LETTRE VINGT-SEPTIÈME
Le i»liiloiophe à Tlicudoie.
J F. passai loule la iniil , inon clitT Tin oùoro , uaii;> ia pi is j»i;in(le agilalioii. M.ilj^if luul ce que Uî Vine m av. ni liil .une ne liauqiiitiistM' , l iiu|(iu-liule (|iie lui-incine m i>\ail c^iiist i* nu me iieiiiiil pas de leposir. Je si'nlais iiilt'rieuiemeiil «¡iie iifii ne ()um il deliniie la (oiiviclioii ou je suis de iííüü in liguilc. (Jnoi nu; dis.,is-je, un nii«;er.il)le , qui a consume sa vie d.ins la ¡dn> pioNjude coii°u|)liou , ira si pr()m¡)len]enl el sans aucune p niU-n. e s'asseoir à la laljle préparée au\ amis de Dieu ! t^es iclees , pcndanl loule la nuil , me {^lacèrent d'eíl'ioi. Le sou\enir île mes nomnieuses prévarications , celui suiloul de quelques-unes d'enlie elles , qui pesaienl sur mon cœui' [dus parlitulierclnenl que les autres , me leuiplissail d'horreur et de crainte.
Iv'iiiee (}ui se reveillait alors dans moi avec plu.> lU; vivatite , et qui me poursuivait opiniàtrenienl , Î'ut celle di- 1 iioumie (|ui venait de mourir de nia main Celle im;;ge all'reuse , toujours j)r«*senle a ma mémoire , me jioursuivuit sans rela([u'..!e lai h. as de me rassurer , en pens.mt que cel accident était pluiol un malheur (|u'un péché ; que ^etran^er avuil élé plulOl virlime de sa propre (ureur que de ma vengeance; qu'il avait été injuste el vioU-nl , qu il m'avait provoijué , que j'avais eu l'intention de me déiendie ( t nor> de le tuer; que j'avais été forcé de lui óter la vie , pour ne pas livrer la mienne à sa hrutule fcrotité ; helas ! qiudque elTurt qu(! je iisse pour me ilis(ulper , je ne pouvais me dis>imuler (|ue j'avais été la première (anse de ce u)eurtre.
i.e speetacli; de ce malhi-un-ux , palpitant encore el périssant par nu's mains , était présent à nu's yeux ; je voy.ds la terre encore abreuvée de son sanji , je pensais à son ;^me iuiuiorlelle , peut-être préiipilée par moi dans une éternité malheureuse ; car je ne pouvais me dissimuler ni sa coupahle vie , ni ses mœuis corrompues ; el lors même que cell»' connaissamc n'eùl pas augmenli- mes craintes , le génie seul de sa morl me paraissait un «rime. Indijjné contre moi-même , je consider.iis que < était moi qui lui avais enlevé le temps de revenir à la vertu , qui l'avais privé de tous les moyens de pénitence , de toute esperani e de reconrilialion avec son Dieu, Je croyais le voir livré à des tourments sans lin <|ue je mcritais moi-même , el (ju'eprouverail aussi le malheureux Alanuei.
L'image de cet infortuné ajoutait à mon affliction et mettait le comble à mon eííroi ; mais , du moins , je me consolais en pensant que, quoiqu'il eût été le complice et le compagnon de mes excès , je n'avais [)asété l'auteur de su mort. Celle de l'étranger m'elïVayait bien davantage : c'était un poids énorme fixé sur ma poitrine , un serpent allaché à mes entrailles , un poignard douloureux qui déchirait mou cœur. Quoi ! ni'écriais-je , avec l'accent dune douieur que je ne pouvais contenir, jai tué un homme ! je suis Tauteur , la cause de sa condamn-ition à des peines sans fin , à des îourraenls éternels : et les mains encore dégoûtantes de son sang, le cœur déchiré par tant de furies , j'oserais recevoir le Dieu de paix et d'amour !
j'étais dans ces violentes agitations , lorsque mon saint conducteur arriva. Le visage baigné de larmes , je lui exposai l'état deplorable de mon âme ; je lui demandai avec instance de différer ma communion , pour me donner le temps de faire une rigoureuse pénitence , pour laver auparavant tant de crimes de mon propre sang , pour me laver surtout du sang dont je me sentais encore tout couvert. Le Père écoula avec bonté la vive expression de mes peines, il s'allendrit avec moi, je vis couler (le ses yeux modestes et sereins les larmes de la compassion ; il chercha à me tranquilliser , et lorsque je fus un peu remis, il me parla ainsi :
« Votre douleur est bien légitime , monsieur : vous avez fait un très-mauvais emploi de voire vie, vous avez grièvement offensé i)ieu. Votre allliction n'est que trop jusle , et je ne dois pas èlre surpris que la mort d'un homme vous cause des remords si vifs et si douloureux. Oler la vie à un homme est un crime alfreux : Dieu seul peut nous la donner à lous ; il est le seul aussi qui puisse nous l'ôler. L'honmie qui ose attenter à celle de son frère insulte à sa souveraineté . outrage sa majesté , et se rend coupable de toutes les suites du meurtre qu'il a commis. Vos craintes sont bien fondées : Dieu fixe un temps à sa justice , et selon les lumières de la foi , on doit tout appréhender dans des circonstances si funestes.
» \\ est vrai qu'elles sont bien fatales pour celui qui perd la vie , après l'avoir passée dans le désordre et le crime , sans avoir eu le temps de recourir à lu pénitence ; au crime de l'avoir si mal emplo3ée , il en ajoute un nouveau en violant à la fois toutes les lois divines et humaines ; alors une mort scandaleuse devient le résultat d'une vii; remplie de crimes. Tout est effrayant , tout est à craindre dans un accident de celte espèce , mais Dieu est un trésor de bonté , également caché et inépuisable ; sa miséricorde a des ressources que 1 homme ne peut pénétrer. II n'a laissé à notre foi et à noire respect d'autre moyen que de nous humilier , de nous repentir et de nous soumettre ; il nous a prescrit d'adorer les secrets de son impénétrable sagesse , et , pleins de confiance en sa miséricorde infinie , d'espérer contre toute espérance même.
LETTRE XXVII. 5r,5
» il non résulte pas (jue noliu; iloulcMir doive élrc moins vive ; nos lainies n en doivenl |);is moins éliii conlinuelles , et notre j)énilen(C sans inlen u|)tion. Mais <jnanil le mal est arrivé , (juanj il est devenu impossible à 1 Iiomnie d'y ren)édier ; dai S !'impui>sance de iaire que te (|iii a été n'ait pas été , (pici paili reste-l-il à prendre au pécheur auquel Dieu a daigné ouvrir les yeux , et découvrir ses l'rreurs , si ce n'est de les pleurer et d'implorer sa clémence? Il se sent rempli de terreur , le |)üi'.!s de ses iniíjuitc^s l'accable , il se trouve di;,Mie de tous les cbûlinienls ; mais si sa conscience l'eiTraie , comment ne serait-il pas encouragé [lar l'espérance, lorsijue levant les yeux au ciel , il voil, dans le Dieu puissant qu'il a olFensé , un père tendre qui lui ouvre les bras et ne demande ({u'iin soupir de son cœur, un repentir sincère pour lui pardonner tout ? Lorsqu'il lui oiTre , dans les mérites de son Rédempteur , un trésor surabondant , capal.'ie d'acquitter non-seulement ses péchés , mais ceux de tout lunivors ; que peut l'aire ce malheureux , si ce n'est de se jeter dans le sein de celte miséricorde qui l'attend , d'embrasser la croix qui est le canal par lequel il peut recevoir son pardon , et 1 inslriimenî qui , au défaut de ses mérites , lui ap[»ioprie ceux de son Dieu ? Que pourra-l-il entin , s'il n'a de ressource que dans les moyens (jue la bonté divine lui ménage dans les sacrements de la sainte Lglise ?
