‹ Le triomphe de l'ÉvangileChapitre 23 sur 32 · LETTRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE VINGT-HUITIÈME

Le pliilosoplif à Théodore.

Je ne pourrai jamais t'espriraer , mon cher Théodore , quelle douceur avait répandue d;uis mon Ame l'heureuse nouvelle que m'apporta Simon ; j'étais lellcnKînt persuadé de la mort de cet étranger , qu'en apprenant son rétablissement , je crus apprendre sa résurrection. Dès que je fus seul et queje pus me livrer à mes réilexions , je ne me trouvai plus le même ; je ressentais un plaisir si vif, une satisfaclion si parfaite , que mon cœur ne pouvait y suffire. Pour la première fois , je compris alors que les plaisirs de l'Ame sont d'un ordre bien supérieur aux plaisirs des sens, et (|ue les justes peuvent trouver dans leur innocence ou dans leur victoire sur leurs passions , des consolations et dos sensations plus délicieuses et plus vives que toutes celles que produisent les atlraits et les caresses du monde.

Non , mon cher Théodore , nul baume consolateur de l'homme blesse qu'il guérit , ne produisit l'effet que cette nouvelle fil sur moi. Dieu ! me disais-je , si un misi'rable pécheur couvert d'iniquités , un malheureux qui coîumence à peine à ¡)leurer et à demander pardon , (|ui ne le doit qu'au SiMgneur cpii lui a dessillé les yeux , trouve tant de consolation à penser que le crime (ju'il

a voulu consommer n'a pas ou les suites funestes qu'il redoutait , quelle sera donc telle de l'ame forlunée (|ui jouil encore de sa première innorence ! quelle sera celle de l'honinie vertueux, qui ayant comballu contre lui-mên)e , a su en triompher!

dette manjue si l"rap[)aute de la honte di\ine à mon égard excitait à la ibis ma gratitude cl ma conliame. Je repassais a\ec clfroi la lonj,'ue suite de mes nombreux excès; je considirais à quel degré d'iniquité j'avais pu parvenir, l'ahime piofond dans leíjucl je m'étais plongé , la manière n)iracult'use dont Dieu m'en avait retiré, la merveilleuse bonté avec laquelle il m'avait londuil ici , et m'y avait donne un saint et zèle directeur ¡¡our me ( onvaincre de mes erreurs et ra'éclairer du flambeau de la religion; un directeur qui m'avait enseigné la loi divine et conduit dans le giron de l'Eglise , qui déjà m'avait adopté parmi ses enfants. Je consideráis combien j'étais heureux d'avoir demandé et peut-être obtenu de Dieu le pardon de mes péchés , de voir s'approcher le jour où je devais solenniser cette divine réconciliation , et recevoir dans mon indigne sein le Di«'u d'amour qui daignait le puriûer.

Ces considérations m'épouvantaient , mes larmes coulaient , j'éclatais en grmissenienls. J"invo(juais ce Dieu, mes cris s'('levaicnt vers lui. Tantôt je le bénissais , je demam'ais avec ferveur à toutes les créatures ¿u Ciel et de la terre d'entonner avec moi des hymnes de louange , d'adoration et de reconnaissance , dignes de le glorifier; tantôt je lui présentais l'hommage d'une vive douleur, d'un repentir éternel , d'une obéissance sans bornes , d'un culte respectueux et d'une sévère pénitence.

Lorsipie mon imagination , un peu calmée , faisait trêve à lu vivadle de nies sentiments , je ne m'occupais que de projets de réforme dans ma conduite. Je renonçais à jamais à ce monde imposteur qui m'avait si < ruellemenl trompé , à la so( iété des incrédules ignorants qui m'avaient abuse , et des hommes vicieux qui m'avaient corronq)U. .le me proposais de passer une vie innocente et chrétienne dans la solitude de mon village , dans la campagne que j(> possède dans le voisinage de l'église où reposent les os de mes ancêtres et de mon épouse; d'y faire venir mes enfants et mes domestiques; d'y élever les premiers, et d'enseigner aux uns et aux autres la religion et la vertu , en cherchant a racheter ainsi par des exemples éJilianls le scandale de mes dérèglements sans nombre.

Ces idées me tinrent éveillé la plus grande partie de la nuit ; je dormis peu; mais ce n'était plus l'insomnii^ inquiète et douloureuse <le celui <[i:i cherche à calmer ses peiues, a la faveur de l'insensibilité que produit le .>-()mmeil ; c'était la veille i)aisible et réfléchie clans laquelle on i énonce à l'engourdissenient de ses sens, pour ne pas se priver des sensations agréables qu'on éprouve. Je me rappelais cet état de consolation vl de paix- dans le(¡uel j'avais si heureusement passé la nuit qui sui\il le jour fortune de ma réconciliation , et les délices auxquelles je dus des plaisirs purs et nouveaux que j'avais ignorés jusqu'alors.

Eu arrivant , le Père me demanda si mes inquiétudes étaient calmées. Je lui racontai comment j'avais passé la nuit et la disposition où j 'étais. « Tout cela , me dit-il , est l'ouvrage de Dieu ; approchons-nous donc avec coniiance du trône de sa miséricorde. Vous compterez désormais deux jours bien remarquables dans votre vie ; celui où , par le baptême , l'Eglise vous reçut dans son sein, vous communiqua les dons du Saint-Esprit, à l'aide desquels il vous adopta pour son fils ; et celui où , après avoir recouvré la grâce que vous atiez perdue , et vous être réconcilié avec votre Père , il vous nourrira du pain qu'il a laissé à l'Eglise pour le distribuer à ses enfants.

» Jusqu'ici cette sainte mère n'a pu vous traiter qu'en pénitent , elle a gémi avec vous sur vos- erreurs , elle vous a tenu à ses pieds , elle a intercédé pour vous , et employé son pouvoir pour vous absoudre. Mais bientôt elle vous attend à sa table ; vous vous placerez à son côté ; elle vous regardera comme un fils qu'elle serre dans ses bras , et à qui elle donne le baiser de la charité fraternelle. Jusqu'à présent elle n'a pu qu'implorer le Ciel pour vous ; mais bientôt à l'hjrane de la prière succédera le cantique d'actions de grâces.

» Déjà , par Tabsolulion , Jésus-Christ vous avait admis au nombre de ses épouses; maintenant il veut qu'on prépare une fêle, un banquet solennel qui sera servi par les anges , embelli par la présence des bienheureux.

» Préparez-vous donc pour celte fêle solennelle , pour ce jour d'immortalité , où vous commencerez à être habitant du Ciel , où vous vous présenterez aux yeux du bienfaiteur suprême , qui daigne recevoir votre àme pour épouse en présence de sa cour céleste.

» Avec combien dVlVorts, avec quels soin? l'âme , qui cherche à posséder le ( œur d'un époux aussi grand , ne doit-elle pas rechercher tout ce qui peut l'embellir, lorsque surtout elle a eu pendant longtemps le malheur de l'oiTenser !

» Qui osera se présentera ce céleste banquet, sans êlre revêtu de ses habits de fêle et de ses plus riches ornements ? L'épouse ira-t-elle sans robe nuptiale ? Prenez donc la vôtre , et si vous êtes pauvre , si vous n'en avez point , demandez-en une à l'époux. Il est magnifique , ses trésors sont immenses , et sa libéralité est telle, qu'il donne toujours plus qu'on ne lui demande. Mais pour la demander , il faut savoir en {juoi consiste cette robe de noces , connaître la parure qu'il préfère el (¡ui peut vous rendre plus agréable à ses yeux. Elle est tout (Mitière dans les dispositions du cœur qu'on apporte à la sainte table , et (;'est de ces dispositions que j? vais TOUS parler.

