partie ¿e moi-même qui ne soit corrompue. Non H n'est pas
en mon pouvoir de me corriger, et comment la vertu pourrais-ellc habiter un cœur si longtemps souillé ¡)ar l'habitude et la tyrannie du vice ? »
En proférant ces paroles , les sanglots étouiferent ma voix , et ma tète s'inclina sur le cœur de mon céleste ami. Ah ! Théodore , quelle douce émotion mon àmc ne ressentit-elle pas , lorsque je me sentis embrasser de nouveau avec une tendre affection par cet homme juste , dont les larmes pures et saintes inondaient mes joues ! Nous restâmes longtemps tous deu\ dans cette situation , prolongée par un silence profond , mais bien expressif. 0 mon i)ieu ! Dieu de bouté ! vous vous plûtes à considérer ce spectacle muet et pathétique , dans lequel l'ardente charité de votre ministre et la componction de voUv serviteur faisaient briller vos miséricordes !
Le Père me tira de cet état en me priant de m'asseoir ; et , . m'aidant a me relever , il me dit d'une voix douce et touchante : « Il est de l'homme d'errer ; il appartient a Dieu de pardonner. C'est dans cette vue qu'il vous a co.Mduit ici , et qu'il vous accoi'do des sentiments si vifs de repentir et des dispositions si favorables ; piolifons-en sans délai. Commencez , monsieur , dès demain , à préparer le confession générale de votre vie , el les eaux salutaires de la pénitence effaceront — — Jloi , mon Père , une confession générale ! sais-je seulement comment m'y prendre ? en ai-je la moindre notion et la plus légère idée ? Jamais je ne me suis confessé , jamais je n'y ai pensé. D'ailleurs , ma v.ie n'est qu'un tissu non interrompu diiorreurs el de vices ; il n'y a peut-être pas eu un seul soufile de ma vie (jui n'ait été un crime. (Comment pourr.ii-Je rassembler et rapjjcler à mon souvenir une longue suite <le prévarications coulinuelles , dont 1 1 plus grande partie se perd dans l'énormité des crimes dont je me suis roridu coupable ? Qui pourrait compter les feuilles des arbres et nombrer les grains de sable de la mer ?
» — Monsieur, me répondit le Père d'un ton tranquille, Dieu ne demande pas ce qui est impossible ; il se contente des efl'oris que nous faisons avec siucérité et bonne foi. Sa grâce vous aidera, et vous verrez que les difficultés qui se présentent à votre imagination , comme un obstacle insurmontable , s'aplaniront insensiblement. Il y a une méthode (jui peut faciliter celle entreprise si difficile il vos yeux. Si vous me le permettez , je contribuerai à vous mettre sur la voie. Mon ministère m'en fait un devoir , et l'expérioncii m'a donné des moyens de «lissiper ces obsti.clos illusoires. A commencer dem lin , ji; vous présenterai dans nos entre-
LRTTRE XX. 427
liens qiichim's ii'lli'xioiis sur la conrcssion cl les nu'lliodcs que vous ])ouvt'/ suivn* pour vous y lucpan'i". A nusure que je vous les exj)liquerai , nous ¡louirez les nieltre en pialujue.
» Il n'est pas uéecssaiii; (jue la eoiiiession se fas^e en une seule iois. \ (!us n'êtes pas indis|)ensal)lenienl oMiiié (!e nous examiner on même temps sur toute votiCNie, ni de vous eonl'esser tout à la l'ois (le tous nos peches, (e travail peut se l'aire par parties cl en dill'érents lemiis. hnlin , je puis , dans eette sainte aelicn , nous diriger de manière que vous verrez disparaiire vous-même les obstacles que Notre imagination nous représente si diííleilcs à surmonter. .)'ain;C à ( roire que votre cœur sera puissamn.enl íoulrgc. Remetlous-nous donc entre les mains de Dieu , (¡lii est visildeinent l'auteur de notre entreprise , et (pii la conduira certainement a une heureuse lin. Soncz bien cojiNaincu que si nous fîiisons (le notre (»)lé tout ce qui dépend de nous, il se contentera de notre bonne foi et de noire soumission ; et qu'il ne laissera pas de vous pardonner vos fautes, lors même (ju'il ne nous aura pas été possible (le (onlesser les pêches (jue tous aNez oubliés.
