‹ Le trombinoscopeChapitre 38 sur 307 · PES PT · texte numérisé non relu

PES PT

hs pété, se

BELLE-NÈRE

SÉRAPHINE- ÉULALIÉ

LAMBARDOT

née REVÉCHON, horrible fléau cosmopolite, mais surtout francais, plus connu sous Île

nom de phyl-

| ATEN ) Lit L 4

di (L HATRTALE HAL

loxera du foyer.

Elle est venue au monde en 1825. Son père, M. Joseph Revêchon, était un homme ordinaire. Sa mère, Mme Revêchon, était une de ces femmes dont on ne dit pas grand’chose.

Rien n’indiquait donc que de ce milieu plus que banal

nt ht mt matt. mm usine =

dût émerger un jour l’une des physionomies les plus caractéristiques et les plus désagréables de notre génération. |

On pouvait d'autant moins le prévoir, que la petite Eulalie elle-même n'indiquait aucune disposition particulière qui püt faire entrevoir pour elle un avenir si

infernal.

Enfant très aimable, elle fut une tres douce Jeune fille,

devint, à dix-neuf ans, une épouse gracieuse et bonne, et,

plus tard, à différentes reprises, une charmante et excellente mère.

Depuis sa naissance jusqu’en 1845, époque à laquelle elle épousa M. Lambardot, son charmant caractère, sa douceur, sa grâce, firent l'admiration et le charme de tous ceux qui l'approchèrent. | à

Elle élevait ses enfants à peu près convenablement, et conservait son humeur égale et agréable. |

Tout à coup, vers le milieu de Annee 1805 (Eulalie venait d’avoir ses quarante ans), un changement brusque se produisit dans son caractère. Ni

Sa physionomie se modifia méme assez vivement, l'œil devint froid, le nez pointu, la lèvre. acerbe, la voix

cassante.

Qu'était-il donc arrivé? Oh! mon Dieu! la chose la plus.

naturelle du monde. Mile Blanche Lambardot, la fille ainée d'Eulalie, venait d’être demandée en mariage par un garçon fort bien sous tous les rapports, et le mariage avait été conclu.

Voilà ce qui causait le changement d'humeur de

Mme Eulalie Lambardot, née Revéchon.

Te

La perspective de se séparer bientôt de sa fille, si tendrement élevée, pour la jeter dans les bras (cliché) d’un misérable étranger qui, sous des dehors séduisants (cliché, dissimulait peut-être le clavier complet des vices humains (cliché), avait transformé Mme Lambardot.

Une heure avait suffi pour opérer cette métamorphose. La jeune fille naïve, l’épouse tendre, la mère dévouée.…. tout avait disparu en un clin d’œil, et la belle-mère était en éclosion.

C'est à cette époque seulement que commence la vraie

existence de cet être diabolique que nous nous sommes

imposé la tâche de portraicturer.

Pendant les deux mois qui séparèrent le jour des fiancailles de celui du mariage, Eulalie Revêchon ne se montra pas par trop désagréable pour le futur époux de sa fille.

Cela veut-il dire qu’elle perdait son temps?... Qu'elle négligeait de prendre ses positions en vue des opérations qui allaient s'ouvrir vers le dernier quartier de la lune de miel? Oh! non! Eulalie, au contraire, ne négli-

geait rien pour préparer à son futur gendre l'existence se-

mée de clous à crochets qu’elle avait rêvée pour lui.

Le jour du mariage arriva. M. Lambardot, lui, était d’une humeur très joviale et ne dissimulait pas sa joie.

Cet homme excellent comprenait, quoiqu'il ne fût pas un aigle, que la meilleure manière.d’être agréable à un jeune-homme très recommandable à tous égards et à qui l’on donne sa fille, est de lui faire une figure très riante le jour de la noce, afin de lui prouver que l’on est très heureux de l'avoir pour gendre et que l’on a une entière

confiance en lui,

Quant à Eulalie, sa contenance était toute différente. Elle avait pris son air le plus résigné et poussait à chaque instant des soupirs à fendre les dalles de la salle d’attente de la mairie.

Elle n'avait pas manqué d’éclater en sanglots quand sa fille avait répondu le out fatal, s'était montrée d’une tristesse mortelle pendant tout le dîner, s'était jetée au cou de sa fille avec désespoir dix-neuf fois dans l’après-midi en

s’écriant : «O ma pauvre enfant! ma pauvre enfant !...»