>' Vous l'avez fait , monsieur ; vous m'avez expost'; avec douleur, et comme au ministre de Dieu , les (jiîenses dont vous vous êtes rendu cou|)al)le , ce péché particulier, et tous ceux que vous avez commis ; au nom de ce Dieu , je vous ai \r.iidonné ce péclié et tous les autres ; et j'espère que son intinie miséricorde a ratifié dans le Ciel l'absolution que je vous ai donnée. A cet égard , nous avons employé l'un des moyens (luii nous propose; il nous en reste un autre, et c'est celui de l'Euchaiistie : vous vous croyez indi<,me d'y participer , et vous avez raison. Mais ce sacrement n'est pas fait pour des hommes qui en soient toujours dignes , [)uis(ju'il n'y en a aucun qui le soit. 11 n'est pas fdt non plus pour ceux qui en sont indignes et qui ne veulent point ccisser de l'être , parce qu'ils le profanent et qu'ils s'en rendent plus indignes encore. Mais il est lait pour les i^mes qui , en étant indignes , veulent cesser de l'être.
» Oui , monsieur, si ce sacrement est pour les justes , parce que Dieu se plail à fortifier le fort et à descendre di<n5 le sein où repose sa grà;e , il est aussi destiné pour l'homme faible qui , après s'être éloigné de son Dieu, vient navré de repentir , implorer sa miséricorde. Il est destiné jiour celui ([ui , entrant d'un pas mal assuré dans le chemin du Ciel , a besoir» d'un soiilien et d'un appui. Armez-vous de courage, reconnaiss;z avec humilité (pie vous n'êtes pas encore en état de juger des choses de J>ieu. Vous pouvez , vous devez penser devant lui que vous n'êtes pas digne de ce bien suprême ; mais le seriez-vous plus , si sous ce
556 LIí; TRlOiMPUE DE L'EVANGILE.
pn'lexte vous aviez l'orgueil de vouloir vous conduire d'après \olre projirc jngetiieul ? igiiorez-NOUs que l'obéissance vaut mieux que le s;¡triLi(-e ? El quel osl celui qui vous invite à vous préparer a venir a la s.iinle labié ? C'est l'homme que Dieu vous a destiné pour vous réconcilier avec lui ; l'ami auquel vous avez confié NOS peches les plus secrets, et qui connaît aujourd hui toute votre iniquité ; celui qui vous a écouté comme ministre de Jésus- Clirisl , et qui vous le dit en son nom. Püurriez-\ous vous dispenser de lui oUeir ?
» J •sus-Christ n est [);!s venu sur !a terre pour les justes , mais [)our les pei heurs. Il leur a l'ait cette inxitalion : Venez à moi , vous tous qui êtes cluiryés et fatifjiiés , et je vous soulagerai^. Qui appelle-l-il , mon>ienr ? ce ne sont p s ceux qui sont libres, et qui sont portes sur les ailes de la grâce; ce ne sont pas ceux (¡ni mar. hent avec i'aciiiié danssaNoie, parce qu'ils ne sont point < harges d'un poids accahliiit. 11 a¡)pelle ceux qui sont cli.irges de peches et f.itigués du poids de leurs iniquités. Í1 semi)ie qu'il proportionne à la pesanteur de leur r.rdeaii le tiroit qu'il leur donne de l'approcher , lorsqu'ils le cher; iierït a\ec amour et re|)eî)lir. Aiiisi , pui>que vous vous rej^ariiez comme un despius gr.aids pécheurs, nous de\ez aussi voir dans \ous l'un de ( eux qu il a le plus spécialement appelés.
» El pouTijiioi feriez vous à l.i grâce 1 injure de croire qu'elle n'ait pu hiver vos fautes et qu'elle soit inhabile à vous soutenir ? Une action aussi sainte demande sans doute qu'on s'éprouve , cou)me dit l'Apôtre : mais celle épreuve n'est p is hos de notre poitee , et l'on ne peut se tromper que "qiiaiid on le veut. Que demande-t-on au piuheur? qu'il soit sii'.cereujenl converti, qu'il déleste ses erreurs passées . qu'il soit fermentent déterminé à n'j plus retomber , et à prendre tous les moyens néees^aiies pour cela ; qu'il se soit bien (onfessé , et qu'il s-; présente avec le désir ardent de s'unir à Jésus-Chiisl des .endu du Ciel pour s'unir i\ lui.
» Je ne dnulo point que ces sentimenis ne dominent dans votre cœur, et cela suflil ; la s.iinle Km hari-lie fera le reste Loin que notre indignité passi-e" ou la crainte de notre f'iiblesse nous en éloigne , nous devons ( her.hi-r dans cette sonne di\ine le remède à ces maux eux-mêmes. Pourvu que notre cœur le désire, elle sait tout réparer : i Ile pu; iiie uíís intentions , elle nous donne la forc(i deles remplir. .lésus-t^hrist liii-méfue nous a dit que celui qui s'alimente de son corps níI peur lui : et (jui manducat me vivet pr opter me ''.
» La communion sera donc elle-même un moyen pour vous aider à pratiquer toutes les vertus : elle vous enseignera ;i vous éloigner toujours plus des illusions du m<uide , ;\ me priser tout ce qui est périssable, à extirper de votre cœur tout ce qui
' Matth 28. . Jcnn. vi. 58.
LETTRE XX Vil. 5-)7
n'est pns digne du Dion qui y li;ibilo , cl à y faire légnor, à la place des \'nvs qui doiinenl la nioit, 1rs verlas (jui doiiiieiit la \ie. La Iréqucnlalioii de la sainte labié \ous inspirera un nouveau fjoùl pour la prière , pour la retraite , et pour tous les cxen ¡CCS de la \ie chrétienne. Kn vous nourrissant de ce pain divin, vous ac(|ucrrcz des forces pour résister aux dangers, pour fuir les occasions , et pour vous défendre de votre propre iaiblesse; l'usage enlin de ce célesle aliment vous fuelira en état de vous approcher plus dignement de l'autel. Lue communion doit servir de préparation à celle qui doit suivre ; s'en éloigner , c'est s'exposer au péril ; par la s'augmente progressivement la tiédeur; l'effervescence des passions prend un nouvel essor; Jésus-Christ s'éloigne de nous, et l'homme s'endurcit dans le péché.
» On ne peut demander à un pécheur longtemps aveuglé, et que Dieu a touché dans sa pitié , d'avoir tout-a-coup la p(.'r!éclion qu'exige un mystère si relevé. On ne doit pas non plus s'attendre tjue II sainte eucharistie nous établisse aussitôt dans un état immuable de justice. Ou n'obtient pas sur la terre un pareil don ; c'est le privilège du Ciel , où Dieu se manifeste dnns toute sa beauté a Tàme bienheureuse , la pénétre des feux ardents de son amour, el la réduit à l'heureuse impuissame de l'ollenser.
