‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 14 sur 173 · Mémoire» ilu comlo do Ségur p · texte numérisé non relu

Mémoire» ilu comlo do Ségur p

arrivé indécominciU tard el loutos les vieilles feiiunos m*ont trouvc^e merveilleuse », valaient les traits les plus piquants.

La bonne eompagnie aime encore à être battue et jamais elle ne mit à ce goût singulier plus de fureur qu'en ce temps-là. Comme le tyran antique, qui se faisait injurier par un esclave, lejs grands seigneurs mettaient alors leur gloire à accueillir des gens de lettres, pour leur prouver avec esprit qu'ils valaient beaucoup moins que les plus vils de leurs concitoyens. On trouve dans cet (étrange aveuglement de la générosité et quelque humilité passagère, tout l'optimisme béat du bien-être héréditaire, la lassitude de la flatterie, la recherche d'une sensation forte et surtout ce raffinement de supériorité, qui nous élevé d'autant au-dessus des autres que nous ravalons en nous-mêmes l'objet de leur admiration. Laclos avait pénétré d'un œil sur ces bizarreries de décadence. S'étant juré de frapper fort, il avait aussi frappé juste. L'obscur capitaine venait enfin de passer grand homme. « Tout Paris s'empresse à vous lire, » lui écrivait-on ; tout Paris s'entretient de vous. Si » c'est un bonheur d'occuper les habitants de cette » immense capitale, jouissez de ce plaisir. Pei*sonne » n'a pu le goûter autant que vous *. » Laclos se promenait dans Paris, applaudi et redouté comme Valmont lui-même. « On le craint, on l'admire, M on le fête, écrivait Grimm, l'homme du jour » et son historien, le peintre et son modèle sont » traités à peu près de même. »

IjC scandale en efTet égalait le succès. On avait d'abord cru à un conte moral, où l'indulgence se parait de sensibilité, ou bien encore à quelque roman

(1) LeUre de M- Riccoboni, B. N 12845.

frivole, ironique et polisson; c'était une histoire terrible, qui voilait des grAces les plus légères de Tesprit toutes les sauvageries de la nature. Les crudités de Diderot, les violences plébéiennes de Rousseau n'égalaient pas Teflet de ce slyle aimable. Comme an souper de Prévaii, tous les personnages « avaient » la haine dans le cœur, mais les propos n'en éUiient » pas moins tendres. » C'était une eau limpide, présentée dans uncristaldélicat, mais qui brûlait comme l'alcool.

Les femmes tirent éclater très haut leur indignation. Li grâce angélique de M'"° de Tourvel, sa faiblesse adorable, sa mort sublime, toutes les larmes qu'elle tit verser ne les vengèrent pas de M"'° de Merteuil et de M"** de Volanges. Elles abandonnaient volontiers h la critique leur vertu et leur honneur même, à la condition de plaire encore. Elles consentaient il paraître perfides, mais non point repoussantes. La haine et le mépris se pardonnent, non le dégoût, ni surtout rindilTéreiice. En les regardant en face, L'iclos avait osé les reganler sans trouble. Pour qui n'est médecin, ni confesseur, c'est un crime sans rémission. Son œil perçant et froid fit horreur et la coquetterie de tout un sexe se dressa contre lui.

Ce ne furent pas naturellement les plus faciles dont la fureur fut la moins bruyante. M'"' de Genlis se voila la face pour ne p«is voir, et chez elle la jalousie littéraire vint encor renforcer la vertu inquiète. La charmante marquise de Coigny, qui n'avait d'une Tourvel que la faiblesse, fit fermer sa porte à l'auteur, qu'elle avait souvent reçu, et dit à son suisse : a Vous connaissez bien ce grand » monsieur maigre et jaune en habit noir, qui vient » souvent chez moi ? Je n'y suis plus pour lui... Si

46 LE GÉNÉRAL CnODERLOS DE LACLOS

» j'étais seule avec lui, j'aurais peur < » Le dépit de se reconnaître ou la crainte d*ôtre dévoilée furent plus sensibles aux traits de l'audacieux romancier que l'étonnement indigné de l'innocence. Dans les boudoirs, où on le dévorait en cachette, dans les salons, où l'on mettait à profit ses enseignements, Laclos fut couramment traité « d'inrernal », et des roués, comme Tilly, réclamèrent pour son livre « les flammes de l'exécuteur public »

Une femme Agée, qui connaissait depuis longtemps la famille de Laclos et dont le talent renommé n'était que la charmante parure d'une Ame exquise, M*"* Riccoboni, fit entendre du fond de la retraite, où l'étude la consolait des souffrances du cœur, une protestation sévère autant que désintéressée. « C'est en qualité de femme. Monsieur, écrivit-t-elle, )> de Française, de patriote zélée pour l'honneur de » ma nation, que j'ai senti mon cœur blessé du » caractère de M"** de Merteuil. Si, comme vous l'as- » surez, ce caractère existe, je m'applaudis d'avoir )> passé mes jours dans un petit cercle et je plains » ceux qui étendent assez leui^s connaissimces pour » se rencontrer avec de pareils monstres*. » " Laclos se défendit avec infiniment d'adresse et d'esprit. 11 fit tenir son livre à M'°* Riccoboni, en accompagnant son envoi des flatteries les plus délicates pour l'auteur iVErnesUne; mais c'était surtout la femme qu'il voulait convertir, c'est le pardon de toutes les femmes qu'il voulait obtenir d'une des meilleures d'entre elles. 11 fit si bien que le ton

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