciel. L'Eglise nous enseigne encore à regarder Marie comme noire espoir- mais nous ne le plaçons en elle (ju'à raison de son immense charité et de l'efficacilé de son intercession.
» Tant (jue le chrétien est dans ce monde , dit sainl Prt«/ ; il doit travailler à son salut avec crainte et circonspection. La conversion et la griUe finale sont des dons gratuits de Dieu , cl rien ne peut donner la certitude de les obtenir. Ayons toujours présent que Jésus-Christ lui-même nous a dit : si vous demandez ([ueUine chose en mon nom , je vous l'accorderai ; observez qu'il ne dit pas au nom d'un autre , mais en mon »otn. ?s"oublions pas non plus ce que nous dil le grand Apotre , qui regarde comme pontife Jésus Eils de Dieu , qui est monté au Ciel : maintenons- nous fermes dans la foi que nous professons ; le pontife que nous avons compatira à nos inlirmilés , puisipi'à l'exi eption de celles du pé( hé , il les éprouva comme nous. Présentons-nous donc avec confiance devant le trône de sa grûce , pour y obtenir miséricorde et être secourus dans nos besoins. A la vue de tant de besoins et «l'une si grande certitude d'être écoulé, qui n'ira directement se jeter aux pieds d'un Dieu si miséricordieux el si bon ? Qui peut nous aimer |)lus qm» Jésus-Christ , qui est mort pour nous , (|ui nous nourrit de sa < hair et de son sang , qui désire el n'allend que nos prières pour nous exaucer? Quel chrétien peut être retenu par la crainte ou la méfiance ? Piions-le donc directement , et demandons aux saints , el s[)écialemenl à Marie , mère de miséricorde , qu'ils intercèdent pour nous et nous aident de leurs prières.
» Lorsque la dévotion à Marie esl conforme aux dogmes de l'Eglise , elle est préférable à toutes les autres , la dévotion à Jésus-Christ étant d'une obli-,'alion indispensable , ou plutôt étant l'essence et le fondement du christianisme. Qui peut douter que cette mère de miséricorde, pleine de l'Esprit de son Fils, ne s'intéresse efficacement pour ceux que réclament sa protection ? Et ce Fils, infiniment miséricordieux, que pourra-t-il refuser à la créature qu'il aime le plus , et sur laquelle il a répandu ses grcàces avec le plus de profusion ? Que Marie soit donc continuellement l'objet de voire vénération et de votre amour; adressez-vous à elle dans tous vos besoins et surtout pour obtenir les biens spirituels. Elle est la mère de l'amour pieux , de la crainte filiale et de la sainte espérance; elle pourra vous procurer des biens infiniment supérieurs à tous ceux du monde. Elle vous assistera pendant votre vie , et j'ose vous assurer que vous éprouverez la puissance de sa protection à l'heure de la mort.
» Je voudrais aussi vous inspirer une vénération particulière pour saint Joseph. Si Dieu choisit Marie pour sa véritable mère , il choisit Joseph pour le véritable époox de Marie; il l'adopta pour son père putatif, et lui confia la garde et le soin de la Mère et du Fils. Quels sublimes titres, quels droits pour être écouté ! N'oubliez pas non plus votre ange gardien , objet de la dévotion générale de tous les chrétiens , qui savent que c'est l'ami et le compagnon que Dieu leur a destiné ; qui les sert , les tient sous sa garde , prie continuellement pour eux et doit les assister à l'heure de la mort. Choisissez ensuite ceux que Dieu vous inspirera ; mais n'oubliez jamais qu'ils ne sont tous que des serviteurs de Dieu qui prient pour nous , et que Jésus-Christ seul est le maître , à qui nous devons adresser tous les sentiments et l'adoration de notre cœur.
M Lorsque la dévotion chrétienne est véritable, elle est intérieure et réside toujours dans le cœur de celui qui aime sincèrement Dieu et les hommes pour l'amour de Dieu , qui est toujours prêt à obéir à ses commandements , et qui n'espère qu'en son .secours et ses mérites. Le bon chrétien ne doit pas cependant se borner à celte dévotion intérieure ; il doit par des actes extérieurs manifester les sentiments de son ûme. Cette obligation naît autant du respect (jue nous devons au prochain que de celui que nous devons ;\ Dieu. Celui qui trouve dans notre conduite ou dans nos discours quelque chose qui dément cette idée , peut ou en être scandalisé , ou s'autoriser de notre exemple pour l'imiter. On ne peut concevoir comment un chrétien peut paraître sans respect dans les églises. Il est aussi contraire à la décence qu'injurieux à la religion de voir dans les temples des gens sans aucune retenue , qui viennent y passer le temps, parler de choses oiseuses, et quelquefois s'entretenir de leurs désordres. Us ne devraient s'y présenter qu'avec la componction et Ihumilité qui conviennent h des pécheurs qui viennent implorer la miséricorde divine -, et ils y apportent l'air de la dissipation et le maintien de ceux qui vont se divertir au théûtre , aux assemblées profanes !
» Ce désordre provient de ce qu'ils ne sont point pénétrés de la présente de Dieu, et ne réllcchissent pus (ju'ils ne \ont dans les temples que pour l'adoier , lui p.irler cl le prier ; que l)ieu exige de nous une lérNeur ardente et un profond resjiett , lorsque nous us>i^toiis aux saifites font lions (le IKgti.se, el surtout au sacrifice non sanglant de la nic.sse. Quel scandale de voir tant de personnes suivre les piocessions (»ú l'on porle Nolre-Seigrit-ur , qui, sous ses veux , el loin de le suÎNre avec res[iect et silence, ne semblent y aller que par oisiveté , et promènent leurs regards de tous côtés pour voir et [)Our élre vues; qui enfin ne s'unissent au cortège (|ui accompagne Jesus-Cliiist , «juc pour l'insuller et braver ses ebàlimenls 1 Quel sjK'ctacle édiliant au conlraire (jue celui des elireliens bumbles de cor[)S et desprit , (jui , par une décence extérieure , annoncent les senlimenls intérieurs de leur unie , et semblent voir des veux du cor[!S loul ce (pie la foi rend sensible aux yeux de l'urne !
)t Urne reste, monsieur, à vous entretenir des articles les plus im|)orlants de la religion et peut-être les plus nécessaiies. Quoi- <|ue tout ce que nous avons vu présente des moyens sainls et utiles [)our éviter le mal et pratiijuer le bien , la laiblesse el la fragilité humaines sont telles que , malgré eux , l'iionime tombe sans cesse , et viole la loi sainte. Quel sérail noire malheur , si la niiséricorde divine ne venait à notre secours par des mo\ens plus IMiissanls , jiour nous vAé\Qi et pour nous fortifier ;i l'avenir ! l)ieu (dein de honlé nous en a réservé d'efficaces , à l'aide desquels nous [luuvons renirer el <roitre de nou\eau d;ins sa grà( e cl dans tous les droits du bapléme. Tel est le sacrement de la pénitence , tel est [)our nous le sacrifice de la messe , tel est le sacrement de l'eucharistie. Ce sont les trésors que la religion nous préser.le , les sources inépuisables de la grâce , d'aulanl plus ina[)|uéciables et digues de notre vénération, que leur divin fondateur lesa [¡roporlionnées à la capacité des faibles el des ignorants, comme à celle des forts el des savants.
» l.e [irix infini dont ils sont revéliis doit les rehausser singulièrement à nos yeux. Les prières |)ul)li(|ues et parli( ulières peuvent sans doute obtenir beaucoup du Seigneur , en pro[)orlion de la foi el des autres disposilions qu'on y appcnle. Mais ces actes sublimes de la religion , indepctulammenl de ce que cIkuuu y reçoit un i)rix pioporlionué au degic de sa dévolion , ont en euxmêmes une sainlele el un prix supérieurs, qui répandent sur nous une mullilude de grâces. C'esl par celte raison (|ue l'Eglise nous recommande l'usage l"rt'(|uenl des sacremenls. La raison en est sensible : sans eux on noblienl ¡las son salut , el ils servent à allirer sur nous les bené(!i( lions du Ciel.
» En elTel , monsieur , le (hnlien fragile, qui n'a pas su conserver la grâce (ju'il reçut par h' bapléme , el (jui , par la transgression de la loi , d'enfant de l>ieu qu'il élait s'est rendu esclave tlu démon ; l'homme (|ui d'héritier du Ciel par Jésus-Christ , se \oil par ses péchés declui el condamné aux peines éternelles , n'a
d'aulre ressource que celle de laver ces nouvelles taches dans les eaux salutaires de la pénitence : elle est la seule qui nous reste après le naufrage. Mais quelle miséricorde de la part de Dieu ! quelle consolation pour l'homme faible et misérable , qui , étant si Toi tement porté au mal, y sait si peu résister , que celle d'avoir à sa portée ce nouveau moyen de rédemption ! La religion nous apprend que Dieu ouvre le sein de sa miséricorde à tout pécheur de bonne foi et résolu à se corriger , qui confesse ses péchés avec un sincère repentir 5 elle nous apprend (pj'il lui pardonne à l'instant , et le reçoit coniiue un bon père reçoit un iils repentant.
