OÙ LE DANGER D'ACHETER LES BIENS DE SES PARENTS À RENTE VIAGÉRE
En 18371, Victor Hugo fit paraître Notre-Dame de Paris. Il publia ensuite plusieurs volumes de poésies dont l'éloge nest plus à faire : les Chants du Crépuscule, les Voix intérieures, les Rayons et les Ombres, les Feuilles d’automne, etc.
En HR il fut nommé à l'Académie; il se laissa faire par politesse; mais, à partir de ce moment, il s’arrangea de façon à être le plus souvent possible en voyage.
En 1848, Victor Hugo fut envoyé à la Constituante, où — nous avons déjà eu la douleur de le dire — il vota presque constamment avec la droite, entre autres, les décrets contre les clubs et le droit au travail. Cependant il réclama, à cette époque, l'abolition de la peine de mort; c'était déjà quelque chose; un peu de patience, ça va venir.
A PAssemblée législative, où il fut envoyé par le département de la Seine, Victor Hugo se décida enfin à ne plus tâter l’eau du bout du pied et à s’y jeter la tête la première; de cette époque date sa transformation complète. Rallié au parti de la République démocratique et sociale, il prêta désormais l'appui de sa parole incomparable à la cause républicaine.
La droite, furieuse, lui jeta souvent dans les jambes les odes royalistes de sa jeunesse, ce qui était à peu près aussi sensé que de reprocher à un zouave d’avoir eu peur de Croquemitaine jusqu’à l’âge de trois ans. Quoi qu’il en soit, Victor Hugo, qui avait un peu traîné la jambe, sut rattraper le temps perdu.
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Les hommes du 2 décembre le trouvèrent assez converti pour l’expulser de France, et assez dangereux pour ne pas le rappeler au bout de deux mois, comme M. Thiers; cette comparaison, qui a l’air d’arriver là comme un bouton de ouêtre sur une sole au gratin, nous confirme pourtant dans notre opinion déjà ancienne, que le mérite des honnêtes gens se mesure surtout à la crainte qu'ils inspirent aux filous.
Victor Hugo se retira depuis à Jersey, où il publia plusieurs ouvrages : Les Contemplations, la Légende des
siècles, les Chätiments, les Misérables, les Travailleurs de la Mer, l'Homme qui rit et Napoléon le Petit.
to prirent esters de Bpute hors spin salaar set sphere
En lisant le titre de ce dernier volume, Vélocipède père ajouta malicieusement par Victor Hugo le Grand. Mais ce que l’on n’a pas dit, c’est que ce mot avait été payé 325 francs la veille par l'Empereur à un rédacteur du Figaro; cela a été prouvé par le livre des dépenses saisi aux Tuileries le 4 septembre, et sur un feuillet duquel on a lu très distinctement : | |
15 MARs. — Trois réparties fines, achetées à Villemessant. 800 fr.
22 AVRIL. — Une répartie CXITA-ÎINe OR
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Victor Hugo refusa de profiter des amnisties accordées plus tard. Il se retrancha derrière son vers célèbre : Æ7 s'il n'en reste qu'un, je serait celui-là.
Les journaux à cocottes ont beaucoup ricané de Victor Hugo, s’attachant lui-même son alexandrin au cou; eux qui n'étaient attachés au chenil impérial qu'avec des saucisses, devaient en effet trouver ce genre de laisse très drôle. |
Victor Hugo, ainsi qu'il l’avait promis, ne rentra en France qu'après qu’on y eut brûlé du sucre. Pendant le siège, il mit un képi, et le Figaro n'eut pas assez de côtes pour se les tordre de rire à ce spectacle extraordinaire. Il fallait bien amuser sa clientèle, et le moment était passé de lui rendre compte, à une bouteille près, des bains au vin de Champagne de Blanche d’Antigny.…
Victor Hugo fut envoyé à l’Assemblée nationale de Bordeaux ; c'était un grand honneur; il montra qu'il en était digne en n’y entrant que juste le temps d’en sortir.
Depuis, Victor Hugo fut porté par Paris candidat à
l'Assemblée nationale de Versailles. Il échoua contre.
M. Vautrain, républicain 18 degrés, chambre de malades, que Paris choisit dans un jour de mollesse, croyant apaiser le courroux céleste de l’Assemblée et la ramener à Paris.
Les Parisiens purent se convaincre, par cette petite expérience, de ce que l’on gagne à fléchir le genou quand on a le droit de relever la tête.
Le coup de pied légendaire, qui est la réponse obligée a ces sortes de concessions. ne se fit pas attendre; et trois
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jours après, l'Assemblée déclarait de nouveau qu'entre le gaz oxhydrique et les salsifis il n’y avait pas de rapprochement possible.
En 1872, Victor Hugo fit paraître un volume : l'Année terrible, éloquent résumé de nos désastres — et de nos fautes, il faut bien le dire.
Puis vint (1874) Quatre-vingt-treize, roman ‘splendide dans lequel le maître met en présence le fanatisme du droit divin et l’amour farouche de la République.
- Puissant, comme toujours, humain plus que jamais, le | poète ne fit bonne mesure ni à l’un ni à l’autre de ces héros d'aspect si différent. |
À la lecture de ce drame poignant, on se sent pris d’un égal respect pour ces deux hommes également convaincus et également braves, qui représentent et défendent, l’un la cause atroce d’un passé infâme, l’autre la cause sainte d'un avenir de justice et de réparation.
