‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 151 sur 173 · A. 0. Archives de rannée de Nnplcs · texte numérisé non relu

A. 0. Archives de rannée de Nnplcs

2. Lespngiiol (Pliili|>po-Nicohi«), né le 19 TéTrier 1775 h Maahert- Foiitaiiie (Ardcniiea). Son |>ère était cavalier de la maréchaussée. Il s'(Mi(;^u(fea ù U\ ans, fut élève sous-lieutcnunt & lU ans et avait déj& fait (i campagnes sous Jourdan, Donapurto et Championnet, qiuind Laclos le choisit pour aide de camp, le 2<) juin 1800. Il se distingna, en 1812, à la défuuse de Uadajoz ut, en I8l'i, ù celle de Uajonne et fut retraité, en 18:<.'>, comme colonel (A. G. Dossier Lespagnol).

de poste de Milan à Chainbéry pour la voir quelques heures. Celle fois, il ne résiste pas à lui consacrer un posl'Scriplum : « J'écris par ce courrier à la » petite M'"® Lespagnol, qui sans doute ne sera pas » au désespoir de ce retour inattendu. Je me fais » une fête de la rosser pour des reproches mal fon- » dés qu'elle m'a faits dans quelques-unes de ses » lettres et qui m'ont fnits de la peine. » Ainsi se termine, par quelle suprême ironie de l'amour et de la vie, la dernière lettre de Choderlos de Laclos.

Mais Paris est trop loin pour le malade ; il faudra se contenter de Naples, où M™" de Laclos pourra rejoindre son mari. Justement Alquier vient d'adresser à son vieil ami de La Rochelle « une » lettre charmante, avec toutes les propositions de » l'amitié, depuis celle d'asilcetdes soins, jusqu'aux » offres pécuniaires ». Laclos mourant veut lui dicter ses lemercicnienls et l'on retrouve encore dans sa lettre la grâce rafflnée et la sombre amertume de l'auteur des Liaisons : « tel à peu » près, » écrivait il jadis, » au monument élevé p«ir » Pigalle, on ne voit point sans effroi sous une » draperie moelleuse le spectre de la mort fortement » prononcé. »

Le général Laclos, Inspecteur (T Artillerie^ à Son Excellence le citoyen Alquier, Ambassadeur de la liépublique Française près Sa Majesté le lioi des

Deux-Siciles.

« Si j'avais seulement une main hors de la fosse, » je m'en servirais avec empressement, mon cher » Ambîissadeur, pour répondre moi-même à votre » tant îiimable lettre ; mais croyez-moi, quoiqu'on » publie à Naples que j'en suis dehors jusqu'aux

470 LE GKNÉRAL CHODEHLOS DE LACLOS

» talons, j*y suis bien encore au moins jusqu'aux )) coudes, ou peut-être ini^nu^ jus(|u*au cou. Dans » ccrs circonstances, c'est le citoyen Ijcspugnol, » capitaine d*artillerie h cheval et mon aide de » camp, qui veut l>ien me prêter la main en écri- » vaut sous ma dictée, et c'est aussi lui que j'accrédite » auprès de vous, pour le cas où je ne pourrais ni » dicter, ni sijçner.

» Dans le triste état où je suis, je ne croyais » ^uènï être susceptible d'éprouvtT un plaisir vif. » C'est pourtant ce qui m'est arrivé, en trouvant » dans votre lettre tant de marques d'amitié, pré- » sentées av(>c tant de; *2:râces. Je n'ai a ma disposi- » tion (|u'un seul moyen de vous prouver ma » reconnaissant^ de toutes vos olIVes oldi*j;eautes, » c'est de l(!s acce[)t(*r loutt^s, depuis rasilejus(|u'aux » oll'res pécuniaires, mais avec les modiiicalions que » les circ(mstances devront y apporter.

