Don = par suite de quoi
34. C'est à tort qu'au lieu demorirjMahn avait lu, dans M, morit^, Folquet de Romans dit de même :
Qu'en tal ai mes moo cor Conorg m' er si lai mor:
(Mition Zenker, V, 10-17.)
39. Si no Vai, — • A remarquer l'emploi du pronom se rapportant à un antécédent indéterminé : joi,
40. Estenh a pour sujet la proposition précédente. Dans l'usage actuel, on l'exprimerait à nouveau par un démonstratif :aco, a r5;o,&c.
41. Ce sont les traits dont se sont toujours servis les troubadours pour louer la beauté de leurs dames :
E'is sieus belhs uelhs e sa fresca color.
(B. de Ventadom, Quan la fuelha.., et Quan trba vtrtz.)
E siei bel oill e sa fresca colors.
(PisioleUj Sens et aabers...)
43. E. Levy (JProven^, Supplem, Woerterhuch^ I, 262) cite, entre autres exemples, ce passage de Montanhagol pour établir que le sens de eilhs n'est pas, comme l'indique Raynouard {^Lex, Rom»^ II, 39Ô), cil. poil des paupières^ mais bien sourcil.
^6. Tet^ QM. — lifin anscoliith» qui l'txplique par U ' mrnc de la pcnifa. Ttt^ on ai dcitini m reprendre le luîet que lei propoiitioni incidente* pouTsieni faire oublier.
48. Mais 1 ici I* t(ni d'un luptrlaiif. Il *i(>nifii : plui fs'l autuit tutrt.
5o. A la rigueur, le ta)tt d* icstrtnk pourrait Itre ceri, mai* la comparaiton avec la conitruction de etltitk au vers 40 doit noui faire pr^irer une autre explication. Ici encore c'»t l'idic exprimie par la propoiition prMdenle qui eit iu]e( de itsirtnk : ■ la meuri quand }e voii voir* corpi (|racicuX| tout lela tn'oppreiie de dliin. ■
53. La comparaison a*ec let pièces X, XII, XIII nou> permet de suppoMr qut ce rcii CailelUni «il Alphonse X. De plus, l'iloge qui est fait ici de lui ic retrouT* ailleurs presque identique :
Sibeli lo tuM, lenher, onrar t toi.
SIRVENTES
BEL m'es QUAN d'aRMATZ AUG REFRIM
Nous publions la pièce d'après Tunique manuscrit C (f" 262}.
Elle a^ait déjà été publiée par Raynouard, Choix de poésies^ IV, 2 1 2, dans le Parnasse œcitanten^ p. 278, et par Milk y Fontanals, De Iqs trovadores en Espaha, p. 174.
BEL m'es quan d'armatz aug refrim De trompas, lai on om s*escrim, E trazon prim Tarquier melhor Nostri e lor, E vey de senhas bruelha : 5
Âdoncx trassalh Cor de vassalhy Tro que sos cors s'erguelha.
Coms de Tolza, on plus esprim Los ricx, vos vey de pretz al cim; 10
E vuelh qu*aîssrm don Dieus s'amor Corn part l*aussor Vostre ricx prelz capduelhaf Sol qu*a un talh
Qui ara* us falh i5
May ab vos no s'acuelha.
1 uey refrim — i ellor — 5 bruella.
9 com — IS lauior — 13 rie.
La Marcha, Foys e Rodes vim
Falhir ades als ops de prim;
Per qu'teu*ls encrim de part onor
E de valofy 20
Don quasqus si despuelha, Qu*en tal sonalh An mes batalh Don non tanh pretz los vuelha.
Jamais no cug que*s desencrim, 25
Quar trop s'a levât pejor crim Que*l de Caim om qui Tamor Del rie senhor De T0I02' era-s tuelha;
Quar qui defalh, 3o
Ni a senhor falh, Greu er que no s'en duelha.
Si*l reys Jacmes, cuy no menti m, CoropHs so qu'el e nos plevîm, Segon qu'auzim, en gran dolor 35
Foran ab plor Frances, qui qu'o desvuelhaj E quar defalh, Qu'ades no salh, Totz lo mons lo*n reiruelha. 40
Engles, de flor Faitz capel o de fuelha.
