‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 67 sur 173 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

La Fayette décide de faire partir le duc d'Orléans à Londre» avec Laclos. — Attitude de Mirabeau. — Instructions de Montinorin. — L'arrestation de Boulogne. — Domine sahum fac rcgem, — Un nid d'amoureux. — Les espions du marquis de la Luzerne. — Entrevues nocturnes de Galonné et du duc d'Orléans. — Les soupers de M"" de Buflbn. — Le mystérieux Laclos. — Confidences à Tilly^ — La Révolution dans la diplomatie.

Dans raprès-midi du 6 octobre 1789, La Fayette chevauchait aux portières de la voiture royale, entraînée de Versailles à Paris par cet étrange cortège, que Taine appelle « un convoi funèbre de toutes » les autorités légales et légitimes... un Mardi gras^ » meurtrier et politique... une formidable descente à » la Courtille.» Ses allures étaientcelles d'un triomphateur, mais il ne savait lui-môme s'il était le prolecteur ou le geôlier de son souverain, ni s'il conduisant ou suivait la multitude. Aperçut-il, en traversant Passy, sur la terrasse de M'"® de Boulainviliers, le duc d'Orléans, qui se dissimulait derrière ses enfants, et M"*® de Genlis, fort impatiente de voir passer la reine? C'est ce prince, populaire autant que malfaisant, qui le préoccupait. La Fayette venait de maîtriser la cour, en la sauvant du massacre, mais il n'a\ait pu saisir <( l'invisible main » de cette cabale

iiifornalc, vt^ndiu) 21 rolrnn(i;or, (|iii voulnit lui arniclior son triivre, la corroiiipro (^l la perdre dans ranarcliie. liln arrivant à Paris, \ers si\ heures et demie, il vit la consternation et TeiFroi peints sur tous les visages. Un de ses aides de camp, le marquis du Ch&telet, le trouva lui-même fort découragé. « Il » m*avoua, dit-il, que ses ennemis étaient plus forts » que lui. Je lui proposai de les écarter sans perdre de » temps et de se charger de la constitution comme » de la révolution. Sa tête n*était point assez grosse » pour un tel projet. 11 me dit qu'il voulait tout es- » sayer avant d'en venir là et qu'il voulait effrayer » ou acheter M. le duc d'Orléans. Je lui représentai » que ce n'était qu'un palliatif, mais qu'au cas qu'il » s'y déterminât, le premier moyen était le plus » économique et le plus sur M... »

Tandis que la Cour, dans le plus grand désordre, s'entassait dans les Tuileries, La Fayette eut une en trevue avec M. de Montmorin. C'est alors qu'il fut décidé de faire sortir du royaume le duc d'Orléans. On effraierait le prince sur les responsabilités que les agiUiteurs, qui abusaient de s(»n nom, lui faisaient encourir. On sauverait les apparences et l'on ménagerait son amour-propre sous le couvert d'une mission diplomatique. Kn l'envoyant à Londres, on intéresserait à ce voyage ses plaisii*s, ses goAts et son amitié pour le prince de Galles. Son conseiller Laclos pourrait le suivre, ainsi que son ami le duc de Biron. Le retour serait fixé à la fin, qu'on prévoyait prochaine, des travaux de l'Assemblée. Du môme coup, le duc était condamné à l'impuissance; son départ semblerait une fuite et deviendrait un aveu : c'était la ruine du parti Orléanais.

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