» Si par exempK*, et ce qui me parait le plus pro- » bahie, mon séjour h Naples «levait se pmlonger » plusieurs mois, y* vous prierais de me trouver )> pour ma remuH% ma fille i^t moi, un io}i^ement » iuod(*st(^, (|ui nous sauve d(* l'auberge, et une cui- » sinière, qui sait l'aire du bouillon, du rôti et du » grillé ; si au contraire, je iw. |>asse à Naples i|uc » peu de jours, il en sera connue vous voudrez.

» Si jamais nous nousrevoy(ms, jiM'ous smunettrai » les raisons qui m'ont empêché de vous écrire » de|)uis ma dt^stination pour le royaume de Naples: » vous les ju{i^(^rex. Mais, bonnes ou nuiuvaisc^s, elles » sont bien étrangères à notre ancieniui et inalti^- » rable amitié, car elles sont toutes [purement dipio- » matiques. J'écris par le même courrier h M"** de » Laclos o.i je lui fais connaître en gros le contenu » de votre lettre et celui de ma réponse. Je la prie

» (le s'entendre avec vous. Je souhaite bien vivc- » ment qu'elle et ma fille viennent me retrouver 'à » Naples. Être réuni aux objets de ses affections » n'est assurément pas un moyen pour ne pas » mourir, mais au moins c'est celui, et c'est le » principal, de vivre jusqu'à la fin de sa vie.

» Adieu, mon clier Alquier, je finis sans autre » protocole que l'assurance bien sincère de mon » inviolable amitié.

« D'après ce que je vous mande relativement au » citoyen Lespag^nol, je l'invite h joindre dans cette » lettre sa signature à la mienne.

Laclos. Lk8i>agnol.

Saisi par la mort, Laclos ne prononce pas ie nom de Dieu. Il n'a connu le devoir que par les inspirations d'une conscience droite. Au lieu de s'épouvanter tout seul devant, l'avenir mystérieux, il se retourne vers la vie, comme vers la seule réalité. Ainsi qu'en prison, h la veille de la guillotine, il ne veut penser qu'à ceux qu'il aime, et leur faire encore un peu de bien. Il dicte pour sa femme des conseils détaillés sur l'administration de sa petite fortune et l'avenir de ses enfants. Il espère, dit-il, la revoir bientôt. Un souci ronge et désespère ce chef de famille si économe, c'est qu'il laisse les siens sans ressources et chargés des dettes, qu'il a contractées pendant son voyage et sa maladie. C'est pour demander l'aumône, que le général Laclos, qui jadis distribuait les trésors du duc d'Orléans, dictera ses deux dernières lettres *.

1. Lnclofl, qui no débattit toute un yîo dans la génc, nvnit acquis ù Anxin des terrains carbonifères, qui enrichirent ses descendanUl

C'est d*abord h Marmont, h son [>lus sur protecteur qu'il s'adresse :

» Général,

» Je suis si près du désespoir absolu et ma situo- » tion est en effet si aff'reuse que je crois avoir une » sorte de droit à vous importuner, non comme » Premii^r Inspecteur, mais connue général Mar- » mont, bon et sensible, ayant de l'amitié pour moi » et les miens.

)> Vous savez déj/i, comme quoi le comman- » dément que vous m'avez fait avoir, et pour le quel » vous pouvez vous souvenir que ma seule condition » était que ce fut pour faire la guerre, vous savez, » dis-je, <[u'il est devenu tel ([ue, s^ms aucune espé- » rance de ghiire ni d'avantage d'aucune espère, il » se borne si tenir garnison à 550 lieues de ma » famille et de mes amis, dans le climat le plus » malsain de l'Italie, pour être considéré ensuite » comme n'ayant pas servi activement dans la » guerre présente.

» Dans les nombreuses victimes qu'a déjà faites » l'insalubrité du |>ays, je suis compris pour une » maladies telle, <|ue Uis médecins espereni seulement » me nuîttre en état d'aller respirer l'air de France, » sims lequel ilS' prétendent que je ne puis me » rétablir entièrement, et où je prévois qu'il me >) faudra des soins longs et coùttMix.

