‹ Le Trou de Conjugaison vertébral et l'Espace epiduralChapitre 52 sur 61 · VIII. — LES FUNICULITES · texte numérisé non relu

VIII. — LES FUNICULITES

Les différents syndromes douloureux, qualifiés autrefois

du terme vague de névralgies se sont peu à peu différen-

ciés à mesure que la connaissance de la physiologie du système nerveux se perfectionnait et que les recherches

anatomo-pathologiques se précisaient.

Après s'être contenté de distinguer autrefois les troubles périphériques (névrites), des troubles centraux (myélites), on à pu grâce aux recherches des physiologistes, démontrer que les lésions des racines rachidiennes retentissaient sur un territoire particulier,en bandes le long desmembres, et, faisant un pas de plus, Déjerine et ses élèves créaient le cadre des radiculites dont il fixail les caractères et les limites dans un mémoire de la Revue de Neurologie en 1916 (60).

Cependant dès 1911, J.-A. Sicard tout en reconnaissant, à propos de la sciatique, la fréquence des Hésions haut placées, montrait qu'il existe entre les névralgies radiculaires et les névralgies périphériques un terme intermédiaire, particulièrement fréquent, les névralgies funiculaires (funiculus cordelette) dont l’origine est sur le tronc nerveux extra-méningé, intermédiaire à la racine rachidienne et

au plexus, et qui traverse le trou de conjugaison (6r). En faisant rentrer ces algies dans le cadre des «névro-docites » (inflammalion des canaux osseux qui conduisent les nerfs), il donnait à l’origine vertébrale des aigies sa véritable importance (1). Mon père en 1914 précisait ces idées à propos de la névralgie sciatique (2).

Définition. — On peut définir les funiculites des syndromes sensitivo-moteurs liés à l'atteinte des troncs nerveux dans leur passage au niveau des trous de conjugaison.

Clinique.— Ce que nous avons dit du syndrome du trou de conjugaison nous dispensera d’unc description détaillée des symptômes des funiculites. Mais il est important de préciser dès maintenant l'extension du terme.

Nous comprenons sous ce nom, l'inflammation primitive, localisée au trou de conjugaison, soit par atteinte directe du tronc nerveux, soit par les modifications du tissu cellulograisseux émané de l'espace épidural, et cela en dehors de toute lésion destructive ou proliférante d’origine osseuse.

Il existe donc pour nous des syndromes funiculaires, dont nous avons décrit l’aspect clinique dans les chapitres précédents et qui apparaissent comme éléments surajoutés au cours des différentes affections vertébrales, et des funiculites vraies, où les troubles algiques sont prédominants, et l'évolution clinique et le pronostic tout à fait différents.

Ce qui caractérise les funiculites tout comme les syndromes funiculaires secondaires, c’est l’association de signes vertébraux et de signes nerveux périphériques.Mais un fait capital les distinguent : dans les syndromes funiculaires, l'observation clinique, la radiologie, confirmées par l'examen anatomique, montrent l'atteinte profonde du rachis osseux, ou la présence de néoformations.

Dans les funiculites au contraire, l’origine de la souf-

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france du nerf résulte des modifications fluxionnaires

transitoires des tissus d’enveloppe du nerf au niveau des trous de conjugaison, toutes lésions invisibles aux rayons X. Aussi les symptôme nerveux sont-ils au premier plan, et les signes vertébraux doivent être souvent recherchés car ils ne sont pas toujours apparents.

Rappelons-en les caractères :

Parmi les symptômes nerveux : la douleur spontanée à type névralgique, siégeant unilatéralement, en 1/2 ceinture, en écharpe, à la face postérieure de la cuisse, revêt des caractères d'intensité très grande, troublant le sommeil en déterminant une agitation continuelle, et la recherche d'attitudes qui la soulagent. Toute comme la douleur radicuaire elle peut s’exagérer à la toux, et nos observations montrent que le signe de l’éternuement de Leenhart,Noréro. Déjerine, se rencontre très souvent dans les funiculites. Mais ce qui la différencie de la douleur radieulaire, c’est l'influence de l'attitude du rachis sur sa provocation. La douleur radiculaire n’est nullement influencée par celles-ci, alors que l’inflexion du côté malade l’extension du rachis, provoquent dans les funiculites une exacerbation locale et une irradiation très vives. A côté de la douleur, les troubles objectifs de la sensibilité sont relativement rares, et consistent plus en hypoesthésie que hyperesthésie. Nous les avons observés dans trois cas (obs. 20, 21et 22).

