DEL TOT VEY REMANER VALOR
Cette pièce se trouve dans les trois manuscrits : C (f* 260 y*), R ((^ 54) & f (p. i56). Ce dernier, toutefois, ne contient que les stro> pbes II & III.
11 n'y a pas entre le texte de C & celui de R de différence radicale. A première vue, K paraît inférieur par des fautes à la rime (w. 1, 23, 28, 33, 34, 46) & par des leçons mauvaises ou même inintelligibles (▼▼.6, 12, 21, 33,35,47); mais, en réalité, il donne parfois la bonne leçon contre C (▼▼. 4 & 5 de chaque strophe, 8c tt. 14, 20, 27, 36, 43). Aussi peut-on leur attribuer une autorité k peu près égale & les considérer comme remontant plus ou moins directement à un même manuscrit. A eux deux s'oppose /"; deux fois : tv. 12 {de res fat) 8c 35 (/a) il se rencontre avec A, mais le plus souvent il se distingue de Tun 8c de l'autre par des leçons à lui propres (vv. i3, i5, 18, 28, 29, 3i , 32-33, 35 8c 36).
La pièce a été déjà publiée par Raynouard {Choix de peésieSj IV, 335) 8t le texte de F par Stengel, Die provenu. Blumenlese der Chigiana, p. 57.
D£L tôt vey remaner valor, Qu'om no*8 n'entremet sai ni lai.
Ni non penson de nulh ben sai, Ni an lur cor mas en laor.
E meron mal clerc e prezicador, 5
Quar devedon so qu'az els no*s cove,
I u«l«r, sây ni lay R — 3 pessa, bc, say R — 4 lor R ; laore C — 5 clergiiepreztcedor R.
Que om per pretz no do ni fassa be.
E om que pretz ni do met en soan,
Ges de bon loc no*lh mou, al mieu semblan.
Quar Dieus vol pretz e vol lauzor^ lo
E Dieus fo vers om, qu*ieu o sai,
E om que vas Dieu res desfai,
E Dieus H a fag aitan d*onor Qu'ai sieu semblan Ta fag rie e major E près de si mais de neguna re, i5
Doncx ben es fols totz om que car no*s te.
E que fassa en aquest segle tan Que sai e lai n*aya grat, on que* s n*aa.
Ar se son faitz enqueredor
E jutjon aissi corn lur plai. 20
Pero Tenquerre no'm desplai,
Ânz me plai que casson error E qu*ab bels digz plazentiers, ses yror, Torno'ls erratz desviatz en la fe, E qui 'S penet, que truep bona merce, 33
E enaissi menon dreg lo gazan Que tortz ni dregz no perdan so que y an.
Enquer dizon mais de folor
Qu'aurfres a dompnas non s'eschai.
Pero si dompna piegz no fai, 3o
8 e hom que preti ni met en soan G — noi mon CR ; meu R.
10 qar deus vole precz F — 11 deus F; fon R — li de res falh R; e pos bonis a deu de res fai F — 13 la Tait CR; ni deus la faich F; ailant FR ; donors C — 14 quai sieu semblan a fagz ricx el maiors C ; fayt R; fait F — 15 après de se sobre tôt autra re F ; dessi C; mays R — 16 folbs C; fols F; aqest F — 18 qe naia prez sai e lai on que san F; say e lay R.
10 fayt R — 20 quan lur plai G; aisi, play R — 31 nons desplay R — 32 play H; errors C — 23 ses yra R; e quap belbs C; ditx R; yrors C — 34 tornon lerrat desuiat R — 26 guazaiili R — 27 tort ni dreg C; dreg R; noy perdan C.
•2S Knquers CR; enqer F; de folor manque dans R; maior fdior F; folbor C — 29 qe fres a dompna F; a dona, seschay R — 30 pero sil dompna piez F ; pieitz R.
Ni*n leva erguelh ni ricor, Per gent tener no pert Dieu ni s'amor.
Ni ja nulhs om, s'il estiers be'S capte, Per gent tener ab Dieu no's dezave; Ni ja per draps nègres ni per floc blan 35
No conquerran ilh Dieu, s'alre no y fan.
Tug laisson per Nostre Senhor
Nostre clerc lo segle savai,
£ no pessan mas quan de lai.
