‹ Le triomphe des médiocresChapitre 10 sur 37 · LES DEUX PONTS · texte numérisé non relu

LES DEUX PONTS

A Saint-Sébastien, devant la mer qui bat de lames énormeslamontagneverteoù s'étagentde plaisantes maisons, devant la ville aussi, et ses quartiers rectangulaires par où courent les attelages à grelots, par où serpente, sous le soleil, la marche silencieuse d'une foule colorée, la villa Triana hausse les parures blanches de sa façade.

Là, réside M. Gastelar, dans la belle saison; là, s'agite cet Jiomme énergique et trapu. Sa moustache grise en tombant, lui prête une allure de martialité conforme à l'histoire d'une existence révolu tionnaire qui valut au peuple espagnol presque toutes les libertés nominales dont s'enorgueillit notre République. Par le contraste, son embonpoint marque mieux une activité qui s'en accommode, pour gesticuler, au large, selon les besoins du discours. Sanscesse, à mesure que s'animent les métaphores, les manchettes outrepassent la redingote d'alpaga et recouvrent les doigts agiles de deux cornets à l'empois.

Ce n'empêche point l'index de cerner les montagnes en les désignant, ni d'envelopper la ligne de la mer jusqu'au large.

Dans leurs cornets blancs, les mains de prélat montent et descendent, s'attardent et s'étalent. Elles

désignent le zénith et Tidéal des formules républicaines, la terre et les lacunes lamentables du budget. Elles pointent le ciel, et c'est l'avenir de la prospérité parlementaire. Elles passent, en arrière, par dessus l'épaule, et c'est le règne passé de toutes les réactions. Par moments, elles se rejoignent derrière la taille : voilà l'évidence des résolutions viriles, radicales, indispensables à la fortune des Castillans et des Andalous.

Du perron de la villa qui couronne la colline revêtue d'un somptueux jardin, ces mains illustres montrent fréquemment, sans intention peut-être bien précise, les deux ponts qui franchissent l'eau. L'un, en bois, mène des quartiers pauvres à la gare; l'autre, en pierre, continue les larges voies alignées depuis la plage et le château de la reine. Par le premier, défilent les colporteurs, les maçons, les ouvriers de tout état, et les femmes en cheveux, qui se garent contre le soleil avec un coin d'éventail de papier. Par le second, les équipages attelés de coûteuses mules noires, ou de chevaux en paires entraînent les baigneurs riches, à l'heure du lunch, vers ce piittoresque décor de Passajes que la mer vient fendre en un fond de hauts rocs distillant l'eau de sources suintantes, nées aux cimes. Ainsi la villa s'élève sur un terrain situé juste entre le pont des pauvres et le pont des riches.

Et ce doit être là une des raisons occultes pour lesquelles M. Gastelar se plaît en ce lieu. Toute sa vie, il fut l'homme dont les beaux gestes cherchèrant à lier entre elles les castes extrêmes. Maintenant que lui, que ses amis, y réussissent à peu près, ce séjour annuel de la villa Triana lui donne le charme de contempler les deux courants humains dont il associa les destinées, au petit bonheur des émeutes, et des constitutions.

Vraiment, sa tâche ne manqua point d'obstacles méritoires à renverser. Et de tant de luttes, de tant d'opiniâtretés, difficiles, le champion du radicalisme espagnol, aujourd'hui loyaliste de la reine régente, s'est empreint de cette allure exacte propre aux colonels d'infanterie qui dirigèrent, en maintes batailles, les opérations d'avant-garde. Tour à tour, son œil fouille l'horizon et la conscience de son interlocuteur. Il épie la question. Il veille aux embuscades des propos. Il se méfie et il dissimule. Il développe un optimisme de parade, comme ces lignes de troupes démonstratives, derrière lesquelles on masque les mouvements d'artillerie et les marches déconcentration. Avec des regards au ciel, des mains jointes ou écartées en aveu de franchise, celui que ses adversaires surnommnient le Rossignol lance imperturbablement ses trilles de rhétorique adroite.