» La \ie de l'homme sur la terre est une tentation continuelle; qui peut ignorer combien de tristes exemples en ont donnés les justes mêmes, combien ils ont quelquefois contristé l'Eglise par des chutes funestes? (Jui ne s:iit que celui qui est debout doit toujours craindre de tomber? Ainsi on ne demande au pécheur qu'une bonne disposition actuelle , et d'implorer avec conliance le secours du Ciel , pour la rendre tous les jours meilleure; il faut qu'après avoir pris le remède , on ne lui voie pas les ir.ènies maux qu'auparavant ; que s'il n'«'st pas parfaitement guéri , il ressemble au moins à un convalescent qui se foililie peu à peu : qu'il montre (¡ue le sang du Sauveur connnenie a couler dans sis veines ; (ju'il tache de lui ressembler en (juelquc chose , et qu'il ait iléjà (les sentiments dignes d'une si grande élévation.
)' Celui qui v\<in(je ma chair cl qui boil mon sanrj , disait Jésus- Christ, i/cmei/rc en moi ', el je demeure en lui, tl ne dit point , celui-là s'unit à moi , mais demeure en moi , c'est-à-dire , j'éliiblis , je forme dans son cœur une demeure fixe , solide et durable ; je forme avec lui une alliaiu-e fi'rme et constante. En effet , monsieur, une communion humble et sainte reniplit l'àme (h* grâces signalées ; Jésus-Christ s'unit à elle si intimement el d'uníí manière si irielVable , quelle se sent enll iinuu>e d'une force nouvelle el d'un courage inronnu. Sa foi s'augmente si sensiblement qu'elle maichc longtemps, comme le Prophète, forlilièe et soutenue par ce saint alinu'nl; et il est difticile qu'un homme qui a communié sincèrement et de bonne foi , puisse passer bienbH
' Jean. vi. 57.
de la situation où nous met le plus puissant remède de la religion , á de» t'aibiesscs indignes d'une àrne elirelienne.
» Une excessive tVayeur peut èUe une tentation. Vous êtes indigue , me dites-vous ; nous le sommes tous. Non il n'est pas un seul mortel digne d'approcher de l'autel de Jésus-t^hrist , si lui-même ne lui en donne la grâce; mais il nous ordonne d'en approcher, il nous y convie, il a ouvert un magnilique hospice pour Y traiter tous les iniimies , et le remède qu'il leur administre est son propre sang; remède infai!lil)le quand on le prend avec Îoi et avec uraour. Co serait lui m;in(juer que de ne pas y venir; être enrKMni de soi-même, que de ne pas proliler d'un tel bienfait. Celui qui est le plus couvert de plaies , celui qui est le plus corrompu , est celui qui doit le plus se hâter. Ce sacrement est un trésor pour les pauvres , une médecine pour les malades, il n'est pas douteux qu'il ne soit le pain des justes; mais il l'est aussi des pénitents ; s'il est Talimeut solide de Ihomme robuste , de même il est le lait de ceux qui cherchent à le devenir. Il est préparé pour tous, et principalement pour les infirmes; ceux qui sont en santé n'ont pas besoin du médecin; il n'est nécessaire qu'à ceux qui ne se portent pas bien.
» C'est de noire préparation que dépend le fruit que nous en tirons ; la grâce du sacrement sera proporlioimce à la foi et á l'amour de celui qui le reçoit. P.ir Iiii-mênie il est infini et inépuisable , puisqu'il contient .lésus-Christ tout entier , le vrai principe de toutes les grâces ; <;hucun de ses elíels n'a point de bornes , et il est capable d'eííacer tous les pêches du monde, (^esl le Saint-Esprit qui applijuc aux fidèles ses mérites , et il les applique à chacun selon l'ardeur et refiicacité de sa demande. C'est un oi;éan sans bornes , dans lequel chacun puise toute l'eau que son vase peut coulenir. I^'ean ne manquera pas, mais personne n'eu peut puiser an delà de la capacité de son vase. On peut appliijuer à celui qui en apporte uu très-grand, avec la vive ardeur de le rempür, celte parole de David : Ouvrez la bouche , et je l'emplii-di toute '.
» Et que. faut-il pour se bien préparer? Une foi vive de la présence de Jcsus-Chiist , ([ui vient, on sa (lualilé d'IIomme-Dieu , lia biter noire cœnr ; une dévotion aidente et afl'eclucuse, accompagnée du respect et de la révérence qu'on doit à Dieu, il est donc lu'îcessaire d'écarter alors de nolr(i ¡Une toute idée étrangère, toute préoccupation , afin qu'elle s'appliipie librement et avec amour au grand objet qui doit la reniplir. il ne suffit pas d'avoir lavé tous nos [)é(hcs par la confession, il faut encore bannir toutes les idées qui pourraient nous distraire de la tendre dévotion et de l'amour que nous devons a .lésns-Christ.
«Lorsque Hfoise \iut sur le mont Sinaï ¡)Our parler à Dieu, il y monta seul ; et il lui fut ordonné de ne sonfTiir sur toute l'étendue de la montagne ni hommes ni animaux , afin que sa
' P.'». i.vxx.
LETTHi: wvií. 5no
Süülude ful parf.iile cl qu'il no pñl voir d'iuitro objrl. Ainsi íciiii qui va recevoir son J)ieu doil y poiler un cœur si solilairc , si recueilli, si plein de raction ipiil \a l'aire, <|u'il n'ail dans ce monienl (l'anlie objet (jue son Uieiii Moigf quilla sa chaussure ¡lonr inaichcr a\t'c [tUis de respect sur le sol qiu; le S(,ijiti(Mii- honor, ;it lie sa |u\senre ; pour aller a Dieu , il faut se de[)Ouiiler de tout ce <jui lient à la terre , de tout ce qui «'^l niorlel , de tout ce qui peut nous dislraiie cl nous einbarratser.
» il csl dillicile à un misérable pécheur d'allcinure à c<î degré île puielé ; elle est niOme impossible à la nature corrompue ; mais l()ul est po-jsiMo a l'aide de la gr.ice divine, dette mort sj>iriluel!c , ce dépouillement général , n'ont pas , il est vrai . été donnés a lous. r/est le pr¡TÍlége particulier de l'épouse , c'e.-«t-a-dire di s iujes bienheureuses qui ionl obtcini à force de peines et de travaux ; mais , dans l'espoir de l'obtenir un jour nous-mêmes, nou<i devons dés a présent faire lous nos elÎorts ; Dieu .dans son ineifable borUé , se contentera du f.iible dcgié de pureté que nous lui ollVIrons. Il ne faut pas douter que si rbomme (ail loul ce qi:i de[)(;nil du lui pour se présentera l'aulel avec une dévoîion sincere et actuelle , avec le respect intérieur et la reconnaissance (|ui Cit dut» à un si [)recieu\ don , il ne soil l'onde à espérer les bienfaits de la misériconle divine.