No'us detz trebalh,
Neis qui'us assalh, Tro qu*om tôt vos o tuelha. 46
28 deUi.
33 rey Ucme — 34 quelh.
4S capdh.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
Ce sirventes se rapporte à la révolte de 1242. Il nous dit les espérances que le patriotisme méridional mit alors en Raymond VII, & surtout rindignation que soulevèrent ceux qui ne vinrent pas à son aide. (Cf. Introduction, p. 43. J Le poète se réjouit de la guerre qui vient d*éclater. Il admire le vaillant comte de Toulouse & l'engage à se souvenir de ceux qui Tont trahi. Plusieurs ont fait défection & ils auront à s*en repentir; le roi d'Aragon a manqué à ses promesses & s'est déshonoré aux yeux du monde; les Anglais, enfin, restent inactifs & sont menacés de perdre tout ce qu'ils possèdent en France. La pièce est écrite pendant la lutte même, & les allusions qu'elle contient nous ont permis de la dater, presque avec certitude, des mois d'août et de septembre 1242. Cf. Introduction, p. 26.
La forme métrique en est calquée sur celle de la chanson d'Arnaut Daniel : Chanson doit mot son plan e prim. Elle en reproduit la disposition des vers, les rimes, &, ce qui n'est certainement pas le fait du hasard, trente & une fois sur cinquante (rimes finales ou rimes intérieures), le mot qui est à la rime dans la pièce de Montanhagol s'y trouve dans celle d'Amant Daniel. La seule différence entre les deux, c'est que la chanson de ce dernier est construite en cohlas dohlas, les strophes rimant de deux en deux, au lieu que les cinq strophes de notre sirventes sOnt unissonans. Quant à la strophe elle-même, Ma us {op. eit,^ p. 99, n® 73) la décomposait en :
formule assez curieuse & dont il ne relevait pas d'autre exemple en dehors de la pièce de Arnaut Daniel. Mais il nous paraît préférable de reconnaître dans le troisième vers de chaque strophe, comme dans les pièces Vil & IX, un vers empeutat^ de huit syllabes (4 -f- 4), dont la première partie rime avec la fin du vers précédent. (Cf. Leys é^Amors, I, 122 & 126.) Par là, nous ramenons la strophe à :
8a 8a 8b 4b de 4J A^d te
formule plus simple dont, il est vrai, Maus {op, cit., p. 102, n® 171) ne donne qu'un exemple en vers de sept syllabes, mais qui est un des trois systèmes de cohlas crot^-caudadas mentionnés par les Leys, (I, 242-244.)
1. Bel m'es quûn. — Un des débuts les plus fréquents de chanson ou de siryentei : Bel m* es ^uant aug lo resso (P. de Bergerac); Bel m*es fuant en vei la bralha (B. de Ventadorn); Bel m'es ^uan la rosa /loris (P. a*AuTergne); Bel m'es ^uan lerha reverdis (K, Vidal), &c. Trois pièces du mém.e Marcabru commencent de même : Bel m'es juan la rana chanta; Bel m'es ^uan son li fruit maiur; Bel m'es quan s*a^om' hral treilla.
Bely employé ici comme neutre, forme avec le verbe es une locution impersonnelle d*un emploi fréquent &. dont on a des analogues : bon m'es, greu m'es, &c. Cf. Diez, Grammaire^ trad. franc., III, 181.
Sur cet emploi de ^uan = ^ue, servant ii introduire une proposition subordonnée, cf. Stimming, Bertran de Born^ p. 244.
d'armat^, — La correction de Raynouard : d'armaSy est inutile. 11 entendait, sans doute, refrim d'armas. Mais, en réalité, il faut entendre refrim de trompas & admettre qu'il y a là une construction un peu irrégulière, qui s'explique par le mouvement même de la pensée : « Quand j'entends, venant des hommes d'armes^ che^ les hommes d'armes, sonner les trompes. i>
aug refrim, — Nous corrigeons la leçon de C : uey refrim, d'après la table même du manuscrit qui donne bien aug & qui a été dressée d'après les sources de C. (Cf. Groeber, Liedersammlungen der Troubadours, 1 90.) Que le manuscrit ait pu donner la leçon uey^ c*est ce que Ton comprend, si l'on admet qu'en provençal, comme dans presque toutes les langues, il a pu y avoir souvent échange entre les termes désignant les perceptions de la vue & ceux qui expriment celles de l'ouïe. Cf. Canello, Arnaldo Daniello, p. 200.