» Dieu lui-même est garant do ccttiî promesse •, ce serait lui faire injure , et n'avoir pas une idée juste de sa clémence paternelle , que de douter qu'il ne nous ait pas pardonné , après une confession entière et sincère. Nous devons ne nous méfier que de notre faiblesse , dans la crainte qu'elle ne nous induise à de nouvelles fautes • c'est dans cette vue que nous devons prier fréquemment , et pendant toute notre vie , pour obtenir la grâce sans laíjuelle il nous serait impossible de nous soutenir. Dieu se plaît dans notre repentir, et dans l'occasion de nous pardonner , lorsque nous revenons à lui avec un regret sincère d'a\oir péché et la ferme résolution de nous corriger. Celle idée doit rétablir la paix dans notre àme , et nous porter à marcher de nouveau en sa présence avec une ndéiilé inviolable.
» Ce sacrement nous est nécessaire non-seulement pour recouvrer la griice , il nous est encore utile pour la conserver et nous aider à croître en vertus, puisqu'il a deux fins principales : l'une de nous acquérir la grâce que nous avions perdue ; l'autre , de nous porter à nous corriger de nos défauts , en nous facilitant l'exercice des vertus opposées. Mais combien n'est-il pas de pécheurs qui ont eu des moments favorables , pendant lesquels , se livr.uit à la douleur d'avoir failli , ils ont confessé leurs péchés av(u; un viai repentir, et ont pu avec raison être convaincus que h\ bonté divine les leur avait pardonnes , et qui cependant n'ont pis persévéré longtemps dans ces sentiments salutaires et sont retombés de nouveau ! Il y a plus de confessions que de conversions ; et il est plus facile d'implorer avec succès la clémence de Dieu que de se défendre ensuite de la faiblesse humaine. H en est d'autres, et ce sont les plus coupables, qui semblent se prévaloir (le sa facilité à pardonner pour recommencer leurs désordres , comme si le tribunal de la pénileme était un asile à la fuveur du([iiel on pût vivre dans l'iniquité.
» l.e remède ù tant de maux consiste dans le soin de veiller sur nous-mêmes , de demander sans cesse à Dieu de nous soutenir par sa grâce , de lire des livres édifiants , de se nourrir de la parole de Dieu , de se choisir un confesseur prudent , dans lequel nous puissions voir »in ami digne de toute notre confiance, â qui nous rendions compte de la situation de notre âme , â qui nous nous confessions do nos fautes , quelque légère» qu'elles soient ,
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iiliii travoir ses ronst-ils daiisrlrs Iciilalioiis cl les périls do la vie. Uulie les biens duiil nous serons redevables a celle conduite docile cl soumise , le pechenr doit sa\oic qu'ayant oliensé IMeu giievenieiil, non-seulenienl il esl'olilige dti veiller sur lui avec plus d'atlenlion , niais en( (ire de [iroduire des ii iiils dignes (ic iienilence.
)i Tel esl le .si-iilinieiil des l*cMes de IKtilise ; ils disent (jue l,i vie d un ( lireticii doit elre une pénitence conlirmelle , i'j^.iUineiit iiMli>|ii'ii>al)le pour cliacer les pc» lies passes et pour s'en pirseiNer a l'aNenir. l^a piicie, le jeune , rauiiione , la moi liiicalion el 1rs U'UMes de niiseï ironie iioi\enl etie letal lialtilml de celui qui a ele a>se/. injuste pour ab-ndonncr Dieu el >e livrer a ses pissions. L'esclave (|ui s'enluil de cIk z ^on niailie et (¡ni a son i»'lour ne reçoit que de.> caresses , doit rcwOiililer tie ii(l> lite , et conijienser par sa patienct; et une grande ap|ili(ation au ti.iNail le ctialinient dont la bonté du mailre l'a (¡is|»ense.
«Mais comme, en depil de notre raisiin , la n.itiiie se dcinbe A tout ce (|ui peut la laiie soiitliir , Dieu , (|iii sait (|i!e nolii- i.iililesse ne nous [)criiallr..il (i.is des pénitences \oloiitaiie> jour eliacer nos peches el en prexiMiir de nou\e.iU\ , daigne, dans sa niisericorile , suppléer aux moitiiicalioiis <jue nous lu; iiou> inipose- I ions [las iious-mèines. C est dans celle vue (pi'il nous enxoie les é(iidtinies , la guerre , les iin endies , les procès , les chagiins , la (jauvrelé ; et, plus (¡ue tout cela, ce nombre intini d iiiHrmiles qui assiég;ent les boiuines. Oui pourrait nomhrer les maux au\- (piels ils sont assujettis? (!t (pii d'entre nous ne paie son tribut diî (foiileur ? Le péclieur \ieilli dans l'ittiquilé , et auquel ^es pro[)res. remords re[u<Kbeiit le désordre de sa vie , doit reconnaître qu'il a niéiile d'être clu\lié , et recevoir avec résignation la punition (|u'il Il Cùt pas eu le c(nirage de s'imposer à lui-même : il doit s'(>stiiiier heureux da(([iiilter ainsi dans ce monde uiu.' délie (pi il eùl pa\ee dans r. Mitre par des peines éternelles.
» dette i>ouiiii>sion vo.ontaiie , cette roignation liliaie à î.oules les adversités , nous montre un ordre admirable dans les desordres ap[)arents (pie Dieu jiermet dans le monde. Celte vertu , l'une des [)lus importantes que nous prescrive notre relitiion , est la patience , lille des trilHilalions , dit saint /'aul. Le chrélien doit soulÎrir ou être dans l'intention de souffrir pour l'amour de Dieu tout le qu il lui envoie. (>'csl ainsi (pieu ont toujours agi el agissent encore les saints (pii suivent le modèle (jui les aninie par son exemple , et (pii , par ses souUVances et ses langueurs, leur enseigna a porter sa croix. Le Seigneur souflrit pour nous , dit saint Pinre , alin (pie nous sui\ ions ses traces, il (aut avoir de la lorce daiH les tribulations de la vie , et être certain (jue plus nous souillons pour l'amour de Dieu , plus les récompenses que. nous recevrons seront grande-. Heureux ceux qui pleurent , parce qu'ilx seront consoles , dit Jesus-t^hrist ' , pour la consolation des aflligés.
I, Malih. v. 5.
» Si notre foi élait vive , nous reconnaJUions que les Iribulii— lions sont le chemin le plus sûr pour oblenir Its reionipenses inûiiii-s qui nous allendeiil , el nous serions les liieniiers à les eheiclier. Le plus giùnd niolil de cunsoialion que nous puissions avoir , esl d'elle bien convaincus que Dieu sait mieux que nous ce qui nous convient pour èUe Nerlueux el sauver nos ames , et qu'il ) a ¡)ar conséquent de la folie ii murmurer contre la l'ro— videiue. L'expérience nous prouve que la prospérité est ordinairement le princi{)e de la prinarication , taniiis que les afflictions, en nous humiliant et en nous détachant des fi.ux hiens , nous rappellent à Dieu. La nature eorrouipue voudrait (¡ne le chemin du Ciel fût absolument eou\eil de ueurs. Heureux celui qui reçoit a\ec résignation tout ce que Dieu lui envoie 1 Mon dessein Ji'i:sl point encore de vous entretenir aujourd'hui du sacremeul de petiilence ; nous en parlerons lorsque vous serez disposé à faire une confession générale. Je vous expliquerai aiois les conditions qu'elle exige : mais il était indispensable de vous en parler, pour embrasser dans toute son étendue res¡¡r¡t et le plan de noire religion.
» J'en dis autant pour ce qui regarde le sacrifice de la messe. C'est l'action la plus sainte , la j)lus agréable cl la plus sublime pour le viai chieiien. Elle est le nioyen le plus con\enable et le plus efticaee pour rendre à Dieu te culle qui lui convient et pour oblenir les grâces de sa miséricorde. Le saint sacriiice est audessus de toute comparaison, puisqu'il a été établi par Dieu luimènie , el qu'il nous en a prescrit la pratique. 11 est le renouveiienjent de la cène de notre divin Sauveur, lorscjuil consacra le pain et le vin , et distribua aux apolres , sous les espèces sacramentelles , son corps et son sang ; ce corps , (¡u'il allait livrer hieiilôt aux lournienls que lui préparaient les Juifs, el ce sang,, qu'il devait réj)andre pour la soumission de nos pé( liés. H recommanda alors aux disciples de renouveler la mémoire de sa passion, en leur disant : Faiics-le en mnno'tre de moi ; et il institua ce saint sacrensenl et cet auguste sacrifice.
