Cf. II
5l INTRODUCTION.
clercs. Un tel amour peut s'adresser à la jeune fille comme à la femme mariée, puisqu'il respecte l'une &c l'autre. Celui des autres troubadours ignorait la jeune fille, 8c ce que devait surtout lui reprocher l'Inquisition c'était de sembler être un amour adultère. Des deux traits que M. de Lollis signalait comme caractéristiques de la nouvelle doctrine l'un est donc à rejeter (l'amour « chaste » ne fait pas abstraction de la personne physique) & l'autre a une signification toute différente. En réalité, cette transformation, qu'on nous représente comme une fantaisie d'artistes voulant renchérir sur leurs prédécesseurs, était avant tout une nécessité; pour que la chanson d'amour pût vivre, il fallait qu'elle s'accommodât aux exigences du pouvoir religieux. Les troubadours ne pouvaient désormais chanter qu'un amour conforme à la morale chrétienne, ignorant des désirs mauvais Se par essence vertueux & chaste. Du reste, nous avons ailleurs une autre preuve du pouvoir exercé par l'Inquisition sur les idées du temps. Il y a, en effet, dans l'œuvre de Montanhagol, deux pièces curieuses, sirventes ou chansons morales, qui expriment comme l'idéal de la vie courtoise'. Le principe en est toujours l'amour, car lui seul inspire la valeur. Mais cet amour est au-dessus des entraînements de la passion. Le véritable amant ne connaît pas la desmesure ; il sait aimer avec mesure S< Dieu bénit cet amour ^. Ainsi faisaient,