» Soyez d'abord intimement persuadé (fue toute bonne disposition vient du Ciel. Kigoureusement parlant, il n'en est aucune qui suffise pour recevoir Dieu dignement. Une créature faible el mortelle peut-elle être assez pure pour mériter la grâce de recevoir son Créateur ? Tous les eiTorts des célestes intelligences

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ne pourraient la préparera une action si grande, si l'Esprit divin ne lembiasait de son l'eu, th î (|iii oserait s'a|)prorLer de l'aiilel , si ÎMeu lui-mènie ne le lui ordonnait?

») Maisie Dieu de boule n'a pas seulement institué ce sacrcmer)t pour l'avanlage des lionimes ; il a \oulu encore qu'il servit à nianilesler sa gloire , son amour et sa miséricorde. Sous devons donc commencer par sentir et reconnaître (pie nous ne [¡ourrons le recevoir comme il doit être reçu , si lui-même ne vient a notre secours, hnpiorons sa |)ilie dans l'eliusion du sentiment de noire propre misère , et d'une conliance sans bornes dans les elTels de sa grâce ; prions-le avec ardeur de daigner puriiier notre ûme , et la demeure ou il veut habiter.

» l.e piince (|ui veut s'arrêter dans l'humble et clioile cabane du pauvre . sait que ceux qui l'habitent ne ¡meuvent lui offrir uu logement digne de lui; il y fait lrans|»orler des vélemcnls et des meubles ; (juand le lloi des rois , le Seigneur des seigneurs veut Lien , jKir .'-on inelTable boule , par l'eliel de son inépuisable miséricorde , venir habiter dans le sein du pécheur icpenl.int (|ui ne peut lui pre>enler que sa misère et ses désirs , il envoie l'iCsprit saint verser dans son ànie ses dons divins et l'enrichir , pour !a rendre digne d'un hôte aussi auguste.

» Mais pour cela le pécheur doit faire de son côté tout ce qu'il peut. Le premier et le plus indispensable de ses devoirs , est de l'aire disparaître toutes les souillures qu'il a pu contracter. Il doit du moins s'être purifie de toul pét hé uiorlel , et c'est là ce qu'on appelle la pureté dii conscience ; sans elle , toute communion de- Tii,'îîL.;;".'il wivc p;;jr;i'.;ii!'.;j.';. C'"¿1 ! "prcüV" c¡üc i Apuíro îînus ¡ñipóse, hirsqu'il dit (|ue celui qui mange le pain et qui boit le calii e du Seigneur indignement, profane le corps cl le sang de Jésus-Christ. Ainsi tout peché mortel dont on ne s'est pas confessé , dont on ne s'est pas repenti , ou qu'on ne veut pas expier par la pénitence , est un obstacle à la communion tellement invincible; , que celui qui communie dans cet état commet un sacrilège.

» GrAces à Dieu, monsieur, votre confession a ôlà entière et complète , et je ne r.ippelle cette condilion essenlielle , que ¡JOur vous engager à retnercier Dieu de vous avoir accordé le temps et la grdce de la remplir. Si la pureté de conscience est nécessaire pour communier dignement , la pureté d'iiilenlion l'est aussi. Je parle de l'inlenlion de f.;ire cet a( le , le plus grand de la religion , pour luniíjue lin qu'on doit s'y proposer. Plus elle sera pure , plus le fruit du sat ri-ment sera grand. Dieu l'a inslilué comme un monument qu'il a voulu laisser;^ son Eglise, pour renouveler la mémoire de sa mort et de sa résurrection. Ce doit donc être là notre objet principal. Mais romme en même temps il l'a inslilué pour sa liloirci , et qiu* ce sacrement devient le canal par lequel il nous communique ses grâces , nous devons aussi avoir l'inlenlion de le tîlorilier , et d'obtenir les autres effets do sa miséricorde.

» La lin la plus pure , la plus grande qu'on puisse se proposer, est de communier pour l'amour de son Dieu , afin d'attirer frè-

quemment vers notre cœur cet unique objet de toutes ses affections ; de le posséder et de se consoler avec lui , en s'enilanimant de nouveau du feu brûlant de son amour; de lui rendre grâces de l'ineffable bienfait de la rédemption ; d'offrir au Père éternel ce Fils unique et bien-aimé , qui s'est lui-même offert sur le Calvaire comme victime , pour expier toutes les fautes des hommes , et qui vient alors , comme une hostie salutaire , expier parliculièrement les nôtres. Si dans le Ciel il est le sacré Pontife qui prie en général pour tous les hommes ; s'il y est le divin Médiateur qui intercède pour les pécheurs ; à la sainte table , il devient le Pontife et le Médiateur particulier de celui qui le reçoit avec foi , avec contrition et avec amour.

» Ce divin liédempleur vient , en qualité de victime , expier par les mérites qu'il s'est acquis sur la croix, iespéihés de celui qui le reçoit ; celui-ci doit se présenter aussi comme victime pour ses propres péchés , et s'unir d'intention avec la victime céleste qn'il a dans son sein ; il doit l'offrir et s'offrir lui-même à 'Jieu ; lui demander qu'en faveur de l'hoslie divine qu'il lui présenle , il daigne lui pardonner. H doit se résignera la mort et à toutes les peines que la justice divine lui destine dans sa providence ; promettre de s'imposera lui-môme une pénitence sévère , et de réparer son injustice par de bonnes œuvres ; demander a Dieu, au nom des mérites de son Fils , la grâce d'accomplir ces salutaires désirs , afin de pouvoir un jour lui présenter ses propres mérites, aidés de ceux de Jésus-Christ ; et enfin le don de la persévérance pour pouvoir mourir dans sa grâce.

» Telles doivent être les intentions générales du chrétien qui reçoit le pain sacré avec un cœur bien disposé , telles sont les considérations qui doivent l'occuper. D'autres motifs particuliers peuvent s'y joindre , et servir à purifier de plus en plus son intention. Celui qui connaît et qui redoute sa faiblesse , peut recourir à ce remède divin pour se fortifier ; celui qui éprouve une tentation , peut l'employer pour s'en délivrer et triompher de ses ennemis ; celui qui désire une grâce particulière , la demande au Fils bien-aimé , auquel son Père ne refuse rien ; celui qui brûle de reconnaisance envers Dieu , parce qu'il l'a tiré de l'abime de son inicjuité , et ramené â sa religion et à son Eglise , ou qu'ii en a reçu quelqu'aulre bienfait , ne peut mieux lui rendre grâces qu'en lui présentant cette hostie de salut , digne objet de son amour.

» L'homme qui voudra glorifier Dieu dans ses saints ou dans queliju'un d'entre eux , ne pourra le faire plus dignement qu'en lui olfr.int en leur mémoire ce sacrifice de louange. Si , touché du zèle d'une ardtînle charité , il désire que quelqu'un de ses proches se convertisse , ou soit consolé dans ses peines , ou conçoive un désir chrétien, ou qu'enfin les âmes de ses amis, de ses parents, ou d'autres (pii satisfont â la justice divine par les peines du purgatoire , soient soulagées , peut-il rien faire de mieux que d'ajouter ce motif à sa communion ? Rien ne peut plaider plus

LETTRE XX VIH. rû3

pfficacemcnl en faveur des aflligcs , rien ne peut intercéder en laveur des vivants et des morts plus puissanimetil auprès du Vùra que le sanj^ précieux que son Fils a répandu pour tous.

