Voici les armes de la famille Choderlos de Laclos
Chef, — Neuf gaillettes d'argent sur un fond d'asur.
Ecuêton. — Sur un fond d'argent, deux lances de sable en sautoir. Les flammes de gueule.
Support*. <— Deux sauvages appuyés sur leur lance.
Devise. — « Pro deo et rege ».
Le tout surmonté d'un casque antique. (B. N. Ms. Fr. 12.845). V. aussi : de Lurion^ Nobiliaire de Franche-Comté et le Dictionnaire de Jal.
Quinaiilt une charge de valet de ehamiire du Roi. f^e 23 avril 1700, ineurl, dans la paroisse S^iint-Kuslaclio» Pierre Choderlos, bourgeois de Paris, Agé de 49 ans, demeurant rue Montmartre, inhumé au cimetière Saint-Joseph, en présence de Jean de Laclos, prêtre, prieur du Mont-Saint-Jean. C'est probablement le grand-père du général Choderlos de Laclos. Son père Jean-Ambroise fut emmené à Amiens, en 1718, par Tlntcndant Chauvelin, comme Tun de ses deux subdélégués généraux; en 1731, il devint secrétaire de Tlntendance de Picardie et Artois et mourut fort Agé en 1784. C'était une famille de fortes mœurs et de culture distinguée ; dénuée de fortune et dépourvue de protections, elle se contentait jusque là d'un sort modeste. Le goût des lettres y était héréditaire comme celui de servir l'Etat. « Je ne m'étonne pas, » écrira plus tard h Laclos M"* Riccoboni, « que le fils de M. Choderlos écrive » bien : l'esprit est héréditaire dans sa famille. » L'auteur des Liaisons reçut l'éducation la plus soignée de l'esprit et du cœur et son enfance fut marquée de cette empreinte ineflaçable : la douceur du foyer et l'exemple des vertus domestiques.
Energique et rélléchi, le jeune homme se sentit de bonne heure attiré par la carrière militaire. Nos armées, engagées dans la fatale guerre de Sept Ans, combattaient alors sur tous les points du monde et leurs revers retentissaient douloureusement dans les cœui*s d'une jeunesse ardente et digne d'être mieux conduite. L^iclos choisit le corps de l'artillerie, 011 servaient de préférence les fils de la bourgeoisie et de la petite noblesse, qui avaient du goût pour les sciences et peu d'appuis à la cour. 11 fut nommé, le premier décembre 1759, aspirant à l'école de la Fère. Au lieu de le laisser à la suite, comme ses^
camarades, son père lui donna un maître particulier de innthémaliqucs ^
L*ardeur à Tétude était grande parmi ces jeunes artilleurs, qui revêtaient joyeusement Thabithleu de roi, h parements écarlates, tout reluisant de boutons d'or. « Cotait à qui s'avancerait par cette voie de science en géométrie », déclare Tun d'eux, qui nous a laissé en témoignage un tableau fort piquant de lecole de la Fère, au moment de sa création (4720). <c Les portes, les contrevents, les assiettes d'étain des » auberges étaient jonchés de figures de mathéma- » tiques, car sitôt que l'un de nous avait saisi la » proposition qui avait quelquefois été superficielle- » ment démontrée le matin à la salle, sitôt tous les » camarades couraient comme au feu autour de lui » et avec de la craie il la traçait et la démontrait, » et l'apprenait de même aux auberges, où ces (i- » gures se traçaient avec la pointe d'un couteau sur » tout rétain de la vaisselle, enfin partout. Sitôt » qu'il arrivait des surnuméraires àl'écolo, on al- » luit au devant d'eux aux portes de la ville pour » les retenir, afin de leur montrer les mathéma- » tiques, en vue de s'y fortifier en les enseignant » aux autres, tant était grande l'émulation de ce » temps-là 2 ». Laclos, à vingt ans, était, suivant sa propre expression, « un écolier avide ». 11 avait un frère aîné, Jcan-Charles-Marie, né le 16 novembre 1738, d'une nature froide et active comme la sienne, qui partit fort jeune pour les Indes, au service de la compagnie et y resta de longues années, en qua-
1. Cette morquc de 1q soUicitade paternelle lui ralut d'attendre un an Après les autres, malgré ses protestations, l'ancienneté nécessaire pour la croix de Saint-Louis.
2. Mémoirrn de fA}Hig'Auffuête Lepeltelier, Une famille d'artiUenrê. Ilachcltr 1800, p. 37.
iit(^ (le a snhrocargiio ». L'iclos ct<iit prêt h suivre cet exein|ile aveiiliireiix.
Peu de temps après sa sortie de Técoie, le nouveau lieutenant, qui ne rêvait que de se battre, se fit incorporer dans un corps de formation nouvelle, qu'on organisait à La Rochelle, sous le nom de Brigade des Colonies, en vue d'expéditions lointaines aux Indes ou au Canada. Le désastreux traité de Yei*sailles de 17G3 changea sa destination. Le jeune régiment partit tristement |)0ur Toul et prit, selon Tusage, le nom de sa première garnison. Dès lors on ne lui infligea plus que des déplacements administratifs. En 1766, il passa à Strasbourg et Liiclos avec lui. Au mois de septembre 1769, nouvel exode. Notre officier devient pour six ans citoyen de (irenoble. Kn 477f>, le régiment est envoyé h Itesaiiçon, où il retourne en 1778, après un séjour d'un an à Valence. C'est ainsi que Laclos gagna tous ses grades h l'ancienneté, en courant la province française. Il est sous-aide-major en 1767, capitaine en 1771, aidemajor en 1772, capiLaine-commandant en 1780, au moment d'atteindre la quarantaine < . Iteaucoup d'officiers du régiment de Toul furent détachés en Corse de 1767 à 1773 pendant les nombreuses campagnes qui nous assurèrent la possession de cette île et l'on admira leur habileté a manœuvrer le nouveau matériel dans les montagnes escarpées. Mais Laclos n'en fut pas. Il dut, pendant toute sa jeunesse, se contenter des joies |dus paisibles i\r. la vie de garnison.
L'artillerie française éUiil, h la fin <le l'ancien régime, un objet d'admiration pour l'Europe entière. Sharnhorst et le prince de Ligne la déclaraient im-