Aissi'ls guart Dieus de dezonor 40
Cum els non an ni erguelh ni ricor, Ni cobeytatz no'ls enguana ni*ls te, Ni no volon re de so bel qu'om ve :
Res no volon, pero ab tôt s'en van, Pueys prezon pauc qui ques i aja dan. 45
Sirventes, vay al pro comte dese De Toloza; ineinbre*lh que fag li an E guart se d'els d'esta ora enan.
31 ni non ha orgoill F; ricors G — 32 dieus CR; deu F; samors C — 33 silh C; sol estiers bes caplenh R ; nulh R — 34 dez&venh R — Les vers 33-34. sont intervertis dans F qui donne : ni negus boni ab deu nos desave || per gen tener sol don e fassa be.
— 35 ne ylh per C ; ni ja ilh per draps nègres ni per flocx blancx R ; qe ja per drap DÎgre ni per ll<ic gran F — 36 No conquerran ja dieus C; iil deu si naeiliz no fan F; dieus R.
38 Dostres G; clercx, sauay GR — 40 deionors C; gar deu R — 41 elhs, ricors G ;. co R
— 42 cobeytat R — 43 ni uolon re de so belh que hom ve G ; renda quo belh com o« R.
44 liruentesc uai al pros coms en tolzan R ; pros G — 47 e membre li de so que fag li an R ; membrel G — 48 daquestorenan R; elbs G.
NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS
Ce sirventes est de peu postérieur à rétablissement de rinquisition à Toulouse, S( n'ous avons pu le dater, avec quelque traisemblance, de 1233 à 1237. (Cf. Introduction, p. 21.) Ce qui, à notre aris, en fait
rintérét, c'est d'y Toir le poète démasquer les Traies intentions du clergé & défendre ces mœurs, cette cÏTiltsation méridionale qu'il va s'efforcer de détruire. « C'est mal à eux, dit-il, de défendre aux riches les libéralités & d'enseigner TaYarice. C'est ne pas comprendre les desseins de Dieu que d'interdire aux hommes de chercher à valoir. Pourquoi cette procédure arbitraire, partiale, tracassière, qui Ta jusqu'à Youloir réglementer le costume ^ En quoi cela intéresse-t-il l'orthodoxie chrétienne & la pureté de la vie morale^ En réalité, leur seul dessein est d'attirer à eux les richesses & de satisfaire, sous les dehors d'un faux désintéressement, leur réelle cupidité. » L'envoi est adressé au comte de Toulouse : il a eu déjà tant à souffrir de ces gens qu'il doit à jamais se défier d'eux.
La pièce est formée de cinq coèlas unissonans & d'une tcrnada* La strophe se décompose en :
8a 8b 8b 8a loa loc loc lod lod
formule asses curieuse, mais qu'on peut considérer comme provenant de la cùhla crot^-caudada : abbaccdd. Au milieu de la strophe a été intercalé un vers qui, par la rime, rappelle la première partie de la strophe, par le nombre des syllabes annonce la deuxième &, par là, semble les unir plus étroitement. Maus (op, cir., p. ii3, n®47i) cite beaucoup d'autres pièces construites sur la même formule. Trois, en particulier, sont composées du même nombre de vers de huit & de dix syllabes, 8c deux ont cette ressemblance de plus avec le sirventes de Montanhagol qu'elles sont faites sur les mêmes rimes or, ai, r, an. C'est d'abord la pièce de Montan : Cascus deu hlasmar sa folor, & c'est la tenson de Gui d'Uisel : If' Elias à son amador, Montanhagol a-t-il imité ou, au contraire, a-t-il été le modèle^ C'est ce que, à défaut de données chronologiques précises sur Montan & sur Gui d'Uisel, nous ne pouvons déterminer.
2*3. penson de nulh hen sai. — Le verbe est à la troisième personne du pluriel, sans sujet déterminé. Le sujet, c'est ilf, c'est-à-dire on. Nous a vont là dans la même phrase les deux façons dont le provençal rendait l'idée du pluriel indéterminé. —Le régime de pensar est régulièrement précédé de ie« qu'il soit comme ici un substantif ou comme ailleurs (VI, i6) un infinitif. Cf. Stimming, Bertran de Born, p. 271, 8c. Diez, Grammaire^ trad. franc., III, 2i3.
