‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 33 sur 173 · V. D. N. Ln2' 20.093 et suir · texte numérisé non relu

V. D. N. Ln2' 20.093 et suir

à Montalcmbcrt en rassurant de son admiration ()Oiir les ()rogrès très réels <|iril avait apportés k lu fortification et en s'eflbrçant de dissiper l'équivoque qui les séparait. Plus tard, sous la Convention, préoccupé de grouper autour de lui tous les serviteurs utiles de la patrie, il appelait en même temps à ses côtés Montalembert, inventeur de la fortification perpendiculaire, et le plus fougueuv de ses contradicleui's, le célèbre général d'Arçon.

C'est celui-ci qui fit entendre dans ce débat lu voix la plus mâle et la plus éloquente. IJ publia l'année même, à Slvsisbourgy des Considérations sur l'influence du génie de Vauban^ où il répondait à la fois à LnIcIos et à son maître. S'indignant que Yauban, si compatissant pour les pauvres gens, fut représenté comme le provocateur et l'instrument de l'énorme dette publique qui pesait sur la France, « l'imputation, disait-il, est énoncée si gravement » qu'on la croirait formée dans le dessein d'exciter » une émeute populaire sur des calamités préten- » dues, dont le tableau enflamme si facilement les » malheureux. » Il parlait ensuite ironiquement « des petits compassements angulaires sur lequels » on voudrait fixer mystérieusement l'opinion pu- » blique. » C'est la lâcheté qui inventa « cette M chimère des fermetures hermétiques. » 11 ne suffit pas à une nation pour se défendre de ces « mains » débiles dont le tremblement semble se manifester » dans les tortillages multipliés de leurs angles. » Ainsi les Grecs du Bas-Empire se confiaient u leurs feux grégeois. N'écoutez pas « ces empiriques qui, » pour accréditer leurs drogues, disent à leur patrie: » Abandonnez l'esprit militaire, la guerre n'est » qu'une barbarie ; reposez-vous sur mes secrets. M Voilà des forts ronds ; en voici d'angulaires ; voilà

» des défenses perpendiculaires ; voici des étoiles ») inexpugnables. Ceci est un mystère que je ne » saurais trop envelopper ; mais je vous promets » des places imprenables et dont la résistance invin- » cible n'exige ni Lilents, ni courage, ni mouve- » monts. Accordez-moi votre confiance ; croyez-moi, » livrez-vous au sommeil. » C'est dans Tart de mettre, comme Vauban, des obstacles de la nature à contribution pour concourir h la défense, qu'il faut chercher le génie d'invention ; voilà les grands et les vrais problèmes militaires. Mais rien ne supplée à une vigoureuse offensive. « Citoyens, le [)re- » mier rempart de la nation réside dans le génie » belliqueux de l'armée; l'art des forteresses ne doit M qu'en développei' l'énergie. » D'Arçon concluait « qu'il ne manquait qu'un trophée k la mémoire » du maréchal de Vauban, l'envie, qui met le sceau » h la réputation des grands hommes. »

Pour couronner ce grand orage, les foudres ministérielles, conjurées une première fois, éclatèrent enlin sur l'impassible LnIcIos. Le lendemain même de son mariage, le 4 mai, le maréchal de Ségur écrivait de Versailles à M. de Gribeauval :

« Je ne doute point, Monsieur, que vous n'ayiez » connaissance d'une lettre à MM. de l'Académie » française sur l'éloge de M. le maréchal de Vauban, » imprimée et composée par le sieur de LmIcIos, » capitaine au régiment d'artillerie de Toul. Il m'en » a adressé un exemplaire, mais seulement après en » avoir répandu un grand nombre dans le public, » ce qui doit être regardé comme aussi indécent » qu'irrégulier ; il devait savoir que personne ne M peut faire imprimer et mettre au jour un écrit » dans lequel il est traité d'objets militaires, sans » l'avoir auparavant soumis h l'examen du secré-

» laire dlîlbil ayant le dopaiicmcnl de la guerre, » mais il mérite encore une réprimande plus sévère » pour avoir osé attaquer la mémoire de M. le » maréchal de Yauban par des assertions et des » obsei*vations, aussi dénuées de fondement qu'elles » sont irrégulières ; vous voudrez bien , Monsieur, » lui faire sur ces différents objets les réprimandes » les plus fortes et lui donner ordre de se rendre » sur-le-champ si son poste et de s*abstenir h Pave- » nir de faire imprimer ou de répandre dans le » public aucun manuscrit de ses productions, sans » que vous lui ayiez fait obtenir mon suffrage...»

(iribeauval répondit, le 8 mai, au ministre qu'il allait convoquer Laclos pour lui faire une sévère réprimande, tant sur la témérité de son écrit, que pour s'être passé de Taulorisation du Ministn; :

« Kn attendant, j(î lui adresse copie de votre lettre » et je lui marque de faire la plus grande attention » à se conformer h ce qu'elle contient. Mais, comme » Tespèce de punition, qu'elle lui inflige, ne me' » parait pas sufflsante, je pense, M. le Maréchal, que » ce serait lui en faire subir une plus sévère que de » le renvoyer à sa compagnie au régimi^nt de Toul, » de laquelle il est parvenu à obtenir d'être absent » depuis sept à huit années et ce, par difTércnts » motifs qui tous me paraissent avoir été sa propre » convenance. En le faisant rejoindre sa compagnie » il y reprendra connaissance de la discipline et de » l'esprit de subordination, qu'il' a perdu de vue, et » il sera facile de le remplacer h LnI Rochelle, où » il est absolument inutile. »

Le 11 mai, le maréchal de Ségur se ralliait & l'avis rigoureux du directeurde l'Artillerie et adressait à Laclos l'ordre suivant :

« L'intention du Roi est. Monsieur, que nonobs-

» lanl le congé que Sa Majesté vous a accordé, vous » rejoigniez sur-le-champ h Metz la compagnie dont » vous êtes pourvu dans le régiment de Toul du » Corps royal de rartillerie. Pour m'assurer de » l'exacte exécution de cet ordre, je charge M. de » Faullrier* de me rendre compte de l'époque de M votre arrivée. »

Mais Laclos, dès le 4 mai, s'était envolé de La Rochelle. Il se tenait caché à Paris avec sa femme, dérobant, pour gagner du temps, à tous les regards l'asile secret où s'abritait son bonheur. Ce n'est que le 16 mai, ([ue Gribeauval parvint à découvrir son adresse: à Thôtel des Mylords, rue Saint-Louis, au Marais. Il lui Gt aussitôt remettre les ordres du Ministre, en les accompagnant d'une lettre très sévère. Le lendemain, 17, Laclos en accusait réception, en ces termes :

« Monsieur et Général,

» J'ai reçu hier soir, en rentj*ant chez moi, l'ordre » du Ministre et la lettre y jointe que vous m'avez » fait l'honneur de m'écrire. Mon profond respect » m'interdit toute réflexion sur leur sévérité. Je me M conformerai exactement h ce que l'un et l'autre » me prescrivent.

» Je suis avec respect. Monsieur et Général, votre » très humble et très obéissant serviteur.

DE Laclos.

En même temps, il s'eflbrçait de parer le coup qui le frappait, par la protection de deux grands sei-' gneurs, le comte de la Châtre et le duc d'Ayen.

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