‹ Le triomphe de l'ÉvangileChapitre 8 sur 32 · I.EÏTRE VI · texte numérisé non relu

I.EÏTRE VI

lieu contre loule appairn» c de réussite , sans le secours de l'éloqueiue , sans l'aide de rauloritc pubüípie , et n'aient été dus qu'à la prédication de la croix , «jui send)lait une; folie , et s'opposait de iront au torrent de toutes les passions humaines.

» Si Jésus-l'.iirist eût livré des batailles , ainsi (jue Mdltomcl , ou si ce dernier eut été pacili(|ue comme .Icsus-Chrisl , on pourrail alors les comparer au moins sous ce rapport. Mais (juand l'un parcourt le morale a la tète d'une armée victorieuse , commandant sa croyance à tous ceux qu'il rencontre , l'autre ne fait que souffrir. Tandis que l'un arme en sa faveur les peuples (juil a soulevés . l'autre se voit abandonné du petit nombre de ses disciples : enfin , ([uand Md/ioincl met en œuvre tous les moyens humains ca[>ables de le conduire à son but, Jésus-ilhrist n'en emploie aucun. Où trouver un point de coniparaison enlr'eux? La distance (|ui les elolj^ne l'un de lautre est plus jurande que celle qui sépare la terre «;l le ciel.

«D'ailleurs, d'où cet imposteur tenait-il son autorité ? Ouclles preuves a-t-il données de la vérité de sa mission ? Par qui sa naissance fut-elle annoncée ? Quelles prophéties l'avaient promis au monde ? Qu'on nomme celles qu'il a faites lui-même ? Quels miracles a-l-il opérés ? Aucun. Lui seul s'est annoncé lui-même.

Lui seul » La je l'interrompis. • Quoi !" mon Père , lui dis- je ,

il n'a fait aucun miracle ! ses sectateurs ne disent-ils pas le contraire ? — >on , monsieur, me répondit-il, ils ne le disent ni Jie peuvent le dire , puisijue Mahomet lui-même , dans son Alcorán , dit d'une manière positive : .le ne suis pas venu pour me faire suivre par l'autorité des miracles , mais par celle des armes.

» Il n'a donc fait aucun miracle ; à moins que vous n'admettiez connue tel , le récit qu il faisait lui-même de l'apparition de l'ange Gabriel . et de ses entretiens avec lui ; de la descente d'une partie de la lune dans la manche de son vêtement , et de son retour à sa place ; entin, de ses conversations nocturnes avec un chameau. Il racontait à ses sectateurs bien d'autres choses de cette nature ; mais tous ces faits lui étaient personnels , et n'avaient aucun témoin : il les racontait l'épée à la main : il fallait ou cjoire ou mourir, et le plus sur était de croire.

)) — Mais , mon Père , insistai-je de nouveau , vous ne pouvez au moins contester (|ue , s'il ne lit aucun miracle , la rapidité et l'ei lat de ses victoires en sont un bien marqué. — I?eau niiiade, en elfel , me répondit-il , (|u'ont opère tant d'autres conijucranls , parmi lesquels on a compté des tyrans , des princes abominables , des peuples barbares et des nations idolâtres ! Les Perses , qui adoraient le soleil , les Romains , qui furent si superstitieux , en firent de plus tjrands en ce Ejenre , et ils avaient été précédés par Aaliuchotlonosor et Anlioclm.t , princes detestables. Les miracles de Jésus-(">hrist étaient bien différents.

«Mais comment peut-on traiter sérieusement un pareil sujet? On ne saurait lire le livre (jui renferme la loi de Mahomet et qu'il nomma V Adoran , sans être frappé de la multitude d'inepties,

de puérilités et de folies qu'il contient , sans s'étonner qu'elles aient pu trouver des partisans 11 n'est rempli que d'absurdités, et , ce qui est pire , de contradictions : à chaque pas , l'ignorance et l'inconséquence de l'écrivain se montrent à découvert. En parlant de nos évangélistes ne dit-il pas , par exemple , qu'ils furent de vrais et sincères évangélistes, et qu'ils étaient saints? Le malheureux est assez aveugle pour ne pas s'apercevoir que si ce qu'il dit est vrai, il n'est lui-même qu'un faux prophète, puisqu'il ne les suit pas.

