‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 157 sur 173 · POLYXÉNE (M-« LA COMTESSE DE GENLIS · texte numérisé non relu

POLYXÉNE (M-« LA COMTESSE DE GENLIS

Il est des êtres qui abhorrent l'obscurité, qui craignent tout ce qui humilie, et qui, en dépit du sort, se créent une existence. Polixène en reçut une de cette trempe.

Née avec une figure plus spirituelle qu'agréable et d'une famille inconnue, c'est par des talents qu'elle voulut fixer

les regards ; et, comme Amphion, elle vit des hommes se ranger autour de sa harpe.

Un esprit, alors phis docile, mais déjà fort caustique, reprenait en sous-œuvre ceux que la musique avait fatigués ou laissés sans entliousiasme, ou achevait des conquêtes que l'art avait ébauchées.

Si tous les deux échouaient, le cœur s*en mêlait, et il s'exprimait comme s'il eût senti. La nature donne d'ailleurs des organes otlficieux qui parlent son langage et, au liesoin, remplacent les grandes ra<:ultés de l'âme.

Connue fennue, Polyxùne a une teinte de pédanterie qui lui enlève un des premiers charmes de son sexe, l'abandon. ,Une femme, en effet, est précieuse, parce que sa sévérité est toujours à cété d'une complaisance, parce que ses vertus touchent presque à la faiblesse, puis(|ue le milieu, qui est la douceur, n'est qu'une faiblesse commencée. Polyxène abjura ces ressources, et revêtit un caractère d'austérité qui souleva les pru<les, en imposa aux sots, amusa les connais seurs et surprit œux qui n'ont pas le temps d'examiner Gonune écrivain, Polyxène a une mesure qu'elle ne peut outrepasser. Ses vues ne sont pas larges ; ses conceptions ne sont pas fortes ; ses efforts pour s'élever ne la portent qu'à iina certaine hauteur. La monotonie de la médiocrité est insu(»portable <laus les longs ouvrages. Mille comédies coiuuie celles <le Polyxène ne donneraient pas une Iionue scène. Ses préceptes se répètent; elle n'est au-dessus d'clleniénio ([ue lorsqu'elle se loue elle-même, ou lorsqu'elle dit du mal d'autrui. Sa critique est juste, piquante, amère et bien exprimée : alors son imagination se féconde et on la lit avec plaisir. Quand elle se loue, c'est en révélant une à une ses qualités, avec lesquelles il faut insensiblement familiariser l'envie.

Cette furie, qui honore tant ses victimes, n'a pas épargné Polyxène, si toutefois c'est à l'envie qu'il faut attribuer la distribution de quelques ridicules sur l'acceptation d'on emploi très bien rempli. Du temps qu'on plaisantait sur Polyxène, c'était, s'il m'en souvient, en 1782, il n'y avait ni malice, ni acharnement, mais de la galté épigrammatiqac»

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