Cf. X
dit Montanhagol, les vrais amants du temps passé. Ceux qui s'écartent de ces maximes sont de mauvais amants 8c il les réprouve. Par là, notre poète semble vouloir rattacher sa nouvelle doctrine à celle de Tâge classique, 8c condamner les amours des troubadours 8c des amants afin d'innocenter lamour luimême 8c la poésie. Mais ce qui est plus curieux, c'est le prix tout à fait exceptionnel qu'il attache à cette vertu qui semble devenir l'unique règle de la vie courtoise. Ce qui jusqu'alors l'avait dirigée, c'est l'amour de prefi^ 8c de valor. Il s'agissait, en toute circonstance, de faire mieux ou autrement que les autres, de se distinguer sans avoir égard au bien ou mal : cette recherche du pret-^ ou de la valor était avant tout le triomphe de l'orgueil & de la desme^ sure. Sans doute, il y avait bien un correctif à cette expansion de la personnalité : de tout temps les troubadours avaient dit qu'il n'y avait de cotte-^ia que quand cet amour du pret^^ était réglé, dirigé, contenu dans de justes limites par la raison. La vraie cortenia consistait essentiellement dans l'union du preV{ 8c de la me'^ura \ Mais comment réaliser cet accord nécessaire de deux principes aussi opposés? L'expérience avait dû montrer que l'un allait souvent sans l'autre, 8(, en tout cas, un tel idéal avait quelque chose d'aventureux qui devait le rendre suspect aux yeux de la morale chrétienne. C'était exciter une passion sans être sûr de pouvoir la diri-