B Mahomet disait que Jésus-Christ était le Messie promis , le Verbe de Dieu , son esprit et sa sagesse \ et , après en être convenu , il ajoute qu'il n'était qu'un prophète. Il reconnaissait la résurrection de Jésus-Christ , et non-seulement il avouait tous ses autres miracles , il en supposait même , dont ni l'Evangile ni la tradition ne font mention ; et il ne voyait pas que ces miracles déposaient contre lui qui n'en faisait aucun : il n'était qu'un imposteur hardi et déhonté , qui en imposait à des peuples grossiers.

» Son ignorance était telle , et il avait de Dieu une idée si peu juste , qu'il lui supposait un corps , et se vantait de lui avoir touché la main , dont le froid , dit-il , avait presque gelé la sienne. Ses idées sur l'âme n'étaient pas plus exactes. Il prétendait que l'âme n'était qu'une vapeur , et que l'inégalité de la durée de notre vie dépendait de l'extension plus ou moins grande de son volume. Il promit à ses prosélytes un paradis de délices , et il ne put imaginer , dans ce séjour de bonheur , d'autres plaisirs que les grossières voluptés dont il leur donnait l'avant-goùt en leur en permettant l'usage, et en établissant la polygamie ; il fut enfin lui-même si dissolu , que ses sectateurs , malgré la vénération qu'ils lui portent, sont contraints d'avouer ses désordres, ses injustices, ses violences, et celles de ses compagnons et de ses premiers disciples , hommes sans mœurs , sans probité , et qu'il laissait s'abandonner à la corruption des vices les plus honteux.

» Peut-on comparer à Jésus-Christ cet homme , et le système religieux qu'il introduisit? Les faits de Mahomet et ceux que l'Evangile nous rapporte de Jésus-Christ peuvenl-ils entrer dans la mènje balance ! Peut-on comparer et opposer sérieusement ces inepties , ces fables , et les fruits d'une imagination en délire , à la foi chrétienne , si sainte , si pure , si divine , si bien établie par tant de miracles, et partant de martyrs qui l'ont scellée de leur

propre sang? Comment est-il possible? « Je l'interrompis.

« Laissons de côté , lui dis-je , la religion mahométane ; j'avoue qu'elle ne mérite pas d'entrer en parallèle, et revenons à la religion chrétienne , qui , sous d'autres rapports , parait avoir ses défauts : votre confiance se fonde sur les miracles de Jésus-Christ , et vous auriez raison si vous pouviez être assuré qu'ils sont certains , puisque les miracles vrais ne peuvent venir que du Ciel ; mais qui nous donnera cette certitude ?

» Ceux qui nous les rapportent sont ses propres disciples; leur témoignage peut inspirer des soupçons, surtout à ceux qui

snvcnl ([nil y a eu des aulciirs qui les conilt.itlcnlou les dcmpnlcnt. Miiiiileiianl il n'est plus possihle de IrouNor de vestige de leur existence ; preuve certaine qu'on a eu soin de les supprimer et de les anéantir. Pourquoi les seuls Evangiles ont-ils survécu ? Comment le lenii»s a-l-il pu dclruire ce qu'on écrivit ronlre eux , et les préserver de celle ruine ? Il est visible que l'esprit de parli soutenait l'Evangile , en même temps «juil détruisait < c (pii [)ouvail lui étro conlr;iire. Dés que les chrétiens curent (pielque i)OU\oir, ils ne voulurent rien hiisser s»>l)sisler de ce qui pouvait porter alteinle à leur croyance ; ils dclruisirent , ils aiiearitirenl loul ce (pii aurait pu nous delron)per , et ils triomphent mainlenanl de limpuissauí e où nous sommes de l'attaquer a>ec succès.

» — Monsieur , me répondit le Pérc , vous n'opposez que des conjectures , et , ce qui est plus encore , des conjectures trèsfaibles , et qui sont en contradiction avec les faits. Les auteurs qui ont écrit Thisloire de Jesus-(-hrisl d'une manière plus détaillée , sont , il est vrai , ses apotres et ses évangélisles ; mais personne na jamais pu douler de la bonne foi , de la candeur et (le la sincérité de ces hommes d'une vie exempl.iire , désintéressés, et (¡ni sont morls pour assurer la vérité de ce qu'ils avaient écrit.

