‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 72 sur 173 · Le duc de Bourbon · texte numérisé non relu

Le duc de Bourbon

trois semaines avant son départ : « Les (i^eiis qui » vivent beaueoup avec lui m'assurent (|u'il est ivre » tous les soii^ ; cpril boit une telle quantité de vin » que l'on croit qu'il finira par devenir liydropique : » si ce malheur arrive il faudra bien se consoler ». La faveur de Laclos se ressentait du découragement de son gros prince. Cet homme noir commençait de lui apparaître comme l'artisan redoutable et ténébreux de ses malheurs. L'écho de ces sentiments se retrouve dans deux curieux libelles ', que des écrivains légitimistes, après 1830, ont aflecté de citer comme des pièces authentiques. « Pour ([ue la subti » bilité de votre esprit, » écrit le duc à I^clos, qu'on suppose a Paris et (|ui s<ms doute s'y rendit quelquefois, « si notre opération ne réussit pas, ne » puisse pas m'embarrasser dans mille sophismes, » Agnès a exigé que je vous écrivisse.» Le malheureux amant d'Agnès de Buiïon laisse alors éclater toute l'amertume de ses regrets : « C'est vous seul, » s'écrie-t-il, qui m'avez rendu ambitieux... C'est » vous qui m'empéchàles d'aller me jeter aux pieds » du roi lorsque les Alleniimds environnaient Ver- » siiilles. Ce sont vos artifices et la rigide métapliy- » sique de l'abbé Siéyès, (|ui m'ont perdu. Ah ! » Laclos ! que le roman patriotique que vous m'avez » fait faire peut bien s'appeler à plus juste titre, les » Liaisons dangereuses que celui où vous avez » peint Yalmont et Mertcuil... En vérité j'étais né » pour le vice plutôt que pour le crime. Cette » charge de grand maître de l'artillerie que voti*e » ambition convoite avec tant d'ardeur a été votre

1. La faction d'Orléans mieux dévoilée. I^etire de M, le duc d'Or» léanê à M. de ImcIoê. (I^ndreê, le ÎO mai ilOO) et Réponêe de M, de LacloÈ à M, le duc d'Orléanê B. N. Lb3« 3402 et Lb» 3575.

» unique but et non le soin de ma grandeur et » Tamour de ma personne. J'ai été votre dupe. Je » suis tenté quelquefois de ramasser mes trésors et, » pour tout expier, de me jeter dans le parti du » Roi. Mais les cours sont sans reconnaissance et je » donnerais à c(U'taines gens le pouvoir de me faire

» décapiter. Mon embarras est aflreux Vous

» m'avez placé dans une situation où il faut que je » joue mon reste. Mais je crains bien que Topinion » ne soit plus pour moi. La Fayette m'a dévoilé. On » m'aime, on m'attend, me dites-vous sans cesse. » Avec un peu d'esprit puis-je vous croire !... Ah ! » Laclos, Laclos, que je suis malheureux de vous » avoir connu ! »

Le Prince se répand encore en plaintes sur sa maltresse elle-même, dont l'ambition est w effroyable » et qui veut jouer les « Montespan ». « Cette femme » est un diable ; elle m'aiguillonne sans cesse et, à » l'entendre, je devrais être roi depuis longtemps ». RapporUuit U) bruit des assiduités du vicomte de Ségur près de la duchesse d'Orléans, « Agnes, dit-il, » me fait lii-dessus de bonnes é|)igrammes ; l'autre » jour, en revenant de lu chasse, elle m'appela son » cher Actéon ». Il maudit les femmes. « En vérité, conclut-il, » le feu roi de Prusse était bien heureux » de s'en passer ». Le duc finit sa lettre, en faisant le bilan des espérances qu'on lui prête et en adressant un suprême appel à Laclos : « Georges * n'est » pas loin d'avoir des rechutes ; s'il tombe tout à » fait vous savez ce que Fox et Galles m'ont promis. » J'ai un homme auprès des Savoyards qui me rend » compte de tout. Ils enragent. Le beau-frère 2 a

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