4. Uor, — Raynouard (Lex, Rom,^ IV, 3) ne donne comme sens que terres laèourahles, mais l'exemple même qu'il cite
Vinbas e pratx e terrai e laors.
(Peire Gardenal, Ges nom sai.)
montre que ce sens doit être étendu jusqu'à signifier tout bien foncier, puis peut-être tout bien, toute richesse. Le verbe lahorar^ laorar^ tout comme ga\anhar (cf. Stimming, Bertran de Born, p. iSy), a signifié d*abord cultiver la terre j puis naturellement récolter^ & de même que le subsuntif^a^AfiA désigne la récolte, puis tout gain, Uor a dn signifier non seulement ce que produit le trarail de la terre, mais aussi tout profit, toute richesse.
5. pre^ieaior n'est pas ici le substantif commun : prédicateur. C'est le nom même d'un ordre religieux, celui des Frères Prêcheurs ou Dominicains. Appel (Proven^. Ckrestomatkie^ au Glossaire) connaît cet emploi du mot & en donne un exemple :
Que s'îe'UB die mos secreti ni m-en descobrialz E ma con/essio e no'm recebialx Vos ni'ls prezicadors, séria i gualiati.
{Loc. cit.. 107, 101.)
Ici le sens du mot est déterminé par l'emploi qui est fait simultanément du mot elergue. Le poète s'attaque au clergé en général {clergué) & en particulier aux Dominicains, parce qu'ils venaient d'être chargés, depuis avril i233, des fonctions d'inquisiteurs. Cf. Hist, gin, de Languedoc, VI, 673.
7. do ne désigne pas ici la chose donnée, le don, mais la faculté de donner, la libéralité, le donar.
8-9. Il y a dans cette phrase une anacoluthe, mais le sens en est clair; mou est employé comme impersonnel : il ne lui vient pas, cela ne lui vient pas. Le sens est : si un homme méprise l'honneur, les libéralités, cela ne part pas en lui d'un bon loc, c'est-à-dire d'un bon naturel.
10. « Dieu veut l'honneur & la louange », c'est-à-dire : veut que l'on recherche l'honneur & la louange.
Il» fuieu o sai, — Ce n'est pas, croyons-nous, une déclaration d'orthodoxie de la part du poète, mais une formule sans grande valeur & qui est destinée surtout à finir le vers. Cf. la note à III, 37.
ii-i3. Le fait que ces trois vers commencent par e, & la construction assez gauche de la phrase, pourraient faire supposer une faute & nous engager à chercher une correction. C'est sans doute ce qu'a voulu faire l'auteur de /. Les leçons qu'il donne pour les vers 12 & i3 sem-
blent bien un essai, maladroit du reste, de correction. On peut cependant expliquer d'une façon satisfaisante le texte de CR ; on n'a qu'à donner à la conjonction c, au vers i 3, un sens un peu difierent de celui quMla aux vers précédents. Il faut l'entendre au sens àt et pourtant, (Sur ce sens particulier du mot, cf. E. Levy, Bertolome Zor\i^ p. 88, renvoyant àTobler, I^ii iou vrai aniel^ i58.) Dès lors, les vers i3, 14 8c i5 expriment une réflexion du poète & forment une parenthèse qui interrompt le cours de la phrase.
is. des/ai n*a pas ici son sens habituel de défaire, détruire, mais signifie évidemment : faire quelque chose malgré ou contre quelqu'un. Ce sens n*est pas indiqué par Rnynouard (Lex. Rom,, III, lyS), mais se déduit aisément du sens primitif : détruire ce qui a été fait par un autre, aller contre ce qu'il a fait ou voulu, agir contre ses intentions.
i5. mais de reguna re, — Sur l'emploi de de == que, après un comparatif, cf. Diez, Grammaire, trad. franc., III, 366, 8c Stimming, Bertrun de Born^ p. 272.
16. Doncx hcn es fols reprend le sujet exprimé au vers 12 81 que la longue parenthèse pouvait faire oublier. L'anacoluthe s'explique par le mouvement même de la pensée. Nous avons déjà vu une phrase construite à peu près de la même façon. Cf. II, 46.