» Nous savons que les apôlres obéirent à cet ordre. Saint Paul insiste sur la pureté et la dévotion des chrétiens qui viennent assi^er à la messe du Seigneur, et nous voyons dans les Actes des apôtres qu'ils s'en acquittaient avec le plus grand respect et les plus vives actions de grâces. Quel esl le chiélien attaché à sa religion , qui ne se remplira pas des sentiments dont il eût été pénétré ; s'il eùl eu le bonheur de s'asseoira ce banijuel céleste , el de recevoir de la propre nuùn de son llédempteur son corps divin et son précieux sang? V en a-t-il beaucoup , disait saint Jean ('¡tnjsosldvie au peu[)le d'Anlioche , qui aient vu de leurs propres yeux le visage el la personne de Jésus-Christ ? Eh bien ! toutes les fois (¡ue nous allons à la messe el que nous participons à la sainte eucharistie , nous le voyons réellement dans le sacrenu-nl. Non-seulement il permet à notre foi de jouir de sa présence , mais encore de le toucher et de le recevoir dans notre
sein. Quels scnliriiPiils ne doit [):is nous inspirer l'idée (jm'II est la loiil aussi présciil ([nil l'elail à la deniicrL' cùikî qu'il lit avec SOS disciples !
« La messe est eiK oro la LOinmémoraisoii do sa Passion , dertiier ollbrl d(! son aiiionr pour les liotnnit;s. L'A|)olro nous dit : TîmiIcs les l'ois (juo vous niaiiiierez ce pain et boirez ce calice , vous nnnoneoroz la niorl du Sei<,Mieur, jiis(|u'à ce (¡n'il vienne nous jngor. Aussi le clirelien <|ui assiste a la messe doit-il a\oir sans cesse sous les >eu\ U' >¿\i\uá sjíoctacle du ("alvairo ; il doit voir son Sauveur expiiant sur la croix et vers'uil son saiitr pour nous racheter. \/.i PH'sse renfernKi les deux piiiu ipalos a* lions du Fils de IMou : I Une , riJucliarislie , en tant i|u'il nous îlonne ce pai:i celeste (|ui nourrit r:os ;\ines et les soutient dins la vertu ; l'autre est le saeiilico offerl par lui pour oiTa.er tous les péchés (jue la frai: ¡lité nous fait cominollre , on nous appli(iuant les méiites de Jésus - (^lirisl , lors(|uo nous sommes bien disposés pour les recevoir. C'est pour(juoi nous devons y voir le plus augusto , le plus imjjorl.inl et le plus utile des actes du clu isiianisme , soit que nous \ouIions adorer Dieu d'une minière [ilus puiaile , on ¡ni demander les grâces nécessaires [lonr ne pas l'oirenser , et oblonir le pardon de nos fautes, soit parce qu'il est en mêine temps le mo\<'n le plus propre de remercier l)i;Hi de ses Iden— faits.
» Pour comprendre tout le fruit qu'on peut retirer de la messe , il sullit d'en examiner le mérite. Mlle est le vrai et runi(|ue sacrifice des chrétiens -, elle est le renouvell «menl de l'ineiTible sicrifice que Jésus-Christ offrit à Dieu, lorsipu' sur la croix il donna sa vie pour les hommes. Dès l'ori^inii du monde . il y a eu des sacriiices ; dans tous les temps les hommes ont immolé et offert il Dieu des agneaux , dos (pi lilrupè les , dt's oiseaux. (2'était un tribut (¡u'on rendait , à son ponvoii" sou\orain , de tout ce (|ui existait ; el ce sacrilice, cette obhtion dos animiux qu'on faisait à Di'.Mi , était le symbole de la disposition d(; rhomine à lui tout sacrifier , jus(|u'à sa propre vie , pour lui plaire el l'apaiser Les geniils avaient eux-mêmes leurs sacrifices, et la tradition universelle nous apprend (jne c'était le seul moyen de se rendre la Divinité propice.
» l.'Ap<(lie , et apiès lui les saints Pères nous ont dit (jue ces sacrifitos , faits pr.r les (ils d'-4(/(i/// et par les Juifs, n'étaient que le symbole et la ligure de ce sacrilice d'amour (jui nous était preparé. Il fallait que Jésus-Cbri-«t , lepiésenlé par l'agne.iu (pie les Juifs immolaient et m ingoaient dans leur p;\(pio , s'ídfíil hiinuMU' pour mourir |)our nous , pour nous racheter du pèche , et nous ri'lablir dans les droils de la gloire (pie nous avions perdus. Les prophètes avaient prédit <pie les sacrifices sanglants seraient iibolis el remplacés par un sacrifice plus pur et plus spirilu(d. J)aci(l avait antjoncé (¡ne le Messie serait Pontife suivant l'ordre de J/<;/c///*í'(itc/í . c'est - ÍÍ - (lire suivant l'ordre de ce roi - piétic qui n'olTrail point ù Dieu des animaux immolés, mais seulement
du pain et du via ; et Jcsus-Clirisl se servit du pain et du vin pour la IranssubslanliiitioM de l'un et de l'autre en son corps et en son sang. L'animai qu'on üíFrait à Dieu dans les anciens sacriijces se nommait holocauste , hostie ou vicîinie ; et le Fils de Dieu , qui prit chair et se lit homme , s'offrit a Dieu pour nous sur la croix , comme une viclime sans tache. Dès-lors il n'a cessé de l'être , et il le sera tant que le monde existera , et que les piètres de la nouvelle loi consacreront sous les espèces du pain el du vin.
» 11 était d'usage, dans les anciens sicrilîces, que celui qui donnait la victime avait le droit d'y partie iper en er» mangeant une portion , comme une marque que c'était son sacriiice , el po\ir obtenir par lui les grâces qu'il demaniiait. l);!ns le nouveaii sacriliie de l'autel, où Jésus - Clirist s'offre à son Père éternel [)0ur viclime , il a pL'rmis à tous les fidèles de pouvoir participer à la vi( lime , et de manger et de hoire le corps et le sang qu'il sacrilia sur le tlalvaire , et qti'il offre de nouveau pour eux. Elle est la marque (jue le sacrifice s'offi il pour eux.
» L'exposé de ces vímíIcs doit nous faii'e reconnaître conibion la sainte messe est admirable et divine. Avec quelle «iévolion ne doit-on pas la célébrer et l'entendre ! En quclijue lieu qtie soit le saint Sacrement , soit dans le tabernacle , soit sur l'autel , soit qu'on le porte en procession ou comme viatique , nous devons l'envisager comme étant sur son trône de miséricorde, nous devons l'adorer et lui demander ses grâces. Dans toutes ces circonstances , nous pouvons espérer de les obtenir ainsi que son secours puissant pour la règle de notre vie ; mais il n'en est aucune qui nous offre l'avantage que nous présente la messe. Dans toutes ces circonstances, l'action du chrétien qui s'adresse à Jésuí-Chri^t n'a d'autre mérite (|ue celui de la ferveur el de la dévolion de celui qui l'implore , c'est ce que les théologiens désignent par ex opere operaniis ; tandis que la messe a en elle - même un mérite intrinsèque qui s'app!:(]ue au chiclicn qui l'entend dans de bonnes dispositions , et au ministre qui la célèbre : ex opere opera ta.
» La bonne disposition de l'un et de l'autre esl sans doute nécessaire pour en recueillir le fruit , el rendre grâce à Dieu des bienfaits reçus et en obtenir de nouveaux ; mais l'obtention de ces grâces esl due à la vertu et à la force , ou á l'efficac ité du sacriiice non sanglant par lui-même , puisque le Eils de Dieu l'a destiné spécialemeul [)otir api.liquer ses mérites infinis à ceux qui li; ( élèbrent dignement. Si les sacrifices de la loi ancienne , qui n'ctaicnt que la ligure de la nouvelle , étaient unti source inepuis.d)le d(i grAces,que ne doivent pas espérer les chirliens , qui offrent à Dieu , Créateur de la nature, non des victimes d'aniuiaux éuorgés , mais son Eils unique el chéri , l'Agneau sans lache, par qui toutes les gr.lces s'obtiennent, et dont le" sang esl si précieux que sa plus petite portion suffit pour effacer les péchés d'un million de coupables ?