0 (^es molils sont purs et di|^ues de ee sacrement d'amour, un bon cliri'-lien se les doit proposer tous. Pour retirer de la communion ces excellents iruil>, restent les disposilioiis nécessaires dont nous allons purler. Aucune n'a plus d'eilct ({u'uiie coniiance entière en Jesus-CIn i>t , et l'intime persuasion (jue cj* divin Rédem[)teur peut nous t)l)lenir toutes ces grâces , et (ju'il delire de nous les accordei-.

» L'Evangile est pleii) d'exemples qui (¡émontrenl cette vérité. Une des .>«œurs du delunl Lazare dit a Jésus- Christ ' : Si vous aviez été ici, mon Îrere ne serait pas mort, mais je sais que Dieu vous accordera tout ce que vous lui demanderez. » Jésus lui ri [)ond : « Je suis la résurrection et la vie, le croyez-vous? — Oui, Seifineur, réplique-t-elle , j'ai toujours cru (jue vous êtes le Christ , Eil> du Dieu vivant. » (U-ite assurance deteimina la résurrcclion de Lazare. Jesus-Christ voulut que cette pieuse Israélite eut uiu* ( oniiance entière et une foi assez vive , pour croire (|ue le pouxoir de délivrer son frère de la mort et de la corruption résiditit en lui.

» L'ennemi de nos ;\mes , le tentateur qui connaît l'enicacité de cette foi et de cette confiance en notre Sauveur, multiplie ses ruses pour les aiî.iiblir dans nos (Oeiiis. Il nous représente vivement une vie entière de désordres ; il nous dit en secret , quoique dans un sens bien din'< renl , ce que les sœurs de Lazare disaient ii Jésus : qu'il aurait f;illu commencer plus tôt ; qu'on n'arrive pas à temps , (juand on vient de si loin , et qu'on ne giuMil pas facilement des plaies anc iennes et profondes. C'est par la suggestion de ces idees et d'autres semblal)les , qu'il cherche à atténuer notre coniiance , et a nous porter , après avoir irrité la justice de' Dieu par nos péchés , à outrager encore sa miséricorde par une coupable défiance.

» L'ne âme longtemps ensevelie dans le sommeil de la mort éprouve sans doute plus de difiiculte à se renouveler intérieurement , et a s'élever du fond des abimes de la terre jusqu'à cette vie céleste. Il est juste aussi (pie le pécheur lui-même connaisse combien il est douloureux d'avoir vécu longtemps sans la crainte de Dieu. Mais lorsíjiril s'est sincèrement repenti , lorsipi'il a lavé ses plaies dans les eaux de la pénitence , leur multitude et leur profondeur ne doivent plus ébranler sa confiance ; ses nombreuses, ses grandes misères doivent sugmenter sa componction ; jamais elles ne doivent fiire naître son df( ouragenienl.

» Le premier mouvement de son cœur doit être d'adorer Jésus- Christ , comme la source de sa résurrection et de sa vie. Il doit être intimement convaincu que la clémence et les mérites de son Rédempteur surpassent nécessairement l'énormité de ses fautes.

•Jean. XI. 3.

11 doit croire fermement que le sang de l'Agneau le puriGera plus que ses péchés ne l'avaient souillé; et, par la raison même qu'il ne saurait excuser son indignité , ni trouver dans sa faiblesse les moyens de devenir meilleur, il doit fonder plus d'espoir sur la bonté de celui qui sait élever l'éditice de la grâce sur le néant de notre misère. Plus il a le sentiment de sa propre bassesse, plus il glorilie la puissance et la miséricorde de son Dieu ; plus il reconnaît qu'un si grand bien ne descend que du Ciel , et qu'il ne peut jamais se l'attribuer.

') Jamais Dieu n'a rien refusé à celui qui le prie comme il le doit , et qui le prie au nom du Fils qu'il aime. Il n'y a point de réserve dans cette promesse générale : Demandez et vous recevrez. Jésus - Christ l'a dit à ses disciples , et en leur personne à tous les hommes : Tout ce que vous demanderez en mon nom vous sera accordé. 11 invite tous ceux qui sont chargés de péchés à recourir à sa bonté , et il a promis de les soulager. Vous , monsieur , vous avez horreur de vos péchés passés ; mais puisqu'il a touché votre cœur , puisqu'il vous a conduit à son Eglise , et qu'après votre absolution il vous appelle à son aulel , vous devez croire qu'il veut consommer en vous l'œuvre de sa miséricorde ; et la terreur môme c]ui s'est emparée de votre Ame , en est un nouvel indice.

» Qui sait enfin si Jésus-Christ n'a pas permis que vous tombassiez dans ce déplorable état , pour faire du miracle de votre conversiion un exemple et un motif d'émulation pour celle de vos amis ? Qui sait si sa Providence n'a pas permis la grande publicité de vos excès , pour apprendre à beaucoup d'autres pécheurs qui les ont connus, à ne point désespérer de leur guerison , et pour que le spectacle de votre pénitence les excite ? Qui sait si vos péchés et vos scandales ne serviront pas les desseins de la divine miséricorde en faveur d'un grand nombre d'autres, et si la maladie de votre àme , qui paraissait désespérée, loin de produire votre mort , ne sera pas une occasion de manifester la gloire du Seigneur ? On peut dire de vous ce que Jésus - Christ dit de Lazare : Celte infirmité n'est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu.

» Quand , par un effet de la grâce , un pécheur obscur et ignoré vieni à se convertir , il retire seul le fiuit de sa conversion ; mais quand elle choisit un pécheur public et scandaleux qui , placé dans un rang ¿minent , a donné des exemples plus contagieux , qui , comme Lazare , mort depuis longtemps , est déjà la proie (le la corruption, les desseins de Dieu sont plus étendus, et le changement de ce cœur prépare celui de beaucoup d'autres. Un élu lui sert il en former des milliers, et, dans le» jugements sublimes de Dieu , les crimes d'un seul pécheur peuvent devenir la semence de mille justes. La grièveté de vos fautes vous décourage et peut-être devient-elle elle-même le motif qui doit animer votre confiance , en ce (|u'elle vous montre combien vous êtes redevable à la divine élection , qui vous a rendu un exemple

LETTKE XXVIII.

publie de IÏ-IoikIiu* de la miséricorde do Dieu , à l'égard même des pécheurs qui l'oril le plus grièNeuienl outragé.

» Croyez seulcmetH , disait Jésus aux sœurs de Lazare , el vous verrez la gloire de Dieu. Je vous dirai de uiéme : croyez à ce Dieu d'amour avec foi el avec respect , et peut-être verrez-vous vo.-> parents . vos amis , les complices de votre iniipiilé s'associer à votre pénitence ; peut-être verrez-vous les dnies les plus éloignées de lu Noie droite aspirer , à votre exemple, à une meilleure vie?, el les personnes les plus déréglées dans leur conduite, glorilier Dieu en se rappelant vos erreurs , et en admirant darjs vous le pouvoir de la grâce.

» (Considérez, monsieur, que vos misères mêmes vous offient de nouveaux molils de courage et de confiance. Hénissez la profondeur de la sagesse éternelle, qui sait tirer de nos iniquités el de nos passions elles-mêmes les nïoyens d'ajouter à sa gloire. Tout coopère au bien de ses élus ; el si elle permet (pielquefois de grands crimes , c'est pour manifestiît de grandes miséricordes. Dieu veut constamment le salut de ses ciéatures ; il n'a d'autre désir que de leur pardonner , de les recevoir dans son sein et de les combler de biens. Lorsque nous implorons sa miséricorde , nous ne devons pas craindre sa justice, puisqu'il nous attend avec bonté; nous no devons pas non plus redouter notre indignité passée , puisque notre tlouleur l'expie; nous ne devons avoir peur que de nous-mêmes. Tout ce que nous a\ons à appréhender, c'est que notre volonté ne soit pas sincère , que notre résolution de changer de vie ne soit pas assez ferme , el que notre faiblesse ne nous empêche de prendre á tout priit toutes les mesures , toutes les précautions nécessaires, pour nous éloigner des occasions dangereuses, et pour ne pas l'olienser de nouveau.