» Déjà ces médecins ont fait leur rapport nu » général Ssiint-Oyr, et celui-ci est disposé h auto- » riser mon départ quand j'en aurai la foi^ce, mais » voilà ma situation :

» A[)rès avoir mangé dans ce voyage environ » 6.000 francs de mon argent, tant en frais de poste » qu'en acliat de chevaux, éUiblissement de maison,

» etc.. je me trouve ici, vis-à-vis d'une trentaine » de louis, au courant de mes appointements, ayant » à payer les frais d'une maladie qui iront au moins » à 3 ou 4.000 francs, en payant mal tout et tout le » monde ; de plus, ayant à faire une route de 280 » postes dans ia(iuelle les médecins assurent que je » ne pourrai faire plus de 10 à 12 lieues par jour, » ce qui fait la dépense de 60 à 70 jours d*auberge, » en sorte qu'il faut que je meure à Tarente, si je » n'y reçois pas un secours de 12.000 francs au » moins.

» Quel aulrt^ (|ue le Premier Consul peut mo » rendrez ce service ? Quel autre (|ue v<ms peut le » lui demander [)our moi ? J'ai laissé à Paris ma » fenunc chargée de ses trois enfants et sans res- » sources pécuniaires; elle vendrait tout son mobi- » lier (|u'elle n'en retirerait pas de quoi me tirer » d'ici... Je ne croyais pas en partant de Paris que » l'issue de ce voyage serait de venir à Tarente pour » y demander l'aumône.

» Je suis hien malheureux; les larmes me » gagnent : Adieu, Général, je me recommande h » votre amitié pour moi.

Laclos.

Kn même temps qu'il adressait h Marmonl cette lettre déchirante, le général Laclos faisait |)arvenir au (lieu de ce monde, à Bonaparte, celle dernière prière :

« Au quartier général de Tarente, 15 fructidor, an XI.

» Général Premier Consul,

« Je profite des quelques instants qui me restent » encore à vivre pour dicter les derniers vœux de

» mon cœur. Je désire, gc^nérnl Premier Consul, » qn*ils vous soient connus.

» Le Loniieur de ma patrie, le succès de vos » armes, le sort de ma malheureuse famille, voilà » ce (|ui m'occupe au moment où tout va linir pour » moi.

» La triste position de mon épouse et de mes trois » entants, quiî je laisse absolument Sjins ressources, » ui'anii(çe; mais Tesiioir dans lequel je suis que » vous les secourerez me fait mourir plus tranquille.

» Cette consolante idée, qui me ranime un instant, » me donne encore la force de vous assurer de toute » la sincérité du dévouement et de Tadmiration que » j'ai eus et que je conserverai pour vous jusqu'i » mon dernier soupir.

» J*ai riionneur de vous siiluer très respectueu- » sèment ^

Laclos.

Le général Laclos mourut le 5 septembre 1803 (18 fructidor an XI) après une malatlie de 54 jours. « Le sang froid (*t la patience avec lesquels il a vu » approclier sondiTuier moment, » écrit au Ministre le cln^f de bataillon vA de T^tat-major de Tartillerie crAnglemont, « ne peuvent qu*ajouter à » ridée avantageuse qu'on avait déjà de son carac- » tère et de sa fermeté... toute Tarmée est très » atlectée d<^ la perte qu'idle vient de faire du » général Laclos. )> Ia'. chef Ac brigade Deyssjiutier, directeur du parc d'artillerie de cam|Nignc, fut désigné pour le remplacer *.

1. A. G. Dossier Larlo«. Cette lettre, contenue en copie dans la correaponduiicc de fuiuille, se truuvc on oriffinol, Je la main de he%[ïagno\f aux Archives de la Guerre.

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