DU SÉMITISME
Il faut admirer les antisémites. Rien ne décourage leur croisade. A travers le monde ils harcèlent le bouc portant le péché des tentes et qui urine de l'or le long de l'histoire. Gela dure depuis les temps connus. La nullité antique de leur effort ne les persuade pas.
Soigneusement ils énumèrent les tares d'Israël, et lèvent sa lèpre pour nous instruire. De droite et de gauche, ils recueillent les témoignages; ils s'enorgueillissent de penser comme le Pharaon qui périt dans la mer Rouge et le Nabuchodonosor que des phénomènes spirites mirent à rien. La seule cause réelle, immédiate du triomphe de l'Arche, ils ne la voient pas. C'est l'intelligence évidente des Juifs.
La haine du Juif se justifie par la substitution du régime de la ruse, qu'ils parfirent, à la franchise de la violence. Nous aimons, par race, préférer la victoire de la bête vigoureuse à celle de l'esprit qui machine, pèse les passions humaines, soutient celle-ci et tue celle-là, selon l'espoir du bénéfice. Le Juif gouverne parce qu'il sait jauger à leur valeur les âmes. Il triomphe parce qu'il achète. Mais pourquoi sommes-nous à vendre ?
Depuis le siècle où il envahit les Gaules, il a vu
devant sa bourbe l'humanité à l'étal, un bétail dépecé par ses instincts, et il a dit : je m'engraisserai.
On lui reproche le mensonge, le manque de loyalisme, le profit qu'il tire de la misère momentanée, l'usure grâce à quoi il a reconstitué sur le monde l'empire définitif de Sion, puisque, par les Bourses, il tient la vie des Etats en sa main,
Dans son volume excellent et presque impartial sur l'antisémitisme, M. Bernard Lazare démontre avec rigueur comment les Phéniciens, les Grecs, les Romains et les Lombards eurent des habitudes morales identiques. L'animosité qui nous possède plus particulièrement à l'égard des Juifs vient de ce qu'ils triomphent. Nous supportons malaisément les maîtres.
Ils le sont, les maîtres. On écrit une banalité en répétant que la Haute Banque commande et qu'Israël la mène. En Europe, la chrétienté sert la volonté occulte ou manifeste des tribus. Les promesses de lahveh et de Moïse s'accomplissent. Le peuple élu règne sur la Terre Promise, et les grappes d'or que portent ses vignerons menacent de rompre sous leur poids les brancards auxquels on les a suspendues.
Certainement, et M. Bernard Lazare a raison en ceci, les Juifs contemporains ne trament plus de complots. Ils croient moins à la lettre du ïalmud qu'à leur vigueur intellectuelle. Mais jadis, mais toujours, avant 1789, alors que les persécutions les repliaient sur eux-mêmes, ils combinèrent leurs efforts en solidarité pour échapper à la persécution, et cela les nantit de puissance. Leur esprit exercé quotidiennement par le souci de la défense s'accrut de cette gymnastique. L'enjeu de vivre demeurait constamment, pour eux, sur le pavé des villes. Que
le peuple relevât le cœur du Christ, et c'était la rafle.
A suivre, dans ce volume à la bonne synthèse, les péripéties de la lutte, on conçoit clairement le progrès mental d'Israël. Pendant le moyen-âge, la race semble une sangsue placée sur la chair pantelante du peuple. Elle se gorge. Quand elle atteint une grosseur raisonnable, la justice du Roi et celle de l'Eglise apparaissent avec les potences, les fers, les Evangiles, les bois des bûchers, les clefs des geôles. On force la bête à dégorger l'or chrétien. Les coffres du roi se remplissent, et c'est un mode d'impôt simple.
Donc, pendant des périodes, on laissait le Juif s'enrichir; on lui interdisait tout métier qui ne fût pas l'usure, la friperie, le brocantage. Pendant les phases de paix, il put s'augmenter par l'étude des convoitises humaines. Tous venaient à son officine. Il sut lire sur les faces anxieuses ce que les passions ou la misère y signifiaient d'atroce, de torturant. Les pages de l'humanité lamentable tournèrent pour lui, feuillet à feuillet, et sans les métaphores d'usage. C'était un enseignement.