» — Mon Père , lui rejiondis-je , j'ai promis de vous ob('ir , et je lue mets en entier sous votre direction. — (Combien , reprit-il , ne <]ois-je pas rendre d'actions de grâces à Dieu , de in'avoir choisi pour l'insliiinient l'e sa niisêricorde dar.s une si grande occasion î Je lui demanderai ses secours jmmh' vous conduire a sa plus gr;:nde gloire , et je le supplierai de lépandre sur nous ses ifcnédiclions , pour (jue vous obteniez \olre |)ardon et la iorcc (!e devenir un bon ( brétien. Je vais bienlfjl dire la messe; je nous ai entretenu hier de cet ineliable sacrilice, l'acle le plus sublime de la religion , et le moven le plus ellicace pour aider les péduins à obtenir euxmêmes de Dieu les grâces nécessaires pour sortir de l'abime où ils sont plongés , et obtenir le don de la pénitence.
n Je vous exhorte, monsieur, à l'entendre avec dévotion et avec amour. Souvenez-vous que c'est Jésus-i.hrist que nous allez voir, le même Jésus-tJhrist (jiii sera un jour votre juge , mais (¡tii ne se présente aujourvl'hui (¡ue comme voire père. >'ovez-le sur l'autel .comme sur le Irone de sa miséricorde, plein du Nildésir <ie vous .iccorder tout ce (jue vous lui demanderez pour le bien do votre âme. l*iiez-le de nous accorder tout ce (jui vous est ))ecessairc pour celle confession , de vous rendre sa gr;U e et les (ions qu'il vous accorda dans le baptême , et enlin le bonheur de Nivre à l avenir et de mourir en bon (brétien.
» Pour augmenter votre confiance, songez que le sacrifice que je vais célébrer n'est autre (jue celui du lils de Dieu sur le Calvaire ; que je vais renouveler sur cet autel* la nu^il cruelle et ignominieuse que la jalouse fureur des Juifs lui fit endurer : songez (jue je vais j)resenler a vos yeux , quoi(juc sons un voile , l'hostie j)ure et sans tache qui rc(;ul le i ouj) de la mort sur raiilel de la croix , et qui fut sacrifiée pour notre rédemption en l'honneur de la di\ine ni.ijeste ; (jue ce saeiilice fut libie et volont;.ire de sa part , et (jue son amour inépuisable a voulu , après sa résur-
reclion et sa glorieuse ascension , nous le présenter de nouveau pour être noire médiateur.
» C'est dans celle vue qu'il veut que tous les jours ses ministres l'offrent à J)ieu comme une victime , et que lui-même il s'oííre de nouveau , en dimandatit à son Père les grâces dont nous avons besoin , pour ne pas perdre les fruits de sa rédemption. Songez que ce sacrifice , d'un prix infini , est le plus excellent et le plus sublime dé tous les sccriiices.
» Xous offrons le saint sacrifice de Tautel pour glorifier Dieu comme notre souverain Seigneur, et lui rendre grâce comme à notre bioufaiteur. Lorsque Marie présenta Jésus-Cbrist dans le temple de Jérusalem, son but fut de le présenter à l>ieu comme au souverain Seigneur, puisqu'elle le lit pour obéir à la loi qui ordonnait de présenter à Dieu tous les premiers-nés , afin de reconnaître son empire souverain; de montrer (jue tout nous vient de sa main , et que par conséquent tout lui appartient. Nous renouvelons celte sainte oblation , en lui offrant le corps et le sang du Sauveur.
» Le sacrifice qui se consomme dans nos temples , est un vrai sacrifice. Tout est là ; l'autel , le pontife, la victime , Toblation et la consommation. Le prêtre offre Jésus-Christ lui-même à son Père , Dieu tout-puissant et éternel, et il le lui offre pour rendre à sa souveraine majesté le tribut d'un souverain boiineur. De tous les honneurs possibles le sacrifice est le plusémincnt; et, parcelle raison , il ne peut s'offrir qu'à Dieu seul.
