‹ Le triomphe de la vie, 1900-1901: Jean de Noarrieu - ExistencesChapitre 20 sur 71 · LB BARBIER · texte numérisé non relu

LB BARBIER

Bonjour, monsieur un tel.

LE POÈTE (à Imi-môme.) Je crois bien que ce soir il fera de l'orage.

EXISTENCKS Il5

J'aime assez ça, lorsque le vent dans les feuillages

les fait remuer d'une sing-ulière façon.

Le vent des nuits d'orage est tout autre que l'autre.

Il est plaintif ainsi que le bruit d'une averse.

Il caresse le cœur dans les feuillages verts.

On pense à Chateaubriand, que sais-je? A la Louisiane,

à Atala mourante et aux vitres cassées.

Tiens, voilà Dupoix qui sort de chez le notaire.

DUPOIX Et comment allez-vous depuis hier soir?

LE POÈTE Pas mal, merci. Et vous ?

DUPOIX

Moi, assez bien, merci.

... Ces métayers sont assommants. Et celui-ci veut à toute force un bail sur papier timbré. Or, cet imbécile-là ne sait pas signer. Il signe d'une croix, ce qui fait l'acte nul, ou, pour mieux dire, non existant. Il faut donc faire, pour valider cet acte, un acte devant notaire, ce qui est coûteux. Et pour ce que me rend ma ferme I Enfin, n'en parlons pas.

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LE POETE

Oui.

DUPOIX

Vous avez lu les journaux ?

Est-ce qu'on a des nouvelles nouvelles de la Chine?

LE POÈTE

Les rues de Pékin sont de san^.

DUPOIX

Vous dites?

LE POÈTE

Que Ton a massacré un tas d'Européens.

(Ils passent devant chez le savetier.)

DUPOIX

J'ai arrêté ce matin la petite bonne, la fille du savetier. Elle a l'air sérieux.

LE POÈTE (en lui-même.) Merde...

Ah! bonjour, monsieur.

Au revoir.

LE POÈTE (sur une route.)

Que c'est triste, le fond de la route à ce soleil blanc I Un chien. Un biniou qui joue une valse et accompagné d'un nasillement d'accordéon.

Les arbres accablés par l'ombre — ouf! Quelle vie! ... Et l'autre maquereau, que je ne connais pas, qui vient me relancer de dix francs. Quelle sciel Au diable si j'aurais pensé à Noémie.

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