17. E que ftssa ne doit pas être rattaché à ce qui précède, 81 l'on ne doit pas en faire une proposition relative servant à déterminer tov^ om. On pourrait expliquer le changement du mode, mais le sens obtenu ne serait pas satisfaisant. En réalité, nous avons là une proposition indépendante, exprimant un souhait, 8c introduite par e fue comme dans cet exemple cité par Appel (Chrestomathie, 49, 39) :
No i gardatx ricor Mas l'amor que*in lia E que'm don«lz un bai Enans que m'en vaia.
La conjonction que suffit d'ordinaire pour introduire la proposition exprimant un ordre ou un souhait. Peut-être pourrait«on penser que e que marque une nuance de plus. Dans les deux exemples que nous avons là, on oppose le souhait à une chose que l'on écarte ou que l'on blftme; e que semble précisément souligner cette opposition 8c signifier : et que^ mais que.,, plutôt,
18. sai e lai, qui signifie d'ordinaire ici 8c là (cf. au vers 2 : sai ni lai = nulle part), a ici un sens particulier que précise l'emploi du mot segle au vers précédent. Un peu pins bas (v. 39), lai est employé pour désigner Vautre vte, l'au delà. De même ici, sai Çr lai sont syno-
POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAOOL. çS
nymes de dans ce monde & dans Vautre, comme dans le passage siiÏTant de Peire Cardenal :
A toUs gens die e mon sirventea Que si ▼ertatx e dreitura e merces Non goTornon home en aquest mon Ni sai ni lai no cre Talon l'aon.
{Tostempi azir...)
Sur remploi de la forme réfléchie arec les verbes anar^ en anar, yeniry morir, &c., cf. Dies, Grammaire, trsià, franc., III, 176.
19. en^ueredor, — Cette forme du cas sujet au lieu du cas régime, que l'on attendrait en accord avec se & fa\t\^ est sans doute due à la nécessité de la rime. Cf. des exemples de faits analogues dans E. Levy, Bertolome Zor^i^ p. 85, 8c Stimming, Bertian de Born^ pp. 240 & 29$.
20. La procédure de l'Inquisition avait toujours été sévère & arbitraire, mais l'arrivée des inquisiteurs marqua un redoublement de rigueur, &, à leur demande, les conciles de Nîmes (i233) & de Narbonne (i235) augmentèrent encore leurs pouvoirs.
21-22. Ceci, mieui que le vers 11, pourrait être considéré comme une précaution que prend le poète contre Tlnquisition.
riffaerre, quoique employé substantivement & accompagné de l'ar> ticle, ne prend pas la flexion du cas sujet, en tant que verbe de la conjugaison en re. Cf. Stimming, Bertran de Born, p. 23 1, & De Lollis, Sordello di Goïto, p. 23 1.
22. On pourrait douter si casson appartient au verbe cassar : briser, détruire, ou à eassar : chasser, poursuivre, si ce dernier sens ne s'accordait mieux avec l'image suggérée par le mot en^uerre,
23. Faut-il voir là une intention d'opposer aux violences de Tln- ({uisition la modération dont usaient les « parfaits » albigeois ne faisant appel pour leur propagande qu'à la persuasion & à la charité?
24. Le mot errât a dû être employé substantivement comme synonyme de eretge^ en même temps que se perdait le sentiment de son origine errar. C'est ce qui explique qu'on ait pu ici juxtaposer errat^ & desviat^f qui étymologiquement ont le même sens, sans qu'il y ait pléonasme.
26. menon dreg lo ga^an. — - Aucun des sens indiqués par Raynouard pour le mot ga^anh ne convient ici. Le sens du verbe ga^anhar^ comme le rappelle Stimming (Bertran Je Born^ p. 267), semble avoir été primitivement voisin de celui de îahorar . « travailler, cultiver » la terre, d'où d'une façon générale, travailler. Il semble donc que les deux substantifs verbaux doivent être synonymes & que ga^anh doive, comme lahor, signifier travail. L'expression menar lo ga^ank : « conduire, diriger le travail », serait à peu près synonyme de travailler,
ga^anf au lieu de la forme régulière ga^anh^ est dû à l'influence de
la rime. Cf., au rers 35, hUn, au lieu de hlane^ & d'autres exemples du même fait dans Sttmming, Bertran de Born, p. iSy.