)) Il ne nous est reslé , dites-vous encore , aucun vesligc des écrits (jui attaquèrent l'Evangile dans ces temps reculés : vous êtes dans l'erreur : lisez l'apologie de S. Justin , vous y trouverez tous les arguments du juif Triplion . contre la vérilicalion des prophéties en la personne de Jésus-Christ. Ouvrez S. Irénce , et vous y verrez les systèmes et les arguments de tous les hérétiques des premiers temps. Lisez Oriijène , et vous vous convaincrez qu'il copie tous les discours de Celse pour lui répondre ; et ce Cvtsc fut le plus habile , le plus astucieux et le plus savant ennemi des chrétiens. Les difficultés (jue les incrédules répètent sans cesse aujourd'hui ont été produites par lui , et nousmêmes nous n'avons besoin que de répéter les réponses qu'on leur lit alors.

• Lisez encore TerluUicn ; la plus grande partie de ses écrits sont adressés aux Juifs , aux hérétiques d'alors et aux gentils ; vous verrez la scrupuleuse exaclilude qu'il met à exposer toutes leurs difficultés pour les mieux réfuter ensuile ; je vous en dis autant de Minui'ms Vclix , é' Arnobe , de Lachince et de Thvophile d Alexandrie. Lisez surtout Eusihc de Césarée , et. en jetant un coup-d'uMl sur les deux grands ouvrages (ju'il composa en faveur du christianisme , vous y triniverez une grande partie des écrits de Porplu/re . qu'il rapporte mot pour mol. Et (|uel homme était ce Porplnjre ? Le paganisme n'eiit jamais de défenseur plus \éhéinenl et aussi versé dans la connaissance de nos saintes Ecritures ; mais l'Eglise n'a pas craint de conserver le souvenir et le texte de ses objections , malgré leur astuce et l'art avec lequel elles sont présentées , parce que toute leur subtilité et leur force apparente ne font que donner plus d'éclat à la vérité , qui les renverse et les détruit.

» Examinez les écrits de S. Cyrille , ils renferment littéraiemenl et mot pour mot les objections de l'empereur Julien , sans eu omettre une seule virgule. Ouvrez S, Augustin , et vous y verrez dans quel détail il présente ses discussions avec la secte des manichéens , si contraire à l'Evangile -, il n'y déguise aucune des raisons et des difficultés qu'ils alléguaient. Parcourez enfin tous les Pères des premiers siècles de l'Eglise ; et si vous ne rencontrez pas dans tous, ou dans presque tous , de longs passages, des objections fortes et mullipliées, et souvent les écrits entiers des ennemis du christianisme, cessez de me croire, et dites que je vous en impose sans pudeur.

» — Mais , mon Père , lui dis-je , comment est-il possible qu'aucun de ces ouvrages ne nous soit parvenu en original dans toute son intégrité ? » — La raison en est très-simple , me répondit-il : on oublie ordinairement , et l'on ne fait aucun cas des diCiicullés auxquelles on a répondu , et que personne ne se charge de renouveler ou de défendre après la mort de l'auteur ; il est naturel que personne ne s'intéresse à une fausseté reconnue ; c'est aussi parce que l'Eglise , après avoir trioiüphé des gentils , eut à combattre les hérétiques ; et les premiers , ayant déjà cessé d'exister , elle ne s'occupa plus que de la conversion des seconds. Pendant les différentes irruptions des barbares , qui détruisaient tout , dans ces temps de confusion et d'horreur, l'Eglise ne s'appliqua qu'a conserver ce qui était précieux : il serait injuste de rendre les chrétiens responsables des événements désastreux de ces temps. Le sort du mensonge et de l'erreur est de n'exister que peu de temps , d'être méprisé , et de s'évanouir comme une vapeur passagère.

» Mais il est facile de juger de ces écrits et de ceux mêmes qui ont pu se perdre , par le grand nombre des textes que nous ont conservés littéralement les apologistes du christianisme. Ces écrits furent sans doute les plus célèbres , puisqu'on leur répondit de préférence aux autres; et il convient d'observer qu'aucun d'eux n'osa combattre la vérité de l'Histoire Sainte ; ils ne cherchèrent qu'à en attaquer les dogmes. Triphon , Celsc , Porphyre , Julien , ni aucun autre , ne se sont jamais élevés contre les miracles de Jésus-Christ et de ses apôtres. Nos défenseurs n'ont pas eu besoin de répondre à cet égard , et otit toujours regardé la vérité de ces faits comme reconnue; comment les détraoteurs du christianisme eussent-ils osé les démentir ? Ils étaient connus de tout le monde ; la plus grande partie en était consignée dans des registres publics , et l'autre était reconnue et certifiée par tous les peuples.

