LB BARBIER
Bonjour, monsieur un tel.
LE POÈTE (à Imi-môme.) Je crois bien que ce soir il fera de l'orage.
EXISTENCKS Il5
J'aime assez ça, lorsque le vent dans les feuillages
les fait remuer d'une sing-ulière façon.
Le vent des nuits d'orage est tout autre que l'autre.
Il est plaintif ainsi que le bruit d'une averse.
Il caresse le cœur dans les feuillages verts.
On pense à Chateaubriand, que sais-je? A la Louisiane,
à Atala mourante et aux vitres cassées.
Tiens, voilà Dupoix qui sort de chez le notaire.
DUPOIX Et comment allez-vous depuis hier soir?
LE POÈTE Pas mal, merci. Et vous ?
DUPOIX
Moi, assez bien, merci.
... Ces métayers sont assommants. Et celui-ci veut à toute force un bail sur papier timbré. Or, cet imbécile-là ne sait pas signer. Il signe d'une croix, ce qui fait l'acte nul, ou, pour mieux dire, non existant. Il faut donc faire, pour valider cet acte, un acte devant notaire, ce qui est coûteux. Et pour ce que me rend ma ferme I Enfin, n'en parlons pas.
ii6
LE POETE
Oui.
DUPOIX
Vous avez lu les journaux ?
Est-ce qu'on a des nouvelles nouvelles de la Chine?
LE POÈTE
Les rues de Pékin sont de san^.
DUPOIX
Vous dites?
LE POÈTE
Que Ton a massacré un tas d'Européens.
(Ils passent devant chez le savetier.)
DUPOIX
J'ai arrêté ce matin la petite bonne, la fille du savetier. Elle a l'air sérieux.
LE POÈTE (en lui-même.) Merde...
Ah! bonjour, monsieur.
Au revoir.
LE POÈTE (sur une route.)
Que c'est triste, le fond de la route à ce soleil blanc I Un chien. Un biniou qui joue une valse et accompagné d'un nasillement d'accordéon.
Les arbres accablés par l'ombre — ouf! Quelle vie! ... Et l'autre maquereau, que je ne connais pas, qui vient me relancer de dix francs. Quelle sciel Au diable si j'aurais pensé à Noémie.