Dans la blancheur des manchettes, les doigts disparaissent et ressurgissent. Ils vont au pont des pauvres, évoquent ce peuple fier, plein de sentiments d'honneur, et de volonté efficace. Ils viennent au pont des riches, à cette noblesse courageuse, ])onne pour la guerre, à cette armée réunissant les diverses qualités belliqueuses des autres races, à cette reine respectueuse de la Constitution, si intelligemment impersonnelle, qui élit, par alternatives, au pouvoir, les partis adversaires, selon l'occurrence où les vertus de chacun deviendront utilisables.

L'insurrection à Cuba ? Moins que rien. Les prétentions du parti militaire ? Chaque fois qu'il a tenu le pouvoir, les généraux gouvernèrent selon [es préceptes des civils. Mélilla et le Maroc ? Une [grande manœuvre i La renaissance de l'autorité ecclésiastique? L'agitation carliste et le fédéra-

lisme des fiieros? Allons donc, il n'y a pas de pays où, moins qu'en Espagne, l'on ne soit clérical, fédéraliste et bourbonnien. Le socialisme? Un rêve allemand. L'anarchie? Grimes isolés.

Cependant, la plèbe agile et silencieuse continue de franchir le pont de bois. Ce sont, sur les figures rasées, des énergies manifestes, des plissures cruelles, celles des aficionados des places de soleil, réclamant des chevaux pour le plaisir de contempler l'agonie. Le rire déforme rarement les visages graves. Les toucheurs de l)œufs marchent devant leurs attelages, en appuyant leurs deux mains aux extrémités de l'aiguillon posé sur la nuque. Ils ne s'interpellent pas entre eux. Ils vont en solennité. Les bêtes blondes suivent avec le chariot aux roues primitives de bois plein. Elles suivent, lentes, traînant une toute petite charge arrimée sur la poutre que supporte l'essieu criard ; et, autour, les promeneurs en bérets s'écoulent au pas mou de leurs espadrilles.

Tout ce peuple garde à la figure l'ombre d'un immense regret historique. Fait pour combattre, vaincre et commander, il ne peut vivre que de guerre et de gloire, de périls et de triomphe. Le travail industriel le séduit mal. Il attend toujours ses galions d'Amérique, et se chagrine de ce qu'ils s'attardent. Il lui faudrait la conquête, des esclaves, des fiefs, la fortune de Cortez, pour régner noblement. A Munda, il a menacé le sort de César, et, à Bailen, il a détruit le prestige de Napoléon. Le siècle du fer, de la houille et des rivalités économiques, ne lui convient guère. L'époque le dépayse. C'est un peuple en deuil de son épopée.

Peut-être, après bien des efforts pour en faire

une rime moderne, parlementaire, économiste et pacifique, M. Castelar a-t-il reconnu, maintenant la difficulté de l'entreprise.

Le loyalisme, proclamé envers la monarchie, autrefois combattue par son ardeur radicale, cette constatation qu'une royauté démocratique peut aussi bien satisfaire la liberté qu'une république apparente, sont-ils seulement l'aveu d'un état intellectuel commun à beaucoup d'étrangers libertaires, venus en France pour admirer nos institutions dernières, et retournés chez eux, avec de judicieuses sympathies en faveur do la méthode monarchique ?

On se le demande, devant ce politicien martial, énervé, à chaque mouvement, par la vigueur de race que l'on sent latente sous toute la tristesse espagnole. On se le demande encore mieux, lorsque l'orateur populaire déclare, les manchettes sur la conscience: « On me dit l'adversaire de l'armée; mais, monsieur, c'est moi qui, au pouvoir, ai rétabli lapeine de mort, parce que, sans peine de mort, il n'y a pas d'armée! »

Pour affirmer cette énergie, il n'a point changé de voix, ni pris de précautions oratoires. Il lui semble courageux que sa signature ait remis dans les Espagnes, les bourreaux en honneur.

Campé dans sa redingote, la moustache au vent, le torse comme une cuirasse, M. Castelar s'affirme sans doutes et sans regret. Les voitures luxueuses passent sur le pont des riches.

