‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 10 sur 173 · HM · texte numérisé non relu

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Iill(> des Muses, voulait si? fuire

Pliw d'iiilmiralciirs <pic d'umnnts.

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papillon poursuivit son %ol :

UicnliU Ci^pliisc, l'^ixa mes amoureux ileslîns.

Puis, tour & tuur, niiprés d'IpliitM.',

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De Zulm6, du Hore et de Lise

J'essajui mes feux iniMjrtaiua.

Rndn.dc méprise en mi^prUo,

TiHijonra mtVouiL'iil de mon toi,

Je descendis jii9((u'a Margot.

Margot était Imnnc personne,

Raisonnant mal, mais parlant Iiien,

l^t no mctL-iiil de prix îi rien

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Qu'anx doux piaisira ipin l'amour donne.

Pour lui seul, non» vivions tons deux, Bl, rjne IVspril me le pardonne.

Jamais je nu fus jilus lienreiix.

Mnrgol t'sl intlulgcnle nu lôve, cl voilà comment |

l'ainour

a conduit le poète iiuprés di; Madame de J

Mnntiil

ml)eit. Maispourrail-nii èli'e ineonstan

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d'elle ? Le grand plaisir en somme est de chercher ! Laclos risque donc cet envoi :

Si mes soins, mon ardeur sincère Pouvaient un jour vous engager, Ali 1 malgré mon humeur légère, On ne me verrait plus changer 1 Dieux I je frémis de ce danger I L'amour me garde de vous plaire.

Un observateur puissant, un penseur distrait, un chercheur chimérique et incompris, tel en amour nous apparaît Laclos. S'il fut silencieux sur ses aventurcs, c'est sans doute que ce connaisseur ne trouvait rien à dire. Sa longue jeunesse ne porte trace ni de grands excès, ni d'un grand draine. Tous ceux qui Tout approché ont vanté sa bonhomie, son égalité d'humeur, ragrénient et la sûreté de ses vertus privées. Il fut plus tard un époux très tendre et un père excellent. Enfin, pendant les sept années qu'il passe à Grenoble, ses chefs, gardiens jaloux de l'honneur du corps, ne cessent de vanter « la régularité de » sji conduite et la dignité de ses mœurs. » « Elles ne » méritent, disent-ils, que des applaudissements * ».

Nous verrons plus tard l'.iuteur des Liaisons dangereuses étendre son enquête sur les femmes, interroger les voyageurs et noter dans leurs récits, avec L'i minutie d'un naturaliste et le sérieux d'un législateur, les mœurs et les différentes conditions de la femme à travers le monde, et là-dessus raisonner en philosophe et s'ériger en réformateur. Pour Tinstant, je l'imagine essayiste en amour, très intéressé et très lucide, tenté par la difficulté plutôt que par l'objet, s'approchant pour mieux sentir et se recu-

1. A. G. Dossier du rcgimciil de Toul. Inspections de 1770-1776.

lanl pour mitMix voir, ntliranl liii-môino par ses grAcos, mais cloignanl par sa supériorité, caressant pour plaire, el plaisant pour comprendre, distrait et prévenu par son intelligence, et possédant enfin un fonds de gravité virile, qui le dégoûtait des caillettes, et un fonds de vertu provinciale, qui s'indignait des perfidies. Oui, je le devine, au coin d'une cheminée, épiant la Merteuil, fi la sortie prêtant Toreille à Valmont, el rentrant au logis pourréver d'une Tourvel, c'est-à-dire de la femme aimante et douce, qu'il cherchait sans la trouver et qu'en franc militaire, il remplaçait par Margot.

Stendhal, commissaire des guerres dans la Grande- Armée, notait, en 1813, sur les hauteurs de Rautzen, pendant la canonnade, « une helle journée de lieylisme )). (( J'étiiis, dit-il, commodément et exempt » de tout souci, dans une belle calèche, voyageant au » milieu de tous les mouvements compliqués d'une » armée de 140,000 hommes, poussant une autre » armée dei60,000hommes, avec accompagnement de » cosaques sur les derrières». Laclos, semhle-t-il, fit l'amour à peu près comme Stendhal faisait la guerre, dans l'intendance. Tous deux pratiquaient pendant la bataille le Suaue mari magno. A l'occasion, ils descendaient de leur observatoire et, comme de jeunes recrues, faisaient gaiement le coup de feu.

Les jolies femmes, dont (jrenoble était fière, pouvaient-elles deviner en voyant cet homme si calme et souriant, ce poète aimable et quelque peu libertin, ce causeur subtil, amoureux de l'amour, qu'une passion frénétique, insatiable lui rongeait le cœur en secret. Le capitaine Choderlos de Laclos était ambitieux. Les familles de condition moyenne, comme la sienne, chez qui la fortune est inférieure au mérite, sont un terrain propice à l'ambition. L'Ame brûlante

de LacIos était propre h la recevoir. La gloire fut ridéale maîtresse de ses vingt ans, la chimère insaisissable de sa jeunesse; il devait la poursuivre jusqu'à sa mort. C'est pour s'étourdir, qu'il passait ses soirées dans le monde et recherchait des succès littéraires. Le fonds de cet homme à l'intelligence si souple, à la sensibilité si vive, était d'un soldat énergique et froid, trempé par la nature, durci par la vie militaire. Chez lui l'observation n'était qu'un désir impatient de lutte et l'esprit nourrissait l'amertume du cœur. Son ambition refoulée s'aigrissait et commençait à l'étouffer.