» Mais le sacrifice ne consiste pas seulement dans l'oblation , il exige encore la consommation de la victime-, afin qu'elle soit détruite , le ministre la consomme a[)rès la lui avoir présentée et consacrée ; et , par cette action , il nous montre que Jésus- Christ "proleste à son Père, Dieu du Ciel et de la terre, que lui seul est le Seigneur, l'Etre des êtres, en présence de [qui tous les autres doivent disparaître et s'anéantir. Si cette protestation est glorieuse à Dieu , de quel(|ue main qu'elle vienne , com!)icn ne le devient- elle pas encore plus, lorsqu'elle vient de la part de Jésus-Christ , qui est Dieu lui-même , et qui l'a faite au prix de tout son sang !
» Quel exemple et quelle leçon pour nous î que de molifs pour assister dignement au sacrifice de l'autel ! Tous les chrétiens peuvent se proposer chacun en particulier une melhode pour y assister dévotement et avec fruit ; mais je crois (|ue la meilleure est d'y porter les dispositions d'une victime volontaire, , de reliausser à nos yeux* la grandeur de Dieu , et de la comparer avec noire bassesse et notre misère ; de nous unir au prêtre qui sacrifie , d'olfrir avec lui la même victime , et de nous offrir nous-mêmes avec elle , remplis d'un désir ardent de glorifier le Seigneur suprême , de qui nous dépendons lous , et «pii est la lin et le principe de tout.
» Nous rendons aussi grâces à Dieu comme à notre souverain liienfaileur. Sa bonlé infinie nous comble sans cesse de bienfaits
sans nombre ; il (Hail indispensable (|iie la religion eiU un sat ri lice (l'atlions de grâces , et c'est celui de lu messe. Le prOlre nous le fait bien comprendre, lorsqu'au milieu des saints mystères , et avant de consacrer le corps et le sang de Jc'sus-(lli! isl , il nous avertit expressément d'élever notre cœur à Dieu et de lui rendre «places 5 nous les lui rendons par une victime dont le prix excède tout ce (jue nous avons reçu de la Iil)t'r;ilité divine. Celui ((ui n'c[)argna pas son pro[)re l' ils , et (jui le livra â la mort pour nous , ne nous a-t-il pas donne tout ce (piil pouvait nous donner ? Tel était le raisonnement de l'apolrc ; et, d'après ce principe , on peut dire que , quoitpi'il soit vrai que nous devions tout à Dieu , puisque tout nous vient de lui , il nest pas moins certain que , lorscjue nous lui olVrons sorî Fils , nous lui payoïi'i tout , et qu'il semble que notre reconnaissance ail égalé noire dette.
» Celte pensée peut nous occu[)er utilement et saintement pendaîit toute la durée du sacrili(e. Noire àn.e repasse dMis son souvenir les bienlails de Dieu ; elle ne peut les nombrer , puisqu'ils sont innombrables; elle sait qu'cHe en est indij^ne ; elle reconnaît sa pauvreté , et s'humilie à l'aspect de sa misère. Que j>eut-elle donc laire si ce n'est de s'écrier avec David : (Jue donnerai-je au Seigneur pour tout ce qùM m'a donné? Son incertitude n'est pas longue , elle se détermine bientôt ; elle a sur l'aulel un trésor tout préparé et le plus grand de tous , dans ia précieuse victime qu'on a sacriliée. Suivant l'expression du même prophète , elle piend donc le calice de la vie ; et , pleine de coniianee , elle l'olfre à Dieu , et croit ac(iuitter dignement toutes ses dettes. Avec quel respect , avec quel amour elle doit présenter cette oilVande ! Quelle ardeur et quelle reconnaissance pourraient suffire auprès d'un Dieu si bon et si libéral , qui non-seulement lui dispense de si grands biens , mais lui donne encore un trésor avec lequel elle peut satisfaire à ce qu'elle lui doit.
» La messe est encore un sacrifice de propitiation et d'expiation , puisiiu'elle expi(! et efl'aje les ptcbés , en apaisant la colère de Dieu , tant en faveur des vivants (jue des niorls. On ne saurait douter (ju'elle ne soit un sacrilit e de propili;;tion |.our Us >ÍTanls, puis(]ue le Sauveur des iu)i)U)ies , (|ui le consuma sur la croix , versa sur elle tout son sang pour ell'icer les ¡)écbés du monde et jq^aiser son Père justement irrité contre nous. Le sa riiice de Paulel est le mènu! (jue celui de latroix; parce (jue la même hostie , ou le même corps et le même sang de l'homme-Dieu y sont offerts <Mi holocauste ; il doit dt)nc avoir la méuie verhi et la mênie efli- <acité.
