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guenille du prestige impérial usée jusqu’à la corde, en lui disant: « Tâche de me rafistoler ca un peu... » M. Buffet
réapparut au côté de cœur LÉGER, le portefeuille des finan-
ces sous le bras. Il avait cru à ce rafistolage imbécile que l’on appelait: « l’Empire libéral, » sans s’apercevoir que ces deux mots, accouplés de force pour les besoins d’une cause perdue, ne pouvaient pas plus vivre ensemble qu’un chien de chasse et un lapin.
Opposé au plébiscite, dans lequel Emile Ollivier pré-
tendait retremper l’Empire en décomposition, M. Buffet
se retira des affaires et ce scrupule lui procura un regain de popularité.
Après la guerre de 1870, les Vosges, pour la troisième fois, envoyèrent M. Buffet à l’Assemblée nationale.
M. Thiers, qui à cette époque n'était peut-être pas beaucoup plus républicain que plus tard, mais en avait, en tout cas, beaucoup moins l’air, ne trouva rien de plus chaud que d’offrir à un ancien ministre impérial le portefeuille des finances de la République. M. Buffet refusa.
M. Buffet se distingua surtout dans la discussion du projet de loi tendant à faire payer à toute la France les dommages de l’invasion qui n'avaient peséque sur certains départements. On sait que ce système rencontra une violente opposition.
Puisque l’occasion se présente, nous avouerons avec une certaine honte que, dans notre naïveté, nous avions entrevu cette question sous un tout autre aspect. Nous nous étions tenu ce raisonnement démagogique: Plusieurs départements ont souffert de l’invasion, d’autres pas du tout. Si la grande unité nationale n’est pas un vain mot, les départements qui n’ont point éprouvé de dégâts indemniseront les autres jusqu’au dernier centime; car, s’il en était autrement, si le département de la Creuse, par exemple, qui est placé loin de toutes les frontières, pouvait répondre à celui du Bas-Rhin, qui se trouve si malheureusement situé que toutes les invasions s’essuient les pieds dessus avant d’entrer en France : « Pardon! par-
don! cher confrère, ça ne me regarde pas... chacun ses dégâts !... » il faudrait faire à jamais son deuil du cliché de la grande unité nationale, et le considérer comme une des mystifications les mieux réussies au moyen desquelles on traite les gens en associés tant qu'on a des pertes à leur faire partager, et en étrangers aussitôt quil s'agit de participer aux leurs. |
Comme on avait combattu et terrassé la Commune au cri de : « Même loi pour tous, pas d'Etat dans PEtat!... » nous nous étions dit : « Du moment que Versailles combat pour l'unité des profits, il est certain que c’est quil
reconnaît la solidarité des charges et que son premier
soin sera de la consacrer. » Mais nous avons dû constater que nous avions étayé notre conviction sur un principe absurde, et nous reconnaissons humblement, avec tous
les égards qu’un homme comme il faut doit à M. Gallifet,
qu'il est tout ce qu’il y a de plus juste que, dans un pays bien organisé, les départements qui ont la veine d’être placés près de la porte d'entrée subissent tous les courants d'air, pendant que ceux qui sont abrités dans Île milieu se chauffent tranquillement les pieds en se disant : «. Quelle belle chose tout de même qu’un parapluie pour quinze... surtout pour les deux qui sont dessous ! » Quand la droite eut forcé M. Grévy, président de l’Assemblée, à rendre sa sonnette parce qu’il ne la jetait pas assez à la tête des orateurs de la gauche, M. Buffet fut désigné pour lui succéder. | Le 4 avril 1873, il fut élu président de l’Assemblée, avec une majorité de 19 voix (dix-neuf voix), pas 419, pas
319, pas 210... non... 19! Tout le monde crut qu'il allait refuser en disant : « Vous êtes bien aimables !.…
» mais un président d'Assemblée qui s'appuie sur une » majorité de 19 voix me fait l'effet de Dumaine s’ap- » puyant sur une colonne faite avec des dominos. »
ÏIl n'en fut rien. M. Buffet accepta la présidence et prit place au fauteuil, de l’air d’un homme qui ne peut résister à l’unanimité des vœux de ses concitoyens.
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