35. per draps nègres ni per fioc hlan, — Le clergé séculier & les Dominicains, U clerc & li pre^icadory sont ici désignés par les costumes qui leur étaient propret. — Sur la forme élan au lieu de hlane^ due éridemment à l'influence de la rime, cf. la note au vers 26.
36* eon^aerran ilh Dieu, — Expression très courante ches les troubadours :
Dieus lor sabra b«n dir
Veoeti a mi que tôt m'avetx conques.
(R. Gaucelm de Bésien, in Appel, Chresiomathie, 74, 25.)
Abans conquerran Dieu Cayfas Pilatx.
(P. Cardenal, ibid., 79, 22.)
s'alre no y fan, — • Expression toute faite & dans laquelle y, comme souvent en provençal, n'a pas d'antécédent bien déterminé ; il signifie pour cela :
Veus quais sera d'aquelhs lur escusania Mas, s'als no y fan, Dieus lor sabra ben dir.
(R. Gaucelm de Béziera, ibid., 74, 25.)
39. mas quan = si ce n'est. Quan'a le sens qu'aurait l'expression complète aitan ^uan^ prise non dans son sens extensif autant,,, que^ mais au sens restrictif rien que, seulement. Sur ce sens particulier de aitan, cf. la note à I, 10.
Sur la construction ^e55ar de^ cf. la note au vers 3. lai, ordinairement adverbe de lieu, est ici employé comme substantif &, comme au vers 18, désigne Vau delà, Vautre vie,
40. «1551 eum ^ aussi vrai que, bien entendu par ironie. Cf. la note à III, I I.
43. de so hel qu'om ve. — Construction asses curieuse & dans laquelle le pronom, comme un substantif, est accompagné sans intermédiaire de l'adjectif qui le détermine. Les dialectes modernes, tout comme le français, te servent de la particule de^ qui pourrait faire penser à un partitif : so de M qu'om ve, so qu'om ve de bel.
46. al pro comte dese de Tolo^a, — Le fait de séparer le régime du mot qu'il détermine n'est pas rare en provençal, en particulier pour les noms propres & pour les titres. Nous aurons plusieurs fois à le signaler à propos de ces poésies, & Scimming {Bertran de Born, p. 297) & De Lollis (Sordello di Gotto, p. 258) en donnent de nombreux exemples.
47-48. Ici encore, comme au vers 14 de la pièce précédente, Montanbagol semble faire allusion au caractère faible de Raymond VU, qu'il connaissait sans doute bien.
SIRVENTES
GCS PER MALVASTAT QU ER VEYA
La pî^e tst contenue dans les deux manuKrits C (^ i6i r®) & R (I* 38 ▼•).
Si la correction proposée pour le rets 87 est justifiée, ce serait une preuve de plus qui s'ajouterait aux fautes communes aux deux manuscrio (tt. 2, 18, 24) pour confirmer les rapports établis entre C & R à propos de la pièce IV. L'un 8t l'autre dérirent d'un même original, tout en gardant chacun leur physionomie propre. C essaie de corriger à sa façon la triple faute a eut (tt. 2, 18, 24); il a ses leçons & tes fautes particulières (tt. 16, 17, 3o, 38). De son côté, R a les siennes, cette fois aussi plus nombreuses 8c souTent plus grossièrement iautÎTes (tt. 8, 12, i5, 16, 3o).
Ce sirventes a déjà été publié d'après chacun des deux manuscrits par Mabn, Gediehte der Troahadoun^ n®* 546 81 546.
Ges, per malvastat qu'er veya Dels ricx cuy valors non agensa,
No*in ven en cor qu'ieu'm recreya De joy ni de bella parveiisa, Sitôt lur es valors amara,
Tan que quecx la dezampara Per desconoyssensa.
i j«a, maluettat R — 2 a cay aalors non aiensa R ; a cuy pretx G — 3 quiem R — 4 belba C — 5 ualor R — 7 desconoyienta R.
if
96 POÉSIbS DE OUILHEM MONTANHAGOL.
De re mos cors no s*esfreya Mas quar so nom camget Proeiisa,
Que falhi tan que"s desleya ; lo
Per qu'ueymais aura nom Falhensa, ' Quar leyal senhori' e cara A camjada per avara, Don pert sa valensa.