» Je ne connais aucun document qui indique que quelqu'un ait eu l'audace de s'élever contre la vérité d'une histoire aussi publiiiue ; et s'il s'est trouvé quelqu'un d'assez hardi pour le laire , il faut qu'il s'y soit bien mal pris, puisqu'il n'a pu affaiblir, ni le zèle des martyrs, dont le nombre augmentait chaque jour , ni les progrès de l'Eglise , qui faisait toujours de nouvelles

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conquêtes à Jésus-Christ , et qui parvoniiit à engager même les savants , les [)iirues et les souverains à s'Iuuniliiîr au pied de la eroix. — Mon l*ere , repris-je , vous parlez avec beaucoup d'assurance des miracles de Jesus-Christ , comme s'il était le seul qui en eût fait -, mais consultez l'histoire , et vous verrez qu'il y en a eu dans tous les temps. Pour ne pas nous égarer dans la recher( lie d'un trop grand n()nd)rc d'exemples , j(>loris seulement les veux sur Apollonius d(! iyane, et vous verrez que voire histoire ne rapport(> aucun prodige, ni aucun miracle (jue niî conlienne pareillement celle ú'.\¡iollonius. Il fut entouré d'une loule de disciples ; on lui éleva des tem¡)les et des statues ; il a annoncé l'avenir , et ses prédictions ont été vérifiées par révénement; enfin il fil tout ce qu'a fait Jésus-t^hrist.

» Si vous vous étayez de la vérité et de la certitude de votre histoire , j'en ferai de même pour la mienne ; (ar tous ces faits sont rapportés par des auteurs de poids , tous sincères , unanimes et désintéressés. Knlin , Ihisloire de Jésus-dhrist ne sera pas plus authenli(|ue , ses miracles ne seiont pas plus étonnants, plus publics, ni plus extraordinaires: or, je vous laisse le soin de tirer les (oiisécpunces , et vous reccftinaitrez vous-même la faiblesse de vos preuves.

» Si les miracles d'.^7)o//o« /«s sont faux, malgré les témoignages publics de tant de contemporains et d'un si grand nombre d'historiens , ceux de Jésus-Christ, qui n'ont pas un appui plus solide, pourraient bien être suspectés de la même fausseté ; s'ils sont véritables, je vous dirai (jne, puisque les miracles à" Apollonius n'établissent pas la bonté de sa doctrine, ceux de Jésus-t.hrist ne doi\ent j)oint prouver l'aulhotili» ilé de la sienne ; s'il n'y a aucune dillérenco entre les faits et les motifs, il ne doit point en exister dans les effets.

» Si vous me dites que le Ciel se déclara pour le Dieu des chrétiens , je vous répondrai qu'il se déclara pareillement pour celui Ú' Apollonius , ¡)uisqu'il lui prêta sa force et t^on pou\oir pour opérer un si grand nombre de prodiges et d'actions surnaturelles.

» Reconnaissez donc combien est incertaine la preu\e que vous tirez des miracles de Jésus-Christ en faveur de la religion chrétienne : ou Apollonius est Dieu aussi bien que Jésus- Christ ; ou si l'histoire du premier est fabuleuse, malgré Tanlorilé de Ihistoire, pourcjuoi celle de Jésus-Christ ne le serait-elle pas, puisqu'elle n'est appuyée (jue sur les mêmes fondements ? »

Le Père m'écoutait avec beaucoup de patience. Qu^'^^'i j'eus achevé, il me dit : « Je; ne pen-^ais pas, monsieur, que vous voulussiez faire une objec lion sérieuse contre ce qui est aussi sûr et aussi manifeste , il la faveur d'une histoire fabuleuse et évidemment ridicule. Ce parallèle injurieux d'un philosophe pythagoricien avec le Sauveur du monde a sou>ent été proposé ; on y a répondu si fréquemment et d'une manière si victorieuse , qu'il ne peut plus être rappelé que par ceux qui ne veulent rien examiner ; vous trouvez à propos de le renouveler ; je vous répéterai ce qu'en y a tant de fois répondu.

» D'après les règles de la critique , l'histoire à' Apollonius ne peut obtenir aucun crédit , si ses auteurs ne méritent aucune croyance. Voyons à présent, monsieur, quels sont ceux qui ont transmis à la postérité des faits aussi extraordinaires et des images aussi fastueuses : tous ces auteurs se réduisent à un seul , à Philostrale , qui les écrivit le premier; bien loin d'être contemporain d'Apollonius , Philoslrale ne les écrivit que cent ans après sa mort.

