ON MAIS A OM DE VALENSA
La pi^ st trouve dans les manuscrits C (^ 263 r®) & J. La première strophe en est consenrée comme cohU tsparsa dans P (n* i^ô)* Enfin, les strophes I & III en sont données sous le nom de Peire Rotgier dans a (Brtviari d'amor, vv. 32262 sq, & tv. 32074 sq). Sur cette attribution commune à a & à la table de C & sur l'authenticité de la pièce, cf. Introduction^ p. 36.
Si C 8c J ont chacun leurs fautes & leurs variantes (cf. wr, 10, i3, 28, 34, 43-44, 5i), leur accord général & Tabsence de difiérence essentielle confirment entre eux les rapports établis pour les pièces VII, X & XIII. Ils remontent l'un 8c l'autre plus ou moins directement à un même manuscrit. Les rapports de a, sinon avec C du moins avec les sources de C, déjà prouvés par leur attribution commune de la pièce à Peire Rotgier, sont encore confirmés par une faute commune (▼. 27, /an). L'auteur de a a utilisé les matériaux qui ont servi à C 8c d'après lesquels la table de C a été dressée. (Cf. Introduction^ p. 36.) Qu'ils ne sont pas copie Tun de l'autre, c'est ce que montrent des variantes particulières comme aux vers 3, 8, 9. Quant au fragment de P, il est trop insignifiant 8c trop manifestement défiguré pour qu'on puisse établir les rapports qu'il a avec les autres manuscrits.
Le texte de J avait déjà été publié par Stengel in Rivista di filoîogia roman^a^ I, 34, 8c celui de P dans Herrigs Archiv, f, das Studium der neueren Sprachen» L, 281.
ON mais a om de valensa Mielhs si deuria chauzir No fezes desconoyssensa.
1 quant hom ai mais P ; ha, ralenssa J — 2 si deuria meilhs J ; mid se deuriai ausir P ; causir « — 3 /• vers manque dant J ; car no feses desconoisensa P ; que no feies desconoichensa a.
148 POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOl .
Quar om bos leu pot falhir,
E'I malvatz, al mieu albir, 3
Nù falh, quaii fai falhimen,
Quar per dever yssamen
Fan li malvat malestan,
Com fan bot fagz li prezan.
Ges del segle no m'agensa 10
Quan n^aug als malvatz mal dir,
Qu*elh cujon la lur falhensa
Ab los lur mais digz cubrir.
E da lur Dieus a culhir
Quad* au pro vi e fromen, 1 3
E an pro aur e argen,
E ja rea be no metran,
Ans valo meins on mais an.
Dieus, com pot aver sufrensa
Ricx om de gent aculhir, 20
Ni de far guaya parvensa,
Ni co*s pot de dar tenir,
Quan ben o pot mantenir)
Mot i fetz Dieus son talen,
Quar no donet larguamen 35
A sels que larguamen dan
£ pauc a sels que pauc dan.
4 faom pros JP«; pot leu J; car hom pros poit leiuiererem fallir P; failhir J — u maWas P — 6 failh, failhimen J; faill, fallimen P — 7 car per ver eissamen P; issamen « ; fai lo malraz raalestans P ; faa li malvaU fah malestan « ; malvati J — 9 com fai bon fait los prisans P; cum fan proeza el prezan «; ricx faitz J; quon C; li pretzan J.
10 ddf raiens C; agenssa J — 11 al malvatz G — 12 quiih, lor, fttilhensBa J — 13 lo lur mal dig C; los sieus, cobrir J — H e dona lur dieus culhir C; a cuilhir J — 17 re Jf — 18 valons J.
19 quon C; suffrensa J — 20 acuilhir J — .21 parvenssa J — 22 quos G; cois • «^ 23 ben no G ; beo bo J — 24 bi fes Jf ; molt « — 20 a telhs C ; ha, largameni J — 27 que pauc fan G«; a selbs C; ha J.