Be volri* agues enveya i5
Le reys qu'ab Frances mogues tensa,
Qu'el vens e pren e pesseya Turcx, cui Frances non an guirensa.
£ qui lurs vensedors yens ara,
Semblans es, qui ben o guara, so
Que'ls vencutz leu vensa.
S'eras lo reys non desreya D'Aragon, trop fai d*estinensa,
E*l coms cui Tolza s'autreya, Qu'ueymai non an pus revinensa; 25
Quar si l'us l'autre non ampara,
Major saut penran encara Frances, ses temensa.
Al que ja non er peleyal Ni de lun om non es s*entensa 3o
Qu'us fassa res que far dey a.
Tan torna pretz en nonchalensa !
. 8 mon cor no seaseya R — 9 mays car so nom R ; so no C — 11 per cueymay R —
12 car liai senhor e cara R — 14 perc G.
• 15 be uolria agues ueya R — 18 a rey C; lieys cap (ranses R — 17 quai oens C; en
pren R — 18 Turcx a qui frances no agensa C ; turcx aqui franses non a gutrenaa R — 19 uens cra R — SO semblan sera que ben guara R.
23 rey CR — 24 a cuy tolosa saulreya C; a cuy tolxan R — 15 cueymay R — 26 lun *^ lautre CR; car se, empara R — 28 franses R.
29 o que R — 50 ni de luns hom noys entensa C; o de nuls hom non es entendensa H — 31 ren R — 32 e non chaleasa C.
Quar qui preii anta en'sa cara, Si no*s venj' o no s'esclara,
Trop fai de sufrensa. 33
En Guilhem de Moncad* ampara Pretz, on mans ricx s*en despara, Don fai gran valensa.
N*Esquilleta, son bon pretz gara
N'Esclarmonda fin' e cara, 40
Per qu'aïs pros agensa.
34 Teogua R — 35 trop fa R.
36 guilhem de montada R — 37 doo man CR ; rie R — 38 don fa gran falhensa C ; dunt R.
39 nesquilheta C; nesqueleta, guara R — 41 aiensa R.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
Ce sîryentes postérieur, probablement de peu (cî. Introduction, p. 27), au mariage de Béatrix de Provence avec Charles d'Anjou (1246), nous dit à nouveau la haine du poète pour la domination française & les vœux qu'il forme pour l'indépendance du Midi. Sans doute, la Provence vient de te déshonorer en faisant défection à la cause commune; mais l'on peut encore espérer. Si seulement le roi d*Aragon, le glorieux vainqueur des Sarrasins, voulait prendre Tofiensive contre les Français! C^est un devoir pour lui comme pour le comte de Toulouse : qu'ils s'unissent, c'est leur seul moyen de salut. Mais le voudront'ils^ Le poète craint d'espérer en vain : autour de lui, il ne voit plus régner que lâcheté. Personne ne cherche plus à faire son devoir } l'honneur est partout méprisé. Quelques personnes au moins lut sont encore fidèles : c'est Guilhem de Moncada &, avec sa dame, la noble Ësclarmonde, & c'est à eux que le poète envoie ses vers.
La pièce se compose de cinq coblas unissonans & d'une double tor" nada, La formule strophique ahahcchit retrouve dans plusieurs autres pièces, mais qui toutes sont faites de vers de dix syllabes. (Cf. Maus, op, eit.j p. 107, n^ 337, ^ p» 88> n** 26.) Aucune ne présente
ni les rimes de ce slrventes ni le mélange de rers que l'on trouve dans sa formule :
7A 9 i 7 a Si Se je 5 i .
1. per malvastat,,, ^u*er veya, ** La construction de per.,, que servant à introduire une proposition concessire au subjonctif est employée en ancien provençal & en ancien français, non seulement arec les adjectifs, mais encore avec les substantifs. Cf. Oies, Gram~ mairCj trad. franc., III, 384.