» Il aurait raison de ne pas compter sur la grûce , et de craindiii de ne p.is recevoir dignement son Dieu , celui ([ui ne se déciderait pas à s'éloigner de tous les lieux, de toutes les situations et de tous les écueils où son innocence a fait tant de naufrages, <jiii ne serait pas dans la ferme résolution de renverser tous les obstacles qui l'avaient empêché d'aimer son Dieu. Les passions ne s'affaiblissent que par l'absence des objets ([ui les entlamment. Comment celui (¡ui vit au milieu des périls dont il est sans cesse environne, pourra-t-il espérer de s'y soustraire? Comment celui tpii continue à vivre dans le sein des familiarités el des plaisirs qui l'ont corronipu tant de fois, pourra-l-il devenir chaste? Comment celui qui ne veut mettre aucun intervalle entre la mort et les objets (pii reloigner)l de sa conversion , pourra-t-il rétléchir sérieusement sur leternitè, el se préparer à quitter la vie? Comment celui, qui ne veut renoncer ni aux agitations du monde , ni A ses plaisirs frivoles el vains , pourra-l-il prendre du goùl pour une vie chrétienne et penitente?

» Il est absurde d'imaginer que le cœur puisse se façonner à des inclinations et à des habitudes nouvelles , au milieu de tout ce qui fomente et forlilie celles qu'il a depuis longtemps ; el qu&

578 LE TRIOMPHE DE L'EVA^GiLE.

la lampe de la foi et de la grâce s'allume au milieu des lempêtes et des ouragiins. Celle lampe précieuse et fugitive, qui, faute d'aliment , s eleint quelquefois dans le repos du sanctuaire même , celle lampe que la tranquillité de la retraite ne peut empêcher de s'éteindre , pourra-t-elie se maintenir toujours allumée sur la mer orageuse où se nîulliplient les naufrages?

» Mais vous , monsieur, vous éles décidément détermine à fuir toutes les occasions dangereuses, à prendre toutes les mesures de prudence qui pourront vous forlifler contre votre faiblesse même; vous voulez voire salut à lout prix, et quoi qu'il vous en coule; vous acquérez donc le droit de demander à Dieu de perfectionner son ouvrage. Séparé de tous les objets qui alimentaient vos passions désordoimées , vous pouvez lui dire : Vous seul , ô mon Dieu , vous pouvez consommer l'œurre de votre miséricorde; j'ai fait ou je crois avoir fait tout ce qu'il m'était possible. Je vous ai sacrifié toutes mes affeclions vicieuses, et les objets qui pouvaient les réveiller , Je me suis éloigné de tous les écueils contre lesquels mon faible cœur pouvait encore venir échouer, j'ai changé ma vie et ma conduite autant qu'il dépendait de moi.

» Vous seul , ô mon Dieu , pouvez par votre grâce fortifier ma faiblesse; seul, vous pouvez rompre les liens invisibles, surmonter les obstacles intérieurs , et triompher de l'ancienneté de ma corruption. La pierre fatale qui m'empêchait d'entendre voire voix a élc levée : c'est maintenant à vous à m'ordonner, ( omme à Lazare , de sortir de cette fatale tombe , de cet abirae de misère et d'horreur. Donnez-m'en l'ordre, Seigneur; faites que j'entende celle voix active et puissante, qui ressuscite les moris et les remplit de vie. Déjà voire ministre a délié les chaînes qui tenaient mon âme captive, mais je ne puis devoir qu'à vous la liberté qu'il m'a donnée ; vous seul pouvez faire succéder à ma convalescence une sanlé parfaite , et du commencement de ma nouvelle vie en faire lu principe de la vie éternelle.

» C'est ainsi , monsieur, que la confiance en la bonté divine , appuyée par des résolutions sérieuses et pratiques , peut inspirer au plus grand pécheur le courage de se présenter à la sainte table; s'il y porte toutes les autres conditions qu'exige un don aussi incfTable , il peut espérer les fruits que ce pain céli'ste produit dans les âmes bien disposées. Mais, pour peu <pril considère la grandeur de celte action , il sera pénétré d'un profond élonnenient et d'une sainte slupeur. Quel est celui qui vient à nous? C'est le Dieu immense , infini , tout-puissant créateur du Ciel et de la terre, l'être des êtres, existant nécessairement par la nature de son essence, puisant son existence dans lui-même , et l'ayant donnée à tout ce qui est , à lout ce que l'œil voit , a tout ce (jue l'enlendemcnt conçoit ; l'être immuable et permanent , aux pieds duquel se succèdent et se leprodiïisent toutes ses créatures; le Dieu inaltérable cl éternel

LETTRE XX Vm. 579

(levant qui passent les générations qui disparaissent , les empires qui se (lelruis(Mit , et les nionumeiils qtie le len)ps dctiuit insensiblement et (jni s'ecrouleiit enfin.

» C'est le Dieu aim;il)le , principe et modèle de tonte beauté , source primordiale de toutes les gr.1ces , cause originelle de toutes les chastes amours. I,e Dieu ainuint , qui nous a donné l'existence, et avec elle tous les biens cpiil nous communiijue , toutes les espérances éternelles qu'il nous présenle ; qui nous aime à tel point, qu'il nous a donné son l'ils hien-aimé pour nous rycheler de noire esclavage , nous soutenir contre notre faiblesse , et nous aidera obtenir ensuite un bonheur éternel.

» i'.'est le Verbe divin , la sagesse incréée , (jui , engendré avant les siècles dans le sein de son Père éternel , vint , dans le temps , habiter les chastes entrailles d'une Vierge pure , et s'unissanl au sang et à la chair (jue le Saint-Ksprit forma d'elle , et à l'Ame souverainement parfaite qui fut créée pour lui seul , se fit homme sans cesser d'être Dieu; naijuil , mourut, ressuscita et monta au Ciel , où , Roi de gloire et revêtu de sa loiilepuissance , il siège à la droite de son Père , > faisant le bonheur des Anges et le plaisir imniorlel des bienheureux. C'est lui qui vient n)aintenant , caché , visiler le cœur humble qui l'appelle cl qui l'iujploie.

» C'est le Dieu aimant , qui, non content d'avoir vécu et conversé avüc les hommes , de leur avoir apporté la lumière; de l'Evangile et enseigné le cbemin de la gloire à laquelle il les appelle, a voulu leur laisser ce monument de son amour, cette commémoraison de son sacrifice , ce secours à l'aide duquel il les console dans leur exil. Le Dieu enfin qui semble impatient de sa séparation d'avec les élus , et à qui un amour ingénieux a suggéré l'invenlion divine de se cacher dans le sacrement cuclnrisliqiie , pour communiquer avec eux dans le secret de leur cœur, en attendant le jour do lumière , où , après l'atcomplissemenl de ses immuables dv'crels , il se montrera à eux dans toute l'étendue de sa gloire , et remplira leurs cœurs d'un torrent éternel de délices.

