UN PLATANE
Je ne me demande rien. Simplement : je vis.
Le vent passe dans mes feuilles ? Eh bien ? Il y passe.
Je suis balancé. Mon écorce s'écaille. Je crie
de cig-ales. Mon ombre bouge sur la prairie
comme un vol d'oiseaux découpés dans du papier.
LE POÈTE Qu'est-ce qui luit par terre, là? Tiens... c'est du verre.
UN CLOPORTE (qui court.)
Ces deux fourmis acharnées à mes pattes m'en veulent.
Il8 LE TRIOMPHE DE LA VIB
Si je me roule en boule, je les ai sur le ventre. Gomment des animaux si petits peuvent-ils mettre à me poursuivre un pareil entêtement? Je souffre, et j'ai peur de ces cochonnes fourmis.
LE POÈTE (enleyant les fourmis au cloporte.)
Comme elles tiennent dur I J'ai failli les casser. Voyons, je vais aller — puis je vais retourner — jusqu'à la quatrième grande bande de soleil. C'est égal ! Il est embêtant, Dupoix ! Ce soir, je m'en vais demander des explications à Jeanne, pour savoir si, oui ou non, elle entre chez cet espèce de foutu type, de cochon.
{Le poète s'ëloigne de la >'ille,) Tiens, c'est joli ce devant de maison avec des fleurs de grenadier, et ce petit jardin potager. Le seuil blanc des maisons est calme, quand la douceur du soir se fait sentir sur les fleurs de cinq heures. La vigne bleue s'éveille au pied de l'acacia où grimpe vite, pour fuir un gros chien, le chat dont on voit le bout du museau noir dans les feuilles. C'est le moment que la nature se recueille. Mais quand on est poète, on est peu recueilli. Voici, un peu hors ville, rétablissement des bains. Retournons,
In s'en retournant, le poète s'arrête chez le pharmacien.
LE PHARMACIEN Comment ça va-t-il ?
LE POÈTE (s'assied.)
Pas mal et vous?
Il n*y a rien de nouveau ?
LE PHARMACIEN
Rien. Il fait chaud. Et vous?