Les mêmes raisons obligèrent le juif à l'existence recluse, à la méditation, à la science, au luxe intérieur.
Pour le bourgeois chrétien, il subsistait le désir de briller dans les cortèges des corporations et d'orner l'église avec des tableaux où les donateurs demeureraient jusqu'au jugement, peints à genoux sous les palmes protectrices des saints martyrs. La politique de la commune séduisait aussi l'activité des marchands.
Pour le Juif, rien de pareil. Il dut persister dans l'ombre du ghetto, se créer le seul décor de l'esprit, penser infiniment. Il ne songea point à parer sa
demeure, à charger richement son habit, à mettre en ostentation des tapisseries précieuses et des aiguières bien ciselées. Gela eût valu l'hostilité bruyante de la canaille qui le comptait pour un mannequin sinistre sur quoi elle pouvait se venger de tous les autres riches, de tous les autres maîtres, de tous les autres potentats.
Il faut lire dans Bernard Lazare le récit de cet etFort d'Israël portant à travers les patries et les ennemis victorieux son vœu de reconstruire la Jérusalem mystique sur les assises mêmes de l'édifice social que les fidèles du Christ affermissaient. Avec une ténacité miraculeuse, le peuple de David repoussa l'unanime assaut, jeta dans ses cimetières multipliés assez de cailloux symboliques pour qu'enfin la cité de lahveh s'élevât de toutes les ruines confondues, imposât le règne de l'or aux nations persuadées des droits de l'homme.
Ils triomphèrent en pensant.
Que l'on choisisse au hasard dix jeunes chrétiens et dix jeunes Israélites de la classe moyenne; la supériorité de ceux-ci éclate immédiatement. Les premiers, bons fils de barbares, songeront à briller, à caracoler, à exhiber des filles saoules et bien vêtues. Les Juifs auront ces mêmes envies, ils excelleront même à les réaliser, mais, en outre, ils trouveront le temps d'apprendre, de construire le commencement d'une vie savante ou utile.
Le jeune chrétien s'occupe peu de l'intelligence. Rien de plus complètement stupide qu'un éphèbe des cercles catholiques. Il ignore tout avec suffisance. Il s'enorgueillit de connaître seulement ce qu'il dénomme le chic. Il se flatte de sa race, de ses relations mondaines, de ses sports; jamais il ne vante l'esprit.
Sur cent jeunes hommes des universités libres
chrétiennes, il n'en est pas dix qui aient lu les deux Faust de Gœthe, Shakespeare, ou Flaubert, intelligemment. Le baccalauréat passé, ils ferment à tout jamais les livres. Qu'on serve au théâtre un spectacle capable de les instruire-, ils haussent les épaules, ricanent, courent à Ghampighol, louangent éperdûment les lombes de Miss Helyett. On se navre à entendre, dans les cafés de province, discourir les sous-lieutenants.
A Paris, depuis dix ans, presque toutes les revues littéraires, sociologiques qui se fondèrent parmi la jeunesse d'élite, sont dues à l'initiative Israélite. Soldat, le Juif tient l'artillerie, le génie, l'administration, l'œuvre qui exige du raisonnement. Il manie la banque et la politique. Il enveloppe quarante millions de Français sous l'admirable réseau des siens. Il n'est pas de savoir qu'il ne s'approprie merveilleusement.
Certains disent que la race applique des théories, mais ne sait point créer de systèmes. On assure qu'elle manque de génies. Moïse, Philon, Spinoza, Karl Marx répondent.
Dans Alexandrie, les Juifs détinrent la même prépondérance que nous leur reprochons. En Egypte, ils s'assimilèrent l'hermétisme des prêtres, le secret des sciences perdues et qu'une civilisation d'autrefois, sombrée à l'époque du déluge, avait développées à un degré plus haut que ne l'imaginent les logiciens d'aujourd'hui.