» Il n'avait donc été le témoin d'aucun des faits qu'il décrit -, il ne nous a pu transmettre que des bruits populaires , toujours infidèles et plus voisins de l'exagération que de la vérité ; et c'est à quoi se réduit toute l'autorité qu'on veut donner à ces prodiges. Et pourra-t-elle se comparer avec celle que nous invoquons? Les chrétiens, qu'on accuse d'être si crédules, l'élaient-ils de fondements aussi légers? Non, monsieur, non, nous ne nous livrons point à des bruits populaires ; nous ne nous bornons pas à l'autorité d'un historien aussi éloigné du temps des événements qu'il rapporte , nous en produisons , et en grand nombre , qui furent témoins oculaires et qui disaient dans leurs écrits * : u INous disons ce que nous avons vu. » Nous citons enfin des historiens qui n'ont été démentis par personne , et qui , sans s'être concertés , sont parfaitement d'accord sur tous les faits. Pour pouvoir donc...

Ici je l'interrompis : « Mon Père , lui dis-je , il me semble que je ne trouve point en vous la même bonne foi que je vous ai toujours reconnue ; s'il est certain que Philoslrale fut le premier qui écrivit la vie d'Apollonius , cent ans après sa mort , il ne l'est pas moins qu'il ne se borna pas à répéter des bruits populaires ; qu'il l'écrivit d'après des mémoires fidèles et secrets de Maxime et de Méragène , et plus particulièrement encore d'après ceux de l'Assyrien Damis , le compagnon inséparable d'Apollonius. Tels furent ses disciples, ses contemporains et les témoins de ses actions. Philoslrale les cite comme les garants de la vérité de ses écrits, et vous serez obligé d'avouer que son histoire n'a pas moins d'autorité que celle de Jésus-Christ.

» — J'allais, monsieur, vous entretenir de ces hommes, quand vous m'avez interrompu ; je vous répondrai qu'ils ne sont pas plus dignes de foi que Philoslrale. Que dit en eflet cet auteur ? Que les mémoires qu'il cite avaient été secrets ; et pourquoi? Quels motifs pouvaient exiger ce secret ? Pouvait-il être honteux d'écrire la vie d'un homme si fameux , d'un personnage qui s'était attiré la vénération des peuples? Y avait-il quelque danger à la publier? Auraiton donc craint de la voir démentie par des témoins et des contemporains ? Que fit ce Damis, ce compagnon inséparable d'Apollonius ? Il donna ses mémoires à un ami , qui en fît présent à. Julie , femme de Sévère , et des mains de cette impératrice ils passèrent dans celles de Philoslrale.

» Telle fut la généalogie et le sort de ces mémoires. Mais qui

' Jeani. l,2et 3.

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ni'iissiirora «nie Diim{.< fui sincrro? ful-il saint ? fit-il tics miracles cuiiime les apótii's? s.k rili;i-l-il sa vit- pour cerlilitîr la vciilc dn ces faits? Qui nw rcrtilit ra la lidililé ol rexactitude tic cet ami ohscur que pt'isüiine ne tonnait , el dont le nom est pres(nie généralement ignoré ? Cet inconnu n'a-t-il donc pas pu relrancher ou ajouter a un étrit dont il était le dépositaire uni(|ue ? serait-il le prcMnier imposteur dans le monde? n'a-t-il pu tire le eomplice des arliliees á'Apollonius ou les exagérer? Je n'en sais rien sans doute; mais je peu\ le s()U|K;onner. Si vous voulez (|Uo je vous croie , vous devez nie prouver, ainsi que nous le faisons |)oiir les écrits (jue ni)us citons, que ces nu'moircs n'ont point été alteres , et qu'il a été impossible, qu'ils le fussent.

» De fJamis passons à présent à Mii.cime cl à Méraijéne. Ouelle confiance puis-je avoir en eux , quand Fliilustralc lui-même dit posiliveraent qu'on ne peut ajouter foi au second , et quand laulorilé à' Euscfif nous apprend tjue Maxime ne conserva et ne prit qu'une notice informe et peu exa( te de quelques a( lions iV Apollonius? Certainement des auleurs de (elle espèce ne jnérilent au<un crédit sur des événcmeiils aussi exlruordinaires. l'hiloi^lrale même, d'après son propre lenio¡í,mage , n'avait... — Quoi! mon Père, vous vous figurez donc que Philosirnle n'imagina des événenicnls aussi multiplies (¡u'clonnants , que pour le seul plaisir de les inventer? Quel molif lui supposerail-oti pour les accréditer et pour donner de si grandes louanges à Apollonius , si ce n'est celui (Je la vérité ?