2. La leçon de C, a. eut pr^r^, est évidemment tin essai de correction de ]a faute commise par l'original commun à CR : a eut valors^ qui faisait le vers faux. Le rapprochement avec les vers 18 & 24, od il faut corriger a eut en cui, nous montre quelle est ici la correction à faire & qu'il suffit, ici encore, de remplacer a eut par eut,
3-4. Il semblerait donc que le poète dût dans la suite chanter sur un mode gai & nous dire ses raisons de rester fidèle au culte de joy & d'amour. Au lieu de cela, c'est un sirventes tout politique qui suit. C'est qu'en réalité, chez les troubadours, la première strophe semble n'être qu'un prélude qui souvent ne se rattache à ce qui suit que par un lien très lâche & très factice. Rien ne fait moins corps avec l'ensemble, si ce n'est peut-être la Bn de la pièce, l'envoi.
5. Sitôt lur es valors amara reprend avec plus de force l'idée expriprimée déjà par ges per malvestat : a Et eependant la valeur leur est... » Sur cette construction de sitôt = quoique, avec l'indicatif, cf. Diec, Grammaire ^ rrad. franc., III, 332.
7. deseonoyssensa ne saurait signifier ici ingratitude^ ainsi que le voudrait Raynouard {Lex, rom,, IV* 334). Il faut, avec E. Levy {Provenu, Supplem. Woerterh,^ II, 127), le traduire par^^/ie, sottise. C'est un sens du mot au moins aussi fréquent que celui d'ingratitude, & nous le retrouvons dans deux autres passages de Monta nhagol. Cf. XI, 3, & XIII, 14.
8. Sur l'emploi & le sens de la locution mos eors = je, moi, cf. III, 8, 8t la note.
9. mas quar est ici synonyme de mas que 81 signifie si ee n'est de ee que. Dans cette locution, comme dans toutes les propositions exprimant la cause, le motif, quar & que s'emploient indifleremment* Cf. Diez, Grammaire^ trad. franc., III, Sop & 38o.
10. que falhi tan que's desleia, — La différence des temps employés s'explique par le rapport même des idées : la faute est dans le passé & le résultat en subsiste encore. Il est donc inutile de cher-
cher à rétablir la concordance des temps & de lire par exemple : yue faîh î tan, &c. Outre qne la place de cet i serait étonnante, on ne Toit pas trop ce qu'il représenterait. La faute de la Prorence n*est pas d^avoir changé de nom : ce n*est là que la conséquence de sa faute. Sur le sens du rerbe se desleiar^ cf. E. Levy (Prov, Suppl, f^ocrUr" ittcà, II, 145) renro/ant à Tobler {Zeitschrift, /. rom» Ph'dol.^ III, 575). Ils montrent tous deux que Raynouard (Lex, rom.y IV, 38) a eu tort de le traduire par décrier» Les deux seuls exemples^que l'on connaisse du mot le présentent sous la forme réfléchie & attestent le sens de violer la justice, manquer a son devoir,
11. Montanhagol joue ici sur le nom de la Proensa, comme d'autres troubadours ont fait pour Valensa^ PUsen^a^ &c. (Cf. De Lollis, Sordello di Goïto, 288.) Mais si falhensa se rattache bien à la racine falh, il est bien évident que proensa n'a rien à faire avec la racine pro ou prod. C'est une fantaisie étymologique comme il y en a tant chez les troubadours & comme nous en avons déjà vu même chez notre poète. Cf. I, 1 1 .
12. L'allusion ici est très nette : il s'agit évidemment du mariage de Béatrix de Provence, qui^ d'abord promise par son père au comte de Toulouse, épousa, peu de temps après la mort de Raymond-Bérenger, le frère du roi de France, Charles d'Anjou (janvier 1246). Si ce mariage excite tant de colère dans Tàme de Montanhagol, c'est qu'il est l'ennemi des Français, & surtout qu'il est Toulousain Si tout dévoué à son comte. Il fut presque le seul troubadour, avec un autre Toulousain, Aimeric de Péguilhan, à attaquer Charles d'Anjou dès son arriWe en Provence. Tous les autres, y compris Sordel, le poète favori de Raymond-Bérenger, semblent avoir trouvé pour le prince français des paroles de bienvenue. Us ne l'attaquèrent que plus tard, quand on eut à soufirir de son ambition 81 de son avidité. Cf. de LoUis, Sordello di Goïto, p. 53. — Les mots leial senhoria e cara peuvent désigner soit Raymond-Bérenger qui venait de mourir & que Montanhagol appelle ailleurs
lo ries coms presati On es fis sabers triats.