refrim, — Raynouard [Lex, Rom,, III, 388) donne le mot comme une forme secondaire de refranh & le rattache à la racine /ranA^r. Et, sans doute, il est certain que refranh & refrim ont parfois des sens assez voisins, mais ils sont d'origines toutes difierentes : refrim se rattache k frémir, & l'on s^explique que du sens primitif àe frémir on soit arrivé à celui de son, bruit,
2. Aux acceptions données par Raynouard [Lex. Rom., III, i56) pour le verbe escrimir : «escrimer, exercer, garantir», il faut ajouter, comme le montre cet exemple de Montanhagol, celui de se battre^ combattre,
3. prim. — Raynouard, citant ce vers {Lex. Rom,^ IV, 648), le traduit : « tirent menu les archers meilleurs. » Il faut, croyons-nous, entendre prim un peu autrement : d'une façon menue et serrée, k traits pressés.
l'ar^uier melhor, — « Dans la langue moderne, pour construire l'ad-
8o POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL.
)ectif au superlatif après le substantif, on devrait le faire précéder de Tarticle : li arquter îi melhor. Mais, en ancien provençal comme en ancien français, le superlatif postposé à son substantif déjà précédé de Tarticle reste généralement sans article. Cf. Diez, Grammaire^ trad. franc., III, 8.
4. Nostri e lor = les nôtres 8c les leurs, c*est-à-dire ceux de Tennemi. Peut-être est-ce une locution toute faite qui signifie : des deux câtéSf dans les deux camps,
5. E vey de senhas hruelha. — A rapprocher de cette heureuse image le passage de Girart de Roussillon :
Cil guident lor eosegnes per bruel fraisnin : Ce n'en est autres bruelz qu'en vos devin Les flors des fraisnes furent fer acerin Enseignes de cendaz e d'aucassin.
(Ms. d'Oxford, V. 2662 sq., édit. Foersler.)
L*expression d*un pareil goût pour la guerre 8c les combats a servi de début à plus d'un autre sirventes. Cf. B. de Born, No pose mudar un chantât non esparja; Bonifaci Calvo, Bel m'es lo retins el cr\t\; B. de Rovenhac, Bel m'es ^uan vey pels vergiers & pels prat\; Peire de Bergerac, Bel m'es cant aug lo resso^ 8cc.
8. Tro que = ordinairement jusqu'à ce que a ici un sens un peu différent : au point,,, que,
SOS cors, — Sur ces expressions périphrastiques formées avec cors 8c Tadjectif possessif qui, en ancien français 8c en ancien provençal, remplacent le pronom personnel mos cors = je, moi ; sos cors = il, lui, cf. Diez, Grammaire^ trad. franc., III, Sp; Toblcr, Vermischte Bei^ traege^ p. 27, 8c Stimming, Bertran de Born, p. 265.
9. Coms de Tolia, — Raymond VII, le vaincu du traité de Paris, qui, gagné par les sollicitations d'Hugues de Lusignan, comte de la Marche, 8c par la promesse d*épouser sa fille, venait de se laisser entraîner à une révolte ouverte contre le roi de France. — Sur la forme Tol^a, cf. I, 6, 8c la note.
10. on plus esprim.,. vos vey, -— Dans les phrases comparatives introduites par on, comj aissi com, la construction régulière veut que le comparatif soit exprimé dans les deux propositions. C'est la seule que semble connaître Diez {Grammaire^ trad. franc., III, 365)$ nous en avons plusieurs exemples dans notre poète. (Cf. IX, 16$ XI, 2 8c 18.) Mais le comparatif peut aussi n'être pas exprimé dans la phrase dé-
POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAQOL. 8l
monstratÎTe, & Stimming (Bertran de Born, p. iSi) en cite plusieurs exemples assurés auxquels nous ajoutons les deux suivants :
Qaar on plas vos faran parven Qu'eus amon de cor Tertadier AdoDcs Tos cujon descaier.
(Daude de Pradas, En un tonet gai.,.)
Vida e prêts qu'om ve de folha gen On plus aut son, cazon lengieremen.