LKTTílE Xl\. .'^13
« Oiioiqíi'on no pnisso offrir à Díimi dlioílic; plus sainte et plus ,>í;i(';il)le , el (ju'ellc! soil en elh.'-niènn! d'un jirix inlini , .-.on piiv , en lanl ({u'íl s*;ippli(|ue au elirétien , csl plus ou moins elenilu , selon sa (]¡S|»os¡li()n p;irticulièie el ¡accepUilion q»ie Dieu (laii;ne en l'aire. D'abord l'Ii^lise y parlieipe , c'esl-á-dire, Tuniversalilé des íidéles pour iestpn-ls on l'oIVre á Dieu , el il en est de même úvs moils (|ui sont soulagés p;ir les prirres des vivants. I/îCj-lise le croit ainsi ; elle se l'onde en cela sur la tradition de tous les siècles el sur le livre des iMa(hal)ées. Il est égaU;nienl eertain ((ue ceux que le prêtre nomme ou à qui il a l'intention de riippli(|uer , y ¡)ar[iripenl , lors même (ju'ils ne seraient p.is |)rcs('nls , si d'ailleurs ils se trouvent dans les dispositions convenahli's. Le degré des grâces que chacun en reçoit , quel (¡u'il puisse être, est un secret que Dieu s'est réservé. Le trésor e.-t iniiiii , mais sa répartition dépend de son acceptation el de sa volonté. Ce qu'il nous importe de savoir , c'est qu'il n'est aucune prière (¡u'il re(;oi\e plus iasorablement que le saint sacrifu^'e de Taulel.
» Les justes ne sont p is les seuls ()bli;:;;és d'assister à la messe les ¡ours de l'èle ; celle obligation regarde tous les fidèle.-, (cux mêmes qui se reconnaissent coupables de péchés graves. Car <pioi(pril soit vrai (juü la messe ne donne pas la grâce sanclilianle à celui (jui la pi'rdue , et (|ue cet elFel , suivant le concile de Trente , n'a-pparlienne qu'au sacrement de la ¡)i'nileii( e , cependanl le pécheur qui y assiste avec respect et componction , tout indigne qu'il esl d'oll'rir une victime si sainte , peut (!c— mander et espérer les grâces qui lexcitent au repentir el !e con- <!tiisent au saint tribunal. Celle; prière faite avec sincérité esl ordinairement écoidee , el une fois (jue les ch lines du péché sont rompues , les grâces viernienl en |)Ius grandi; abondance.
» La messe étant un sacrilice de [>roi)itialion , qiioi(iu'elIe n'cifici; pas h's péchés mortels , nous mérite le pardon des véniels , lors- (jue nous les détestons sincèrement. Lile attire sur nous les giâces spirituelles et teniporelles dont nous pouvons avoir besoin dans nos nécessités ou nos disgrâi-es ; cet inelfable sacrilice nous les obtient , pourvu que notre prière, dégagée de tout âmour-propre , n'ait pour but que le désir de nous sanctifier et de servir Dieu avec toute l'artleur d()nt nous sommes capibles. Toutes ces vérités sont indiquées dans les prières mêmes de la nif^sse.
» Alais ¡I y a une gramle difl'.'rence entre ceux qui assistent seulement à la messe , el ceux qui participent â la sainte messe. Ia's preuùers , lorsqu'ils sont exempts de péchés mortels el re— pent.inls de leurs péchés vénitds , en s'unissanl au prêtre en esprit cl avec dévotion, reçoivent de grands biens, et peuvent par un acte p:irticulier di-mander à Dieu de leur applitjuer les mérites du corps et du sang de Jésus-Christ , (ju'ils n'ont pas le bonheur de recevoir ; c'est ce (ju'on appelle communion spirituelle, ("et acte fait avec recueillement , avec désir et dévotion , est inliuiment salutaire.
414 LE TiUOMPUE DE L'EVANGILE.
» Mais la communion sa( ramcnlelle esl le premier trésor des grâces , puisque par elle le chrélien reçoit le corps et le sang- <ltt son Sauveur. Celte communion , it)(lispensable dans le célébrant pour consommer le sacriiiie , est le canal par le(|uel ses fruits se communiquent aux iidèies. ils n'ont pas d'aliment plus solide et plus pro})re à les soutenir dans la voie dangereuse du monde. Si les saints , si les hommes religieux peuvent se préserver du péché , s'ils résistent aux tentations , si leurs actions sont agréables à Dieu , ils le doivent entièrement à ce pain de vie qui soutient la faiblesse de leur nature , et ils peuvent espérer <iu'il la fortifiera jusqu'à la fin , puisque le Seigneur lui-même leur a dit : Celui qui mange ce pain vivra éternellement.
)) Nous avons assez parlé pour le moment de ce qui concerne la pénitence , la messe et la communion. Lorsque le moment sera venu de consommer ces actes , les plus sublimes du christianisme , nous pourrons nous en entretenir plus particulièrement. Je crois vous avoir donné une idée générale de la religion , sans avoir dit néanmoins tout ce que j'aurais pu dire. Le temps et les circonstances me procureront l'occasion de vous développer successivement ce qu'il est nécessaire de connaître , et j'espère que la grâce du Seigneur et la lecture des bons livres achèveront de vous instruire.
» Mais puisque vous avez retenu les prières importantes que je vous avais refonimandées , je vous prie de les répéter avec moi... » Hélas ! tnon cher Théodore , te dirai-je que cette demande inattendue me troubla? Je rentrai en moi-même, et cherchai à me recueillir. Après un moment de rellexion , je les répétai de suite et sans m'arréter. « \'ous les savez bien , me dit le Père , et nous pouvons commencer nos exercices. Nous dimes l'aulre jour que notre premier acte devait être de lenouveler les vœux du baptême , pour rentrer dans le sein de l'Eglise notre mère ; qu'à cet elft't il était nécessaire de réciter avec foi et dévotion le Credo , qui est le Symbole des apôtres et la profession de foi du chrétien.
» t>et acte , monsieur, est d'une grande importance , et demande de notre part beaucoup de solennité , puisque , d'un cOté , nous demandons pardon à Dieu d'avoir abandonné son Eglise , après la grâce ineffable de nous avoir fait naître dans son sein et de nous avoir lavés dans l'eau sacrée de la régénération ; et que , de l'autre , détestant noire apostasie , nous devons renouveler à Dieu les serments que nous lui avions faits, et lui jurer de nouveau fidélité, dans la ferme intention de remplir mieux notre nouvel engagement.
» Vous voyez combien cet acte esl grand ; il renferme les nouvelles obligations que nous allons contracter avec Dieu ; nous allons lui demander d'exaucer nos vœux , de nous recevoir dans son sein , et de nous traiter avec miséricorde. Ouoique Dieu par son immensité soit partout, et que partout il puisse nous entendre , l'Eglise demande que , lorsqu'on le peut , on remplisse
LETTIU*: XIX. 415
les aclcs de religion dans los lieux consacrés par elle à rexercice de son culte. (1 est la maison de la prière , le sancluaire ou Dieu reçoit nos demandes , et où il écoute plus ra\orüblemenl les ^oupirs d'un cœur plein de repentir.
» On a consacré dans ce nionaslère un endioil destiné a y ensevelir les morts de la maison , el où leurs corps attendent le moment de la résurrection i^énerale ; on y a prati(]ué une chapelle où nous leur rendons les derniers devoirs .Nous y avons une inia|ie digne de vénération , celle de Jésus-Lluist ciuciiie a qui nous adressons les i)riéies que nous iaisons pour eux. Les\ivanls s'y rendent , lorsijue parmi ces tombeaux ils veulent se pénétrer de la pensée de la mort , ou lorsquiqjrès les prières d'usr.gc , ils xeulent ( herclier quelques consolatiors particulières au|)rès de ])ieii. I^e lieu est solitaire el retiré; el demain , si vous le permellez , je vous y conduirai au moment où il n'y aura personne , et nous pourrons exécuter ce que nous désirons.