A côté de lui c'est l'arrangement parfait de la villa Triana, ce vestibule plein d'hortensias bleus qui s'arrondissent entre leurs feuillages sur leurs caisses de céramique. En légère robe jaune, ladame de la maison s'évente au fond du fauteuil. En fraîche toilette rose, la jeune fille laisse les paupières

de ses yeux cubains battre ainsi que les ailes d'un papillon orange et noir.

On passedans la salle à manger. Parmi les hôtes de la villa, réunis autour des cristaux, le maître, un jeune député espagnol, ami politique du leader, se plaint de l'attitude française dans la question de Cuba, et reproche à notre presse de désirer làbas rétablissement d'une république analogue à celle de Haïti. M. Gastelar critique notre alliance imprudente avec la Russie, qui nous entraînera fatalement aux aventures balkaniques et orientales, pour le seul bénéfice du tsar.

Au milieu du repas servi à l'espagnole, alors que d'exquises charcuteries sont offertes, les dames content l'histoire de la chute du duc d'Orléans à Séville. Elles s'amusent de ce qu'il portait en croupe une Anglaise, qui le sauva du péril. Bientôt, toutes protestent qu'elles n'assistent jamais aux courses de taureaux. C'est trop brutal. La reine, non plus, ne les aime pas. Cette sauvagerie perd son attrait pour la haute classe. Les propos reviennent au duc d'Orléans, dont elles dénigrent les triviales équipées, la rupture peu galante de son mariage avec la princesse Marguerite et ses projets d'économie.

Les domestiques secouent dans les coupes les bouteilles de Champagne frappé au point que seule une neige en tombe. Bientôt cette mousse fond. Le vin se libère des petits cristaux et pétille, délicieusement frais.

Heredia et Victor Hugo sont des poètes espagnols, le c.œur et l'àme de l'Espagne. Les hôtes de la villa Triana l'affirment et apportent des raisons convaincantes. Nous devons à leur patrie les deux excellents poètes. Ils s'enorgueillissent de le constater. « Le socialisme encore, c'est du rêve, de la poésie. En Espagne, et cela montre la force de sa volonté

pratique, il n'y a pas un député vraiment socialiste ! »

On achève de goûter des fruits merveilleux. On se lève de table. Sous la tente de coutil à raies rouges qui couvre le perron, M. Gastelar s'installe. La sévérité nationale ressaisit les visages, malgré le parfum du café et tout ce luxe provenu des forces de l'Amérique conquise.

Derrière ses manchettes et sa moustache, la voix martiale du leader lance des phrases définitives, des axiomes: « Chez nous, on préfère se battre à coups d'épée qu'à coups de bulletins... )>

Et sans cesse, l'instinct, conquistador et torero, regagne de la sorte sur les théories humanitaires du radical revenu de bien des expériences.

Le peuple aussi, toute la nation espagnole, semble en proie à ce regret d'une autre forme de sa force. L'essai parlementaire et républicain lui a valu plus de fatigue que d'aide.

La vieille Espagne se réveille. Elle s'étire hors du cauchemar moderniste. Don Quichotte se lasse des proverbes de Sancho. Et il étonnerait peu la perspicacité de certaines gens, ce bouleversement patriotique qui, après les déboires à Cuba, évoquerait une restauration des anciennes justices.

L'esprit industriel de Barcelone, de Bilbao, de Cadix et de Xérès, n'a pas envahi les Gastilles, ni la Navarre, ni le pays basque, ni l'Andalousie, ni la Galice.

Et dans ces régions, il commence à paraître que les ailes des vieux moulins illusoires tournent encore pour la convoitise des chevaliers de la ïriste- ^^Figure.

^H A nos pieds, Saint-Sébastien, dans sa poussière ^Ket son soleil, étincelait fervemment. Les oriflam- ^Bmes jaunes et rouges ondoyaient sur l'octroi, et,

comme le jour baissait, ceux du pont des riches et ceux du pont des pauvres se réunirent dans la ville pour aller jusque la splendeur de la mer qui les mena jadis, avec leurs épées lourdes, vers les trésors faciles des Eldorados.