» Nous parlerons ensuite , monsieur , des moyens de pouvoir obtenir de Dieu ces heureuses dispositions ; mais auparavant il n;e parait nécessaire de faire tous vos efforts pour vous garanlir de ces terreurs excessives dans lesquelles je crains un aililice de notre ennemi commun. Le sacriiii e le plus utile (jue votic huniilitt; doiv(? faire dans ces circonslances , c'est de lenonci-r a voire propre ju^^ement. íiíou venez-vous que sainl Pierre ne voulùil pas «'onsenlir à ce que son Maiire lui lavAl les pietls. , sous le mcnni pretexte d'humilité , et (pie Jésu.- lui fit des menaces , en lui disant que s'il ne se laissait pas laver les pieds , il n'auiail jdus rien do commun avec lui. Imite/, sainl Pierre , demandc/.-lui t{ue nonseulement il vous lave les pieds, mais les mains et la têle.
» Déjà ce divin Sauveur vous a arrosé de son sang dans le sacré Iribunal ; déjà il vous a lavé ; maintenant il vous appelle à sa table ; mainlenanl il vienl à vous , il vient se mcllic en dépôt dans votre sein. Il a le même s;)ni: qui purilie cntièremenl de tontes les souillures, cette nuMue «:hair (|ui donne la vie a loul; ouvrez-lui donc l'entrée de votre ca-ur. 0^'' voire (onliance en sa Ixuile surpasse la crainte de votre bassesse cl le souvenir de vos péchés, i'ette humblt! obéissance , unie au senlimont de votre iiidicrn'lé , pourra la diminuer. V.i puisque nous avons choisi din)an< lie prochain pour acconq)lir cette }i;rande action , puisque nous n'avons aucune raison (pii nous retienne , nous ne devons point en avoir non plus pour renoncer i une résolution si sainte. Ne perdons pas le peu de temps (|ui nous reste en discussions inutiles . mettons-le tout enlier A prolil , |)our nous préparer à l'exécuter le mieux qu'il nous sera possible. »'
Je ne pus rósisler ni aux raisonnements ni à Vaulorité de mon saint directeni' ; je lui répondis que je ne lui répliquerais pas , et que je m'en remettrais entièrement à sa prudente conduite.
11 me parut satisfait; mais à peine ii reprenait son discours , et lommençut à ni'enlreîenir des moyens que nous devions employer pour cette préparation , que nous entendîmes IVapper à la porte de ma chambre. Cette nouveauté nous surprit b(;aucoup et avec raison; c'était pour la première fois qu'on interrompait nos fréquents entretiens, il semblait que Dieu m'avait conduit dans cette sainte maison pour y habiter la réi,non du silence, et pour que nulle idée du monde ne vint troubler celle de la religion et de la penitente dont il avait agrandi mon âme.
iNi le Père ni moi m pouvions imaginer qui venait ainsi troubler notre retraite ; cependant , au second coup qu'on frappa à la porte, le Père se leva et ouvrit: c'était le portier de la maison qui lui dit qu'un étranger m'avait demandé et voulait me parler. Nous restâmes confondus d'apprendre qu'un inconnu cherchait à me voir; mille pensées eifrayantes se présentèrent à mon esprit. Qui pouvait avoir su que j'étais ià , et que me voulait-on? Ce ne pouvait être qu'un oflicier de justice , chargé de poursuivre l'assüssin de l'etrangor , et qui aura été informé que c'était moi; on aura su , lui disais-je , que j'étais caché dans cetki maison , et l'on vient sans doute m'arrèter. Le Père trouvait assez de ressemblance dans cette idée , et nous ne savions quel parti il fallait prendre.
Dans cet instant de trouble , je mis la tète à la seule fenêtre que j'eusse dans ma chambre , et je vis un homme qui se promenait dans la cour. Quelle fut ma surprise quand je reconnus Simon! Je me liAlai d'appeler le portier, pour qu'il nous dît si c'était là la personne qui me demandait. [1 me répondit que oui. ftle tournant alors vers le Père , « je pense , lui dis-je,<iue nous n'avons rien à craindre ; cet homme était un ancien domestique de ma maison ; il y était né , il y avait clé élevé en même temps que moi ; nous avions été amis de tout temps ; il a toujours été fidèle , et c'est celui de tous mes serviteurs auquel je pouvais le plus me confier; il serait impossible tpfil fut capable de se prêter à aucune démarche contre moi ; j'ajoutai que je présumais , au contraire, que son zèle -y son amiliiî , et l'imiuietude démon absence l'avaient porté à me chercher avec ardeur ; qu'il ne s'était arrêté (ju'après être parvenu à découvrir ma retraite , et (¡ue s'il n'avait personne avec lui , je ne courais aucun risque de me montrer à ses yeux. Le Père demanda au portier s'il était seul ou s'il était venu accompagné; lorsqu'il eut appris qu'il n'y avait personne avec lui , il sortit lui-même pour l'amener dans ma chambre.
A peine Simon fut-il entré , qu'il se mit à fondre en larmes ; il se jeta à mes pieds ; il embrassait mes genou\ avec les démonstrations les plus vives d'un tendre attachement. Je lui pris les
LETÏUE XXVIÍ. 5r,l
niíiins pour le faire relever; m;iis je u'vn vins point à boni, cl il lui tri's-lon^lenips à [louvoir ^e reniellre. I.e Père el;iit ern[ire>S(' de Siivoir le niolil' de sa venue , et s'il y av;iil (jiieltjue sujet de trüindie ; mais Siinon, suMuíjue par les sanglols, ne pouvait rien dire ; enfin , a[)rés de nombreuses instances, nous oblinnies de lui qu'il se releviU.
Le l'ivre lui demanda comment il avait pu découvrir mon séjour. Simon répondit (pie, depuis le premier jour de mon absence, il n'avait lait (|ue courir eà et là dans tous les environs,, s'infoiinanl piirlout de moi dans les maisons , dans les couvents et di:i:s l(tus les eniiroils qu'il avait trouvés sur sa roule; ipie nialbeureuseuient il n'avait pense que ce jour-!;'» même à se présenter ¡ci ; mais qu'à son arrivée , et sur la demande (juil a\ait l'aile au portier, celui-ci lui avait répondu que depuis peu de lem|;s il y élail entré un inconnu ; que son co'ur palpita a celle réjioiise ; qu'il avait prié le portier d'avertir cet étranjrer de son arrivée , parce qu'il était très - important qu'il lui pailât; que le poitier était verni , et qu'à la fin le destin avait voulu le consoler de ^a Ionp;ue aflliclion.
Simon mêlait à ses discours tant de larmes . et s'iidenomn lit si Iréípienimenl , que, nîulgre noli'e enipressemenl d'appren lie iit> sa boucbe des circonstances trés-intéressanles pour le Père et ¡>our moi , nous senlimes qu'il l'allait nécessairement le laisser se lemellre enroie un peu , alin (pi'il pût nous les raconter avec plus de sang- froid. Lorsque nous le jugeàniiis tranquille , je lui demandai le récit exact de tout ce qui s'était passé; alors, s'adressant à moi , il me parla ainsi :
« Vous vous souvenez , monsieur , du jour malheureux où vous sortîtes le matin de la maison sans rien dire. Votri* disparition nous surprit tous. Nous nous interroijions les uns les autres ; aucun de nous ne pouvait en deviner les molifs. Le portier nous ap[)ril (pi'au premier point du jour vous lui aviez fait ouxrir la ]K)rle el que nous eliez sorti seul : qu'elonné de «elle sortie imprévue i\ une heure extraordinaire , il avait élé bien plus surprix encore de vous avoir vu sortir en manteau et avec une épéo ; <|ue , par un moiivement de < uriosilé , il élail \enu sur K' st iiil de la porte observer le chemin que vous alliez pren.lre , et (|uil vous vit enfiler la riic qui coiuhiit à la campagne.