(Folquet de Marseille, Oimais noi eonose razo...)
Dans le cas présent, cette construction s'explique d'autant mieux qu^en réalité l'expression al eim de pret^ a bien la valeur d'un comparatif.
esprim. — Raynouard {Lex, Rom,, IV, 6x3) ne donne pour le ▼erbe eiprimir, exprimir , que le sens primitif : exprimer, presser. L'exemple présent de Montanhagol nous prouve que le mot avait pris le sens voisin de tâter, &, au figuré, celui de éprouver, examiner.
10. al eim de pret^, -— Formule d'éloge, courante chez les troubadours & qu'on retrouve ailleurs :
Quar etx de pretz al sim En la plus alla sima.
(R. de Mira val, Aissvm ten amors franc.)
11. aissi... eom = aussi vrai que. Formule très fréquente & qui sert parfois a donner à la pensée un ton ironique. Cf. IV, 40-41.
12. part Vaussor. ^ Raynouard 8c Rochegude conservent la leçon du manuscrit : pan lau^or, & Tourtoulon (Jaeme I le Conquérant, II, 66), citant ce passage, traduit : « aussi certainement que votre renommée s'élève au milieu des louauges. » Mais c'est donner au mot part un sens qu'il n'a pas. Il signifie : par delà, au-dessus, & précède souvent un superlatif. (Cf. part la gensor, part las melhors, &c.) La correction Vaussor est d'autant plus naturelle qu'elle s'accorde très bien avec capduelhar, qui, lui aussi, évoque l'idée de hauteur.
i3. Le verbe capdolhar ne se trouve pas dans Raynouard. Il ne donne que le substantif capduelh {Lex. Rom., II, 324), avec le sens ordinaire de château, donjon. Il semble pourtant admettre l'existence d'un sens figuré : cime, hauteur, mais il n'en donne qu'un exemple. C'est ce sens que nous retrouvons dans le verbe capdolhar qu'enregistre E. Levy (^Proveni. Supplem. ïf^oerterbuch, I, 204) 8c dont il cite, outre ce passage, plusieurs exemples attestant tous le sens de : se dresser, s' élever.
14. a un talh, — Raynouard, au mot dalh, talh {Lex, Rom,, III, 2), donne, à côté des sens primitifs : taille^ coupe, tranchant, un sens
figuré : fafon, firme. Mais il ne donne pas d*exemple de la locution a un talh. Il faut, croyons-nous, la rapprocher de plusieurs exprès* sions citées par Mistral {Tréior dou Pelihrige, au mot tai) : a tai, d'à tai, a bel tai^ tout à tal, &c., a^ec le sens de : à tranches, à gros morceaux, en masse, sans choix, indistinctement, &c. Ces derniers sens paraissent convenir à Texpression h. un talh, Montanhagol prie Raymond VII de ne pas, plus tard, admettre dans son amitié ceux qui Tont trahi, sans mettre de différence entre eux et ses vassaux fidèles.
i6. ah vos,'^ Raynouard lit ah nos^ & Rochegude ah vos. Les deux offrent un sens satisfaisant. Il nous semble pourtant qu'à lire ah vos^ on est plus près de l'intention du poète qvi, au vers précédent, s'adresse spécialement à Raymond : l'avertissement & le conseil restent ainsi plus directs. Ailleurs encore, le poète fait allusion au caractère faible du comte qu*il paraît bien connaître. Cf. IV, 47.
^tfCttrZAd. — Raynouard (Lex.KoiR., II, 484), au mot aeuelkir^aculhir ne cite pas la forme pronominale. Elle est enregistrée par E. Levy {Proven^, Supptem, Woerterhuch^ I 18) qui la traduit par s'ich hegehen = se rendre à, aller. C'est un sens un peu difli^rent que le mot a ici. Il signifie, sans doute, aller rers^ mais surtout se réunir avec, s'unir d'amitié, & est ici synonyme de devenir ami.
