‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 130 sur 173 · A. E. DoMÎcr CliodcrUis. — A. N. F? '.(l'i · texte numérisé non relu

A. E. DoMÎcr CliodcrUis. — A. N. F? '.(l'i

« A la Citoyenne LacloSj cour des Fon-taines, Maison Egalité, ÎÎÎO.

19 germinal, Du corridor Challier, n® 7.

» J'cMivoie, ma chère amie, le commissionnaire » savoir de les nouvelles et te donner des miennes, » sans avoir d'autre objet à remplir. Mais, par occa- » sion, je le charge d'un petit cadeau. Mes cheveux » me gênaient pour attacher la boucle de ma per- » ruquc ; je les ai fait couper ce matin et j'ai pensé » (|ue peut-être ils te feraient plaisir. A nmn ftge, » ils nv rejiousseront plus et il m'a paru juste » (praynnt les premiers cheveux de tes enfants, tu » (Misses les derniers de leur père. C'est un petit » monument (h* tendresse que je te prie de conser- » ver. Je t'aime et embrasse du meilleur de mon » ç(pur » ^.

Vjv. |>elit papier jauni, où le général Laclos croyait Iracïîr ses dïîrnières lignes, et dont Taspect suffit (»nrore à émouvoir, a été pieusement conservé par sa famille. L'auteur des Liaisons dattgereuscs y a, pour ainsi dire, déposé son cœur.

« Il devait aller à la mort », dit une note de M""' de Ljiclos. » Il portait autour de son col un bracelet

1. Ln t*oi'rc8[mii(liiiicR de Lnclon nt de M"** do Laclos en 1793 ot 179'i, pendant sn dctcnlion, et de 1800 ù 1803, pendont ses cuiii|mg^ncsy vient d'élrc pnbliêe nu Mercure de France, ovec ane fort belle préface, aous le titre de Lettres inéditt» de Choderlos de Lacios, par M. Louis de Clinuvig'ny. Les amis des lettres et de l'histoire auront de l'obligation ù son éditeur, qui était son possesseur, pour avoir mi» au jour ce ])rccicux héritage de famille, qu'il avait bien voulu me communiquer intégralement. Je lui exprime ici mes remerciements particuliers pour tous les renseignements, que jedoi» ù son zèle à la mémoire de Laclos.

)> la question est bcnucoup moins de droit que de » Hiit, que c'est le personnel de Tagent qu'il faut » principalement consulter, en toute circonstance. » 11 prie en conséquence le Ministre de s'expliquer » sur le degré de confiance qu'il accorde, soit au » civisme, soit h Tidonéité {sic) du citoyen Choder- » los. » Le Ministre n'eut pas à répondre. Au lieu d'aller à Smyrne, Choderlos fût arrêté et incarcéré au Luxembourg. Sa section déclara que c'était « un » honune très éclairé, froid et parlant peu », mais qu'il ne s'était pas servi de tous ses moyens pour combattre les ennemis de la République et qu'il se ménageait tous les partis, « tandis (|ue des suns- » culottes, qui ne savaient ni A, ni R, soutenaient » av(H: énergie les vrais principes. » Cluxli^rlos se mil, dans Sii prison, à rédigerde longues suppliques au (lomité de Si'ireté générale ',

Pendant plus de trois mois, Laclos ne put faire passer aux siens aucune nouvelle de lui. Le 9 avril 1794, il parvint enfin h rompre le silence au prix de quels eflbrls, on le devine. Un conunissionnaire vint remettre à M'"*^ de I^iclos un petit billet insignifiant d'ap|>arence. Il avait charge, eu munie temps, de lui ])orter les derniers adieux de son mari. L'auteur des Liaisons dangereuses s'apprôtait h monter h la guillotine. Le romancier, qui naguèn; déployait un art si parfait à exprimer des sentiments feints et dissimulés, avait dû exercer sa plume, non plus pour donner un air de vérité aux mensonges de la séduction, mais pour assourdir prudemment le cri déchirant de la mort. Ici, l'artifice devient tragique et la moindre nuance fait frissonner.

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