Ils ont une topographie radiculaire, en longues bandes longitudinales, et s’accompagnent rarement de troubles trophiques ou vaso-moteurs. Les troubles moteurs sont l'exception, et quand ils existent ils sont légers, hypotonie, faiblesse, entraînant à peine l'amyotrophie. Plus fréquemment associés au niveau des membres supérieurs comme dans les radiculites, ils s’observent parfois aussi dans la sciatique (obs. 20). Toute funiculite s'accompagnan

de troubles moteurs prédominants n’est pas une funiculite simple. »

Les réflexes tendineux sont beaucoup moins souvent abolis dans les funiculites que dans les radiculites. Comme pour les troubles moteurs ceux-ci correspondent alors au territoire du tronc funiculaire intéressé (réflexe périosté cubital dans Ja funiculite de C 8-D I, obs 17) réflexe achilléen dans la sciatique funiculaire. Il faut noter comme signe négatif important pour éliminer l'atteinte de la partie tronculaire des filets nerveux l’absence ou le peu d'intensité des points douloureux périphériques sur le trajet des nerfs, et le peu d'intensité de la douleur réveillée par l'extension de ces troncs (signe de Lasègue).

Mais ce qui apporte à la névralgie par funieulite ses éléments distinctifs, ce sont les signes vertébraux et les résultats de l'examen du liquide céphalo-rachidien. La contracture musculaire, alteignant les muscles des gouttières est sensible à la vue et à la main, alors qu’elle manque dans les aigies radiculaires ou périphériques.

Unilatérale comme elle l’est le plus souvent, elle s’accompagne d'inflexion vertébrale latérale (dite fcoliose) du rôté opposé, en allilude croisée. On peut réveiller par la palpation profonde des points douloureux apophysaires paraverlébraux, au niveau des trous de conjugaison atteints. D'une manière générale la mobilité rachidienne est entravée par la douleur que provoquent les mouvements, et la contracture musculaire qui tend àimmobiliser lesegment atteint,

L'examen du liquide céphalo-rachidien montre toujours un liquide clair, souvent hypertendu, mais il conviendrait de préciser celte notion par l’utilisation méthodique d’un manomètre. Fait important, l'absence de réaction cellulaire est la règle, l’hyperalbuminose légère de 0,50 à 0,70 au rachialbuminimètre de Sicard et Cantaloube est quasi constante,

Enfin pour compléter le tableau clinique des funiculites il est nécessaire d’ajouter que ce sont des affections le plus souvent unilatérales, l'atteinte bilatérale devant aussitôt faire rechercher aux douleurs des causes différentes. Plus encore que les radiculites ce sont des affections limitées, atteignant un ou deux, plus rarement un plus grand nombre de troncs nerveux. L’isolement de chaque funicule dans son trou de conjugaison, la séparation que crée entre deux troncs adjacents la hauteur d’un pédicule vertébral s'oppose à l'atteinte d’un grand nombre de funicules alors que les émergences si voisines des racines rachidiennes la favorise ; aussi les radiculites ont une tendance extensive qui s'explique anatomiquement.

L'évolution des funiculites simples se fait habituellement par crises successives plus ou moins espacées, avec des intervalles de sédation complète ou relative. D'une manière générale elles ont une tendance naturelle vers la guérison qui peut être considérablement hâtée par les traitements physiques ou la médication par voie épidurale. Lorsque la cause étiologique est reconnue, la médication peut devenir beaucoup plus efficace.

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