17. La MtfrcAtf.— Hugues V de Lusignan, comte de la Marche (1219- 1249), répoux de l'ambitieuse Isabelle, mère de Henri III d'Angleterre & le véritable instigateur de la révolte de 1242. Il s'assura l'appui des seigneurs du Midi en promettant à Raymond VII la main de sa fille. Mais dès les premiers succès des Français, surtout après la bataille de Taillebourg, il engagea des négociations avec le roi de France & fit sa soumission le 16 juillet 1242. Il promettait entre autres choses d'aider le roi à soumettre le comte de Toulouse. A son exemple, la plupart des seigneurs du Poitou &. de la Saintonge déposèrent les armes & dès les premiers jours d'août. Cf. Bémont, Cam^ pagne du Poitou, in Annales du Midi^ V, pp. 289 8c suiv.
Foys, — Roger IV, comte de Foix (1241-1265). Il avait adhéré à la coalition 8c, par un traité du 5 avril 1242, s'était uni à son suzerain, le comte de Toulouse, contre le roi de France. Il fut cependant des premiers à l'abandonner. Le û octobre 1242, il alla même jusqu'à se tourner contre lui : il le défia 8c se déclara vassal immédiat de la couronne. C'est en cette qualité qu'en janvier 1248 il prêta hommage au roi, à Montargis. Mais avant d'en venir à cet éclat, il s'éuit retiré de la coalition 8c avait entamé des pourparlers avec Louis IX, à l'insu de Raymond.
Rodes —Hugues IV, comte de Rodez (1227-1274). Lui aussi, il était le vassal du comte de Toulouse 8c traita cependant à son insu avec le
rot de France. Les commissaires royaux allèrent recueillir son hommage en janTÎer 1243.
19. de part. — Raynouard (Lfx. llom.,IV, ^33) rattache bien à tort cette locution à la préposition part : au delà, au-dessus & l'explique comme une préposition composée. Plus tard, dit-il, de par remplaça de part. Mais, en réalité, l'une n'est que la déformation de l'autre, & dans de part il n'y a pas deux prépositions, mais une préposition & un substantif : de part = de [la] part, signifie bien éridemment : de la part de, au nom de.
de part onor & de valor, — La même locution nous montre réunies les deux façons de construire le complément détermi natif, en ancien proTcnçal comme en ancien français. La première, la plus ancienne, consister juxtaposer au déterminé le déterminant au cas régime sans rintermédiaire de la particule de; la seconde les réunit à l'aide de cette particule. — Onor & valor^ comme souvent aille\irs, sont person* nifiés & dès lors construits sans article.
21. Qaas^us = chacun, non au sens indéterminé de tout le monde, mais au sens distributif : chacun d'eux^ chacun des trois seigneurs en question.
22-23. en tal sonalh an mes éaCalA.— «C'était là sans doute une façon de parler courante au moyen âge (cf. Stoessel, Bilder und Verglei^ che der altpnrren^. Lyrik, p. 29), à moins que ce ne soit une réminiscence de Bertran de Born :
Guilhems de Gordo» fol batalh Areta mes a vostre sonalh.
{Un sirventes on motz.,.)
Le sens de ce passage est clair, & Appel (Proven^. Chrestomathic^ au Glossaire) traduit avec raison : Fous ave\ commis une folie. Peut-être cependant y a-t-il une nuance de plus à distinguer. On dit, d'une façon assez semblable, dans la langue familière : attacher le grelot, quand on veut exprimer que l'on a commencé à parler d'une chose. M'y a-t-il pas la même nuance dans l'expression de B. de Born & dans celle de Montanhagol : « Vous vene^ de commettre une folie... Vous vene^ de faire une telle action, &c. »} Remarquons, de plus, qu'en effet dans la pièce de Montanhagol il s*agitde faits tout récents.
24. taL,, don = tel... que, à cause de lui. — non tanh = il ne convient pas, 8c, par extension : il ne se peut. — tanh los vuelha. Sur fellipse de la conjonction fite, très fréquente en provençal, cf. Diez, Grammaire^ trad. franc., 111, 3i3.
26. t'a levat,'-^ Au lieu des formes passives, les verbes pronominaux emploient pour leurs temps composés les formes de avoir, quand le pronom réfléchi a la valeur non d'un accusatif, mais d'un datif. Cf.
Stimming, Bertran de Borriy p. 260, renvoyant à Tobler, Dis don vrai Aniel, p. 29.
27. Quel de Caîm, — Comparaison que Von retrouve chez d'autres troubadours. Cf. Stoessel, Bilder und Vergleiche^ p. 49. — - */ = lo^ « celui )>. Nous avons ici un exemple de Temploi assez rare de lo comme pronom démonstratif.
