‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 38 sur 173 · Dietionaaire d'UUtoire et de Converêalion. Art. Lacloê · texte numérisé non relu

Dietionaaire d'UUtoire et de Converêalion. Art. Lacloê

ressemblait à un homme qui, faute (ravoir ses mouvements libres, tire en Tair deux coups de feu. Maintenant le premier prince du sang, Tennemi le plus populaire et le plus puissant de la cour, lui ouvrait sa maison. Adieu les vers frivoles et la vaine prose ! Ce froid analyste à Vênne de soldat courut à la politique, h ses fièvres, h ses intrigues, h ses espoirs, connue un brave h son premier combat.

Son nouveau maître, Louis-Pliilippe-Joseph d'Orléans, — plus connu dans Thistcire sous le nom de Philippe-Egalité, — était Thomme le plus riche de France. Sa fortune, grossie par des héritages, doublée par un mariage, a tteignaittroismillionsde revenus. Elle suffit entièrement à expli(|uer le rôle mystérieux joué pendant la Révolution par ce prince dont le nom de I^iclos allait devenir inséparable. Le duc d'Orléans n'avait d'extraordinaire que sa fortune et sa condition. C'était un Bourbon obèse et rouge, de haute taille et d'une très noble allure, que ne déparait ni la gaucherie deLouis XVI, ni Teffronterie du comte d'Artois, ni l'air pédant et sournois du comte de Provence. Magnifique dans son costume, adroit h tous les sports, endurant à tous les plaisii*s, borné mais spirituel, ignorant mais friand de nouveautés, il était familier et bon avec les humbles, adoré de ses gens, et savait conserver jusque dans un souper de filles la hauteur de manières des princes français; c'était lui qui avait fait de l'anglomanie «le suprême bon ton» de la cour; on lui doit l'introduction en France des courses de chevaux, des clubs, des cabriolets et du frac anglais. Avant que le peuple l'acclam&t, les filles de l'Opéra le chérissaient et prenaient le deuil le jour de son mariage; les jeunes gens le copiaient comme un roi de la mode et allaient jusqu'à s'épiler pour imiter sa calvitie. •

11 avait été à dessein très mal élevé. « Il n'y eut » guère entre ses bonnes et ses premiers instituteurs que » la dilTérence de la faiblesse des femmes à la complai- »sance des hommes. Mais on disait: s'il n'est pas bien » élevé, du moins il sera bon. Les d'Orléans sont bons*)t. Dès quinze ans, on l'aiguilla vers les plaisirs. C'était sous l'ancien régime une maxime de gouvernement. Les princes du sang étaient ceux de leurs sujets que les rois de France redoutaient le plus. Il semblait qu'à l'exception du trône, il n'y eut pour un descendant de Henri IV d'autre emploi utile que la débaucIkî. C'est vers la débauclic qu'Anne d'Autriche et Maxarin avaient dirigé le frère de Louis XIV et la maison d'Orléans, souillée dans son origine, continuait de porter la marque du libertinage. Le premier duc d'Orléans et son fils, qui fut le Régent, perdirent dans le désordre les plus brillantes qualités; le Régent eut pour fils un bizarre cénobite, et pour petit-fils un voluptueux bonhomme, amant, puis mari docile de M'"* de Monlesson, qui jouait les pièces de Collé sur son théâtre de Bagnolet. Sa première femme, Louise-Henriette de Bourbon-Conti, vécut et mourut dans le scandale. Louis-Philippe-Joseph en naquit en 1741. 11 eut vingt ans pendant la vieillesse de Louis XV.

S'il fût né en Prusse, la rude discipline des Ilohenzollern eût fait de ce brave et bel homme un utile et brillant soldat de second ordre. En France, il ne put que se débattre contre son éducation princière. « Suis-je donc, écrivait-il, condamné à une éternelle » oisiveté?... » Il rAvait d'être le premier prince français qui combattit sur mer. En 1778, il obtint non s;uis peine, de monter sur la Saint-Esprit^ commandé

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