‹ Le trombinoscopeChapitre 273 sur 307 · D ETC CT · texte numérisé non relu

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Outre que la physionomie plus tragique de M°° Rousseil s’adaptait beaucoup mieux à l’épouse passionnée et coupable du comte de Rysoor que le faciès anguleux, pointu et sec de M"° Fargueil; outre que la voix opulente et chaude de la nouvelle Dolorès était beaucoup plus expressive et touchante que le petit organe pimbêche et maniéré de la

première interprète du rôle, M'° Rousseil avait encore, de

plus que sa devancière, l’élan et la vigueur, ces deux qualités premières dans le drame et auxquelles M'° Fargueil, moins bien douée sous ce rapport, avait été obligée de substituer son jeu de nerfs, mieux encadré dans les rôles de comédie qui jusqu'alors avaient composé son réper-

toire habituel.

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Un rôle non moins beau que tous les précédents attendait M’ Rousseil pendant le siège de Paris. Elle le remplit non moins brillamment : ce fut celui de sœur de charité à lambulance de la Porte Saint-Martin. Elle soigna elle-même les blessés, organisa des représentations à leur bénéfice, y déclama des poésies de Victor Hugo, etc., etc.

Dans ce rôle-là aussi nous aurions voulu pouvoir la comparer à M'° Fargueil ; mais, malheureusement, cette

occasion nous a manqué.

Après avoir créé avec. un grand succès à l'Ambigu l’Ar-ticie 47, M'° Rousseil rentra aux Français où elle reprit Andromaque et le Cid. Dans cette dernière tragédie surtout elle fut inouïe et la presse entière la sacra grande

tragédienne.

On la croyait pour longtemps dans la maison de Molière et le rôle du Sphinx, d'Octave Feuillet, lui semblait destiné, mais M'!° Croizette lui ayant enlevé ce rôle à la force du... on n’a jamais su à la force de quoi, M" Rousseil quitta la Comédie-Française et même la France.

Elle partit pour le Caire. Contrairement à ce que l’on pouvait craindre de la part d’un gouvernement qui a pour

habitude de ne rendre ce qu'on lui confie qu’avec une ré-

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duction de moitié, M'° Rousseil eut la chance de revenir en France avec son talent tout entier ; elle reprit encore une fois la tragédie, joua Phèdre avec un grand succès, puis créa un rôle remarquable dans l’Zdole de M. Crisafulli et ensuite celui de Carmen dans un Drame sous Philippe

IT, et le personnage principal des Muscadins, de Claretie.

L’Idole fut un véritable triomphe pour elle. Elle la joua au théâtre des Arts, une toute petite scène à peine assez grande pour contenir les bouquets que le public lui jetait chaque soir,

Ce triomphe fut des plus légitimes, car il est impossible

de rendre le dernier acte de ce drame avec plus de puis-

sance et de talent. M" Rousseil avait une si terrible manière de se poignarder et de mettre en mourant la chose sur le dos de son amant, que chaque soir, en sortant de la représentation, vingt ou trente don Juan de la haute gomme, épouvantés des grosses conséquences futures de leur tout petit bonheur présent, écrivaient aux femmes mariées qui leur avaient accordé un rendez-vous pour le lendemain matin : « Chère belle... Un pressentiment me dit que nous ferons bien d’en rester là. » |

En cent représentations, M°° Rousseil fit certainement baisser l’adultéromètre parisien de pas mal de degrés cocu-

grades.

Au physique, M'"*° Rousseil est une grande et belle per-. sonne, aux traits légèrement accentués, au front presque bas ; l’œil, un peu flou sous une arcade sourcilière accentuée, a de sombres feux qui reflètent la passion, mais la

passion profonde.

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