‹ Le Trou de Conjugaison vertébral et l'Espace epiduralChapitre 54 sur 61 · V..., 40 ans, maquignon · texte numérisé non relu

V..., 40 ans, maquignon

A .peu près bien portant jusqu’en 1920 ; à la suite d’un refroidissement vive douleur dans la fesse gauche, puis irradiations dans la cuisse et le mollet.

La première crise n'a duré que quelques semaines, mais ensuite la douleur est restée continue. En novembre 1921, nouvelle crise très violente qui nécessite son admission à l'hôpital. A ce moment l'impotence fonctionnelle est presque complète, la malade peut à peine se tenir debout, ne peut marcher, souffre de jour et de nuit avec des paroxysmes ; il ressent des brûlures et des piqûres dans tout le membre inférieur gauche, particulièrement au cou-de-pied ; pas d'irradiation génitale.

A l’examen en station debout, le sujet ne peut appuyer sur la jambe gauche qu'il tient légèrement fléchie, la pointe touchant seule le sol, Le talon surélevé. Abaissement du pli fessier. Légère inclination du rachis du côté droit en scoliose croisee. Le redressement du rachis est possible, la flexion latérale droite bonne, ainsi que la flexion du rachis. Par contre l'extension en arrière, l’inclinaison à gauche sont impossibles et l'essai déter-

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mine une vive irradiation dans tout le membre. Un peu de contracture des masses lombaires surtout marquée à gauche. Pas de points douloureux sur les épineuses, mais points douloureux apophysaires sur L 4, L5 à gauche. L'articulation sacro-iliaque est normale. À la marche, talonnement du pied gauche, et un peu de salutation.

L'’exploration du membre douloureux montre des points douloureux peu aigus, le long du trajet du sciatique à l’épine sciatique et à la tête du péroné ; le signe de Lasègue est net. Il y a des troubles de la sensibilité objective, sous la forme d’une large bande d'hypoesthésie s'étendant de la face postérieure du membre, limitée en haut par la saillie dû grand trochanter, en bas allant jusqu'au talon, et s’étendant latéralement sur les 2/3 du versant postérieur du membre. Les réflexes achilléens et rotuliens sont normaux des deux côtés, les crémasténiens de même. Un peu d'atrophie de la cuisse gauche avec adipose souscutanée et refroidissement du membre.

Le passage de la position assise à la station debout est douloureuse. La toux et l’éternuement provoquent une douleur irradiée dans la cuisse et le mollet. La recherche de la douleur à l'hyperextension du psoas est négative.

Toucher rectal négatif. Rien de spécial aux autres appareils ; un peu de constipation. Ni albumine ni fièvre. Le Bordet-Wassermann du sang est négatif.

Ponction lombaire, liquide normal, sauf sur le rapport de l'albumine qui est de 0,60 par litre.

Radiographie.— Aucune déformation osseuse du rachis lombaire tant de face que de profil. A cause de l’épaisseur du sujet l'image des trous de conjugaison est peu apparente, mais ne paraît pas déformée.

L'injection de 2 centimètres cubes de lipiodol par voie épidurale entre L 1 et L 2 montre la liberté complète de l’espace.

Devant l'intensité et la chronicité des douleurs ressenties par le malade malgré les analgésiques, les révulsions locales, on décide de pratiquer une laminectomie simple. Opération le 24 décembre, M. Robineau.

Laminectomie sur L 1, L 2, L3, L4,L 5,etS. x ; résection

des lames faciles, mais celle de L 3 est molle et laisse échapper du tissu spongieux un liquide brun,

La cavité du canal rachidien dans l'angle sacro- lombaire est très accentuée, aspect annelé du fourreau par développement segmentaire du tissu cellulo-adipeux, alternant avec des zones rétrécies.

Par une disposition un peu différente de ce qui s’observe dans la rachialgie lombaire chronique, les zones saillantes correspondent sur L 3, et L 4 au bord inférieur des lames et aux ligaments jaunes. Le troisième trou de conjugaison lombaire gauche est dégagé à la pince-gouge.

Grand développement des plexus veineux qui saignent abondamment. Suture des muscles et de Ja peau sans remise en place des épineuses. Malgré l'infection d'un hématome qui dut être incisé, suites opératoires favorables.

La douleur sciatique a entièrement disparu depuis le réveil après l'opération.

La zone d’hyposthénie a diminué progressivement pour disparaître au bout d'un mois. La marche est redevenue aisée.

Ainsi il est manifeste que l'hypertrophie du tissu celluloadipeux épidural accompagne certains cas de sciatique rebelle d’origine vertébrale sans lésions visibles à la radiographie.

Bien que le cas donné par nous soit unique, il démontre assez clairement que cette origine peut s'observer dans certaines conditions déterminées. L'absence d’autres observations nous empêche de préciser les signes cliniques qui peuvent conduire à attribuer les troubles observés à cette lésion pathologique, mais c’est une recherche à entreprendre dès maintenant, car elle permet une déduction thérapeutique importante. La laminectomie lombaire de décompression apporte un soulagement immédiat, total et persistant à cette forme de névralgie sciatique.

Les recherches feront aussi connaître en même temps pour quelle raison cette hypertrophie du tissu cellulo-adi-

peux épidural détermine tantôt des symptômes dela rachialgie lombaire, tantôt celui d'une sciatique funiculaire rebelle. Z! semble en tous cas légitime d'ouvrir un chapitre de pathologie et de séméiologie de l’espace épidural.

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