» Kt pour qui vient ce Dieu , aussi magnifitpie qu'infini ? Pour SCS faibles et fragiles créatures. Il vient visiter des hommes qu'il a tirés du néant et formés du limon , qui n'ont en propre il ne liennenl deux-mêmes que leur bassesse el leur corruption . qui ne possèdent rien qu'ils ne doivent en entier à sa grûce ou à sa miséricorde. Si la créature la plus parfaite , celte ({ui Ta servi avec le plus de fidélité et de constance , n'est point encore <iign<' lie ce bien suprême . que sera-ce donc de l'homme misérable qui l'a malheureusement offensé , qui l'a mi'connu , qui a adoré (les dieux étrangers et préféré de viles ccatures ;\ son véritable Dieu ? El pourquoi ! pour se livrer à des pbtisirs frivoles et grossiers , eu violant ses lois , en méprisant son sang et en renonç:înt à son aniour.

» Et quel dessein l'appelle vers l'homme ? Il vient lui par-

<lonner ; lui rendre les biens qu'il a volontairement perdus ; le, retirer des ombres et de la région de la mort où il s'était enseveli ; lui donner une vie nouvelle et de nouvelles espélünces ; le remettre dans la voie qui conduit au séjour céleste. Comment y vient-il ? Un jour il viendra dans toute la pompe de sa majesté; une nuée brillante sera son char ;. les anges, ministres de sa volonté , l'acconipagneront pour être les exécuteurs de son immuable justice ; le Ciel et la terre tremblesonl ; les morts sortiront épouvantés de leurs tombeaux au son ■de la Irompclle eiTra^anle , et viendront entendre la sentence irrévocable de ce Juge suprême; mais à présent il vient comme lin père , comme un ami ; il vient sur le trône de sa miséricorde fortifier ceux qui l'aiment , consoler les al'fligés et soutenir les faibles; c'est sur les ailes du divin amour qu'il vient satisfaire son immense et inépuisable bienfaisance , accomplir sa proaiesse de dcraiurer avec ceux qui mangent sa cliair , de soulager ceux qui sont fatigués et qui recourent à lui , de s'introduire dans leur cœur et <ie leur communiquer les dons de ^sori esprit, de ne faire qu'un avec eux , et de s'olîVir de nouveau avec eux à son Père élernel , afin qu'il confirme celle union et la rende iUerncUe.

» A la vue de tant de bonté , de tant de condescendance , <]ui pourrait n'être pénétré d'amour et de respect ? L'bomme . tians sa faiblesse , voit son Dieu descendre jusqu'à lui ; un voile sacré le lui couvre , mais la foi lui dit que cette substance , qui lui paraît être du pain , est Jcsus-Chrisl , le Créateur du monde ; celui qui le conserve et le gouverne ; celui dont la présence fait trembler les voûtes du Ciel ; celui devant qui la îiature entière se prosterne ; celui enfin devant lequel tout l'univers est moins que le néant. Quel respect ne doivent pas inspirer ces idées! Mais quel amour , quelle consolation ne devonsnous pas ressentir , en peîisant que celte giandeur infinie daigne venir épouser notre âme, et s'unir à elle d'une manière si intime <;l si étroite !

« Comment ne s'humi!iera-t-elle pas devant une majesté si sublime ? Le repentir de ses erreurs ne nous fera-t-il pas voler <lans les bras d'un si bon 'Père ? Comment ne lui dirions-nous pas , les larmes aux yeux et le cœur brisé de douleur . ainsi que Icnfant prodigue : Mon Père , j'ai péché contre le Ciel et contre vous. Si le publicain n'osait ni s'approcher de l'autel aii lever les yeux au Ciel ; si , honfeux et confus , il se bornait à frapper sa poitrine dans un coin du tem[)le ; vous, rempli de la même componction , mais avec ¡)lus de confiance , îdiez à l'autel , et dites aussi : Voyez , mon Dieu , <»• malbeurcux pédieur avec des yeux de compassion. Au profond respect que vous inspire une si grande majesté , vous réunirez iiinsi l'amour tendre et la confiance que mérite son ineffable bonté.

j» Oui , monsieur , tout vous commande celle confiance et cet

amour Ce Dieu do majesté l'I do jnstico , ()ni ne ponl voir I(î jH'clKMir qu'avoc les veux d'iiuc luiiiio iinplaialile et d'niio colère inlloxihio , onvisago Îo pécheiu- rcjionlanl avec coruiiiiscialion et l'attend avec niisoricordo. Si pur et si saint , il no peut point no pas abhorrer rini(]uile ; niais , comme noire Oéatour et notre l*ère , il nous aime en dépit de notre ingratitude; il nous appelle, il nous invite , il désire notre retour a lui. Tant que le ter.i e <|u'il a marqué pour ses cliAlimeiits n'est point arrivé , tant que durent les jours do propilialiou et d'espérance , c'est-à-dire , tant «¡ue nous vivons , ses bras sont ouverts pour nous recevoir dans son sein paternel.

» Il nous a , certes , bien montré cet amour , celte compassion , <'C vif intérêt (ju'il prend aux pécheurs. Pour(|uoi esl-il descendu du Ciel sur la terre? pourquoi s'cst-il revêtu de notre midlieureuso chair? pourquoi a-l-il entrepris tant de pénibles travaux? Sans doute pour les convertir et pour les ramener. Pour en venir à boni , il daigna manger avec eux ; il alla jusqu'à dire qu'il faisait son aliment cl ses délices de les gagner au Ciel. Ses jeûnes , ses veilles , ses fréquentes et laborieuses courses, les persécutions et les soulFrances qu'il endura , n'eurent pour objet que leur salut. S'il emplovail les jours au minislériî de sa prédication» el la nuit à prier son Père de les secourir , son seul amour pour eux l'animait alors ; les entrailles de sa miséricorde étaient sans cesse ouvertes pour les recevoir , cl observez df.ns Ihisloire de sa sainte vie que jamais il ne rcpoiissa aucun de ceux (jui iniplorèrenl sa pitié.

M (^o désir do les sauver et de les guérir de toutes leurs misères était si vif , il embrassait tellement son c(cur compatiss:inl , que , pour les racheter cl les délivrer (\c> maux éternels, il a bien voulu être crucilie entre deux malfaiteurs et verser jusqu'à la dernière goutte de son sang. Quelle perfection, (|uel prodige d'amour' et non content de l'avoir lémoigïié jusqu'à (o point , aussi ingénieux qu'aimant , notre Sauveur a voulu l'étendre en( oie audelà de sa vie.

)' Pour ne pas se séparer des honimes , pour leur laisser après sa mort un remède ellii ace et sur , il institua ce divin sacrement , dans lequel il s(? reproduit conlinuellemcnl avec toute sa forco el sa vertu. I. 'homme nuit sa chair avec la sienne . el joiiil (!e tous les biens ijue produit sa présence ; le même aniotjr qui l'a porté à mourir pour les pécheurs lui a inspiré l'iiistitii'.ion d(i la sainte eucliaristie. Si par amour il est venu sur la terri' el s'est livré a rini(|uiti' barbare de ses ennemis . par amour aussi il se coniniunitiue aux hommes . el souvent à des pécluMirs non moins coup;:bles que ceux qui lui ôtèrent la vie.

» Ouels trésois . ((uelles liràres m' renferme pas telle inslitulion , aiissi digne de S(m pouvoir el de sa s:)gesse que de sa l>ienfaisance ! Si l'euchiiislie presente quelquefois le témoignace (V la mort funeste qu'attirent sur eux ceux qui la profanent « u la recevant sans foi et sans charité , elle devienl la vie et le salut

de ceux qui y participent avec humililité et avec confiance. Pour produire ces admirables effets , elle ne demande qu'un désir vif et une inlenliun pure et droite.