DES BA.SQUES

Le paquebot franchit la passe entre les écueils. Il entre avec la mer par une fente qui partage la montagne aiguë. Aussitôt, le bâtiment glisse dans une ombre, dans une fraîcheur. Les taillis surgissent du sol rose. Du haut des cimes, les cascades dégringolent, se perdent, suintent et reparaissent, Unissent, en tombant, par trouer la houle qui danse au fond du précipice lumineux. C'est une lame bondissante venue de la mer troublée que plissent de grandes vagues creuses. La fureur de Feau court encore, s'excite, blanchit, escalade, s'élance en fusées d'écume neigeuse contre les schistes des rives jusqu'à ce qu'elle assaille, au bout du goulet, la vieille forteresse, dont les murailles crénelées se collent au flanc du mont, et munissent de chemins de ronde les étages de rochers.

Au ciel, les sommets sont d'un rose cru sous l'incandescence de midi. Il faut, pour les apercevoir, rejeter fort en arrière la tête. Avec les chèvres, les, gamins y grimpent.

Par une artillerie, la forteresse commanderait le chenal qui ouvre le lac uni du port, où se bercent déjà d'autres navires près des wagons de marchandises en file, sur le quai. Et voici, pendues aux deux rives, les petites maisons vêtues de filets de

pêche. Ils sèchent le long des poutres soutenant la saillie des toits et des balcons qui surplombent la mer. Des familles accroupies y cuisinent, y lavent, y paressent à l'ombre de la montagne. Derrière la forteresse en ruine, la ville étroite, acculée entre les eaux et la hauteur droite du mont, enferme des sonneries d'église. C'est Pasages, port de la province de Guipuzcoa.

Le lieu est tout de sauvagerie ensoleillée. Au quai de la gare, les batelières tricotent dans l'attente du touriste, du marchand. Vieilles femmes barbues, ou fortes lilles calmes, elles rameront depuis la gare jusque la mer, emportant sur leurs bachots une cargaison de passagers. Des militaires à la petite pèlerine bleue, au béret rouge, causent avec elles qui, de temps en temps, lâchent les aiguilles pour agiter l'éventail de papier d'argent. Les grelots lointains des mules attelées au tramvia égaient l'air. Grises à la hase, roses au faite, les Pyrénées ferment partout le pays.

Au seuil des petites maisons le tlot clapote, balance les barques liées à des poteaux, lèche par instants le plancher de la salle basse.

En toute époque, la ville et son port abrité dans la cuve de montagnes furent l'inexpugnable repaire des marins basques.

Malgré bien des disputes savantes, on ignore l'origine de cette admirable race brune, syelte, souple. Soldats merveilleux, pêcheurs téméraires courant à la surface du golfe océanique sur leurs canots légers, citoyens indépendants qui échappèrent aux lois de tous les civilisateurs phéniciens, carthaginois, romains, goths et maures, ils semblent évidemment issus de cette légendaire population de l'Atlantide dont l'esprit élabora sans doute la première forme de société, avant que le cataclysme

appelé « déluge » ne l'enfouît sous les eaux. Des ethnographes ingénieux apparentent les caractères du type basque à ceux du type indien, à ceux de rinca. Des missionnaires prétendent que la langue japonaise contient une part des dialectes usités par ce peuple aux attitudes nobles, dialectes jusqu'à présent conservés sans rapports avec les langues originelles reconnues.

Le bouvier a la marche royale, dans ses espadrilles, assourdissant encore la présence légère de son pas. Avec l'aiguillon, il touche l'attelage d'un beau geste hiératique. Sa ligure rasée, ses jambes hautes, son doux mépris impressionnent. Il n'a point la vulgarité de rire. Sans crainte, sans effort, la veste à l'épaule, le carrier glisse dans les ravines de la montagne avec la glaise qui s'éboule, sûr d'arriver plus rapidement, au bas de la pente, parmi l'avalanche de pierres.