» Mon bul est de vous recevoir au nom de l'Eglise, cl de vojis admettre dans son sein , parce (pTa présent vous en Oies encore, éloigné. Nous vous en êtes exclu Nous-mème, et vous ne jouisse/ plus des dons (jue le Ciel disliibue par elle. \'ous ne participe/ point au Iruil des prières (¡uelle tait pour les lidèles , puisipie vous êtes tin membre nîorl : mais i\ii> l'instant que votre repentir el vos pri.'res vous auront rappelé dans son sein , vous aurez parla ses sacriGces cl à ¿es botnies œuvres ; tel esl l'avantage des clireliens , ils participent tous aux prières de chacun deux ; et cond)ien ne sont pas puissantes auprès de Dieu les prières et les supplications d'une épouse pure el thérie.qui renferme dans íon sein tous les élus (jui aiment pour réternilé ! »
Je répondis au Père queje serais docile à tout ce qu il me jirescrirail , toujouis prêt à le suiv re el à i";iire tout ce qu'il m'ordonnerait. « Hé l)ien ! nu* dit le Père en se levant . recommandez-vous cette nuit à Dii'u , ¡iivo(|ue7. Mdvic sa mère , saint Juseph el votre ange gardien ; priez-les de vous assister dans cet acte solennel, par le(|uel vous allez vous consacrer de nou\eau a Dieu ; demandez-leur d'élre garants de vos promesses. Songez «jiie ce jour esl le p'us important de votre vie ; vous allez faire le premier pas dans la voie (|u\ conduit au bonheur éternel. »
lise relira, el nie laissa dans l'allente du h'ntlemain , demandant à Dieu d'achever l'ouvrage que sa miséricorde avail daigné iomnuMuer. Adieu , mon cher Théodore.
416 LE TRIOiMPIIE DE L'EVANGILE.
Le philosophe à Théodoie.
J'ATrEMiMS li> Pcie , mon cîier Théodore , avec un trouble inexprimable. AL^n cœur était a^ilé comme au moment de Taire une action grande et extraordinaire ; mon inquiétude ne me laissait point de tranquillité, et je me promenais à grands pas dans ma chambre. TaniOt je croyais n'être pas sullisamment preparé pour nue entre[)rise si difliiiic ; tantôt je me persuadais que je ne pourrais la soutenir : j'étais en proie à la plus cruelle incerlilude et à l'anxiété la plus vive. Le Père parut, et la présence d<! cet homme angélique m'eut bientôt tranquil!i-é. .Son air religieux et ce caractère de sainteté qui était ré[)andu sur sa physionomie , réveilla vivement en moi le souvenir de tout cá) qu'il m'avait dit : il n'en fallut pas davantage po.ir bannir m^'s irrésolutions ; je me sentis bientôt un courage tout nouveau , et je mo disposai à le
suivre.
11 me conduisit par différents corridors jusqu'à un long escalier , par lequel nous descendîmes ; au bas , je me trouvai dans une vaste salle qu'entouraient un grand nombre de tombeaux où reposaient les Pères du monastère. Ce lieu n'était éclairé que par une petite lampt*, dont hi clarté se portait principalemiMit sur un grand crucifix placé sur l'autel ({ui s'élevait au centre de l'édilice. L'aspect inattendu d'un tableau (jui par sa nature inspirait »ine terreur religieuse , m'emut a loi point que j'en frissonnai. Je ne sais si le Père s'en aperçut ; il me dit : « C'est notre Dieu ; mais c'est un Dieu d'amour et de miséricorde. »
Il se mit à genoux , j'en fis autant ; et , tandis qu'il faisait Fa prière, mille pensées rapides et confuses occupèrent mon esprit. J'éprouvais un sentiment successif de terreur, d'etonnement , de religion et d'horreur; je voulais m'enlrelenir avec Dieu et me livrer à des actes de religion ; mais , malgré mon désir et mes efforts , je sentais combien ils m'étaient encore étrangers ; mon âme n'en ayant point contracté l'habitude , ils ne pouvaient pas encore m'ètre familiers.
Mais me rappelint que je savais bien et que j'étais convaincu que Jésus-Christ était mon Dieu et qu'il était mort [)ar amour pour moi , cette idée m'inspira une profonde horreur de moi-même. Ma perversité me paraissait indigne de pardon; et
Liî'niu-: XX. .\a
ni'iidrcs.sant diicctciiu'iil à lui , jií nrt'tii;i¡ du fond de iiionriLMir- Secuur$ ! cutnpassion ! ó mon iJieu ! Je répandis en mtMiie lonip'^ un totrent de kuiiies ; el , comme si j'eusse elé accablé de cet elloil , je me scnlis défaillir ; je relomhai dans un morne silence el dans ranéanlissemcnl lolal de mes facultés. Jiijiiore si je le.xliii long(cmj)s dans cet clal ; mais le l'ère slaiil rfle\é , il me lit asseoir sur un l)an.- , (jui élail à noire portee , cl me [)arla ainsi :
a Nous sommes, n)0Msieur, dans IK^^lise et en jjrcsence de noire Dieu. Il nous entend , el tout le (ael est peul-elie atlenlif à ce que nous allons faire. Sa miséricorde vous a conduit ici, elle vous a ¡ns[)iré le désir de rentrer dans le sein de la leligion. Fille de Dieu . épouse de Jésus-Ciirisl , l'Iiglisc sans cesse pénétrée de son espiit nt; désire, à l'exemjile de son celeste Lpoux , rien avec j)lus d'ardeur que de r;. mener au bercail la brebis é^;arée. Mais , comme son ministre , ji; dois vous explicpier aupaiüvanl ce (ju'esl riiplise et (¡uels sont les devoirs indispensables úv^> lidcles à son éjiard.
» L'Kglise est un ( ür[)s mysli(]ue. 'Jous les fidèles sont ses membres ; et Jésns-Cbrisl , (|iii la ionda par son sang divin , en esl la tèle. Quand il monta au (^iel , il lui remit tout son pouvoir , en l'assurant que tout ce qu'elle délierait sur la Ierre serait délié dans le Ciel. Il lui promit une protection qui ne doit cesser jamais, en lui disant qu'il sérail avec elle jusiju'à la consommation des siècles ; il lui déléjjua toute son autoiilé , el dé( lara que celui qui ne voudrait pas écouter TKglise, refuserait de l'écouter lui-ménu' ; il la choisit pour son Epouse cliérie , j)uis(iu'elle porte en son sein les élus qu'il aima des l'éleiiiité ; il lui envoya son Es[)rit divin , pour (lu'elle fùl l'oracle el l'interprète de toute viiité. J)'a¡)res ces titres , tous pouvez juger des droits qu'elle a sur les iils qu'elle adopte, el les obligations qui nous sont imposées comme chrétiens.
» Lors donc (jue , ¡>ar le baptême , nous entrons dans son sein , nous nous déclarons ses vassaux . cl nous devons lui obéir comme à notre souveraine. Nous sommes ses enfants, el nous de\ons l'aimer comme notre mère. Nous sommes ses membres , el nous (levons so\itenir le corps mysli(|ue de Jésus - Christ dont nous faisons partie. Klle esl notre souveraine , puisque Jésus - Cliri>l la laissa après lui investie de tout son pouvoir ; elle esl notre mère, puis(nu* , selon saint Aiigu.<h'n . i'ile nous a r.-crïgendrés en Jésus - (ihri.st ; elle nous a donné une. éducation diieticnni!; elle nous a instruits cl élevés dans la foi; elle esl le ( orps nnslique (!e Jésus-Christ, puis(|u'il l'a fondée el s'en est constitué le chef.
» Comme souveraine . elle nojis impose des lois , elle rend des décrets et des sentences , cl nous gouverne d'après l'Espril di\in , en se conformant aux maximes ('e IKvangile. Comme mère , elle nous porte dans son sein , elle nous prodigue les secours si)iriluels , nous aide dans nos besoins, el veille sur uous avec l'ai-
tenlion la plus aiTecdiouse et la plus constante. Comme corps mystique (le Jésus - Christ , elle nous unit à ce chef adorable à ({iii elle sert de canal pour les torrents de grâces (ju'il lépand sur nous ; elle nous communique tous les mérites de son sang , et nous coniluit enfin à la gloire. Quelles raisons, quels motifs pour nous la faire aimer et chérir !
» On ne peut douter que Jésus-Christ donna à l'Eglise ce souverain pouvoir, lorsqu'il dit aux apôtres qui la représentaient: Tout ce que vous lierez ou délierez sur la terre, sera lié ou délié dans le Ciel '. C'est-à-dire tout ce que vous jugerez, tout ce que vous déterminerez , tout ce que vous ordonuL'rez en matière de doctrine et de disiipline , sera confirmé et ratifié dans le (^iel , de telle manière qu'on doit considérer tout juginnent prononcé ou tout ordre donne par l'Eglise , comme s'ils étaient émanés de Dieu lui-même.
» ('elle autorité a une telle extension i[u'il n'y a aticun pouvoir liumain <j!ii ne lui soit subordonné. Ce n'est pis que lEglise prélenle franchir les bornes que son Epoux lui a assignées , ni excéder les droits qu'il lui a conférés. Le divin Suiveur a déclaré positivement que son royaume n'est p:îs de ce monde , voulant dire par là qu'il n'était pas temporel ; et c'est en conséquence que , sans s'élever au-dessus de l'autorité des hommes , sans vouloir l'affaiblir , elle s'est toujours montrée jalouse de maintenir ses droits et l'obéissance (ju'on lui doit. Tel est le sentiment des deux plus grands oracles de l'Eglise. Que tous, dit saint Paul, se soumettent à la puissance supérieure , parce qu'elle est établie par Dieu, et que celui qui lui résiste, résiste à Dieu lui -môme et s'attire une condamnation méritée. Saint Pierre nous enseigno que nous devons obéir à nos supérieurs, soit au souverain, qui est le chef de tous, soit aux commandants et autres délégués qui sont investis de son pouvoir.