29. om qui Vamor,., erws tuelha»-—!! semblerait qu'au lieu du subjonctif on dût avoir ici l'indicatif, mais Ton sait combien sur ce point la syntaxe des troubadours est déconcertante. Levy (Bertolome Zor^i, pp. 85, 86 8c 88) nous donne de nombreux exemples de subjonctifs remplaçant des indicatifs & inversement. Peut-^tre cependant le subjonctif s'explique-t-il dans cette proposition relative comme dans les propositions latines, où il exprime non une qualité réelle, mais une possibilité, une capacité de. Sic; qui étant alors synonyme de talis ut. Pour cela, il faut considérer que om qui ne se rapporte pas à ce qui précède 8c à la trahison des trois comtes, mais que Montanhagol pense à tout homme qui peut être capable d'agir de même. On qui ayant une valeur générale 8c s'appliquant au possible doit dès lors être construit avec le subjonctif.
3i. Falh^ comme au vers i5, signifie : manquer à ce que l'on doit à quelqu'un, commettre une faute à son égard, Tofienser. Dans cette acception, il se construit souvent avec des propositions comme vas (VIII, 3i), endreg (XIII, 32), mais cet exemple 8c celui du vers i5 nous montrent qu'on peut le construire directement avec le datif.
32. Greu er, — Sur cette locution impersonnelle, cf. la note du vers I .
33. Si'l reys /acmci.— «Jacques I le Conquérant, roi d*Aragon(i 2i3- 1276). Pas plus que le roi de Castille 8c que Thibaut, roi de Navarre, sur l'appui de qui les révoltés avaient compté, il n'avait pris les armes, 8c c*est ce que Montanhagol lui reproche comme une trahison.
35. Segon qu'aui(im doit se rapporter à ce qui précède. C'était, en effet, un bruit qui courait que le roi d'Aragon viendrait à l'aide. De bonne foi ou non, Raymond VII l'avait laissé croire, afin de triom^ pher des hésitations du roi d'Angleterre. Mais, en réalité, Jacques I n'avait pas formellement adhéré à la ligue. (Cf. Tourtoulon, Jacme /, t. II, p. 63 sq.) Malgré Philippe Mousket, qui, parlant de la coalition de 1242, dit que
le roi d'Arragone en estoit
et le roi de Navarre aussi,
il est à peu près certain qu'à aucun moment ni l'un mi l'autre n'en firent partie. Ils ne sont pas cités par Guillaume de Puy-Laurens (chap. ZLv), qui mentionne tous les autres alliés de Raymond VII, 8c
Le Main de TilUmont {Hist, de S. Louis, édit. de la Société de VHist. de France^ II, 47$) nous dit expressément qu'après la pacification générale le roi d'Aragon n'ayant pas rompu la paix, Louis IX & Jacques I n'eurent pas à faire de noureau traité. Mila y Fontanals {Trovadores en Espaha, p. 173) croit cependant qu'il y arait eu une entente entre Jacques & Raymond VII lors de Tentrerue de Montpellier (juin 1241). Il faudrait admettre qu'ils ont eu l'idée de la coalition avant le comte de la Marche lui-même, puisque c'est seulement en octobre 1241 que Raymond VII s'allie avec Hugues de Lusignan. Or, nous savons que la première idée de la révolte appartient à celui-ci & qu'il en fut l'organisateur. Mais, de plus, il ne fut pas question à l'entrevue de Montpellier d'une alliance ofiensive contre le roi de France, & l'on ne s'y occupa, semble-t-il, que du divorce de Raymond. Il est possible, & même probable, que Raymond chercha à s'assurer Tappui du roi d'Aragon. Il dut se flatter de l'obtenir, mais ne l'obtint pas. Jacques avait trop à faire ailleurs : il lui fallait achever la pacification de Valence & triompher des difficultés que lui créait son propre fils & l'hostilité de son gendre, l'héritier de Castille, le futur Alphonse X.