» On n'aperçojt qu'une différence , le sacriûcc de la croix fut sanglant , et celui de l'autel ne l'est pas. C'est ainsi que s'exprime clairement le concile de Trente , (]ui nojis appreuil ijue Jésusr.hrist ne voulut point (¡ue son sacrifice iVit terminé sur la croix ; mais qu'étant Prêtre pour léteruilé , et Prêtre suivant l'ordre.
430 LE TRIOMPHE DE L'EVA?nG1LE.
de MelchisMcch , il se proposa un double bul : l'un , que sonssciifice fût perpe lue dans l'Eglise jusqu'à la consomnialion des siècles ; l'aulre , qu'on renouvelai, sous les espèces du pain el du >in , celui que Mekhisédech oiîrit au Seigneur. Celle doctrine esl appuyée sur les paroles mêmes du Fils de Dieu, rapporlf'-es par sainl Paul dans sa première épilre aux Corinthiens : Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce vin , vous annoncerez la mort du Seigneur '.
» Que veut dire vous annoncerez ? Ce n'est [¡as seulement dire gardiz le souvenir , faites la commémoraison de celle mort -, mais renouvelez-la , et le mérite vous en sera appliqué : c'est pour celte raison que, dans le sacrifice de l'autel , Jesus-Christ devient encore victime de propilialion pour nos péchés , comme il le lut sur la croix. D'après cet expose , vous concevrez aisément que les pécheurs , lors môme qu'ils ne sont point encore lavés de leurs iniquités , ne doivent pas s'éloigner d'un sacrifice établi pour eux , et pour solliciter en leur faveur les grâces de leur réconciliation. Nous devons tous y assister , elles pécheurs y sotit encore plus étroitement obligés. Ce serait un criuje afl'ieux , et prohibé formellement par l'Église sous les peines les plus graves , que d'y participer en communiant avec la conviction qu'on est en état de péché ; mais elle conseille d'y participer par notre prière et notre présence. Dans son malheur le pécheur trouve dans le sainl sacrifice un espoir qui lui importe beaucoup de ne perdre jamais.
» Hâtez-vous , donc , monsieur , de recourir à cette piscine salutaire ; commencez par entendre la messe aujourd'hui , et continuez pendant tout le temps que vous vous préparerez à la confession. Ce n'est pas seulement une eau salutaire que j'appellerai, comme ministre de l'Eglise â .votre secouis, c'est le sang même de i'Hommc-Dieu. Venez avec les dispositions du publicain , qui vient prier dans le temple. Il était pécheur ; mais , à la vue de ses iniquités , il s'humilia , et sans oser lever les yeux , il disait à Dieu : " Seigneur , sois-moi favorable , parce que je suis un péclîeui'. » Qu'il devienne votre modèle. Lorsque lé publirain sortit du temple , il était déjà pardonné ; déjà il était au nonibre des jusies. Qui sait si vous ne recevrez pas la même grâce , s'il ne vous aci ordera pas la même contrition , et si la sincérité et la vivacité de votre re|)enlir n'obtiendront pas votre pardon , avant même <|ue vous vous présentiez au tribunal de la pénitence ?
» La messe est aussi un sacrifice de propilialion en faveur des morts; et la preuve incontestable de celle vérité , pour tous les chrétiens , esl dans l'antique et constanle prati(|ue de l'Eglise. En tout temps elle offiit pour eux le saint sacrifice ; dans tous les siècles , et dans ( hacun d'eux en particulier , nous avons des témoignages certains de cet usage. 11 y a plus encore : si nous
' 1. Coiinlli. XI. 26.
LtTTlŒ XX. i3I
rcmoiiloiis aux temps de la loi atuienne , nous avons l'cxeinide Oe Judas Mdclnibce ; nous votons (ju'il ordonna des sacriiitcs pour les S(ddu(s de soi» armée , qui avaient pi'ii dans un lonibal. L'Kglise n'e^l ni moins tendre ni moins inquiète pour ses eni'anis que la syn;i^'(t|:ue ; et le sat rilii e (jue nous ollrons pour les moits est d'un piix iiiliniini-nt sujicricur à celui de toutes les victimes qu'on immo!. lit dans le temple de Jérusalem. Kllelesail, et n'ignore pas n(jn plus (|u'elle peut liiire jouir ses enfants du riche trésor de grdces dont elle est depo>itaire.