En un mot, elle n’avait rien négligé de ce qui peut faire

comprendre à un gendre, à titre d'encouragement, qu'on le tient pour le dernier des paltoquets, que l’on est absolument convaincue qu’il battra sa femme dès le lendemain matin cinq heures et demie, et que l’on considère la pauvre créature livrée à ses brutalités comme une martyre

vouée aux plus cruels supplices.

Tout à son bonheur, le gendre d’Eulalie ne remarqua

pas d’abord lattitude hostile de sa belle-mère.

Cependant, il eût fallu qu'il fût imbécile pour ne pas voir, à la longue, qu'Eulalie ne négligeait aucune occasion de lui être désagréable et de lui lancer des pointes plus ou

moins aiguës.

S'il rentrait dîner une demi-heure plus tard que d’habi-

tude, il était sûr qu’au dessert sa belle-mère amenait gen-

timent la conversation sur l’infidélité des hommes, et racontait qu’un ami de son père, employé au ministère de l’intérieur, avait trompé sa femme avec une actrice qu'il allait voir en sortant de son bureau tous les jours, de cinq heures à cinq heures et demie, et que la malheureuse

femme trahie ne s'était aperçue de la chose qu’au bout de

seize ans, ayant cru pendant tout ce temps que son mari

était, comme il le disait, retenu tous les soirs par son sous-

chef pour un travail de statistique.

Si, à une occasion quelconque, le gendre d’Eulalie faisait un cadeau à sa femme, Mme Lambardot ne manquait pas, dans les quinze minutes qui suivaient, de dire : « Moi, je me suis toujours défiée de M. Lambardot quand il était généreux, parce que j'ai fait souvent cette remarque que les amabilités des maris envers leurs femmes sont rarement autre chose que d’adroites diversions faites pour masquer leur libertinage au dehors. »

Depuis dix ans qu'Eulalie a marié sa fille, elle n’a cessé d'agir avec son gendre avec la même aménité.

L'expérience qu'elle a acquise lui a même suggéré des méchancetés de jour en Jour plus acérées et plus perfides.

Tout ce qui se passe dans le jeune ménage est aussitôt utilisé par elle pour l’œuvre de persécution, d’asticotage et de démolition à laquelle elle s’est vouée.

Le gendre de Mme Lambardot, en dépit de son caractère excessivement conciliant, n’a pu rester insensible à tant de provocations.

A cause de sa femme, qu’il adore, il éloigne autant que possible de son esprit l’idée d’empoisonner sa belle-mère; mais il n’y a que cela tout juste, et, à part la mort, il n’est guère de désagréments qu'il ne lui souhaite du fond du cœur.

Pour donner une idée du caractère aigre et pointu de Mme Lambardot, signalons deux faits, à l’occasion desquels elle s’est révélée tout entière.

Dix mois après le mariage de sa fille, celle-ci n'ayant

pas encore eu d'enfant, Eulalie a criblé son gendre de traits désagréables, en insinuant que cela ne l’étonnait nullement de la part d’un jeune homme prématurément épuisé par des excès précoces; que, du reste, ses prévisions ne l'avaient pas trompée, et que s’il n’eût tenu qu’à elle, sa fille n’eût jamais été donnée à un homme dont les yeux cernés et le dos voûté indiquaient suffisamment la satiété et l'impuissance d’un jeune invalide de Cythère.

Mais, plus tard, la fille de Mme Lambardot ayant eu trois bébés en deux ans et demi, Eulalie fit retentir les airs de ses protestations indignées, criant partout que son gendre était un brutal et grossier personnage, incapable de sacrifier au repos et à la santé de sa femme ses révoltantes passions de garçon d’abattoir. x

Au physique, Mme Lambardot est une femme aussi bien conservée qu’on peut l’être dans du vinaigre.

Elle est très bien tenue et fort propre.

. Quand son gendre est en voyage, elle ne se lève que vers les neuf heures; mais quand il est là, elle est debout dès six heures et demie, afin de lui faire sa journée plus longue.