» Mais lorsqu'il s'agit du pouvoir spirituel , tons doivent alors céder et s'humilier, depuis le monarque placé sur son tiiine , jusqu'à celui qui se traîne dans la poussière ; l'homme fort et l'homme faible, le savant et l'ignorant, tous doivent reconnaître la souveraineté de l'Eglise , et avoir [)i)ur elle la soumission respectueuse qui lui est due , sans acce[)li()n de lieux , de rang ou de circonstances.
» C'i pouvoir est tellement an-dessus d.e tous les autres , que les hommes n'en connaissent aucun (|ui puisse l'égaler. Aucun souver.iin , aucun potentat n'exerce sur les âmes un droit aussi étendu ; aucun ne peut m'ohliger à croire tout ce qu'il croit , à pen>er tout ce qu'il pense , à condamner intérieurement tout ce qu'il condamne ou à approuver tout ce (pi'il approuve. Je dois, à la vérité, par esprit d'obéissance, me conformer de cœur, autant qu'il est en mon pouvoir , à tout ce qu'ils jugent ou ordonnent ; mais, comme je sais (¡u'ils sont hommes et capables d'erreurs,
» Mallh. ivnt. 18.
s'ils se tiornpciil en oiïft , il iii'i'.»l impo^^iljlo de iicnser toiiime
ils (¡ClISCIll.
•) L Kylive , loiniiie lUinl infi.illiljlo , ol la siule |iuissí¡nte <jni I iiissc dire : Cioyi-/ lelie iliuse , il nous oblijjer a la doire iiilidii-iiu'iil cl du (oiid de iMjlre ( œiir , a Ici ]ioiiil (|iie lious ne |)ni>>i(ins ni luinier de doute , ni disi utcr ou ili'\er des objections <onlie ce ijuelle a jujié ou d(( idé. Lijixjii'cile a parié , l'esjjril le plus elevé el le plus borne doi\enl ejialenienl se rendre , el ni l'un ni l'auliu n'ont le dioil d'examiner ce (|u'elle u dé( iile. Si ({nel<iii'i'n refnsail a rKf^liî-e (elle soumission, elle est en droit de le li aller (oinine rebelle el de le sepaier de sa (oinniunion ; ello en agit ainsi à l'égard des liereli(|ues indociles, des brebis égalées ou perdues , lors(jue la miséricorde i\u Seigneur ne les ramène pas au ber<ail. Demandons-lui done eetle grAie, el suiloul demandons-lui ¡jour nous Iasimpli(ilé de la foi et la docilite d'e.vpril (|ui nous préserve d un pareil (gaiement.
» Nous devons eni (ire .¡¡mer l'I^glise noire mère, <omme élanl ses enfanls. In piopbèle disait : Lue mère peul-elle oublier le lils qu'elle a enfante? Relournant le sens de la proposition , sans la eontiedire , je vous dirai : Un enfi.nl peul-il oublier la nièriî qui le porla dans son sein , el à laquelle il doil la vie el l'existence ? La mère (jui abatulonnerait bon enfant et ne le traiterait pas avec bonté , sérail indigne d'un nom si doux ; mais l'enfant qui renie sa nièie ou qui l.-. traite avec indifférence , agit direelement contre les lois de la nature el contre celles de la raison. Si nous ( onsidérons la conduite de l'Eglise envers tous les fidèles , qui peut douter (prclh' ne nous [uodigue les altenlions el les soins d'une nu*re ?
'• Dès notre naissance elle nous a léengendiés avec Jésus-Christ parle baptême; elle nous marqtuî du sceau de Dieu , qui est le caractère de la foi ; elle nous reçoit dans ses bras, el se charge de nous donner le lait spirituel. Dans le cours de notre vie , elle emploie tous ses niovens j.our nous instruire, nous enseigner, nous diriger dans la voie du Seigneur, el nous v faire rentier, si par malheur nous immis en sommes écartes. Que (ie movcns ne nous presente-t-elle pas ! (|ue de prières n'adresse-t-elle pas à Dieu! (ombien ne mulliplie-l elle pas ses sacrifices et ses ollVandes! Elle ne s'occupe <jut> de nous secourir dans nos besoins, elle ne pense (¡u'à nous peisuader de veiller avec soin sur nos intérêts éternels , les seuls véi ¡tables. C'est ainsi «pie , veillant el lrav;iil|;mt sans cesse pour nous , elle nous conduit dans tous les difTérenls étals de la vie.
»A la mort , sa vigilaïue redouble; c'est alors, c'est dans ce passage dangereux qu'elle déploie toute l'étendue de son amour maternel. Elle ouvre tous ses trésors; elle se dépouille de tous ses pouvoirs, en faveur des ministres qui nous assislenl ; elle leur confie tous ses droits pour |)ai(Ionner et absoudre. Eiouton», .son tendre el tout liant langage ; avec quelle sollicitude , avec quel attachement ne sexprime-l-elle pas dans la recommandation
qu'elle fait à Dieu de l'âme du moribond ! H n'existe rien d'aussi toui liant et d'aussi expressif. Son amour pour ses enfants ne se borne pas à les suivre aux portes du tombeau ; elle les cbëriL encore après leur mort, ils fuient , ils ont disparu; mais elle ne Itîs oublie pas. Elle veut que leurs corps reposent dans une terre sainte, que les restes de leur liunianité soient conser\es avec décence, et elle s'intéresse bien plus encoie a leurs Ames. Elle craint que, quoique lidéles , iis puissent èlre encore redevables envers Dieu , et avoir à souffrir ufi feu qui les purilie jusqu'à e<; qu'ils aient satisfait à la justice du Seigneur; elle les aide par ses prières et ses sacrifices, et ne cesse point de prier et de solliciter pour eux avec une tendre inquiétude.
» Quel amour de notre part pourrait répondre à un si grand amour! Supposons un enfant bien élevé, penetré de tendresse et de reconnaissance [lour les soins infinis d'une mère à qui il doit tout. Quel amour , quelle tendresse son cœur ne re6^entira-l-il pas pour elle ! Peut-il y avoir des marques d'atlacbement et de respect (|uil ne s'enqiresse à lui donner ?*Si nous aimons l'Eglise, nous devons ¡nenclie pour modele <et enfant , et reconnaître tous les bienfaits dont elle nous a comblés et nous comble entore tous les jours. iSous devons nous unir indissolublement avec elle , comme David était uni avec Jérusalem qui n'en était que l'emblème , et nous lui dirons avec plus de raison : « Avant de t'oublier , que j'oublie ma main droile ; avant que je perde un souvenir aussi doux et la joie de mon cœur , que ma langue se dessèche et demeure attachée à mon palais '. » Aucun respect, aucune considéralioii humaine ne peut aiTaiblir ce sentiment , puisque rii'ii , à noire avis, ne peut être comparée l'Eglise, à laquelle nous sommes intimement unis, et dont les intérêts doivent être les nôtres.
» ISotre première obligation est donc de la soutenir et de l'aider. Nous avons dit que l'Eglise est un corps mystiiiue et mor.il , dont Jcsus-Christ est la lèle et dont nous sommes les nuîmbres. Saint Paul nous le répète sou\enl et particulièrement dans son Epitre aux Ephi'siens ; il leur dit, en parlant de Jésus— Christ : o Dieu a tout mis aux pieds du Uédempleur ; il l'a établi le chef de son l-lglise ; il est son corps ; il le represente entièrement , et a en tout sa perfection -. » C'est comme si le grand A[!ol!e disait : Frères , étant tous unis , nous ne formons (ju'un (i)r[ts avec Jésus-Christ. La congrégation des fidèles unis a Jésus- (^hii^t par la foi est le corps (k; l'Eglise; et ces mêmes fidèles, ooiisiderts sépanment et chacun en ¡¡arliculier , sont ses niembrcs. Lorsijue les membres croissent et se forlifient , le corps croit et se fortifi(! aussi ; et c'est pour cela (¡ue Jésus-t^hrist , comme noire chef, reçoit plus de perfection , à proportion (jue le corps se fortifie cl se perfectionne pai- l'union de ses membres.
