‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 66 sur 173 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

La Fayelle décide de faire partir le duc d'Orléans à Londre» avec Laclos. — Attitude de Mirabeau. — Instructions de Monttnorin. — L'arrestation de Boulogne. — Domine salvum fac rcgem, — Un nid d'amoureux. — Les espions du marquis de la Luzerne. — Entrevues nocturnes de Galonné et du duc d'Orléans. — Les soupers de M"" de Buflbn. — Le mystérieux Laclos. — ConGdences à Tilly^ — La Révolution dans la diplomatie.

Dans i'après-midi du 6 octobre 1789, La Fayette clieyauchait aux portières de la voiture royale, entraînée de Vei'sailles h Paris par cet étrange cortège, que Taine appelle « un convoi funèbre de toutes » les autorités légales et légitimes... un Mardi gras- » meurtrier et politique... une formidable descente à » la Courtille.» Ses allures étaientcelles d'un triomphateur, mais il ne savait lui-même s'il était le protecteur ou le geôlier de son souverain, ni s'il conduisait ou suivait la multitude. Aperçut-il, en traversant Passy, sur la terrasse de M'"° de Boulainviliers, le duc d'Orléans, qui se dissimulait derrière ses enfants, et M"** de Genlis, fort impatiente de voir passer la reine? C'est ce prince, populaire autant que malfaisant, qui le préoccupait. La Fayette venait de maîtriser la cour, en la sauvant du massacre, mais il n'a\ail pu saisir « l'invisible main » de cette cabale

» Dorset peut assurément faire croire qu'il avait des » données extrêmement positives. » L'accusation d'avoir soudoyé les gardes françaist^s et les autres régiments du Roi ébiit précisément une des plus répandues contre le duc d'Orléans. Malgré l'abondance de la récolte en Angleterre, la Chambre des Comnuuies refusii d'autoriser l'importation des lilés en France où régnait la disette ; or tout le monde répétant (]ue le duc d'Orléans spéculait sur la chertc'; des grains ^

Ce prince passa donc à la fois pour le chef de tous les factieux et pour le complice des ennemis de la France. Le mépris, qu'il inspirait déj^i, S4^ changea en exécration. Le tendre amant d'Agnès de Buflbn apparut comme un monstre d'infamie, hm viveur aimable et nonchalant de Monceau et du Raincy prit un masque d'énergie criminelle. N'avaitil pas pour conseiller l'auteur des Liaisons (langereuses ? C'est Laclos en effet, c'est ce terrible ambitieux qui l'avait lancé sur la voie fatale, dont le dernier terme devait être le régicide et la guillotine. Décidément « l'homme noir » avait bien « tnivaillé » son prince. On disait couramment qu'il avait été pour lui « la plus dangereuse des liaisons. »

1. Se tentant comproiiiiH, le duc do Dorset écrivit au Président de l'Asseuiblée pour lui dénoncer un prétendu complot formé pour briller Brest. Il déclara h Louis XVI que l'ur^^nt, qu'on disait sortir de chos lui, était adressé par do» nég^ocionts anglais |M>ur le compto du né|^»cianls français. Louis XVI so plui^fnit h <jO<»r|fi*s III de son uiiilmssudeur, qui, devant la rumeur publique, dut quittifr Paris. (V. lu corr. du député Jean-Félix Faydel, publiée dans /a QuimttitMe du 1" octobre liXVi). Le Club des Noirs était soudoyé par l'Ani^leterre et publiait le journal l'Obêervateur, dirigé par Gabriel Feydel, que nous retrouverons aux cdtés de Laclos. Fajdel reçut, par errenr, plusieurs lettres adressées à Gabriel Feydel por un club anglais, qui se disait depuis 40 ans en rapports avec les révolutionnaires français.

Page 1