On a coutume de vanter avec Talleyrand la douceur de vivre de la fin de l'ancien régime, comme si la France se réduisait alors au\ salons de Versailles. Le défaut d'ambition, dit-on couramment, était la conséquence des barrières sociales et assurait le bonheur de tous. Trompeuses apparences ! La Révolution n'a pas créé les passions qui l'ont causée. L'ambition, dans la classe moyenne, manquait d'espoir et non point de force ; elle se concentrait et fermentait dans l'ombre. La haine de la cour était aussi générale en province que son imitation. « La plupart des nobles, dit le marquis de Ferrières étaient démocrates ». Mêmes sentiments dans le clergé contre les évoques. La bourgeoisie aisée des villes, où Laclos fréquenta particulièrement, vivait dans une perpétuelle colère contre Versailles, centre de tous les abus, repaire de tous les vices. A Grenoble, c'est Henri Gagnon, le grand père de Stendhal, ^frondeur et voltairien, qui donne le ton. Mounier, que sa naissance a empêché d'entrer dans l'armée, Barnave,' dont la mère a été insultée au théAtre par le duc de Clermont-Tonnerre, couvent des ressentiments tenaces et des haines fécondes.

Dans loiil ce inonde, on s*est formé des gens de cour, qui usur|)ent tontes les places el oppriment tous les amoui*s-propres, une image qui chaque jour se précise el s'aggrave et qu'on peut résumer en trois mots : orgueil, paresse et corruption. Ainsi dans les cœurs audacieux et forts, confiants de leur supériorité, l'ambition légitime s'exalUiit du sentiment de la justice, s'aigrissait de jalousie et s'assombrissait de rancune. Sans doute la province continue de boire, de rire et de chanter ; comme a Paris, la galanterie semble la grande aiïaire. Mais ce n'est là qu'un vernis léger et qui craque. Les lèvres soupirent el les yeux sourient, mais les cœurs durcissent et les cerveaux brûlent, les gestes caressent, mais hïs muscles se tend(^nt, et (piand le siècle a déposé son masque aimable, un visage ardent apparaît.

« 11 y a peu de nos officiers, dans les grades » même subalternes, » écrivait au Roi le maréchal de Broglie, au moment môme où Laclos entrait au service (1759), « qui ne fassent des projets de campagne » pour l'armée et qui ne censurent le général et il » n'y en a presque aucun, (|ui ne regarde son étit au- » dessous de lui ». Cet excès de prétention était très vif parmi les officiers d'artillerie. 11 résultait de cette concurrence opiniâtre qu'une part très grande était faite à l'ancienneté dans l'avancement et que le moindre mampiement aux usages provoquait de violentes protestations. I^clos témoigne, par plusieurs réclamations, de cet état d'esprit irriUible et ombrageux. Etant sous-aide-major à Grenoble, un de ses camarades, M. de Burtin, est appelé à une aidemajorité dans un régiment voisin. Laclos crie au passe-droit. Ne croira-t-on pas cpi'il a démérité ? Qu'on lui donne son brevet d'aide-major, sans

appoinleinents ! Cette faveur gratuite lui fut accordée, et l'inspecteur constate qu'il ne remplit ses fonctions que « par ambition » K Les officiers de cour, qui ne se piquaient que de bravoure personnelle, n'entraient pas dans Tartillerie ; ils dédail^naient ces gens de science et aiïeclaient de ne pas les considérer coninie des frères d'armes. Le comte d'Artois déclarait étourdiment à la bataille de Saintes, qu'en fait de batteries, il ne connaissait que sa batterie de cuisine. D'autre part, la constitution de l'artillerie était fondée sur les principes mêmes qui devaient devenir ceux du nouvel ordre social. Elle n'était pus visée par les ordonnances de 1761 et continuait à recruter des roturiers dans ses écoles. Les nobles s'y pliaient mieux qu'ailleurs à la hiérarchie et vivaient dans une égalité vraiment militaire avec leurs camarades. Chez presque tous, l'esprit de discipline s'alliait h un parti pris d'opposition politique, de dénigrement et de réformes. La plupart resteront h leur poste, même après le dix août, et beaucoup se distingueront par leur ardeur révolutionnaire^.

Choderlos de Laclos était d*un caractère à ressentir plus qu'un autre toutes ces influences. Fort jeune, il fréquentait les loges des francs-maçons ^ qui s'étaient formées dans un grand nombre de régiments, souvent distinctes pour les sous-officiers et les officiers. On s'y piquait de littérature, de phi-

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