)» Ce litre honorable de membre de l'Eglise est le plus glorieux
I P?. cxxxvl. 5. • Ei.hc?. 1.22, 23.
que nous puissions offiir à Dieu , puis([u'à ce titre nous sommes aussi membres de Je^us-Chrisl. Loi>(|iie , par le b.i[)lème , l'Eglise nous recul dans son sein , elle nous lit eoiitraeler avec son citef une alli.incu aussi intime qu'immediale. \)cs (|ue nous sommes membres de l'Eglise , nous ne sommes plus i'ir.ingers , nous sommes sei vilenis de la toi. Nous sommes |);iilie du peuple choisi , nous app.ii'tcMions a la cité des saints , nous sommes les pierres vives du nouvel ediliee établi sur le rondement de la prédication des apotres , des pioplieles , et dont Jesu>-<^lii isl lui-même est la pierre angulaire. Nous participons à toutes les grdces que son divin chef lui prodigue , puisqu'elle est dépositaire des sources sacrées d'où le Sauveur répand les eaux de la vie. C'est elle qui distribue le prix intini de son précieux sang , et qui le dispense sans cesse et avec profusion sur ses membres. En \oilà ass('z pour montrer Tiiitéret pressant ([iie notis devons [)r. ridre a son existence , el [jour prouver coiuLien il nous importe de travailler a l'éteiulie et a lu conserver.
» Je s.iis que l'Eglise subsisterait sans nous jusqu'à la (in des siècles ; je sais (jue , suivant la |)roiiiesse de Jes is-Chiist , l'enfer ne i)ourra jamais prévaloir contre elle. Mais ce cor[)S , que les lioinmes ne sauraient détruire , peut essuyer des pertes et é[»rouver {juelque altération p<ir la mauvaise dispo>ition des membres (|ui le composent , par la désertion de (juehjues-uns de ses enfants , par le relàchetnent dii l'amour dans un grand nombre -, et cette considération doit reeUauííer notre zèle.
» Ce fut ainsi (pi'en agirent les apotres lorstpi'au péri! de leur vie , et au prix de leur sang, ils commencèrent a fonder l'Eglise et •k l'étendre dans l'univeis ; c''est encore aujourd'hui la conduite de tant ilhounnes sénérables, (jui consacrent leurs veilles et leurs travaux à la défendre ; de tant de; dignes ministres , (pii , an\ autels , dans le confessionnal , dans les conférences publiipies et particulières , consacreiil leurs soins cl leurs talents a l'éditicatioa de l'Eglise ; de tant d'hommes apostoliques , (¡ui franchissent les n)ers pour prêcher l'Evangile aux idolâtres et aux barbares. Tout cbréti(;n doit avoir pioportionnellenu'nl le même zèle ; car , ainsi que le dit très-bien Terlullien , tout chrétien est un soKlal (jui doit, (piand il le faut, ne pas hésiter à cotnbattre pour elle.
» Eoinme , dans K; corps humain, disait saint Pdul , chaijue niembre cnntiibue à s.i parfaite ( onslitution ' , ain>i dans le corps de l'Eglist! , nous de\ons tous nous unir tellemetit par une sainte unanimité , que nous ne soufl'rions pas (pTon lui tasse aucune insulte , et (pu; nous formions comme un mur impenetrable aux alta- (|ues de l'erreur et de l'incrédulité. Ce devoir est général ; il embrasse tous les individus , chacun d'après ses mojcns personnels.
M Si nous ne soutenons pas l'Eglise par h; ministère de la parole , parce que le don et la vo.ation pour cet exercice difficile nous sont étrangers , nous devons la soutenir par la pureté de nos
' Hom. , xn. k, 5.
mœurs , et prouver la vérilé de la foi par la sainteté de nos œuvres. Si nos lumières ne sont pas éclatantes , si nos connaissances sont peu étendues , nous la soutiendrons par une soumission doi-ile et par noire fermeté inaltérable à ne nous écarter jamais de ses décisions ni de ses préceptes. Si nous ne pouvons !a défendre contre les tyrans, soutenons- la contre les artifices- (ic l'hérésie , contre les insultes de la licence , contre les attaques de l'incrédulité , et ne souO'rons pas que personne , de quelque manière que ce soit, l'attaque en notre présence , sans manifester notre désapprobation. C'est la moindre obligation que nous ayons contractée ; c'est l'engagement que nous avons pris en recevant ie baptême 5 et c'est ce que vous devez , dans ce moment, lui promettre de nouveau.
» A présent , monsieur , vous savez ce qui constitue l'F.glise et ce {[u'elle exige de vous. Consultez donc votre cœur , voyez avec soin si vous persistez dans les mêmes dispositions, et dites-moi si vous ratifiez l:s promesses que vous m'avez faites il y a peu de jours. Dites-moi si vous renouvelez de cœur les engagements contractés par votre baptême : si vous renoncez de nouveau au démon , à la chair et aux pompes du monde ; si vous demandez à l'Eglise de vous admettre dans sa sainte société , sous l'engagement de vivre et de tnourir dans sa communion, en croyant tout ce qu'elle enseigne, en obéissant à tout ce qu'elle ordonne et en la suppliant de vous recevoir comme son sujet, son fils, et comme membre de son corps mystique.
» — Oui , mon Père , lui répondis-je, les yeux baignés de larmes.
» — N'olre voix est montée juscpi'au Ciel, me dit-il d'un ton plein de feu , les anges s'en réjouissent , et Dieu l'a reçue dans son sein. Prosternons-nous donc en sa présence , et faites votre profession de foi. "
Le cœur attendri et d'une voix éteinte , je récitai le Credo , le Piller nosler et \'Jce Maria , et lorsque j'eus aciievé mes prières , le Père , comme s'il eût été rempli d'un esprit divin , me bénit d'une voix sonore et d'un ton qu'animaient toute la foi et tout le zèle de son cœur. Il me dit ensuite :
.( Ministre indigne de l'Eglise , mais légitimement autorisé , et la représentant en ce moment , suivant l'esprit de son divin I^[)(tux , Dieu (le miséricorde , toujours prêt à recevoir le pécheur repentant qui se jette dans son sein , je reçois en son nom vos promesses ; je vous admets en sa sainte société ; je vous proclame de sa comnuinion ; je vous ouvre les portes de sa miséricorde. Dès cet instant , vous participez à ses prières et à tous les fruits s|)irituels de ses sacrifices et de ses bonnes œuvres. Elle vous admettra à tous ses sacrements ; elle vous recevra à pénitence , lorsque vous viendrez lui confesser vos péchés; lorsque vous vous en serez rendu digne, elle vous admettra à la table du Seigneur; cl en ce moment je le prie avec elle de nourrir dans voire ( œur les saintes dispositions qvi'il vous a inspirées , et de vous faire lu gr;\ce de vivre et de mourir dans son sein, p
LETTIŒ X\. 42i
Il proiioiira ces paroles avee une lelUî oik lion (¡ii Clles nie rem— pliienl d'une lerieur iclij;ieuse ; el , se louinuiil \ers moi a\er une f X|)l•e^siü^ douce el niajeslueiise : « Vous éles , nionsicur , ajoula-lil, dans la société des ( liieliens ; >ous l'ailes |)arlie de la unlion saiule, el j'espère , du nombre des élus. Nous èles dcNenu mon frère eu Jèsus-dlnisl , cl nous somnics enfanls du même l'ère ; je le, bènis ¡lour lanl de iniséricoide. J*our sceller celle cèlesle union , porniel- Icz-nioi de vous donner le baiser fialeinel de la charilè ( liièlienne.» El ce venerable Pasleur , se jelaiil dans mes bras, imprima ses lèvres pures el innocenles sur mes joues arrosées de mes larmes, (lommenl poui rais-je te decriie , mon (lier i licodore , I impression (|ue pioduisil sur nioi celle action inattendue ? mon ccrur en palpilail , ses baltemenls redoublaient , et tout mon sajig s'eiiliamma d'un icu di^in (]ui bienlol circula di.ns mes veims.
