‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 5 sur 173 · A. G. Dossier Loclos · texte numérisé non relu

A. G. Dossier Loclos

possililc h égaler. Vallière et (îribcaii-val, qui la commandèrent, l\'ivaient dotée d*un matériel uniforme et perfectionné ; ils avaient créé de nombreuses écoles, réglé Tavancement par les ordonnances minutieuses et animé Tarme toute entière d'un admirable esprit de travail et de discipline. Les officiers sortis d'écoles spéciales étaient les [dus instruits et les plus entre|)renants de Tannée, et le règlement les tenait constamment en haleine. « On se levait à cinq heures du matin, écrit Dammartin, pour aller au polygone, et on travaillait toute la journée».

Vers 1768, commencèrent les inspections générales régulières. Le régiment de Toul ne les craignait point. M. de Gréaume, qui Tinspecte à Grenoble en 1771, déclare qu'il continue d'admirer, comme les années précédentes, « l'élégance de la tenue », l'instruction et la discipline du corps. « 11 n'est pas même pos- » sible que ces objets essentiels puissent s'altérer » sous les ordres de chefs tels que MM. de Clinchamp » et de Malaviller, <|ui joignent h une expérience » consommée, les connaissances les |dus étendues » sur le métier, ce zèle et cette aménité de l'ancien » temps qui, en leur conciliant les esprits de cette » troupe, y répandent l'harmonie la plus désirable. »

« En parcourant les rapports et les livrets des » inspecteurs généraux de ce temps, » écrit un contemporain, le général Susanc, « on est surpris de re- » connaître combien nos |)rédécesseurs nous ont » laissé peu à faire... L'examen des officiers au pointde » vue de l'instruction et de la conduite, était beau- » coup plus sévère qu'il ne l'est aujourd'hui». Les notes données au lieutenant, puis au capitaine de Laclos par ses inspecteurs et son colonel sont excellentes. Chaque année, son zèle, son savoir, sa conduite lui méritent un concert d'éloges. On signale

«son sens droit», sa curiosité intelligente de toutes les parties de son métier, «Tétendue de ses connais- »sances et de son génie». Il estu exempt de salle» et «travaille par goût». D'ailleurs, écrit un de ses protecteurs, « il a trop d'esprit et d'intelligence «pour ne pas être bien noté». «Il est plein de ta- « lent et de mérite », ajoute un autre. On lui donne des missions de confiance, comme d'insUiller h Valence en 1777 une École d'artillerie et un régiment, où devait, ([uelques années plus tard, servir le lieutenant Bonaparte. En 4779, ses aptitudes techniques le font désigner pour aider dans la construction d'un fort à l'ile d'Aix, Montalembert, qui continue, en les renouvelant, les traditions de Yauban et bouleverse l'art de la fortification. Imbu des méthodes du maitre, Laclos se mit nvec ardeur h l'ouvrage. Le fort était en bois et ne coûta que huit cent mille francs, chiffre très inférieur à celui des ingénieurs. Chacun émettait des prévisions pessimistes; Cependant sa solidité fut démontrée, le 7 octobre 1780, par une épreuve éclatante. Toutes ses batteries tirèrent à la fois sans l'ébranler. Montalembert attribuait <h Laclos une bonne part de cette merveilleuse réussite. « (i'esl un autre moi-même», écrivait-il au ministre ^ Cependant la vie militaire, si active qu'elle fût dans l'artillerie, laissait encore de nombreux loisirs. Comment remplir le vide des longues soirées de province? Comment occuper les « semestres » de congé, qu'on obtenait tous les deux ou trois ans? Comment surtout, durant un:^ longue période de paix, dans une condition obscure et en pleine jeunesse, distraire un esprit vif, emporté vers la vie, de

1. Géncrnl Susnnc, llUioire de l'ArliUeric. — A. G. Dossier du régiment de Toul et dossier Laclos.

1(1 monotonie de la servitude militaire, nourrir une intelligence vigoureuse et souple, tromper les impatiences d'une volonté froide et tenace. Faute de mieux, le jeune Laclos se répandait dans le monde et s'adonnait à la poésie. « 11 est aimable en société », reman|uent ses cliefs, et «s'occupe de littérature ». Tel était alors le ton de l'armée. « Le guerrier a »(|uilté son verre, sa pipe et s^i moustache pour se «mettre à la suite des femmes et apprendre à juger ))des modes ^ » Beaucoup d'officiers écrivaient en prose et en vers. L'ÂCcidémie en comptait neuf ,dont Guiberl, Boufflers et Florian. Le capitaine Carnot concourtaux Jeux floraux et le lieutenant Bonaparte composera das Essais historiques, dédiés h Raynal. La province française était alors beaucoup plus vivante qu'aujourd'hui; la société y était nombreuse, la gaîté de mise et l'esprit en honneur; les cercles littéraires y fleurissaient. Laclos avait infiniment d'esprit, il tournait des madrigaux aux dames ; entre temps, il collaborait à VAlmanack des Muses. Pendant ses semestres, il courait à Paris, fréquentait les hommes de lettres et le monde des théâtres et y acquérait la réputation d'un bel esprit de province, galant et frondeur.

Son premier début ne fut que galant. Voici la petite |)ièce digne d'une Anthologie gauloise, qu'il adresse h VAlmanach des Muses, en 17G7, tandis qu'il tient garnison à Strasbourg.

A Mademoiselle de Saint-S,, en lui envoyant des mirabelles de Metz.

Pierrette, vous avez six ans

Et les goûts heureux de votre âge.

1 Le soldai citoyen, 1780, p. 'i33.

liC honhon doit ^trc un hommage Pour vous au-dessus de Tencens,

De votre mine enchanteresse, Quelqu'autre un jour vous parlera, Mais que de peines il faudra, Pour ohtcnir votre tendresse !

Trop éloigné de mon printemps,

Je n'en pourrai plus prendre aucunes.

Et je veux profiter du temps

Où vous la donnez pour des prunes.

Quelques années après, il écrivait de Grenoble à quelque séduisante et mystérieuse «Églé», les vers spirituels et délicats qu'on va lire.

I^ES SOUVENUIS * .

Du plaisir que Ton a pu prendre,

Kglé, vous ne voulez donc pas

Que, pour un cœur sensible et tendre.

Le souvenir puisse avoir des appas 1 De cette erreur je devine la cause :

Près de vous, le plaisir renaît à chaque instant ;

Le passé parait peu de chose

A qui peut jouir du présent.

Moi, que Teunui souvent accahle.

Et qui n'ai pas, ainsi que vous, Le bonheur d'oublier un moment agréable

Dans des moments encore plus doux.

J'ai dû chercher dans ce système.

Quelque remède à ma langueur.

Et, quand ce serait une erreur,

lie souvenir de ce qu'on aime

Est au moins l'ombre du bonheur

Voyez cette jeune bergère.

Que son amant vient de quitter :

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