» — Monsieur , me répondit le Pi^re , d'abord Philosirale n'a rien fait (jui puisse captiver ma vénér.ilion; et la manière dont lliisloire me le dépeint ne peut d»lermincr nii foi, surtout sur les choses incroyables qu'il ratonle. Cela seul me suiTil ¡)our nie défier de son aulorilé ; voulez-vous découvrir les molifb qui ont pu le portera accréditer de telles fables? riii>(oire \ous les rendra i)alj)ables. Philosirale desir.iil gigner l'eslime f!e limpéralricc Julie et la f.iveur de Caracallu son époux. Pirsonne n'ignore que l'un et l'aulre aimaient tout ce qui tenait du prodige , et se plaisaient à cnlendre tout ce (pii y avait rapport. Tout le monde corinaissail le respect et la venerülion que Caraculla avait pour Apollonius. Tout le monde sait qu'il n'en parlait qu'a\ec enthousiasme ; qu'il a fait élever des moiiumenls a sa gloire , comme on le faisait pour les héros et les grands hommes. C'est ce que nous rapportent Dion et plusieurs autres ; leur léiuoignige est derisif.

» D'un auln; c(Mé , y»//e (Mait vaine; elle ambitionnait la répulalion de savante ; elle adoplut avec un grand empressement loutes les nouveautés. Klle était toujours environnée de poêles, de sophistes, de grammairiens et même de géomètres. Ptiiloslrate (ul un dessivanis (pii (omposaient sa cour, et c'est elle qui lui donna les nïénuiires qu'elle lenait de l'ami de Damis ; il était donc naturel que Philosirale , pour se conformer au goût de Timpéralrice , adoptât, en rédigeant ces mémoires, les bruils populaires qu'iU contenaient. Les hommes, quelque philosophes qu'ils soient , sont ordi-

nairement complaisants pour le goûl et les faiblesses des princes ; il est plus agivable et plus sûr de les flatter que de U'uv montrer leur erreur.

» Cette coiijecture acquiert une très-grande force à la lecture de son ouvrage ; indépendamment d'une adulation servile , ils respirent une vanité aussi ex< essive que ridicule. On y aperçoit l'aflectation marquée de faire étalage , sans motif et sans besoin, d'une grande érudition et d'un savoir étendu. 11 noie son sujet dans une foule de dig^ressions qui le font perdre de vue , et qui n'ont d'autre but que de prouver les connaissances de l'auteur.

» Do quelle utilité peuvent être ces longues et fastidieuses discussions sur les panthères de l'Arménie, sur les éléphants, sur les •satyres , et jusque sur la nature do phénix ? N'est-ce pas seulement pour faire parade d'une vaine érudition, qu'il entreprend l'histoire des Pygmées , qui habitent des souterrains ^ des vases fabuleux qui , ainsi que les automates , marchent et se meuvent comme s'ils avaient des pieds ; des monís Taurus cl Caucase ; de plusieurs llcuves , tels que l'Hypsale , le Nil et le Pactole , et particulièrement de la fontaine de Tyane?

.) De quelle utilité peut être cette réunion , sans motif, de tant de questions puériles qu'il dise ute gravement ; comme , par exemple , lorsqu'il examine si la terre est plus ancienne que les arbres , ou si CCS derniers le sont plus que la terre ; lequel de l'eau ou du vin dispose le plus au sommeil , et ^uitres futilités de cette nature ? Tout ce fatras donne une idée du peu de jugement de l'auteur, dosa frivolité , et du peu de crédit qu'il mérite ; il n'en faudrait pas davantage pour le faire mépriser.

» Vous (iites... » Dans ce moment la cloche sonna, et le Père me dit en se levant : « on m'appelle à la prière ; mais, si vous le permettez , domain m;itin nous reprendrons cette conversation. — J'en serai charmé, lui répondis-je , et il se retira. » Je t'avoue, mon cher Théodore , que je demeurai honteiix de voir que jusqu'à présent je n'avais pu embarrasser ce bon homme, qui d'une voix agréable et avec aulisnl de douceur que de modestie savait dissiper toutes les difficultés. Je me recueillis et je méditai pour lui en proposer de nouvelles, moins aisées à résoudre. Ma première lettre l'instruira de mes nouveaux efforts et de leur succès. Adieu, ThioJore.

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