» A l'instant , et sans ju'îsrrèler à réfléchir, je suivis la même route que le portier m'a\ail indiijuée. Je courus à toutes jambes : arrivé à la porte de la n ille , j'hésitai ou j'irais : mais , ayant avancé de quelques pas , je rencontrai un paysan (jui s'efforçait <le nultre sur un cheval un liomiiK^ qu'il paraissait avoir relcM* de terre. Je m'approchai (omme pour l'aider, el considérant a\ee attention l'honime (|u'il soutenail , il me parut ressembler à cet étranger arrive depuis peu , (|iu' sou faste el son opulence faisaient remarquer. Je fus épou\anté de le voir blessé et baigné dans soi\ sang.
» Je soupçonnai aussitôt (pie vous aviez eu quelque dilfércnd ,
et que vous l'aviez blessé. Celle conjecture se changea bientôt en ceriilude , lorscjuayant demandé au paysan .quel était cet homme , il me ré¡)üiidil que « quelques afîaircs Tayanl amené à la ville de très-grand malin , il était près d'y arriver, lorsqu'il avait rencontré un cavalier en manteau , qui lui dit : mon ami, iiàtez le pas, vous rencontrerez près d'ici un homme blessé et qui a besoin de secours ; allez vile , et lâchez de le secourir. J'allais le questionner, mais il ne voulut point interrompre sa marche; à quelques pas de là j'ai rencontré ce cavalier, qui m'a dit qu'il venait d'eue blessé , sans savoir par ([ui ; il m'a prié de le transporter à son hôlellcrie : aidez-moi à le meltre sur mon cheval , et nous le conduirons où il nous dira.
» Je ne doutais pas que vous ne fussiez celui qui avait parlé à ce paysan. Je fus fort satisfait de voir que le blessé disait ne pas connailre celui qui l'avait mis dans cet élat , cl je jugeai que, par un molif d'honneur , il ne voulait point nommer son agresseur. Je pensai qu'en le menant à son auberge, son accident ne pourrait manquer île se divulguer, et d'après h; soin qu'on meta faire exécuter les lois contre les duels, je craignis qu'il ne vous en raésarrivàî.
» Je me souvins qu'il y avait , dans un village voisin , un honnête laboureur á qui j'avais rcüidu un service im¡)í)rlant ; persuade qu'il ne me refuserait pas et qu'il me garderait le secret , je proposai au blessé de le conduire chez lui , non-seulement pour cacher ce malheureux événement , et le meltre à l'abri des dangers que pourrait entraîner sa publicité , mais comme dans un lieu où il serait à portée des secours de l'art et des soins qu'exigeait sa situation.
» Le blessé no put voir dans mon zèle qu'un mouvement naturel d'huniuiité; la peur des recherches de la justice , que je lui exagérais , de concert avec le paysan , le détermina à consentir à ce que je lui proposais. La njaison oii nous le conduisions étant à l'entrée du village , j'espérais y pouvoir arriver s;\ns être vu de personne , et heureusenn>nt j'y réussis. Nous le mimes donc sur le cheval , et le sort nous favorisa assez pour que nous arrivassions chez le laboureur sans avoir été aperçus.
» Je dis il ce brave homme ce qui me, parut convenable dans la cir( onslancc , et il m'odVit tous les services que j'attendais de lui. Nous finies appeler le chirurgien du lieii , aucjuel je racontai l'événement , de manière qu'il pût nous servir et ne pas abuser de noire confidenco. Il examina la blessure , il la trouva grande et profonde ; mais il nous dit qu'il ne pou\ait asseoir son jugement (m'au bout de vingt-quatre heures. Il la p insa et promit de revenir. Mon .-inii cl sa digne fennne iuî; promirent lo»is leurs soins pour le soulagement du malade, et il trouva auprès d'eux tous les secours qne sa situation pouvait demander.
» Voyant que je lui étais inutile, je me proposai d'aller vous chercher. Je priai le maître de la maison de me prêter son cheval , cl je me mis à suivre vos traces dans le chemin qu'on m'a-
LETTRE XXVlí. 563
vail iiidi([ii(''. Je LOtinis loul le jour; j irilcnourai lous €vu\ que je rcuconlrai ; [lerstjniie ne pul me iloiiuer de \o.s iiou\f"lles. Mes icclicrclies yriint clé vaines , el lu nuil appioclianl , je lelouinai à la \ille , dans respéraiice (jue vous y serie/ re\eiiu ou d'y liouver (le vos nouvelles. Mais (juelle lui ma doolalion , loixju en rentranl j'appris que vous n'y avitz poinl paru el <ju on ignorait absoiumenl ce que vous étiez devenu !
» Je passai la nuit dans la plus grande inijuielude , et délcrniiné á vous cherelier de nouveau le lendemain , quoique sans savoir coninient dirijrer mes reclierc lies. Je me lendis d'abord à la maison où était le blessé. Je voulais ôlre présent à la visite du ehirurgien. H arriva, el après avoir leve le premier a[)part'il , il nous dit (jue la blessure élait consid»'ral)le , mais qu lieureusenu'iit elle n'avait on'ee.sé aucune partie essentielle ; «¡ue jusqu'à présent elle ne lui paraissait pas dangereuse , ([iioiqu'il convint d'attendre encore pour être pleinement rassure, tel espoir me consola beaucoup; j'aurais voulu m'enîrelcnir avec le ujalade , dans la vue de lircr de lui quelques éclaircissements pour réussir dans ma recherche ; mais le chirurgien nous avait si fort recommandé de ne point le faire parler, que je n'osai pas lui faire la moindre (nieslion..
"Jetais fort embarrassé; il me vint en pensée que vous pouviez être allé vous cacher dans la maison de quelque ami , pour tâcher de vous prnciirer de là, sans danger, des nouvelles du blessé cl vous conduire suivant les cire onst.inces. Mais comment deviner ou présumer celle que vous auiii'z choisie"? Dans celle incertitude, je crus devoir les visiter toutes ; je me mis aussitôt en roule, et n'en laissai , sans les avoir visitées, aucune de celles dont je me souvins. J'employai dans ces courses plus de trois semaines. Je consacrais le jour tout entier à mes recherdies, et lorsqu'elles ne m'avaient pas conduit lro[> loin , je revenais le soir à la maison , dans l'espérance d'y trouver quelques nouvelles. Je continuai à visiter le blessé aussi souvent que mes courses pouvaient me le pernietlre , cl j'avais toujouis la satisfaction d'apprendre qu'il allait de mieux en mieux, jus{[u'au moment où n
A ces derniers mots de Simon , je fus hors de moi , je ne pus me contenir : « Est-ce qu'il n'est pas mort? lui dis-je en l'interrompant. — Non , monsieur, me répondit-il ; il est maintenant plein de santé, et j'ai appris qu'il était parti aujoiird'hui pour retourner dans son pays. » Comment pourrais-je peindre l'impression que celte nouvelle lit sur moi ? In homme débarrassé loul-á-cou[) d'un fardeau qui pesait sur toutes les parties (:e son corps el l'enipédiait de pouvoir respirer, ne se sent pas aussi soulagé (jue je le fus par celle nouvelle inattendue.
