CHAPITRE V
Traumatismes vertébraux
Ils comprennent les fractures et les luxations, la guerre y a ajouté les affections des commotionnés : les plicatures, sur la pathogénie desquelles on n'est pas arrivé à s'entendre.
Fractures.— Les fractures indirectes des corps, d'après Auvray (23), atteignent surtout la région dorso-lombaire, avec une grande prédominance pour la première lombaire et la douzième dorsale. Le trait, oblique en bas et en avant, peut créer un glissement en avant du fragment supérieur, entrainant une stricture du trou de conjugaison. En pareil cas, l’hémorragie d’origine osseuse compte comme agent de compression du funicule.
Les fractures des pédicules sont rares, celles des lames et des épines n'ont aucun retentissement sur les trous de conjugaison. Mais celles des apophyses transverses, peuvent comprimer ou déchirer les troncs nerveux funiculaires et les vaisseaux à leur sortie du trou de conjugaison.
D’après l'examen de 17 pièces au musée Dupuytren, nous pouvons déduire que les trous de conjugaison sont fréquemment altérés, surtout lorsque le trait passe sous le pédicule, par les apophyses articulaires. Dans 7 cas, cette altération est nette, le plus souvent unilatérale, et déforme tantôt le trou de conjugaison qui est au-dessus, tantôt celui qui est au-dessous de la vertèbre fracturée.
MO
Un cal exubérant (pièce 4) d’une fracture du corps de la onzième dorsale vient, notamment, obturer presque complètement le onzième trou de conjugaison dorsal à droite.
Parfois même de véritables brides osseuses (fig. 2) tra-
FrG. 2. — Fracture des pédicules. — Vertèbres dorsales. — Pgnt osseux traversant un trou de conjugaison. — Musée Dupuytren. Pièce 945 nouvelle.
versent le trou de conjugaison. L’extrême fréquence de ces lésions concorde avec les nombreux troubles dits radiculaires (en réalité funiculaires) observés dans les fractures rachidiennes.
Luxations. — Les luxations s’observent surtout à la région cervicale et sont bi ou unilatérales. Dans ce dernier cas il n’y a de modification du trou de conjugaison que du côté lésé. Ce qui est plus important c’est la variété de luxation.
4 ani
Si la luxation est incomplète, la surface articulaire de la vertèbre la plus élevée glissant ‘en avant et en haut, le trou de conjugaison s'élargit. Si elle est complète au contraire, cette même surface osseuse, ayant dépassé la surface articulaire de la vertèbre inférieure, descend dans l’échancrure du pédicule, et écrase le contenu du trou de conjugaison, lequel se réduit à un espace presque virtuel.
Si elle ne descend pas au contact du pédicule, l'aspect en bissac du trou de conjugaison est très accentué et le canal de conjugaison ne se dirige plus obliquement en avant, mais en arrière; disposition visible sur la pièce 720 À due à Malgaigne. Lorsque c'est l’atlas qui se luxe sur l’axis, luxation unilatérale le plus fréquemment, l’existence d'une fente à la place du trou de conjugaison véritable, empèche les organes qui s’y trouvent, dese trouver
comprimés.
Entorses vertébrales et spondyloses traumatiques
A côté des cas où la déformation osseuse, témoin de la fracture apparaît immédiatement, il existe toute une variété de modifications vertébrales consécutives aux traumatismes et que l’on tend à rassembler sous le nom de spondylites traumatiques. Les unes s’accompagnent de cyphose tardive, c’est la maladie de Kummel-Verneuil : les autres n’atteignent que les tissus péri-vertébraux, ce sont les spondyloses traumatiques vraies,
Nous n'avons pas observé de pièce étiquetée cyphose hérédo-traumatique de Betcherew et P. Marie, affection résultant d’un trauma minime, chez des individus héréditairement prédisposés et déjà voûtés. L'intensité des troubles névralgiques qu'on y observe, nous donne à penser,
que les lésions secondaires des trous de conjugaison doivent y être importants.
Depuis que Léri (24) a pu faire l’autopsie d’un cas de cette affection, on sait que la cyphose provient non d’un ramollissement osseux comme le croyait Kummel, mais d’un cal vicieux, rétractile et moniliforme, développé aux dépens du ligament vertébral antérieur, rompu partiellement où décollé, lors d'un effort exagéré de redressement du rachis. Mais les ligaments des articulations apophysaires et le ligament jaune peuvent être aüssi intéressés et Léri a bien indiqué la présence de nodules osseux formés à leurs dépens dans les trous de conjugaison, comme origine de douleurs névralgiques intolérables, ressenties par ces malades.
Dans la spondylose traumatique avec cyphose, décrite par Kummel et dont mon père a rapporté un cas avec le professeur Verneuil (95), la cause de l'arrachement ligamenteux, résulte soit d’un effort, soit d'un mouvement forcé du rachis. La cyphose qui apparaît, résulte comme dans la cyphose hérédo-traumatique de la rétractjon du ligament vertébral antérieur. Mais les arrachements s'étendent souvent aux ligaments jaunes et aux capsules des articulations du trou de conjugaison. Dans le cas rapporté par mon père, à la saillie de la dixième épineuse dorsale correspondaient des névralgies unilatérales (en 1/2 ceinture) dans le territoire des huitième, neuvième et dixième nerfs intercostaux.
Enfin dans les cas où le trauma a été plus léger encore, ou plus limité, la déviation vertébrale n'existe pas. mais en un point limité, la réaction d’ossification cicatricielle des ligaments traumatisés aboutit à l’ankylose. Lorsque la colonne vertébrale soumise à un choc, était déjà le siège d'un rhumatisme latent avec ossification du ligament verté-