E ja melhur' om e gensa
En raubas e en guarnir,
E en manhta captenensa, 3o
E*s vol om trop gent tenir,
Mas en dar ni en servir
No vey far melhuramen.
E doncx, que*us faretz manen?
Ja morretz vos, quan que quan; 33
Gardatz que*l temps no*us engan.
Coms Cumenges, ses temensa
Poiri' om a vos venir,
Que*l sobrenoms es guirensa
De vos, qui'l sap devezir, 40
Don paubres deu enriquir,
Qu*aissi com crezon crezen
En cumenjar salvamen,
Deu Cumenges valer tan
Que salv aquels que*! creiran. 45
Emperaire, pretz valen
Avetz e valor e sen,
E quar sabetz valer tan
A vos vuelh daurar mon chan.
Na Guiza, ges nom repen 5o
De vos lauzar, quar m*es gen ; Mas dels vostres tan ni quan Mo'm laus, s^enquer mielhs no fan.
Î8 mas JA C; gensM J — 30 capienensu J — Si e en servir C — 33 melhuh'ajneii G; meilhuramen J — 34 ha doncs, fares J — 35 morres, can que can J — 36 gardas, tems J.
37 temenssa J — 39 guirenssa J — 41 enrequir J — 42 quon C; cresxon Jf — 43 cuiner« gar J — 44 cumergues J — 45 quel queiran J.
47 • râler J — 48 sabes J ^ 49 ex vos C; voilh J.
50 guias J — 5i laussnr quans m'es gen — 52 mai, can J — 53 s'anquer meils J ; ■om fan C.
]5o POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL.
NOTES ET ÉCÎ.AIRCISSEMENTS
Le poète feint d'attribuer à la perreriité des grands le changement survenu dans les mœurs, l'oubli de la libéralité & de l'amour courtois. Contre cet esprit nouveau, créé en réalité par l'influence du clergé, il fait appel au sentiment de leur dignité. Plus que tout autre, ils doivent, eux, veiller jalousement sur leur honneur. Rien ne sert d'accuser le siècle & de le rendre responsable des fautes que Ton commet. Il est un fait, c'est que malgré toutes leurs richesses les grands ne se soucient plus de donner noblement, ni de rien accorder au culte des dames & d'amour. En agissant ainsi, c'est le souci de leur âme, c'est leur salut qu'ils oublient, & cependant la mort peut les surprendre à tout instant. L'un d'eux, au moins, doit au nom qu'il porte d'être pour les petits un protecteur libéral, & c'est avec confiance que Montanhagol invoque sa générosité. Adressée à la fois à l'empereur Frédéric II & à une dame Guise, qui est peut-être la femme de Roger de Comminges, la pièct peut, croyons*nous, être placée entre les années 1242 & i25o. Cf. Introduction, p. 27.
La pièce se compose de cinq eoiUs unissonans & d'une double fornada. La disposition des rimes dans la strophe est en ababbccdd, qu'on peut considérer comme dérivée de la coBla. eadena^caudada. ab ab ce dd, 8t qui n'en diflere que par l'insertion d'un neuvième vers entre les deux moitiés de la strophe. C'est, du reste, une formule dont on a plusieurs exemples. En particulier, Maus(op. cit,, p. 107, n® 317) cite comme présentant cette disposition & également composées de vers de sept syllabes : Cavaire, 1 j Peirol, 29, 81 Moine de Monta udon, 14. Mais toutes trois sont faites sur des rimes différentes, à l'exception de la dernière, qui dans sa première strophe présente les rimes ema^ ir, en, an.
I. Sur le sens de se ehau^tr = se garder de, prendre garde à, cf. VIII, 8 81 la note. -— Sur la construction même du verbe avec le subjonctif non précédé de fue, cf. Diez, Grammaire^ trad. franc., III, 3i3.