» Pour l'homme ainsi disposé, ce pain di\in est un baume salutaire (jui le renouvelle. Quelle que soit sa iaibiesse , quelijue invétérés que soient ses uîaux , queUjue compliquées <}ue soient ses maladies , il guérit tout , il rétablit tout , il est tout pour tous. C'est le remède des justes et des pécheurs , l'alinient solide qui donne la vigueur aux saints , la médecine ({ui ijuéril les inliranes , la vie des vivants et la résurrection des morts, puisque , seloa l'expression de saint Augitstin , non-seulement il soutient ceux qui vivent , mais il rend la>ie aux morts. Et voilà pourquoi , dès que l'homme ne se sent pas chargé de fautes mortelles, dès qu'il lesa lavées dans les eaux de la pénitence, il peut et doit participer à cet ineifable mystère.

» Ce serait une grande erreur , ce serait bien vouloir se nuire que de s'éloigner , et queuiuefois même d'éloigner les au! res de ce divin sacrement , sous le prétexte de notre propre indignité, lorsqu'on ne donne ce nom (ju'à ái:^^ fragilités et à des faiblesses humaines. Ce n'est point là connaître la nature et le mérite ineffable de ce pain céleste.' l/honime ne peut sans doute se disposer suffisamment ; avec quelque soin qu'il se dispose , il ne sera jamais digne dc< recevoir un don aussi élevé ; mais il ne doit pas oublier que Dieu ne l'a pas seulement institué pour servir de nourriture aux saints . et qu'il l'a encore destine à servir de médecine aux infirmes ; ii a \()uhi tout à la fois qu'il consolât et fortifiât les justes , et .qu'il eniowragedt les pénitents et leur retidit la santé. Les plus faibles en ont le plus besoin , el doivent moins s'en priver que les l'orts. Les i\mes saintes et vigoureuses pourraient sans ce secours persévérer plus longtemps que celles <\üi , par leur faibtesso , sont plus exposées au péril , et ne peuvent «e soutenir par elles-mêmes.

I) C'est d'elles que le Sauveur lui-même parlait, lorsquen figurant <'e mystère , il disait : « Si je les laisse plus longtemps sans manger, «Iles tomberont en défailluue , pane qu'il en est i\iá sont venue» de très-loin. » Il nous fait entendre par l;i (|ue , connue ceux qui vivaient fait un plus I0U14 trajet (Kmr rentcndn , élaieul plus ♦ixposés à défaillir (jue ceux qui n'avaient pas eu tan' de ebemin à l'aire ; aussi , dans eette vie , ceux qui sont les plus faibles . qui ont une plus longue roule à faire pour arriver a la perfection , sont exposés à de plus grands périls. Et , puis(|uc ce pain releslc nous a été donné d'en-liaut pour >onleFiir notre faiblesse, ce n'est point une léuiérité , c'est au contraire une sainte et prudente |)récautioi» <|ue celle de recourir à la bonté d'un remède qui nous a été si libéralement accordé.

)) Le vénérable Père (irrnadt dit « que l'une «les |)lus grande» fautes des hommes est c*'lle dont ils rendront un compte « igoureux au dernier jour, est celle (ju'ils commellent contre \v sang de Jésus-Christ , lürs(ju'i!> refusent de profiler de ses mérites et

des swours qu'il procure aux lidèlcs, prinripalomcnl dans l'eu- ( barislic. » Il fait à ce sujol une comparaison excellenlt'. « Si un roi , dit-il , avait coii-lmil a graïuU Irais un iiopital niaiinilique pour y recevoir tous les malades, s'il l'as ait pourNU de tout te i\\ú est nécessaire au soulagement de leuis maux , et qu'après avoir uiis la ilernière in;iin a cet edilice eiraK nuiit utile el somptueux , personne ne s'y présentai pour être traite , ce roi serait oliensé et peu satisfait d'a\()ir tant travüillé pour des gens qui inérilaienl si peu son attention , puisqu'ils n'en donnent euxmêmes aucune à leur uuérison et à leur salut. »

« Connnenl le roi du fiel ne concevrail-il pas !a même indignation contre nous, i\ , après nous avoir presenté uu remède qui lui coule si ciier , puisiju'il consiste dans sofi propre sanj; , nous n'en fai>ons pas assez de cas pour xouloir en profiter ; si . loin de la , nous faisons tuul ce i[ui dépend de nous pour rendie ses desseins inutiles et ses travaux irifuictueux ? (..-.•Ile iieg!i,i:ence ilédaigneuse est un péché horrible ; elle est seud)lab!e à celle dont parle Noire-Seigneur dans la parabole du festin auquel les conviés refusèrent de se rendre '. (Combien n'esl-il pas à craindre qu'il ji'elende jusqu'à nous »etlc sentence effrayante : iin vnile.Je vout (lis qu'oucun de ces hommes qxie j'ai eonviis i>e prirn'cipei a jamais à ce fcslin .'

>' lui ell'et , monsieur , (juelle raison légitime serTÍr;iit d'excuse pour ne pas profiler d'un don si soleruiel il si grand ? l.elui (¡ni a ^lé un très-grand [lécheur doit savoir que dès qu'il se determine à entrer dans les voies de Pieu . et qu'il se repent sincéienient de sa vie passée , il cesse de l'élr»- , ctmnne le dil très -bien saint JcrôttK : « AussittM que nous >ommes affliges île nos péchés passés el que nous les délestons . ils lu' sont proprement plus notre 4;onilamnalion. » Ce qui nous a perdus , c'est de les avoir cotnmis ; ee qui nous sauve , c'est de nous eu repentir, de les pleurer, de les expier. Il n'est point de faute irréparable . point de peché irrémissible. t^Jui qui a Lut le j)lus de chutes et qui est le plus accable d'iniquités , n'a besoin que de se repentir ; qu'il saflligc et (|u'il tende la uiaiu . il peut èlre sur que Jésus- (Tirisl le relèvera.

0 Sans doute, il n'est pas digue de s'approcher iliin si sublime mystère ; unis , encore une foi< , (juel mortel peut ou (»ourra l'être jamais ? (^)u'il reconnaisse , je le veux, son indignité- mais qu'il re( (U)naisse au^si , qu'il admire l'airabilile et la doin eur de son Dieu , qui a institue ce disin sacrement pour se conununiquer à teu\ mêmes <|ui >ont imparfaits et faibles. Telle est .sa bonté, qu'il ne demande point de longs mérites , de grandes vertus ; il se coulente de la pureté . des bonnes intentions , des désirs sini ères et vrais. Telh' est lellicacilé de sa grAce , qu'elle supplée a tout ce qui manque A l'honime ; elle le perfectionne ; elle substitue daU'^ lui la fone à la faiblesse ; elle fait naître sa conOance de sou

' Luc. XIV. <S. ÍÚ.

huniilitó même. Loin donc (¡ue celui qui )o cherche avec la confiance de son indignilé , puisse i'olTenscr, il deviendrait coupable, si , sous ce prélexle , il négligeait de proiilei- de l'unique remède qui peut le g^uérir : tels sont les motifs qui doivent lui inspirer le désir et le courage de s'ap¡)rochcr d'un si ineiî'iibie sacrement.

H Pendant ces jours ou nous somnies si près de l'autel , uous redoublerons d'ardeur et de vigilance, nous aurons un œil plus nttentir sur nous-mêmes, sur toutes nos actions , sur toutes nos paroles ; nous ne ferons , nous ne penserons rien qui puisse n'être pas conforme ¿» la saintclé du Dieu qu(; nous allons recevoir. 'Joute conversation inu.lilc , tous disiours í'uíües ou légers , quoique indilferents en eux-nièmes , ne seraient pas une disposition convenable. L'âme ne doit être remplie que de son objet ; lu langue doit être conlenue , la bouche innocente et pure. Et comment se permettrait-elle une parole vaine ou dangereuse ? N'estelie pas la porte par laquelle nous devons recevoir l'hostie de propitialion ?