Le parti carliste recruta ses milices dans le pays. La guerre fut cruelle, longue. On aperçoit toujours, aux pointes de la montagne, les courtes tours de pierres, construites pour guetter l'ennemi et rallier l'ami. Personne ne les dégrade. On attend une reprise de lutte ; elles pourraient servir.

Le goût de cette mer qui recouvre peut-être les villes des ancêtres, et les trésors de leurs sciences entraîne beaucoup de Basques jusque l'Amérique latine. Au Chili même, ils se retrouvent, s'unissent et prospèrent. Ils ont le sentiment do vivre sur une I très ancienne patrie que l'Océan divisa. L'attrac-

Ilon de la terre d'origine les y mène. En tous lieux, ils emportent leur l)eauté corpoelle, le noble silence de leurs lèvres, et l'amour u jeu de paume, de la pelota. Point de village qui le possède un grand mur élevé spécialement pour et usage, au bout d'une arène plate. La main gan-

tée d'une sorte de rigole courbe en osier, le joueur y reçoit la balle que renvoie le mur, et la rejette contre lui. Le partner court, se cambre, la rattrape dans son essor, la relance. C'est une ardeur. La sueur coule du béret bleu. Les hommes bondissent. Déjeunes prêtresse mêlent à l'essaim des joueurs.' Sans quitter la soutane, ils galopent pour l'attention des spectateurs, gravement assis sur les gra-, dins. Les places valent jusque trois francs, aux jours de match entre Espagnols et Français. Il separie beaucoup d'or, car les Basques sont volontiers magnifiques, comme s'ils descendaient d'une race fastueuse. Tout, dans le pays, coûte cher. Le' champ de maïs que l'on marchande pour y bâtir devant la mer ne leur paraît pas mériter un prix, moindre que celui des villas sises aux alentours, des grandes capitales. Ils préfèrent le garder avec son petit rendement rural, plutôt que de le vendre, à l'étranger incapable de payer l'honneur du voisinage.

L'hôtesse de l'auberge ne tente pas de vous retenir. Elle reçoit à sa table, comme maîtresse de maison. Si le voyageur ne lui plaît pas, elle réconduit, majestueuse et froide, et se remet, en joli costume pimpant, sur le seuil, les bras croisés contre son corsage rose, le profil altier sous le casque de cheveux noirs.

Des traditions assurent que cet orgueil fut longtemps maintenu par la facilité avec laquelle leurs marins, partis des ports profonds comme celui de Pasages, conquéraient sur la côte africaine les biens de la Mauritaine. Leurs pirates aussi se disaient rois de la mer. Montant de longues barques, colorées en bleu, et que poussaient des rangs de rames noires, ils doublaient le cap Finistère, descendaient le long des côtes celtiques vers les colon-

nés d'Hercule, puis rançonnaient les colonies phéniciennes blotties dans les baies ibériques, gauloises, ou sur la côte septentrionale de l'Afrique. Ils capturaient aussi les navires d'Egypte se hasardant dans les mers occidentales. Des siècles, ils fermèrent l'accès de l'Océan aux efforts des navigateurs partis de Garthage, de Tyr, du delta du Nil. Ils enfermèrent dans la Méditerranée la lumière d'Orient, fille sans doute, de celle née chez leurs ancêtres Atlantes, après des évolutions d'époques, lors de la préhistoire.

Aujourd'hui, les Basques du Guipuzcoa forment une race très à part, la plus énergique, qui garde toujours intangible le privilège de ses fueros. Elle ne se mêle pas. Elle n'aliène pas ses domaines, sa terre. Elle reste dominatrice sur les sommets et dans les creux de ses montagnes où broutent les moutons à museau noir.

En Catalogne, aussi, la race différente de la majorité du peuple espagnol se conserve intégrale. L'indolence arabe ne l'a pas non plus affadie. Sa langue reste particulière. Son énergie, plus tumultueuse que celle du Basque, donne de la crainte au pouvoir centralisateur.

Cependant, lorsque le réveil de l'Espagne surviendra, c'est que les Basques ou les Catalans, peut-être les uns et les autres, auront pris l'influence. Le salut de la nation surgira du Nord.

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