Dars ce livre, le génie de Victor Hugo plane à des hauteurs infinies; ce n’est presque plus un homme qui parle, car déjà 1l prélude à son œuvre prochaine et immortelle :
Pitié suprême, en laissant tomber sur l'humanité ce cri — qui est plutôt celui d’un Dieu que celui d’un homme : — Paix aux égarés !.…
Jusqu'en 1876, Victor Hugo se tint à l'écart — mais non hors de portée — de la politique.
Il fut un de ceux qui votèrent la peine capitale de l'Académie pour Dumas fils et Jules Simon. — Ni l'un ni Vautre ne l'avait volé !.….
Aux obsèques de Mme Louis Blanc, Victor Hugo prononça cette phrase inouïe de tendresse et de force, qui est restée dans tous les cœurs.
Parlant de la perte immense que venait de faire le grand penseur et l’illustre socialiste, il dit :
« Celui sur qui s'appuie tout un peuple a besoin de s'appuyer sur une femme. »
Quand M. Emile Zola — qui traite Victor Hugo de vieille bûche — aura seulement écrit deux lignes de ce calibre, la postérité commencera à s'occuper de ce qu’elle peut faire pour lui.
Le
Nommé sénateur — (c’est dommage !...)— de Paris en
ee
1876, Victor Hugo demanda l’amnistie le 21 mars de la même année. | C'était le premier jour du printemps; il avait peut-être compté là-dessus, mais il faut croire que les sénateurs sont moins faciles à attendrir que les bourgeons de marronniers, car sa proposition ramassa, en tout... Six VOIX. .
En 1870, il tenta de nouveau l'expérience et en récolta, cette fois. dix-sept.
Onze de plus !.…. Mais que l'on n’aille pas croire, au moins, que ces onze voix PPARENRIENES onze vieux séna- | teurs qui s'étaient attendris !... Non; seulement ils étaient morts dans l'intervalle et avaient été remplacés par onze autres.
En 1876, 1877 et 1878, Victor Hugo publia la Nouvelle légende des siècles, l'Art d’être grand-père, le Pape, Pitié suprême et l'Ane.
Ces différents ouvrages furent accueillis par le public avec enthousiasme; mais celui qui causa le plus d’impression et rendit à la France le plus grand service, fut sans contredit l'Histoire d’un crime (1877).
D DK an
du
Eclatant comme une bombe nihiliste en pleins préparatifs de coup d’Etat broglien, cette nouvelle Hénriade à l'envers de l’homme du Deux-Décembre — (couvrez-vous !) — fut le : « Sentinelles !.. veillez !... » qui probablement décida les embusqués du 16 mai à laisser passer la diligence républicaine sur laquelle les escopettes à crosses d’évêques étaient déjà braquées.
Dans ce livre, d’un à propos miraculeux, Victor Hub démontra lairémient que si, le 1°’ décembre 1851, les députés républicains avaient eu seulement la précaution, en se couchant, de poser sur leur table de nuit le moindre petit revolver, le coup d'Etat était raté.
Cet avis, dünné sous forme de document historique, n’en fut pas moins compris par les intéressés.
D'un côté — du côté de la diligence — l’on sut ce que l’on avait à faire, ce qui amena naturellement l’autre côté -
le côté de l’embuscade — à comprendre ce que lon avait à... ne pas faire.
Et la diligence passa.
Il y a trois ou quatre mois, il manquait encore quelque ehose à la gloire de Victor Hugo.
Etre presque étouffé sous les embrassements d’un peuple entier et éreinté par Emile Zola.
Aujourd’hui, il ne lui manque plus rien. | Zola a décidé que Victor Hugo était un « hannetonné », et le 27 février 1881, jour de l’anniversaire du maître, huit cent mille Parisiens ont été enfouir sa maison sous des
fleurs. | C’est presque à consoler un homme, qui n’a pu écrire que le Ro s'amuse, de n’avoir point écrit Nana.
AA n°
Au physique, Victor Hugo est de moyenne taille, robuste et musculeux. Le front est vaste, l'œil profond et perçant : à deux cents pas, il distinguerait un agent bonapartiste d’un repris de justice.
Il laisse pousser sa barbe et des clameurs idiotes à tous les imbéciles figaroteux qui jappent autour de lui.
Peut-être pourrait-on lui reprocher d’avoir écrit trop volontiers aux garcons pharmaciens qui lui adressaient des vèrs : « Vous êtes un des rayons-enclume de l’humanitéclarinette », mais les garçons pharmaciens, qui ne comprenaient pas, n’en étaient que plus heureux.
Son style, presque toujours souple, clair et puissant, quelquefois plus inaccessible aux masses, donne au lecteur tantôt la chair de poule et tantôt l’air ahuri d’un homme qui cherche à comprendre comment l’idéal-fantôme du rayonnement obscur des pénombres étincelantes, peut produire le verglas purulent de la promiscuité étoilée et bourdonnante du fifre cadavérique.
Juillet 1881.
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NOTICE COMPLÉMENTAIRE
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| PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE
Victor Hugo, de 1881 à 19.. publie chaque année un nouveau chef-d'œuvre. — Trois ou quatre fois seulement, il déroge à cette habitude... en en publiant deux. — Mais il se rattrape toujours l'année suivante en en publiant trois. — Enfin, aimé, admiré, fêté et vénéré comme le plus profond des penseurs, comme le plus grand des poètes, comme le plus vaillant des citoyens, comme Île meilleur des hommes, il essaye de nous faire accroire qu’il meurt le........ 19... — Mais ça ne prend pas.
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