» Si !a bouche doit être pure, combien le cœur ne doit-il pas l'être encore plus ! Je ne parle pas seulement des pensées libres et impures ; certainement Jésus-Christ ne pourrait habiter le cœur qui les accueilierail avec complai^anie ; j'entends encore toutes les idées vaines , les mouvements d'une imagination in<juièle , qu'il faut nécessairement éloigner de l'esprit. Il ne doit non-seulemenl rien s'y trouver qui puisse oITenser Dieu ; mais rien qui puisse nous di5trair(; un uistanl de son amour ou de la conteniplalioii de sa tendresse, «t Le Seii^jieur, dit David , ne peut habiter que dans un lieu de paix ; nous devons donc éloigner do notre esprit toutes les pensées qui pourraient le dissiper ou le troubler. Le lit que, prepare à Dieu l'épouse des Cantiques est semé de ileurs ; il n'admet point d'épines ni de ronces : les pensées inquiètes ou vaines doivent être bannies. Et si la nécessité nous oblige à parler des choses humaines, nous ne devons le faire qu'avec réserve , a\ec une modération telle que noire cœur n'eu éprouve aucun trouble, et que notre ûme persévère dans le repos et la paix.

» Il est donc essentiel que nous remplissions le temps qui nous reste par des exercices spirituels : <p»e nous le consacrioiis tout entier A élever notre ( œur à Dieu , à méditer ses grandeurs , notre bassesse, et l'inetï'.ible bonté (jui le j)orle a venir fixer .son séjour dans un cœur <jui en est indigne. (;<■ sont là les parfums dont nujs devons remplir l'habitation que nous préparons à cet Hôte celeste; et, à l'arrivée du divin Epoux, il faut aller à sa rencontre avec la chaste pudeur du respect et l'élan d'un amour brûlant et sans bornes.

» Que votre oraison fervente perce la voùle des t^ieux , et s'élan.e jusiju'au troue sublime de l'adorable Trinité. Pendant les jours qui vous restent, adresse/ votre prière à chacune des personnes divines , pour obtenir la grâce et la pureté que de-

* LKTTRE XXVllI. 585

mande une aciion aussi sacrée. Inxoiiticz j).irl;( tilièrement In Irès-sainle Mère de Jésus , (elle Vierj^e Uès-piue , qui pendjuil neuf mois a poilé si dignenieut dans son cliasle sein te Sau\eur au(|uel elle a donné l'exisU lue Jniniaiiie , el ([u'elle va déposer dans \olre eœur; dmiamlcz-lui , au nom de l'i.nidur ardenl , de la dévolion lervenle a\ei' la(|uelle elle le (oneul dans st's cnlrailles cl le reeul dans ses liras , de vous obtenir la ¿;iàie de le recevoir avec amour dans voire sein.

» Priez le père pjilalif de voire tendre Epoux , le bifcluuicux Joseph , que la Providence cliarjiea du soin d»; la Mire 1 1 du Fils, de vous servir de parrain. Invotjuez rani>e j;ardien que Dieu chargea de vous con.uire dans le chemin de la vie; priez-le do vous aider dans l'acte le plus in)pürlanl que vous a>e/. a remplir ici-bas. Invoquez les saints de votre nom , piolecicuis naluieîs «jue Dieu a destinés à veiller sur vous , et i eux auxquels vous j)ürle voire dévolion ; demandez-leur de vous ;!ssi>ler dans une occasion d'un si i^raiid intérêt . et qu'à votre ¡)i ière ils deviennent les amis de l'épouse.

» Appelez lous les bienheureux qui jouissent de la vue du Sei},Mieur , tous les ang:es qui le servent et ({ui l'accomp-igneront avec respect , quand il daignera descendre dans son sein. Demandez - leur de vous enseigner à le révcier comme ils le révèrent , et de vous enllammer de l'amour dont ils brûlent eux-mêmes. Ah ! si vous les appelez a-.ec une ferveur simère , ils viendront sûrement vous assister et olTiir vos saints désirs au Seigneur. Ces heureux immortels , pleins d'amour pour le Dieu dont ils jouissent , sont pénétrés du même esprit ; ils ii'eujploient leur bienheureuse existence qu'à louer sans cesse leur divin Uienl'aiteur , à solliciler sa miséricorde en faveur des inorlels qui implorent leur secours el qui se convertissent sincèrement.

>» Quelle confiance ne devez-vous donc pas avoir, si vous consiilérez (jue vous allez vous présenter à un Dieu de bonté qui daigne venir a vous , et (|ue vous y allez sous les aus[)iees tle parrains si élevés , de proli'cteurs si grands , d'amis si zéh s , <|ui lous intercèdent pour ((ue l'Esprit saint vous appuipie , au moyen de celte chair di\ine it vivifiante «jue vous allez recevoir, lous les mérites de Jésus - Chri.»t et lous les fruils de sa rédemplit)n !

» Vous éles déjà dans le sein de l'Eglise , et cette mère compatissante , quoique divis<;e dans ses mend)res et répandue par toute la terre , est toujours unie d'intention ; elle est la famille sainte (|ui se compose principalement des élus et des amis de Dieu , qui l'adorent en esprit et en vciite , (jnoi([ue dans les ombres de la vie mortelle . et qui espèrent le jour de la lumière; a présent même , elle intercède pour vous , en priant pour la (onvcrsion des pécheurs et la persévérance des justes. Que de molils d'encouragement et de confiance , quehiue abominable qu'ail élé notre conduite !

» Eloignez donc dès à présent toute idée de crainte , bannissez toute pensée de votre indignité , ou ne pensez-y que pour exciter voire reconnaissance et admirer la miséricorde du Seigneur. Que votre âme s'élève jusqu'à s:î hauteur sur les ailes de l'amour et de la confiance ; que votre cœur s'unisse dés aujourd'hui et à jamais à la croix de notre Sauveur : ne soyez occupé que du souviMiir de sa passion et de sou divin sacrifice ; contemplez l'amour infini avec lequel i! s'est livré pour vous à des tourments inouis pour vous délivrer des peines dues à vos péchés ; considérez celte charité sans bornes , avec laquelle , malgré vos égarements, il vient s'unira votre âme d'une manière si douce et si tendre. Jésus-Christ a institué ce sacrement en mémoire de sa mort; et c'est Ik l'idée la plus grande, la pensée la plus aiîeclueusc dont puisse s'oi^cuper celui ({ui va le recevoir , s'il veut être fidèle à sa volonté.

» Concentrant dès à présent votre aUention sur ce seul objet , écoulez et n'écoutez que ce mot dii !'i^van¿¡ie , que Dieu vous prononce par m i houch ; : « Voici l'Epoux qui vient , allez audevant de lui. » Qu;; cotte <;xhortation retentisse à tout instant à votre oreille ; qu'elle éveille dans vous tous les senliments de tendresse et d'amour (¡ni lui sont dus. Oui , monsieur, et gardezvous d'en douter ; celui qui vient à vous est votre époux , et l'époux le plus aimant. Il n'est aucun sacrement où Psolre-Seigneur présente plus clairement cette union ineffable , que celui de l'Kucharistie ; elle est intime entre Dieu et celui qui le reçoit. De deux êtres si distants , elle n'en forme qu'un seul ; elle opère vraiment et réellement leur alliance spirituelle.