O nionami, (juelle dilVerence entre le saint baiser de la \eilii el les baisers profanes du a ice, les seuls que je lonnusse ! ( onibien ils me semblèrent alors vils el méprisables ! Jamais je n'avais épiouvé une sensation aussi douce el une ivresse si délicieuse. Peur la première fois , j'entrevis (ju'il y avait de cliastes jouissant es , bien supérieures à toutes celles dont j'avais rempli ma vie. Lorsque je songeai qu'un saint bommc, cliéri de Dieu el agréable à ses veux , a\ail loucbt; mon corps impur avec des lèvres uni(]uemenl consacrées aux louanges du Ciel el aux exercices de la vertu ; quand je considérais qu'un bommc pur, le temple vivant de Dieu , dont la bouclie n'av;iii peut-être jamais été souillée , mu par la cbarilé , daignait eni- Î)rasser un monstre d'abomination , je me trourai bumilié , mais heureux , el je ressentais dans mon dme un rayon de celle douceur cèlesle (¡ui s(; répand dans un cœur pénitent , au mement ou il commence à se dégager des anxiétés pénibles d(î l'agiîalion et des angoisses du remords. « Serait-il possible, lui dis-je , en impiimant mes lèvres sur sa main respectable , (jue le Dieu de bonté ail compassion de ntoi , el veuille m'admettre au nombre de ceux (¡ui lecberdienl el (|ui jouiront de lui i ternelU nu'nl ■'
» — iS'en douiez pas, monsieur, notre premier devoir doit être de lui rendre grâces pour un si grand bienf.iil. Sonj:i'/ que c'est le jour le plus essenliel de votre vie : c'est le premier pas (jue vous faites dans la voie du (-ici ; tirant alors de son sein un papier (¡u'il me donna : N'oici , nie dit-il , une prière i\nc je vous invile de réciler tous les malins, pendant l'espace de buil jours , et que nous allons dire cnscmlde pour la première fois. » Nous nous mimes à genoux ; le Père la recita . et je m'unis à lui. Kn voit i le <"onl(M)u :
(( Dieu lotil-pui>sant el éternel ! Dieu seul en trois personnes ! Dieu niisèiicordieux ! la plus indigne de vos créatures \ous olire <lu tond de son coeur d'Iiumbles actions de grâces pour les nombreux bienfaits dont vous l'avez comblée , el spécialement pour la
AH LE TlUOMriiE DE L'ÉVA^G1LE.
grâce que vous lui accordez en ce jour. Vous me files nailre dans le sein de votre Eglise ; mes nombreuses prévarications m'ont séparé <!e cette sainte Mère (}ui seule vous adore conime vous voulez être adoré. Par une bonté rare et non méritée , vous m'avez appelé de nouveau et vous me permettez de rentrer dans votre saint bercail.
» Vous daignez ra'admcttre au nombre de vos enfants et me fortifier par la do( truie de voire Eglise; de cette Eglise que Jésus-Cbrist votre Fils unique et son Chef invisible cimenta par son sang; de celle Eglise qu'il confia à saint Pierre et à ses suscesseurs , pour qu'ils rem¡)liss('nt sa place ; de cette Eglise calho!i(iue , apostolique et romaine, la seule véritable, la colonne inexpugnable de la vérité , et que soulient votre main protectrice.
)) Dieu de miséricorde I daignez ni'inspirer une vénération tendre et respectueuse envers cette Mère sainte , un intérêt vif et sincère pour tout ce qui lui appartient, et un zèle ardent pour son honneur, son extension et sa pureté. Faites, par votre bonté, queje me glorifie toujours d'être compté au nombre de ses enfants , (juoique le plus indigne de tous ; faites que tout ce qu'elle nous commande soit toujours pour moi sacré , vénéiable et précieux.
» Faites , par votre grâce , ô mon Dieu , que sans rien perdre du mépris que je dois concevoir de moi-même , et sans cesser d'être humble, tout ce qui l'oiTense , afllige aussi mon cœur; que , dans toutes ses afflictions et ses douleurs , je puisse partager ses souffrances , et que la confession queje fais en votre divine présence efface tout ce que mon infidélité a de criminel. Je voudiais la faire en face de l'univers , pour réparer par la publicité de mou repentir, le scanciale de mon apostasie, .le vous promets de ne dérober à aucun de ceux qui peuvent m'observer , cet heureux changi-ment de mon cœur. Puissent-ils voir dans mes humiliations l'amertume de ma douleur et l'immensité de vos miséricordes !
» Dotinez-moi , grand Dieu , cet esprit de docilité qui nous porte à croire et à nous soumettre à toutes les décisions de votre Eglise. Vous nous avez dit que dans lotis les temps elle aura ses ennemis et ses persécuteurs ; qu'il y aura toujours des incrédules; pour n)on malheur , je suis une preuve bien palpable de celle vérité.
)) Mais , mon Dieu ! faites qu'à l'avenir mon cœur soit uni à voire Eglise dans tons ses périls ; que , dans toutes mes incertitudes, elle soit mou uniijue oracle ; (ju'une soumission entière fasse cesser les iiu|uir'ludes natui('ll(>s de mon orgueil ; (]ue ma foi s'augmente et s'affermisse ch.ujue jour; qu'au milieu des tempêtes que peut exriler dans moi mon aniour-pro¡)re ou l'iniquité de mon MiMir , je me jette dans la barque de saint Pierre , qui peut vaciller , mais qui ne peu! jamais périr.
w Je sais que la docilité cl la soumission sont le premier
«araclórc de vos élus ; (.'ariulrre s;nis kiiufl aiiciiii d'eux ne pciil ■avoir des esperances fondées.
» O mon Dieu! (jnelcjue inditziie «nie je soi^ , ilaijiiie/ niacioider (e don di\in , el ne pas peirnellre »jue je le perde jamais. Je mcllrai lonl mon couraj^^e a comnienc cr a \(jus servir, à me sounn-llre a vos lois , a lai lieler nu's iniiiuiles , el ma tonliance sera le IVuil de \olre miséii orde. Nous me retevez de nouveau dans voire l"lj^li>e ; je sais (|ue , hors de son sein , il n'y a point de salul ; nous nous l'ave/, dil vous - même dans volrc Kviwi;»ile; vous nous ordonnez de rigarder conjuie genlil celui <iui ne léioule pas avee latlrichemenl d'un cnfanl respeclueui; ; vous ne le reconnaissez poinl pour voire brebis ; el nous n'èUs le pasieur »jue de celles (jui sont dans \olre bercail , qui est voire Kf,Hise.
M Uni , Seijjneur , à l'exemple (lu Prophète, je confeíse NoIre saint nom ; mais j(! veux le coniessor dans voire Eglise. Je \eux publier nos grandeurs, el célébrer vos louanges; mais je les céle- Inerai dans voire Eglise. Je veux annoncer voire parole cl ses divines vérités ; mais je les annoncerai dans voire Eglise. Voire Eglise esl la monlagne sainle d'où la loi doit émaner ; le lemple augusle ou doivent se réunir tous les peuples de la terre pour vous oil'rir leur encens el vous adresser leurs vœux ; le sanctuaire ou NOUS désirez recevoir le culle (|ui nous plait, celui qui vous est piésenté par Jesus-Cbrist , noire Ponlife suprême , el dans Icijuel enfin vous nous enseignez vos voies par l'organe des niinisUes de voire Evangile.
» Je le repele avec un de vos apôtres ; tout autre ( ulle e.<l la SNii.îgogue du démon ; tout autre lcnq)Ie est celui de l'erreur, ijeureux si p;ir une vie conforme aux saints documents de celle Eglise, ou NOUS daignez madmcítlre de nouveaii , j obtiens par NOlre misé- > icordiî le litre piccieux do voire enfant el la gloire de vos élus ! Ainsi soil-il. »
Eors(|ue nous eûmes achevé celle prière . il me lit asseoir de nouvoaii. (( Maintenant , nu' dit-il , je dois rendre grâces a Dieu de lant de bienfaits ; niainteuanl je dois adorer el chauler ses miséricordes ; je vois (|ue ce l'ère tle bonté vous les ¡)ic»digue a ¡¡leiiu-s mains. Oui ne d('< ouvrirait ce secret de sa prédestination ? Il e.-.l palj)al)le (pi'il vous a conduit ici, parce (|u'il vous aime et (ju'il veut Vous adopter. '> Il continua a me tlire , à ce sujtît, des choses SI touillantes el si propres a m'inepirer de la conliance, qu'il s'emparait de mon lœur, el <|ue je m- i»us résister à la cordialité d»' ses sentiments alleclueux.
IMein de discrétion et de réserve , ce digne piélre ne m'avait jamais uionlré la moindre curiosité ni le plus léger désir de connaître mon nom , mon élal el les autres circonstances de ma vie, et moi-même j'avais mis une espèce d'obstination à ne lui lieu iMM>'"»'iidre à cet égard. Vaincu dans cet inslant par la douceur de ses paroles, je i\o pus me défendre de lui donner toute ma confiance; je me jetai à ses pieds, el , arrosant de mes larmes ses
malus que je serrais dans les miennes : « Ange de l>icn , lui di»-je, je suis un monstre , et je le suis dès mon enfance.
» ^'ous voyez devanl vous le plus grand el le plus criminel de tous ceux qui oîit pu se rendre coupables, le plus injuste el le plus dépravé des hommes. Toute ma vie, j'ai été l'est lave des passions les plus viles et les plus criminelles; le vice n'a laissé aucune