Mille idées s'offrirent rapidement à mon imagination ; foules étaient ou lumineuses ou (onsolanles. J'admirais la miséricorde de Dieu en faveur de cet homme . à qui elle accordait encore du temps pour se corriger et se convertir-, j'admirais avec quelle
bonté pour moi il n'avait pas permis que mon crime fût consommé • quel témoignage il m'en donnait en calmant l'inquiélucJe dont j'étais dévoré , et en me faisant entrevoir que je pouvais m'approcher de son trône , n'étiinl plus chargé d'un si grand crime. Celte douce pensée versa dans mon cœur à grands flots le baume de la consolation. Je levai les yeux vers le Père céleste , à ((ui j'en étais redevable , et baigné de larmes je me jetai à genoux pour lui rendre grâces. Mon bon directeur joignit sa voix a la mienne, et me dit : «Oui, monsieur, reconnaissez à ce trait notre Dieu bon, le Dieu des miséricordes. »
Simon , qui me connaissait depuis longtemps , et qui , me trouvant dans ce couvent, ne pouvait penser queje m'y fuste rendu dans d'autres vues que celles de m'y soustraire aux poursuites de la justice , fut stupéfait de mon action ; il me i-egardait avec un air d'elonnemenl et des yeux de surprise, qui m'annonçaient qu'il avait peine à croire ce qu'il voyait ; j'en fus humilié, je sentais trop combien il avait raison. Je me levai : « Oui, Simon, lui disje, Dieu a jeté sur moi des yeux de miséricorde ; il m'a conduit ici non-seulement pour me dérober à la justice des hommes , mais pour me soustraire à ses éternelles vengeances. « Simon fut interdit, et ne répondit rien. Le Père le pria de continuer son récit, et il le poursuivit ainsi.
« Il est inutile, monsieur, devons fatiguer du détail de mes longues sollicitudes. Depuis le moment de votre absence jusqu'à aujourd'hui , je n'ai cessé de vous chercher ; j'ai partagé tout mon temps entre mes courses continuelles , mes visites à l'homme blessé , et mes retours presque journaliers à la maison, où j'espérais vous voir de retour ou du moins apprendre quelques nouvelles de ce que vous étiez devenu. Le blessé se trouvant hors de danger au bout de quelques jours , il voulut retourner à son auberge ; à sa prière , je l'y ai.compaguai ; mais il n'a jamais su qui j'étais, et n'a jamais cru voir en moi qu'un homme charitable , qui l'avait rencontré par hasard et l'avait secouru par humanité ; il m'a paru trèsreconnaissant de mes services , et il m'en renouvelait les témoignages à chaque instant.
» Je dois ajouter que , quoiqu'il eût pris beaucoup de confiance en moi, et (pie je r.unenasse souvent la conversation sur l'accident (lui lui était arrivé , il ne m'a jamais nommé son adversaire , et qu'il m'a toujours dit qu'il ne le connaissait pas. Celte discrétion me le faisait envisager comme un homme d'honneur , qui ne voulait pas vous compromettre , et de h j'augure qu'il ne l'aura dit à personne. Celle circonstance et le rétablissement de sa santé vous mettent à l'abri de tout danger; car fort heureusement cet événement a été enseveli dans un profond silence. Persoime n'en a eu connaissaiK e , (>t à présent vous ne reiK ontrerez plus l'étranger dans la ville. Il y a cinq ù six jours qu'il m'a dit avoir reçu des nouvelles de sou pays, (|tii l'obligeaient à y retourner, et je l'ai vu disposer son départ, qu il avait fixé à aujourd'hui. Je ne doute donc point qu'il ne soit parti ce matin.
» Il nie reste à vous dire que vos eiifaiils el tous vos doraesli(|iie.s se purtenl bien, tuais (pi ils suiil Ions |)r(Wbiidemeiil ullli^és de \olre absence, el Ire.s-inciniels sur te que vous éles de\enu; voire relour en bonne sanie sera pour eux une grande ronsolalion. J'ajoulerai (|ue , niai<^re la niulliplÎL'ile de mes courses , je ne suis eniore jamais venu ici , el que , dese>péré de ne vous trouver ni chez vos amis , ni dans aucun des villages où je vous présumais relire, une sorle de pressenlimenl secrel m'a i'ail prendre un senlier peu pratique qui m'a conduil a celle solilude.
u Ayanl apeiru le i ouvenl , j'y suis venu heurler, et j'ai demande au porlii'r , [¡lus pcul-èlie pour lui dire (¡uel(|ue chose, que dans l'espoir de \ous renconlrer , s'il n'y avait point un cavalier que je clier* bais. Il m'a répondu naïvement que depuis queiijue lemp; il y elail \enu ((uelqu du (piil ne connaissait [las. J ai aussitôt demande à parler a (et iiK onnu , [)ensanl que si ce n'était pas vous, j(! serais bienlôt desabus*'; mon sort a été plus heureux, puis(|u'il m'a conduit a vos pieds. »
Je renier* ¡ai Simon de son zèle et de ses pénibles recherches. Et , après quelcjues aulres propos, je lui dis : « Je ne veux pas n'ioiirner mainlenant chez moi , je désire rester encore quelques jours ici. Je tje veux pas non plus retourner dans ce moment à la ville, je veux auparavant p.isser quelque temps à ma maison de campagne avec mes enfanls et mes domestiques; mais , comme il y a lontenips que ma maison n'a été h.ibilée , elle ne sera peutéhe pas en élat de nous ri( e\oir ; je le ( harge donc de t'y rendre dire* lement d'ici, de poursoir a ce qu'il sera nécessaire d'y faire pour la rendre hahilable , sans t occuper néanmoins des réparalions (|ui ne seraient (pie de luxe , et d'y taire transporter des meubles.
I) Après (jue ces dispositions auront été prises, lu y feras venir mes enfants et mes domestiques , et lorsqu'ils y seront établis, tu viendras me prendre pour m'y conduire aussi. Mais quoiijue lu puis>es assurer tout le monde que je suis en parfaite santé et qu'on me verra bieiiUM , je l'enjoins expressément de ne point dire en (juel endroit lu m'as trouvé. » Simon me promit d'exécuter ntes ordres , et ajouta (pi'ils seraient bienl(")t remplis, attendu (pie dans ses courses il avait visite plusieurs Ibis la maison (pie je me [)ro|)osais d habiter , (pi'elle était en Irès-bon état , el (pi'il n'y marupiail que (picUpics meubles (pi'il serait aise d'y transporter en peu de temps.
Mon plan ayant été ainsi arrête, il nu> donna d'autres informalions , el principalement sur les nombreux amis (pii composaient noire société dépravée, il me dit que la mort de Manuel , mon absence el celle d(! l'elranyer paraissaient l'avoir entieiement dissoute , mais que ses continuelles excursions l'avaient empêche de s'en assurer positivement ; il ajoula (pie tous ceux (pii la composaient étaient foil tristes , et (pie ( h n un avait pris son parti de son ( ote. Il me dit en partit iilier de loi , TIk odore , (pi'il ne l'avail point mi, que tu étais de quartier, el que celle raison te retenait au palais.