La marche dans le désert, avec ses miracles, montre que les chefs de l'exode n'ignoraient pas les applications immédiates des forces physiques. Les murs de Jéricho tombent au bruit d'une artillerie inventée selon des principes que nous no connaissons plus.
Au moyen- âge, la science vient de Tolède, leur
ville. Par modestie, M. Bernard Lazare, dans son génie clair, n'insiste pas sur cette raison majeure de triompher. Il faut dire aussi que l'Eglise catholique, devenue caduque par l'immobilité de son enseignement trop objectif, facilita cette victoire.
Aux origines, le clergé latin, celui de Saint-Grégoire de Tours, arrêta l'élan des Barbares, pacifia l'effort du monde mérovingien et carlovingien. Ce que l'église annonce, sous des formes naïves et puériles, pouvait séduire les esprits frustes des compagnons de Glovis. Mais à mesure que l'intelligence française s'accrut, nourrie par la leçon latine, elle répudia la comptabilité morale du paradis et de Tenfer, ce doit et avoir, ce trafic de péchés et de peines, de verges et déconfitures, ces promesses de feu ou de concert angélique. Et ce fut le commencement du déclin.
Jusque la Renaissance, les hommes de spéculation spirituelle appartenaient presque tous à l'Eglise. Le cloître, l'habit monastique les garantissaient contre les vexations capricieuses des féodaux, du peuple. On travaillait aisément sous l'égide du Christ.
Sans doute, pareils aux hérésiarques de Byzance, les reclus trouvèrent -ils le sens ésotérique des symboles et des paraboles. Le mystère de l'Incarnation ne leur représentait plus uniquement l'histoire d'une enfant fécondée par la colombe; mais la Vierge-Mère sous une même forme harmonieuse signifiait l'identité des contraires dont la recherche philosophique engendre le concept du phénomène pur, en dehors de ses apparences affirmatives ou négatives : — l'absolu. Dieu. Le Péché originel ne leur ofî"rait pas l'histoire d'une pomme que le couple premier se partagea illicitement, mais toute la théorie des atavismes, des transformismes, du
mouvement objectif de la nébuleuse coagulée en planète, des énergies incarcérées dans la matière et dont l'éternel Adam (la vie organique) aidé par Aïscha, sa faculté volitive, se rachète, siècle par siècle, en tentant d'atteindre le jour du jugement grâce auquel le bien et le mal ne se différencieront plus, étant avoués comme les termes d'un équilibre, de l'harmonie universelle.
Longtemps, et avec raison, la Papauté défendit de découvrir aux plèbes ce sens des paraboles. Selon le système antique, les moines seuls, les initiés, quelques-uns se réservèrent la satisfaction de concevoir la beauté de cette métaphysique. La stupidité de la foule ne se fût pas accommodée de ces visions, alors que le doit et avoir céleste lui présentait une garantie immédiate, tangible. Ne comprenant pas, elle se fût détachée du Christianisme. L'Inquisition .brûla sans merci, et cela par nécesr site vitale, quiconque voulut révéler mieux.
Mais, avec la Renaissance, le savoir se propagea. Il y eut des savants laïques. Ceux-ci commencèrent le mouvement qui devait aboutir à la Réforme, puis au triomphe d'Israël. On critiqua le dogme ; on analysa les probabilités du miracle, on nia la lettre des mystères.
L'Eglise, à force d'enseigner l'exotérisme seul, avait lini par perdre le sens ontologique de ses légendes. En outre, dans le monde clérical, les médiocres avaient, comme partout, gagné le pouvoir, et ils se contentaient d'explications pauvres, étouffaient inexorablement les aigles. L'orgueil propre aux sots leur interdisait de se départir des principes antérieurement aflirmés. A Rome, pas un pape ne sut joindre assez d'audace à suffisamment de science pour étonner les cardinaux, les évêques, la cléricature entière, et imposer des canons nou-
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veaux un peu révélateurs au monde qui sortait de l'enfance, de la bêtise. Enclose dans son immuable orgueil, l'Eglise continua de croire que les seules intelligences demeuraient dans son sein. Par là elle se perdit.
