‹ Le troubadour Guilhem MontanhagolChapitre 28 sur 84 · Cf. XII, t sq · texte numérisé non relu

Cf. XII, t sq

Il n'y avait plus, en effet, dans cette société tout entière soumise'à l'influence du clergé, de place pour les troubadours &c pour leurs chansons. Ils avaient jusqu'alors chanté l'amour courtois, l'amour en dehors du mariage. L'Inquisition les considéra comme les agents de la dissolution des mœurs, grâce à laquelle l'hérésie serait propagée; Se comme elle condamnait les pratiques de l'amour courtois, elle dut aussi en proscrire l'expression. La chanson d'amour de Bernard de Ventadour, désormais tenue pour immorale 8c dangereuse, devait fatalement disparaître. C'est là surtout ce qui explique la rapide décadence du genre. Au siècie suivant, il n'y a plus de chanson d'amour; le seul amour qu'il est permis de chanter, c'est l'amour de Dieu & de la Vierge Marie.

Il dut pourtant y avoir des résistances, des efforts tentés pour prolonger la vie du genre. Il semble qu'au lendemain même de l'établissement de l'Inquisition on ait essayé de désarmer sa rigueur, en essa\ant de concilier la doctrine de l'amour courtois avec laustérité de la morale chrétienne. On la modifie, on l'épure, on fait de l'amour un principe de vertu conciliable avec l'amour de Dieu. Et c'est parce que nous trouvons dans les chansons de Montanhagol des traces de cette tentative qu'elles sont la partie la plus curieuse Se la plus importante de son œuvre. Si, en effet, on ne les jugeait que sur les sentiments exprimés, si surtout on y recherchait la marque d'un amour réel du poète, on en ferait assez

peu de cas. Montanhagol ne fut pas, semble-t-îl, un poète de l'amour. Si l'on excepte une chanson ' où le poète supplie sa dame de laimer Se où vraiment il y a comme un accent personnel, c'est à peine si les autres sont des chansons d'amour. Parfois il y fait bien l'éloge de sa dame ou de Vamia^y mais le plus souvent il y loue Esclarmonde, Guise, Algaye ou Jausserande, 8c ce qu'il dit d'elles est plutôt l'hommage d'un poète reconnaissant que d'un véritable amant. Pour l'expression de ses sentiments, il adopte la forme Se le vocabulaire traditionnels. Nous retrouvons chez lui la description obligée du printemps avec les détails ordinaires, la douceur du temps nouveau, les fleurs & le chant des oiseaux'^. Il se sert pour peindre sa dame des traits qu'ont employés tous les troubadours : l'éclat du teint, les yeux vairs^ les sourcils gracieux^. Les qualités qu'il loue en elle sont celles aussi qu'ils ont louées : la raison, la noblesse, la loyauté. Nous retrouvons chez lui des protestations d'amour qui sont communes à tous les troubadours Se à tous les amoureux de tous les temps, à savoir qu'il aime sa dame plus que tout au monde^, qu'il méprise pour elle l'amour des autres dames^, & qu'il mourra s'il n'est pas agréé 7.

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