Soit que la présence du Père lui imposât, soit qu'il démêlât dans mon air le changement qui s'était opéré en moi, il mn parla avec la plus grande circonspection ; il ne lui échappa pas un mol qui put dévoiler nos précédentes habitudes et choquer la modestie de mon directeur. Je cherchais par mes regards à lui faire entendre que je craignais beaucoup qu'il ne s'oubliât sur ce point. Soit qu'il me comprit, soit que son bon esprit lui fit présumer mes craintes, il m'épargna ce déplaisir. Je lui dis entin de se retirer pour faire ce dont je Tavais chargé. 11 me promit de ne pas tarder â revenir et à m'instruire de l'exécution de mes ordres. Le Père le conduisit jusqu'à la porte , et , revenant à moi , il me ¡)arla ainsi :
« Admirez , monsieur , le Dieu des miséricordes , et aidez-moi à le remercier de toutes ses bontés. L'histoire de votre vie , et les diverses circonstances qui l'accompagnent sont dans ce moment une preuve visible de sa douceur paternelle et de sa tendre providence. Vous étiez , il y a peu de jours , plongé dans un déluge de vices , enveloppé de ténèbres si épaisses que vous ne connaissiez ni votre Dieu ni la véritable religion ; tous couriez vous précipiter dans l'abime éternel , sans y faire la plus légère attention. Une nuit à changé votre sort ; on dirait que Dieu a voulu multiplier les prodiges pour vous éclairer et vous tirer , comme malgré vous, d'un état si funeste.
» Quelle nuit, monsieur ! nuit d'horreur, pleine d'accidents épouvantables , mais tous visiblement préparés par l'amour d'un père qui veut sauver son fils. Un aggresscur injuste et téméraire vous défie; le faux honneur du monde vous porte à accepter le défi ; la nouvelle imprévue de la mort subite d'un ami , compagnon de vos désordres , qui méditait d'autres excès , vous accable et joint le sentiment de la terreur à celui de l'inquiétude. Le ('ie! , pour vous parler, emprunte la voix de la tempête; les éclairs vous glacent d'effroi ; les nuages irrités s'accumulent sur voire maison pour y verser des torrents de feu : rien ne vous arrête ; un faux point d'honneur vous entraine au combat , et vous avez le malheur de terrasser un adversaire que vous croyiez avoir tué.
)i Ces accidents multipliés n'auraient pas suffi pour dissiper les ténèbres de votre cœur ; ce Dieu de miséricorde , qui nr les avait permis que pour vous ramener dans son sein , permet encore que , dans l'eifroi de votre fuite , vous preniez le chemin qui conduit à (i'ile maison-ci. A peine y étes-vous arrivé , que votre cœur est touché ; il vous y a éclairé des lumières de la foi , il vous a développé sa religion , et fait reconnaître les erreurs de votre vie ; il vous a donné le temps de vous confesser , et , ce qui est bien au-dessus , il daigne vous pardonner , et vous rétablir dans sa grâce.
» Le Père céleste ne se contente pas d'avoir sauvé son fils <>garé et de le voir en sûreté dans son sein paternel ; il veut aussi, comme celui de l'enfant prodigue, célébrer une fête; il
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vt'ul vous couvrir d'iiii rii he vêlement, vous conduire A son aiilcl , où , deja pardonne , \ous aile/ rerevoir son j)ro[)re corps el son sanj^' divin en signe; de réconcilialion ; où il vous prodiguera de nouveaux dons , bien supérieurs encore à ceux qu'il vous a déjà faits. C'est avec raison que vous vous seiiter indigne de cet inappréciable bienlail ; vous vous le persuadiez d'une maniéie plus cruelle pour voire cœur , dans I idee d'avoir été l'instrument de la mort d'un homme , d'avoir causé sa damnalion éternelle, el de voir vos loains encore teintes dun sang que \ous aviez répandu. Conin;enl , vous disiez-vous à vous-n)éme , encore souille d'un meurtre, oserai-je m'asseoir à la table du Dieu de paix !
» Mais ce Dieu de paix veut (¡u'ellc régne dans votre cœur , pour que vous |)uissiez vous [)resent(;r à sa table avec coniiance. 11 fait égarer le don)esti(|ue (|ui vous cherche ; il éloigne de lui la pensée de venir dans celle maison , quoi(|ue Irés-proche de la ville , pendant tout le temps (jue vous destiniez à faire une bonne confession , et tant qu'il aurait |)U vous troubler par sa présence. 11 vous laisse croire à la réalité de ce délit , pour que vous le déploriez avec les autres ; el lorsqu'après vous en être lavé , vous vous préparez à re«evoir le pain céleste , lorsque vous èles eflrajé de votre iniquité el de la pensée d élre teint du sang d'un homme , et d'avoir peutêtre acc<'léré son éternelle disgrûce , il vous amène ce domestique ; vous apprenez de sa bouche que cet ^lomme n'est point itiorl , qu'il vil et (¡u'il est en santé ; (|ue Dieu lui a donné le temps de changer de vie , et que vous pouvez vous-même contribuer ù sa conversion par vos prières. Que de merveilles se nianifeslent dans ces dispositions de la Providence 1 (juels prodiges d'amour et de miséricorde éclatent sur cet homme el sur vous-même î
» C'est ainsi, monsieur, que nous traite ce Père tendre. Tant que l'heure de sa justice n'est point arrivée , il ne s'occupe qu'a rappeler le pécheur , i\ l'inviler , à lui faciliter toutes les voies de retour. Ne douions point (jue celte conduite de Dieu n'ait élé de même un avis pour l'elrangcr, el (jue sa bonté paternelle , à laqm-lle rien n'échappe , ne s'étende juscpi'ù lui. Quelles acliotis de grAees ne lui devez-vous pas pour uu trait de nuséi icorde si visiblt> ? Non-seulemenl il vous appelle à sa table par l'elTel de sa générosité universelle , son amour s'étend à votre égard bien plus loin ; il permet que vous ap|)reniez celte nouvelle pour vous consoler, pour calmer vos in(|uietU(les , et pour que vous vous présenliez a son festin , le cœur pénétré de toute la reconnaissance d'un bienfait si grand el si récent. Lorsque Dieu nous traite avec tant d'amour , comment ne pas répondre à cet amour par un amour s;iiis bornes?
» Aujourd'hui voire i\me doil^se considérer comme une épouse inOdéle , qiu* la plus odieuse ingratitude a rendue coupable des trahisons les plus inf;\mes el les plus répétées envers le meilleur
el le plus cligne des époux. Tout la portail , tout l'obligeait à lui rendre tendresse pour tendresse ; elle ne pouvait voir qu'une action aussi détestable que honteuse dans 1^ plus léger manque de foi ù son égard. Elle était née dans la plus vile des condilions ; elle n'était qu'un enfant d'iniquité , sans mérite , sans la plus légère espérance de s'élever à une si haute fortune ; et néanmoins l'époux , le monarque du monde , le souverain le plus aimable et le plus beau de la terre , la choisit par un pur effet de sa bonté ; elle devient solennellement sa fiancée par le baptême; il la comble de biens ; il lui en promet dans l'avenir d'autres plus grands encore, puisqu'ils seront infinis et éternels.