Les gens de la Réforme, philosophes misérables, s'attaquèrent purement à l'extériorité des dogmes. Les encyclopédistes ne virent guère plus loin, plaisantèrent la grossesse de la vierge, et la présence réelle. Les athées de la Révolution les imitèrent. Rien que le monde cessât de penser comme des sauvages, les prêtres continuèrent de dire pour les porchers. Rs continuent toujours. Les fidèles peuvent fondre dans leurs mains jusqu'au dernier, sans qu'ils tentent l'unique remède : l'explication. Et cela, stupidement, afin de ne pas se dédire.
Au moment où l'incapacité catholique fût devenue manifeste, il n'était plus de raison pour que ses adversaires immédiats, les Juifs, ne se libérassent pas, en contre-coup, du mépris public.
Rs arrivèrent au civisme avec la force d'un esprit contraint depuis dix-huit siècles, aiguisé par la lutte incessante, rencogné sur lui-même et qui avait appris le monde à le voir se répéter par les lucarnes louches du ghetto.
Rs n'usèrent d'aucune pitié, d'aucun loyalisme. Rs comprirent les hommes tels qu'ils s'étaient offerts à leur observation. Leur intelligence réduite, comme toutes les intelligences du moyen âge, à la dissimulation et à la ruse, ne changea point de moyens pour agir. Le- mensonge de l'honnêteté se créa par leurs soins. Le principe barbare de la force, du droit divin, s'était écroulé avec la tête de Louis Gapet. Rs y substituèrent le principe du leurre.
Dans son beau travail, M. Rernard Lazare blâme justement la doctrine qui laisse croire à une vaste
conspiration maçonnique ourdie depuis Hiram pour aboutir à la catastrophe de 1793. Cependant, ces sortes d'associations secrètes que Ton vit surgir à la fin du siècle dernier usaient toutes d'un symbolisme oriental en usage aux temps les plus reculés de l'Asie. Très certainement aussi, les Juifs durent participer à des œuvres secrètes qui leur facilitèrent la défense, la préservation des biens, et l'extension du change. Il semble très naturel qu'ils se soient armés occultement contre le pouvoir royal des Capétiens dont ils eurent tant à souffrir, et qu'ils aient été les plus ardents pour la propagande révolutionnaire.
En tous cas, le premier acte politique du maçonnisme jacobin est évidemment un acte juif.
La machination d'épouvanter par la guillotine les nobles et le clergé, grands propriétaires de biens ruraux, de les contraindre à l'émigration, de transmettre ainsi leurs terres à lapetite épargne desprovinces, aux artisans économes, à l'infime et multiple bourgeoisie de mœurs recluses, d'avarice presque sémitique, et qui, depuis cent ans au moins, fraternisait avec le ghetto, commanditait les prêteurs ; l'idée de fonder sur cette caste éparpillée le principe du gouvernement futur; tout cela semble une œuvre Israélite, fruit d'une longue observation sur l'esprit des villes provinciales.
Il faut croire aux dessous de l'histoire. L'instinct de quelques-uns a créé les fastes. La foule excitée par leur mensonge a toujours suivi.
Maintenant, il apparaît que Jérusalem couvre le monde. La direction des capitaux lui appartient, par suite le privilège de distribuer la guerre, la paix, la famine ou l'abondance, la vie et la mort. Et parce que l'état social ne contente pas, on s'attaque aux détenteurs réels du pouvoir, devant qui
les ministres et les souverains marchent ainsi que de simples appariteurs.
Que ce pouvoir ait été acquis par la ruse, qu'importe? Les prédécesseurs avaient conquis en égorgeant. Les misérables peinent sous le faix de l'or,, et à l'ombre de la cheminée d'usine. Peinaient-ils: moins sous le donjon du château i?
\. On ajouterait encore que, dans les gros scandales de l'argent révélés à la fin de ce siècle, les chrétiens coudoyèrent les juifs dans les geôles.