» Pour le recevoir dignement , appliquez-vous â considérer la manière dont il vient ; il vient rempli d'amour , de bonté , de douceur, de miséricorde. Il nous a dit, en institaanl ce sacrement , qu'il avait ardemment désiré de célébrer cette pâque avec nous , celte pâque où l'on mange le véritable Agneau , il est Ini-mèsne cet agneau. C'est dans celte pâ([ue (|ue , pour se donner à nous , il se dispose au sacrifice le plus terrible. Si, pour venir à nous, il désirait de souffrir de si grands maux , avec quelle ardeur ne devons-nous [» is désirer qui; notre Sauveur vienne dans ims âmes , lui qui est la source de lout bien! avec quel respect , ([uelle dévotion et quelle joi(! ne devons-nous pas l'altendre !

» Avec {|uelle ardeur . avec (|u.d amour notre ca'ur doit dire : O Père ! 0 bon Pasteur! mon Seigneur et mon Dieu! vous ne vous êtes pas contenté de me créer à voire image et de m'avoir racheté au prix de votre sang; par un prodige d'amour incompréhensible , vous daignez encore venir jusiju'a moi , vous venez habiter dans mon âme , pour me IransforoKM- en vous , pour vous unir il moi par les liens de l'anmur cl de la charité éternelle !

» D'où me vitîul un si grand bien? Mes mérites n'ont pu me l'attirer , puisque je n'ai lait que vous olTenser, ce n'est pas pour vous honorer , je ne suis (|u'un pauvre mortel pélri de limon , et vous êtes mon Dieu. C'est par rcffel d'une bouté si grande , que

vous venez à moi avec pius iromprcssenienlquc je ne luels d'iiideiir a atiera nous : moi , qui ui Uml do uiotils lie le desiier ; moi, ([ui suis si miserable , (jui ai un si yrand besoin de NOlre secours , et (jui sans vous ne puis èlre capable de rien. Vous m'aimez par miséricorde , el moi , je devrais vous cberclier , pour posséder en vous celui qui peut me donner lout ; mais voire amour surpasse l'inlérét que je dois avoir pour moi-même, à lel poinl (jue vous venez me donner loul , lor> niènie que je ne le di'siie ([ue iaijjlemenl, et (¡ne je ne le recbercbe pas avec l'ardeur (jue je devrais. Vous l'a\ez dit, Seii;neur, vos plus cbères délices sont de vivre avec les enianls des liotunies. (J prodige de bonté ! il n'est pas plus dans la nature du soleil d'eciairer , el dans celle du feu d'ccbauil'er et d'embraser, (|u'il ne l'est a vous, ó mon Dieu , de nous aimer l'I de nous combler de bien.

» (Juc ces pensées salutaires vous occupent uniquement d'i( i au moment lieureux que le Ciel vous prépare. Voire cœur doit nager dans un océan d'allet;resse et se livrer aux. Iransporls de la plus ilouce esperance. Mais cet époux si saint , si grand , si plein de majesté , veut voir dans l'amour de son épouse la pudeur de la cbasteté ; il faut qu'un profond respect accompagne les el^ns de votre empressenu'iit et de voire joie ; vous le devez également à la majeslé de celui qui vient à nous , el au senliment de voire jiropre bassesse. C'est ainsi que nous parviendrez a suivre le conseil de David: Servez le Seijncur uver crainte , el rcjuuissez-vous en sa 2)rcsence avec frayeur

» Ayez présenles à l'esprit les terribles menaces que Dieu fit au peuple par la boucbe de Moïse , au moment où il promulgua sa loi. Ne perdez p;is de vue qu'il prescrivit que rien n'appiocbàt de la monlagned'où il parlait, soit que ce fût un bomnie, une brute, i\n troupeau , sous peine d'élre lapidé ; et bien iju'il eùl permis ¿i Aaron , qu'il avait nommé grand sacriiicalcur , de gravir la montagne , il lui prescri\il de ne l'adorer (|ue de loin , 3ioi,*e seul ayant la permission de s approcher. S'il fallait un si grand res[ie( t lorsijue IMeu publiait sa loi par l'organe d un minisUe , nous (le\ons en avoir un bien plus grand encore , lors(jue ce Dieu vient lui-même en personne. Envelopj)ez-vous donc dans voira propre bassesse ; liunuliez-vous , que voire front s'abaisse jusqu'à la poussière qui couvre la terre , lorsqu'un Dieu si grand descend du Ciel pour s'unir à voire Ame. » Ici le Père se relira. Je ne puis , mon cher Théodore , le ra|)porter en delail lout ce qu'il me dit les jours suivants jus(|u'á riiiureux niomenl. Ce n'elaienl plus des discours suis is comme les précédents : ses enlreliens n étaient remplis (¡ue de mouvements tendres et alTechu'ux de son cœur. Moïi prochain bonheur, ijue je uierilais si peu , était son uniijue objet. Ses discours et les clans de son ànie étaient si mulliplies, si varies, et se présentaient sous tant de nouvelles faces, que je n'ai pu en conserver une idée nette et distincte , d'aulanl plus qu'il passait , ces jours-là , plus de temps avec moi , et î\u\\ m'occupait au point de ne pas me laisser le temps de les jeter sur le papier , comme j'avais fait ju<(]u'alors.

588 LiL TRIOMPHE DE L'EVANGILE.

Il n{! nu seiail pas non plus possible de te rendre ses discours ; ce n'cl.iieiit plus des laisünnements de l'esprit , mais l'eCTusion lendie el vive d'un cœur enflammé. Personne au monde ne serait en elal de renilre cumple de loul ce que cet ange du Ciel me dit alors, il serait imjtossiüle de peindre ce torrent impétueux de sentiments el d'allei lioïis ardentes; ce volcan enflammé, d'où un feu actif el continu jaillissait sans cesse vers le Ciel. Son cœur était un Itrasier brûlant du divin amour, on eût dit que la flamme s'exhalait de sa' bouche et de ses yeux. Quelle force dans ses discours ! quelle vie dans ses images ! quel coloris dans ses expressions! quelle sensibilité dans ses paroles 1 Son esprit était devenu supérieur a ¡'esprit de l'homme, ou égal à celui des intelligences Cl lesii's ; sou zèle , sa charité , sa componction excitaient à la fois mou ail.iiiiatiou el mon élonnement.

J'eu-ise (le un monstre, un rocher insensible , si j'avais pu ne pas me sentir ému par d'aussi fortes impressions. Mais non , Dieu m'<i t'.iii la grâce d'en ressentir les effets ; son feu m'embrasait, ses l.uines faisaient couler les miennes , sa dignité me commandait !e rcspct i ; ses affections me pénétraient, et je bénis mou iJieu de m' .\oii- donné un directeur si digne de ce sublime ministère.

(>e fut ainsi que tous ces jours se passèrent dans la répétition conliiujelle et toujours variée d'affections, d'élévations à Dieu, et d oraiftous jaculatoires. En me quittant le soir du samedi , il me dit : « AlU-z, monsieur, reposer entre les bras du Dieu qui vous aiuii.l, Mhtre sa bonté et votre cœur, il n'y a plus qu'une nuit d'iiiiirvalle. Reposez avec la douce atiente que l'aurore viendra éclairer \uire félicite. Si vous vous réveillez, que votre première idée soit i elle question : Est-il bien vrai que je vais recevoir mon Dieu? Av>;ul de vous livrer au sommeil , invoquez vos parrains et vos [>aiions : imitez l'Epouse des Cantiques , dont le cœur veillait pend.iul .'■ou ^onlmeil même. »

Je le paleiai demain de ce grand jour. Adieu , mon cher Théodore.

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