>' C'est dans celte vue (ju'elle a orilonné à ses mini tres de faire mention des délunls , toutes les l'ois qu'ils célèbrent les saints mystères , et de dire a IJieu : Jlessou vene /-nous , Seigneur , de ceux ({tii , nous ayant précédés , habitent les tombeaux et reposent dans le sommeil de la paix. On reconnaît en cela la sollicitude d'un<! mère tenilre et charitable. N est-il pas bien éliange que Iheresie [misse endurcir les ( œurs , au point d(! blâmer ces sentiments de compassion et de charité; que l'oryueil ou I obslinalion les portent a rejeter ce sarriliee , et des secours (]ui pourraient leur être d'une si grande utilité; que la rniséritorde ne les rende pas plus docüi's à ;ido[)ter une vérité consolante , <nic l'Eglise leur a [)réchee dans tous les temps ; une vérité qui lut la croyance de leurs j)ères,et qui intéresse si vi\ement leurs i'rères et leurs amis ? Le dout(, seul ne devrait-il pas suflire pour les déterminer à prendre le parti le plus sûr , el n'est-ce pas une (>bstination criminelle que de s'exposer à tout [lerdre pUilùt que d'abjurer ses erreurs?
» Kiilin , monsieur, là messe est un sacrilne d'obleiilion , au moyen duquel nous pouvons obtenir de Dieu les grâces spirituelles el les grâres temporelles. Tout ce que TK^Iise dt mande a Dieu , elle le demande et l'obtient par les mérites de Jésus-Christ ; el c'est par celle raison <[u'elle termine toutes ses prières par ces paroles : Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, voire Fils , qui vit et règne avec vous dans l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Dans i|iielle ciiconstance pouvait-elle entployer avec plus d'efficacité les mi^rites et la médi;ition de Jésus-Christ , (|ue dans le sacrifice tle l'aulel , où Jésus-Christ en [¡ersoruie est la victime , el dans lequel elle oll're réellemenl le corps et le sang de ce puissant Mi-diateiir ?
» S:iint /'nul nous (lit que , d.ms les jours de sa vie temporelle , Jésus-Christ fut écoute avec le respect (ju'on lui devait. Peut-il dans son sacrement être moins <ligne de ce respiM t ? Eorstju'il intercède el s'intéresse pour nous ciimme Sacrificateur cl comme Viclime , est-il au monde rien (jue nous ne devions espérer, surtout lors<iue les grâces (jue nous demandons par sa médiation sont conformes à l'esprit de J)ieu? Il y a des gr.lces d'espèces diiTérentes ; mais cidies qui ont pour objet la vie clernelle , telles qiui la sanctification de nos âmes, noire avancement dans la vertu et noire salut , et (|uc nous nommons grâces spirituelles, sont incomparablement supérieures aux autres.
» C'est principalement pour les grâces de celte nature que l'Eglise oiïVe le sactiiice de l'autel. Elle ne le fait jamais , sans demaniler que tous les fidèles , et spi^cialement ceux qui sont présents , soient admis au nombre des élus et luéservés de la réprobation éternelle ^ qu'ils desiennent un jour membres de la société des saints , et que Dieu les comble dans ce monde de ses célestes bénédictions. Comme ces prières sont générales , et que suivant les événements, nous avons quelquefois un besoin plus j)ressant de certaines grâces , l'Eglise a , dans le cours du sacrilice , des prières consacrces à les obtenir. Tantôt elle demande une foi vive, un ardent amour de Dieu , la charité envers le prochain, riiumililé , la patience, la force ; quelquefois l'extirpation de nos vices , l'extinction du schisme et des hérésies ; chaque chose en son temps , et selon que les circonstances en motivent le besoin.