3. desconoyssensa a ici encore le sens de « folie, sottise », 81 par suite de « faute ». Sur ce sens du mot inconnu à Raynouard, cf. la note à V| 7,
POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL. i5i
7. dever îndiqut ici le devoir, la nécesitté qui réiulte de la nature méinti il est ici synonyme de nécessité naturelle.
9. pre^an peut aroir soit le sens actif du participe présent, soit, comme ici, le sens du participe passé, & être synonyme de prélat. Cf. Stimming, Bertran de Born, p. 255. — D'autres participes présents ont aussi ce double sens. Cf. eonoissen, in Appel, Chrestomathie^ au Glossaire.
10. segle indique le monde, le siècle 81 par suite l'esprit du siècle. Ici il s'agit bien évidemment de l'esprit nouveau, des maximes pou- Telles, qui prétendent se substituer aux idées courtoises. Sur la construction proleptique de deî seglt, cf I, 20.
i2-i3. Sur l'emploi de l'article avec Tadjectif possessif, cf. Diez, Grammaire, trad. franc., III, 61.
i5. pro vi e fromen. — Sur cette construction de pro, cf. la note à IX, 36.
17, metran a ici, comme l'ancien français mètre, le sens de « dépenser », L'idée même se retrouve chez Colin Muset (édit. Bédier, VII, p. m):
Quant plus ont or et argent Vair et gris et dras de soie, Tant «ont moins large metant Plus que Jeus qu'usure prent.
28-29. Dans un sirventes antérieur, & que nous considérons comme de peu postérieur à i233, c'est-à-dire à rétablissement de Tlnquisition dans le Toulousain, le poète accusait nettement le clergé de défendre le luxe des vêtements (IV, 28). Nous voyons par ce passage même que, quelques années après, les rigueurs de l'Inquisition s'étaient adoucies, probablement depuis 123? & l'adjonction des Franciscains aux Dominicains dans les fonctions d'inquisiteurs. (Cf. Introduction, p. 45.) — - On tolérait le luxe des vêtements, mais on continuait à défendre les libéralités nécessaires à la vie courtoise 81 ce qui en était le principe, l'amour 81 le service des dames.
3o. eaptenensa ne signifie ici ni « conduite » ni « manière », les seuls sens indiqués par Raynouard {Lex, rom,, II, 328) | mais le contexte indique bien qu'il signifie « toute façon d'être extérieurement, l'extérieur. »
3i. trop ne signifie pas trop, mais, comme souvent ailleurs très,
34. Le poète disait ailleurs (IV, 10) que mépriser ainsi pret^ ^ do c'était aller contre les desseins de Dieu :
quar Dieus vol pretz e yoI lauzar.
37. Il semble bien que le poète ait employé à dessein la forme de l'adjectif cumenges. Le seul qui fut vraiment Coms de Cumenges était le chef de la maison de Comminges Bernard VI. Or, nous croyons
l52 POESIES DE GUILHEM MONTANHAOOL
qu'il s*agit ici non de lui, mais de son neveu Roger de Comminges, fils du comte de Pailhas & sans doute l'époux de la Guiza dont il est question plus bas. Il est appelé ici Coms Cumenges^ de même que dans plusieurs textes il est désigné comme Roger comte de Comminges. Mais en réalité, ainsi que Ta montré M. Molinier, il faut entendre Roger de Comminges, comte, car tout en appartenant à la famille il n'était pas comte de Comminges, mais de Pailfaas. (Cf. Histoire gênéraie de Languedoc, VI, 126, note.) L'éloge que le poète fait ici de lui s'explique très bien si l'on songe a la noble conduite que lui & son père avaient tenue dans Tafiaire de 1242. Bien que le comte de Foîx» leur suzerain immédiat, leur eut donné l'exemple de la défection, ils restèrent fidèles à Raymond VII, leur suzerain médiat, jusqu'à ce que celui-ci eût déposé les armes. Le Toulousain Montanhagol derait leur en être reconnaissant. Si l'on admet notre hypothèse, la pièce est évidemment postérieure à 1242. Sur Roger de Comminges, cf. