‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 153 sur 173 · A. G. DosAÎcni Laclon et Charles do Laclon · texte numérisé non relu

A. G. DosAÎcni Laclon et Charles do Laclon

» pleurer avec moi mon époux, un homme qui a » été si recommandabic sous tous les rapports, » comme citoyen et comme homme privé, dont la » mort a été belle comme sa vie et fait honneur à » la philosophie. Vos regrets, monsieur, honorent » sa mémoire et donnent à ses vertus l'éclat qu'elles » méritent. C'est à un nom comme le vôtre et d'une » réputation (sic) qu'il appartient de le louer comme il » faut qu'il le soit. C'est par les sentimens du cœur » que l'on peut faire entendre la vérité, et qu'elle » peut être reçue. Si le ciel m'avoit accordé d'autres » facultés (|ne celles d'adorer et d'admirer un ôtre » que j'ai toujours vu parfait, je rom[)rais un » silence (|ue son inaltérable tranquillité lui a ton- )) jours fait garder. Mon Ame est oppressée de ma » faiblesse. Je voudrois que tout le monde le connût » comme moi. Je reçois, il est vrai, des témoignages » bien flatteurs de la considération qu'il avoit » inspirée, et les noms de ceux qui lui <lonnent des » regrets font la |)lus belle apologie qu'un homme » sage comme lui |)ouvoit scmhaiter. Etre aimé vi » estimé des personnes distinguées par leur lumière » et leur moralité est certainement être arrivé au » but que le Sage prétend. Ses mânes peuvent être » satisfaites du tribut de sentimens que ses amis lui » ont donné; mais le cœur d'une femme tendre » s'arrête difficilement dans les vœux qu'elle forme » pour l'étendue de la gloire d'un époux adoré. Ne » vous étonnez donc pas de mon ambition. Elle » obtiendra peut-être votre assentiment. Si je ne me » trompais |)as, mon cœur reprendrait un nouvel » essor. J'aimerais à vous le devoir et à consacrer h » la reconnaissance le reste de mes jours. — Veuil- » lez, Monsieur, interpréter, mieux que je ne puis » m'ex[)rimer, tous les sentiments que vous m'ins-

/i78 LE GÉNÉRAL CHODERLOS DE LACLOS

» \mv/A et en recevoir riiominage le plus pur, ici que » vous uiéritez qu'il vous soit uHert^

M. Charles de Laclos conserva pieusement, après sa mère, la mémoire d'un père, qu'il avait peu connu. Il écrivait au roi Louis-Pliilippe, en lui rappelant les services rendus à sa maison. iMais quand Lacn^telle fit paraître, en 1832, son Histoire de VAssemblée Constitua nie ^ il ne put lire sans s'émouvoir (pie son père avait peut-être été l'auteur des journées des «S et 6 octobre. Il protesta par une lettre indignée. Il écrivit de mâme à M. de Lamotte-Langon, à la suite d'un article du Conslitutionnel. Il défendait plus timidement le trop fauKMix ouvrage du général [jicios, renvoyait les clienJKMirs à sa correspondanr(i avec M'"" Iticcohoni (^t déclarait que son père avait pré\u, en dénias- (piani le. vice, Toragiî (|u'il attirait sur Sii tète. Les Liaisons dangereuses^ dont h» redoutable succès avait tant |)esé sur la destinée de Laclos, ne laissaient pas de gêner (encore et d'importuner après lui l(*s ('nfants qu'il avait tant aimés. S^ms doute, ils eussent \iveuienl désiré d'en débarras.S(*r s«i Jllémoi^^

irest pourtant [>ar ce petit livre cpi'il a vécu cet ardcMit ambitieux, qu'il n'est plus possible <\ présent de confondre avec bîs [H^'sonnages qu'il enfanta. Ses rares facultés, son tempérament d'action lui méritaient et lui tirent désirer d'autres gloires. S*il fut ur plus toi, tnuivant tous les chemins fermés, peut-être se fut-il résigné à créer de nouveaux chefs-(^(euv^^ S'il eût abordé la Révolution h l'aube de la jeunesse, la guerre ou la politique rauraient

1. U. N. ms. fa. 12.8'i(>. — Parmi bnnucoup d'autres IcUret de condoli'-aiicc, M*** de Laclos cii rc^ut uiic do Tulleyrund.

poussé sans don In au premier rang. Si inômc ce capitaine d'artillerie fut simplement resté dans le rang, il eut été à Valmy avec le régiment de Toul, et sa vieille expérience Teût rapidement imposé à la tète des aruiées répulilicaines. — Mais il voulut, déjà sur son déclin, faire violence à la fortune. Gomme il possédait encore Taudace de la jeunesse, il se flatti d'en éprouver le bonheur. Cet homme si froid devint, à cinquante ans, impatient et fébrile. Pressé par le temps, il regardait trop loin et visait trop haut, chevauchait des coursiers de fortune, galopait en éclaireur, se jetait dans les chemins de traverse et perçait sur la grande roule, mais toujours avant l'heure. Il avait de la divination sans prévoyance. Un dieu malin semblait condamner ce romancier d'un jour h concevoir dans la réalité de perpétuels romans. Précurseur de Talleyrand, rival de Dumouriez, auteur, avant Bonaparte, de projets contre les Anglais dans l'Iude, il imagine encore le plébiscite, pro|>ost; le divorce, inv(;nle Tobus ; il donne le branle h la Uévolution, lui trouve une caisse et indique à l'opinion la solution la plus raisonnable. Mais il travaillait toujours dans l'ombre et pour les autres, se consumait loin des grands théâtres et ne faisait figure i\\\c d'intrigant. Honnête et sensible, il s'agitait parmi les fripons elles débauchés. Après avoir été primé par les grands seigneurs, il eut encore l'humiliation de se voir écarter par les grands révolutionnaires et mourut loin de son fover, sans argent, sans amis et sans gloire. — Parvenu au milieu de son ûge et dominant, en quelque sorte, cette ingrate destinée, il jeta un cri de colère et ce cri l'a immortalisé.

CORRESPONDANCE DE LACIiOS ET DE

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