» A quels sentiments , à quelles méditations ne doivent pas s'abandonnecr nos âmes , dans ces précieux niomenls où Dieu se sacrillc pour nous! Quelle occasion favorable pour lui exposer nos misères et les besoins de noire cœur ! L'homme les éprouve chaque jour ; il ne peut se les dissimuler, et il s'en plaint amèrement, il se plaint des mauvüises inclinations qui l'arrachent à ses devoirs ; de la tyrannie des passions , qui le subjuguent ; des illusions du monde , qui le séduisent ; de son iniiiiTi'rence et de sa tiédeur pour le service de Dieu ; de l'instabilité de ses résolutions , et du défaut de progrès dans la vertu. Ce n'est pas un mal de sentir ses maux ; nous serions bien plus à plaindre de ne pas les connaître et de ne pas nous en affliger; mais si nous les connaissons et si nous les déplorons sincèrement , pourquoi n'en cherchons-nous pas le remède ? pourquoi ne ¡irolitonsnous pas du temps où nous pouvons réclamer avec fruit l'assistance divine? pourquoi n'assislons-nous pas au sacriûce de l'autel,, dans lequel l'œuvre de notre rédemption se renouvelle ? C'est là (jue les grâces du sa' ut éternel se répandent , et sont distribuées avec [)lus d'abondance ; c'est là qu'elles sont réparties le plus lii)éralement à ceux qui les demandent avec une dévotion ardente.
» Un y demande et l'on y reçoit aussi les biens temporels. Dieu ne nous en interdit pas la demande. Sous la loi de Moïse il y avait des sacrifices, autant pour reconnaître les bienfaits reçus que pour en solliciter de nou eaux ; et sous cette loi de servitude , ces bienfaits étaient ordinairement temporels. David obtint par des sacriiic es que son royaume fût délivré de la peste qui le ravageait > et Onius obtint la santé à'Hcliodore.
» Les Livres saints en contiennent une foule d'autres exemples ; et comme , suivant saint Augustin et saint Jean-Chrysoslâme ,. le sacrifice de la loi nouvelle contient éminemment et réunit en lui-même toutes les propriétés des anciens sacrifices, il est évident que Dieu accepte aussi nos demandes pour les biens temporels qui ne sont pas contraires aux décrets de sa Providence.
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Ce n'esl point [(rofaiier 1rs s;iiiits m^sU'rt'S , que de réclamer les int'iiles (It; J('siis-(>lii isl pour l'oblriilioii de pareilles giAci's. L'E{;lis.e elle-iueme ullie le suint suciilice pour les fruits de lu terre et la l'eitilité (les cliainps. Nous devons , en cela niénie , admirer l'iminciise cliarile d»; Dieu , et la tondescendaiu e palt-rnclk' qu il met à veiller à nos inlerèls.
» Dans le cas ou nous nous Irousotis , notie but est dillV'renl : le divin sacrifice n'est pas lobjel principal dont nous devons nous occu(»er, (nioicju'il n'v en ait [)as de [)liis sur et de |>lus ellicace , lorsqu'on ne lemploie (ju'a des choses justes et pour des interúts leijitimes. (Mirir ce saint sacrilice , ce sacriiiee de lou uiges , de pr()[)ilialion et dOblention , dans la vue d'obtenir ci: qui pourrait satisfaire nos passions et noire vanité, ilaller nolie orgueil on entretenir nos désordres, serait le plus abominable de tous les abus.
« J'espère, monsieur, que nous allons l'oiTrir pour une lio plus ulilii et plus digne de Dii'u , et avec tout le respect (ju il doit inspirer. Permettez (pie j'appelle celui (jui doit servir ma messe, et dis|>osez-vous a Tenlendre. » Le Père sortit , et peu de temps après il reparut avec un liomme , qu'a son babil 1 1 à son extérieur je jugeai être un domestique ilu monastère. Ils passèrent tous deux à la sacristie.
(Croiras - tu , (lier Théodore, que, dans le peu de temps que le l'ere mil à aller chercher cet homtne et à s'habiller , je lus eu proie û des pensées si extraordinaires que le souvenir m'en fait encore rougir de honte ? Je n'avais jamais entendu de messe de ma vio ; lorsíjue quelquefois les circonstances m'avaient conduit en des lieux où on la célébrait , je n'y avais jamais porté d'attention ni de respect. Je n'avais jamais regardé cet acte de religion que comme une pure cérémonie. Qui pourra croire (jue la perversité de ma corruption invétérée fut telle , <|ue , malgré tout ce que le Père m'avait dit , après même ce qu'il venait de me dire , ces anciennes idees vinrent troubler ma raison ? Hé bien ! mon ami , je te l'avoue à ma confusion , et pour qu'on puisse juger jus(|u'oú peut aller la misère d'un homme sans mœurs et sans frein.