Voilà dix ans qu’elle se repaît du martyre de l’homme à qui elle a confié le bonheur de son enfant; portant des rubans jaunes, qu’elle n’aime pas, uniquement parce qu'il les déteste; ne lui permettant pas de fumer devant elle, bien qu'elle adore l’odeur des bons cigares; feigñant de regretter l'empire, qu’elle exècre, parce qu’il litle XZX° Ssecle ; empêchant que l’on mette un chapon dans la salade de chicorée, quoiqu'elle en soit folle, parce qu’il aime

beaucoup le goût de l’ail: etc. etc.

Du reste, excellente femme au fond, faisant très bien les petits plats de ménage, bonne aux pauvres, grand-maman gâteau au suprême degré, pleine d'attention et de soins pour les animaux domestiques, mais ayant, bien moins par méchanceté que par cet instinct malfaisant que les naturalistes expliqueront peut-être un jour, concentré sur son gendre tout ce que la nature a mis à sa disposition d’aigreur, de susceptibilité mal placée, de mauvaise humeur et d’acrimonie.

Exemple suprême : à quarante-neuf ans, le lendemain d'une soirée où son gendre avait été malade d’avoir entendu trop de musique, elle s’est mise à apprendre le piano.

Août 1881.

——— "07e LES + —<07——— —

NOTICE COMPLÉMENTAIRE

Dates à remplir

PAR LES COLLECTIONNEURS. DU TROMBINOSCOPE

Fidèle à sa mission, Eulalie continue à embellir de son mieux existence de son gendre.—Le..... 18.., elle le force à la conduire au Vaudeville, à l'occasion de sa fête.—Le...., 18.., elle le regarde attentivement dans le blanc des yeux, d’un air inquiet, et lui dit doucement, Mon ami, est-ce que vous ne pensez pas à contracter une assurance sur la vie au profit de votre femme et de vos enfants ? C’est toujours bon à faire... On ne sait pas ce qui peut arriver !... - Enfin, elle meurt-le:. ::. 19.. Ses dernières paroles sont pour le mari de sa fille, à qui elle dit, d’un ton chrétien : Monsieur... Je vous pardonne tout le mal que vous m'avez fait. Vous trouverez toute ma fortune en valeurs dans mon secrétaire. Je regrette de ne point vous laisser que des actions des galions du Vigo.

ABONNEMENTS

Le ss + 40)

ABONNEMENTS

100 BIO GRAPHIES 100 BIOGRAPHIES

PARTS. 01 Un an 10fr. Paris.........Unan 10" Départements. — 121. Départements. — 12fr.

Abonnements sans frais Re | Abonnements sans frais

dans tous les bureaux de poste

Cette nouvelle édition du Trombinoscope, qui paraît deux fois par semaine, composera des volumes de 100 biographies chacun, du même format et du même aspect que

les autres ouvrages de TOUCHATOUT.

ONT DÉJA PARU

1, Jules Grévy [| ?. Clémenceau | 3. Gambetta 1 4. République 5. Thiers | 6. Zola | 7. Rochefort | 8. La Canicule 9. duc d'Aumale [ 10. Victor Hugo |

dans tous les bureaux de posle

Histoire de France tintamarresque, un volume de 800 pages,

500 dessins'noifs et coloriés, envoi franco "st?" ir.

SUITE DU PRÉCÉDENT

Histoire tintamarresque de Napoléon III, un volume de 800 pages, 500 dessins noirs et coloriés, envoifranco. 192 fr. SUITE DES DEUX PRÉCÉDENTS :

La Dégringolade impériale, deuxième partie de L'HisrToire TINTAMARRESQUE DE N APOLÉON IT, un volume, 500 dessins noirs et coloriés, envoi franco....... nv Te iim.

Grande Mythologie tintamarresque, Goo dessins noirs et coloriés par G. Lafosse et Moloch, un volume de 840 pages fran CO... RES ve d ee CREER ee LS 'Ar

EN PRÉPARATION

SUITE DES TROIS PRÉCÉDENTS

Le Septennat tintamarresque, un volume de 800 pages, illustré.

Mélanges tintamarresques, recueil de fantaisies, un volume de 800 pages, illustré.

Quaranlième année LE TINTAMARRE Quarantième annee

HEBDOMADAIRE, SATIRIQUE ET FINANCIER, PARAIT LE SAMEDI

rennes

Page 1