» Pour prix de tant de bienfaits et de tant d'espérances , il ne lui demande que de l'aimer el de lui garder sa foi : lépouse indigne, insensible à tant d'amour, s;ins reconnaissance de tant de bienfaits , méprise tout ce qu'elle reçoit de lui el tout ce qu'il lui offre. A peine elle se voit libre , qu'elle s'abandonne aux erreurs de son aveugle passion el aux séductions de sa volonté corrompue. Pour quelques rapides instants de faux plaisirs , elle méconnaît son époux ; elle renonce à sa main , à la dignité de son litre , aux espérances de sa gloire ; elle devietit adultère , s'avilit , s'abandonne à la corruption, se prostitue indignement, el abreuve son époux d'opprobres et d'outrages.
» Il eût pu la punir d'un si grand crime , la replonger dans son ancienne misère , el repousser tant d'impudence par de nouveaux châtiments ^ mais il est tendre , et il l'aime. Ses iniquités ne l'ont point encore aliéné ; il la recherche avec inquiétude , il essaie de la ramener à elle-même . il vpmî pouvoir lui rciiùre ses bonnes grâces. Au lieu de la châtier comme elle mérite , il l'invite lui-même , par un pardon généreux , à revenir à lui ; il l'appelle , la sollicite, il la prie. Il lui promet d'oublier ses oulr.îges, de la traiter comme une épouse chaste , de la recevoir encore dans son lit , sur son trône et dans son cœur. Il ne lui donne ces témoignages d'amour que pour la porter au repentir et à lui jurer de nouveau de lui être plus fidèle. L'épouse , toujours plus aveugle et plus obstinée , l'écoute , n)ais elle ne fait aucune attention à ce qu'il dit : elle méprise son pardon , elle n'accepte aucune de ses ofl'res. Plus il la recherche , plus elle l'évite ; au lieu de se rendre aux témoignages de sa bonté , l'insensée renouvelle ses offenses. '
» Celte conduite ne suffit p;is pour irriter un époux aussi patient que plein d'amour. Elle a beau se rendre méprisable à ses yeux , il renouvelle ses instances avec une constante et tendre obstination , et il semble que celle méchante épouse , abusnnt d'une bonté si excessive , proportionne la grièvelé de ses offenses à l'assiduité des sollicitations de son époux. Cet étrange combat dure longtemps, el l'on ne sait ce dont on doit le plus s'étonner, ou de l'entêtement de l'épouse , ou de la bonté incroyable de l'époux. L'homme n'a point une si grande patience , il ne la conçoit même pas , mais elle est le partage de l'époux, parce
qu'il osl élernel, parce (ju'il aime beaucoup son cpouso, parre qu'il l'a rachelce de soti satif; , parce qu'il ne se dclerniine à punir que lorsque la mesure est comblée , el que sa justice y est ibrci'e ; seul il sait combien est à redouter le tourment qui lui est prépare.
» Si , daris l<'s itilervalles de celle lutte scanilaleuse ; si , n)algré les ténèbres (pii aviîuylenl l'épouse ; si , malgré les \ices de son rœur , elle s'arrête un instant ; si , prêtant l'oreille aux reprocbes de son époux , (;lle se dispose à l'écouter avec attention ; si elle se sent touchée el se laisse persuader : au premier accent de son repentir, à la moindre larme (¡u'elle répand, à la plus légère marque du désir de son retour, l'époux la presse de nouveau et l'excite à se confier en lui , et se jeter dans ses bras ; malgré ses excès, malgré les opprobres dont elle l'a couvert, il est prêt à lui pardonner, à oublier ses loris el a la rétablir dsns son premier état. Quel amour ! quelle condescendance î Pour la remettre en possession de tant d'avantages, il n'exige d'elle que l'aveu et \o repentir de ses torts , et la promesse de bien vivre à l'avenir. Si re()ouse se jette a ses pieds , il l'absout à ri!)slanl , il lui |)ar(Ionne , il lui rend sa tendresse , la replace sur son trône el la rétablit dans sa dignité • il ne lui rend pas seulement les bieiis qu'elle avait perdus, il l'aide encore à les conserver par sa giAce.
» Il l'ail bien plus ; il ne se borne pas à l'avoir enrichie une seconde fois par de si grands dons , comme si sa propre gloire y était intéressée , il veut que tout le monde soit instruit de cet heureux événement. Pour donner plus de solennité à la réconciliation après laijuelle il soupirait , a[)rés lui avoir pardonné dans le secret de la conscience , il veut ([u'elle se montre au public , et qu'elle aille s'asseoir au sacré bancjuel qu'il a prepare pour les lidèles épouses qu'il a choisies et dont les anges du Ciel sont les ministres. Il veut que ces âmes fortunées , qui l'aiment el (pi'il aime à son tour, la reçoivent dans leur auguste et bi(>nheureuse com[)agnie ; qu'ils conimuni(|uent avec elle . el qu'ils lui fissent part du pain celeste dont il les nourrit ; que la nouvelle épouse mange avec eux la même chair ,- boive le même sang du divin Agneau , el qu'elle reçoive aussi l'aliment qui donne la vie. Là, il lui donne le chaste baiser de sa sainte bouche , il la martpie du sceau de riuimortalilé , il l'admet au nombre de ses épouses chéries , et il lui promet de la nourrir constamment de ce pain d'amour , pour la .soutenir dans les fatigui's du voyage , jus(|u'á ce qu'il la conduise aux délices inclfibles ou elle le verra dans les celestes darles.
» Voilà , monsieur, voire histoire. J'ajouterai (jue ce Dieu aimanl, dont vous a[)proilu'Z la table et (|ui vous y voyait manher av«'c crainte, a voulu vous tranquilliser par cette heureuse nou>elle. Bénissons sa misérii orde ; rendons - lui grAces , el proliions de son ineffable bienfait. Préparons-nous-y par de nouvelles humes d'amour, renouvelons notre douleur de l'avoir méconnu >i long-
temps ; employons celui qui nous reste d'ici à ce jour mémorable d'imraoïtalilé à nous rendre moins indignes de ce souverain bien. »
Je répondis au Père que j'étais également pénétré de la pensée de mes iniquités et de la miséricorde infinie avec laquelle Dieu me traitait ; qu'en effet la nouvelle que Simon m'avait donnée , dans un moment où elle me parvenait si à propos , n)'avait paru un trait visible de sa divine Providence ; que mon cœur avait bien apprécié celle faveur et lui en avait rendu grâces ; que ce signe de sa bonté encourageait ma confiance , sans m'ôter l'idée de mon indignité , puisque de ma part le crime avait été consommé ; que je me trouvais plus tranquille et mieux disposé à recevoir humblement l'hoslie sainte; que celle disposition naissait alors de mon obéissance , et que maintenant je me laisserais conduire avec plus de docilité par sa charité et par son zèle.
Le Père se retira , en m'offrant de revenir un aulre jour. Dans la lettre qui suivra, je te ferai le détail de ce qui m'arriva le jour de sa visite. Adieu , mon ami.