Le Père ne m'eut pas plus ttil quitté, que, songeant que j'allais entendre la messe , je me trouvai, en un moment, dans un état inconcevable de sécheresse et d'aridité. Ton souvenir et celui des autres compagnons de nos desordres viiirenl se retracer à ma mémoire , et je ne pus me défendre de penser combien vous vous mo(jueriez de moi , si nous diez à la portée de me voir dans le cas oii je me trouvais. Je commençais à craindre de métré livré trop aisément a une p.ireille démarche. Enlin , mes anciennes idées obsédaient mon esprit et refroidissaient mon cœur, lorsque le Père sortit, revêtu de ses habits sacerdotaux. La foudre est moins prompte dans ses effets que l'impression que son aspect produisit sur moi. Sa démarche modeste , la componction et le recueillement avec lesquels je le vis monter à l'autel ,
me changèrent loul-à-coup. Comme la lumière chasse en un moment les ténèbres ; plus prompte encore , la seule viie du Père dissipa mes folles pensées , et fit sur mon cœur l'impression la plus vive el la plus opposée aux sentiments que je venais d'éprouver.
Je me prosternai aux pieds de l'autel ; et , rougissant de moimême , je repassai rapidemtnt les idées que j'avais reçues sur la Divinité, la religion et le suint sacrifice. Ma confusion fut à son comble, quand je songeai que Jésus - Christ , mon Dieu et mon Juge, allait paraître á mes yeux, et surtout lorsque ma vue, se reportant sur tous les événements de ma vie , j'envisageai avec eíTíoi toute l'horreur de ce long tissu d'iniquités ; cependant je me rappelai que ce n'était pas comme un juge , mais comme un père , qu'il venait se présenter à mon adoration ; que laulcl était le trône de sa miséricorde; que sa bonté m'avait conduit dans ces lieux , probablement dans le dessein de me pisrdonner. Pendant toute la durée de la messe , je fus occupe de pensées de celte nature, qui se succédèrent en tumulte et sans suite.
Je ne pourrai jamais t'exprimer l'impression que fit sur moi le moment de l'élévalion. Lorsque la sonnette m'avertit de la présence de Jésus - Christ, une terreur religieuse s'empara de mon âme , mes cheveux se hérissèrent sur ma tête , mon sang coula avec plus d'impétuosité dans mes veines , et je crus è;re hors de moi-même. Combien j'eusse désiré de trouver dans mon cœur plus d'amour et plus de confiance ! Malheureux que j'étais 1 le souvenir de mes erreurs , et surtout des outrages dont je m'étais rendu coupable envers la religion , ne produisit en moi que plus d'eiTroi et de confusion. Cependant , malgré mon trouble, je' crois que, dans certains moments, je lui demindai grâce et pardon, reconnaissant humblement le besoin que j'éprouvais d';![»pren(lre de lui-même à le prier, et de lui devoir cette confiance absolue que lui seul pouvait m'inspirer. Lorsque le Père eut achevé sa messe , je me rendis dans ma chambre , bien résolu de commencer ma confession dès le lendemain.
Peux - tu , Théoiloro , ne pas t'étonner du pouvoir que ce Père a sur moi ? Combien de fois sa seule présence n'a-t-elle pas calmé mes agitations et rendu la tran([uiliité à mon cœur ? Sa vue seule me pénèlrc de ce sentiment religieux el évarigé- • iquc , qui nous inspire de l'amour et du respect potir l'homme veitueux. Son recueillement , sa modestie , son affabilité , son extérieur tout entier semliUMit r(;tracer ¿» mes yeux , el avec des couleurs aimables, tous les préceptes de l'KvauL'ile. Depuis que j';ii connu des iu)mmes vertueux el vivant saintement , je me suis dit : l';i(; i\v,i preuves les plus évidentes de la divinité de la religion doit se trouver dans cet étonnant et inimitable caractère de majesté, de franchise et de sérénité (ju'clle donne à ceux qui vivent selon son esprit.