36. Forait ah plor. -—• Esser est ici construit avec ah^ comme nous Tavons vu plus haut avec de. (Cf. les notes à I, 14, & II, 2.) Comme </^, dé peut aussi servir à déterminer un substantif : bona dompna ah hel cors hel estan, (IX, 9.) Ici, comme souvent ailleurs, la conjonction et est omise entre les deux compléments en gran dolor & ah plor. Cf. Appel, Proven^, Inédit a, p. xxx.
37. Franees. —Ailleurs encore, il invoque l'appui de Jacques concre les Français. (Cf. V, i5 sq.) Dans un sirventes inspiré par les mêmes événements, Duran Sartre de Paernas blâme & regrette de même l'abstention du roi d'Aragon :
Tos temps serai roaWolens et enics Al rei Jacme qar mal tenc sos afics Qe'l sagramentz qe'l fes fon inois e tries.
E'I seu secors furam rie e estort E desconfig Franees e près e mort.
{En talent aiy in Mahn, Gedichte, 56.)
^ai fii'o desyueîha,^- Une de ces foimules toutes faites, très fréquentes chez les troubadours & qui finissent tant bien que mal le vers. Ci, fu'iett o sai (IV, 1 1); cui ^ue pîassa o greu sia (VlII, 58).
38. S yaar.— -En provençal comme en italien, la proposition secondaire commençant par e ^uar & exprimant le motif précède souvent la proposition principale. Cf. De Lollis, Sordello di Goito, p. 260.
40. Un antre troubadour, jugeant sérèrement cette trahison de Jae^ ques, l'appelle
lo flacs reis cui es Arago.
(Boniface de Gastellane, Era pueys.) 41. Dans le sirventes déjà cité de Duran Sartre de Paernas, le roi anglais est lui aussi pris à partie pour son inaction. Le poète enroie ses Ters :
al rei engleis qes hom ten per badoc quar suefra auniti qom del aieu lo descoc.
& de même B. de Rorenhac dira :
que par sia adurmiU
qu'elh rey franses li tolh en plas perdos
Tors et Angieus e Normaiu e Bretos.
(Ja no vuelh do,) En réalité, Henri III, qui n'était interrenu qu'à contrecœur & sur l'assurance formelle de l'appui des rois espagnols, arait été très découragé en voyant qu'ils n'avaient pas pris les armes. Il s'en plaignit vivement au comte de la Marche, la veille de Taillebourg. Les succès des Français achevèrent de le démoraliser. Il se retira à Blaye, puis à Bordeaux. Il s'occupa, dès lors, de négocier avec Louis IX. Raymond vint à Bordeaux pour l'encourager à la résistance : un nouveau traité fut conclu, par lequel ils s'engagèrent à ne pas traiter l'un sans l'autre avec le roi de France & à continuer la guerre (28 août 1242). Mais ce traité resta sans efiet : Henri III ne reprit pas l'ofiensive & attendit Hue Louis IX eût agréé ses propositions de paix. Cf. Bémont,Jec. cit. ^ 42. de flor faiti capeL — Ici, bien évidemment, l'expression doit s'entendre au figuré & signifie : amusez-vous, réjouissez-vous. Il faut voir dans ce conseil ironique une allusion à la vie de plaisirs que Henri III menait à Bordeaux, dépensant ainsi l'argent apporté pour la guerre. Cf. Tourtoulon, op. cit., II, 68.
44. Seis ^ui. — La présence de neii rend plus claire encore la valeur de f«i = si quis, pas même si l'on. Cf. la note à I, 16.
45. tfo qu'on tôt vos tuelha. — Ni Raynouard; ni Diez n'expliquent cet emploi assez particulier du pronom e. Si on rapproche de ce vers des locutions usitées dans la langue moderne, comme : o a ta manjat, o a tôt perdut, qui signifient : « il a mangé, il a perdu tout ce qu^d avait, tout son iien. . il semble que le pronom o à la' fois renforce tôt et le détermine. Ici, le sens est bien évidemment : « jusquV ce qu'on vous enlève tout ce que vous possède^. . La menace du poète resta sans effet : la peste se mit dans l'armée de Louis IX et malade hii-méme, il dut revenir sur ses pas. Mais Henri III ne son-' gea pas à en profiter pour reprendre l'offensive, et l'on comprend que Raymond VII, découragé par tant de défections, se soit décida à fair^ lui-même sa paix avec le roi de France (20 octobre 1242}
SIRVENTES