Théodore, lu l'ignorais comme moi; muis lu sais ú présent qu'il 4'xisl(' sur la torre des hommes ignorés de l'univers, qui vivent et ineui»'ijt iiu'oiiiuis à leur siècle , et (jui néanmoins sont aux yeux de J)ieu les seuls dij^nes du respect et de l'admiration [lublirs. Les statues des con(|ueranls l't des autres martyrs de la gloiie humaine seront conloiulucs da.'is le niéint; ahime où iront se toii- Ibndre les débris des trônes et des royaumes de la lene , au moment <ui le dernier des élus disparaîtra de sa surlaie. Alors toute puissance , tonte grauiieur terrestre s'éclipseront devant l iclat de l.i couidnne céleste , qui hrilli-ra sur la tête de l'iiumble disciple de la croix et de la [)énitenee.
Alors on juf^era le mente des héros de la grâce et de léternité ; alors on n'estimera, on n'admirera rien qui ne soit conforme aux pensées de Dieu. Le llamheau de l'iniinuahle raison et de la \ér;!e incori uj)lible brillera pour la première lois , et c'est a sa clarté; que seront jui;es les entreprises, les tra\aux et les actions (¡ni n'ont cessé d'occuper les enfants des hommes. Ils reconnailionl alors que l'univers ne pouvait être un spectacle dijiiie de r;ilti'iitiot) di' son Créateur , ni par l'étendue de ses empires , ni par la niaiîniliceiK (* de ses cités , ni j)ar la célt^brité de ses souverains , mais seulement parce qu'il était un lieu de passage [;our les habitants du royame de l'éternité ; parce qu'il était le lieu destiné aux épreuves, aux tribulations et aux amertumes; parce qu'enfin il était indispensable que les hommes y soulTrissent , avant de pouvoir prétendre de participer à la gloire et à la vue bieidieureuse de leur Dieu.
Alors on reconnaîtra que le corps modeste et inconnu des justes a été le motif secret de toute l'œuvre de la création ; que tout s'est fait et a subsisté pour lui ; (¡ne ses prières et ses gémissements ont suspendu les vengeances de Dieu »'nvers les cou[)ables, et (jue les soupirs d'un cœur innocent et pur influaient plus sur les destinées des états des peuples , que toute la politique de ceux qui croient gouverner le monde et élie les arbitres du sort des peuples (|ui leur sont confiés.
Oui, mon cher Théodore, Dieu seul peut offrir au juste un objet aussi sublime et aussi excellent qu'il l'est lui-même ; et » e n"»'st 4)ne dans l'éternité bienheureuse qu'il peut trouver le nu» lele de ce qu'il (ioit être un jour. Les noms des d'eux de la terre ne sont tracés ijue sur le sable ; mais ceux (jui craignent Dieu sont grands, en ce iju'ils seront tels à ses yeux ; et la gloire di\ine survivra seule à la ruine de tout ce (pii existe sur la terre , et de tov:s les monuments qui la ((mvrent.
Ah ! Théodore , je voudrais pouvoir dire à tous ceux (pii sont aussi insensés que je lai été : Enfants des hommes , adorateurs slupides des passions et des frivolités d'un monde qui doit unir, si la compassion que vous inspirez lorsque vous perdez une dme immortelle , ne surpassait l'indignation que cause Ihoireur de votre conduite , je vous dirais que vous méritez un joug aussi honteux , puisque les cœurs nobles et les esprits
élevés sont seuls cnpables d'atteindre à la sublimité de l'Evangile , et les seuls difjnes de connaître la majesté et la beauté de la religion.
Mais il ne m'appartient pas, à moi le plus coupable d'entre vous , de blAmer et d'accuser mes frères. Je n'oublierai pas que tous les hommes pervers ont droit de me demander quelle osl la puissance qui m'a retiré de leur tourbe insensée. Celui que la bonté de son souverain a fait sortir de l'obscurité et de l'indigence , ne doit en être que plus sensible aux chagrins an^ers qui tourmentent encore les malheureux qu'il laisse dans son ancienne situation ; il ne doit jamais perdre de vue qu'il fut dans la mémo situation que ces infortunés, La classe des
méchants et des pervers est la mienne Je serais un n)al-
ïieureux , si je laissais passer un seul jour sans rendre à mes compagnons d'infortune un tribut de larmes , lorsque je me lappellerai que j'ai été chargé des mêmes chaînes , et en proie .'uix mêmes tribulations et à tous les maux qu'ils endurent. Adieu , Théodore.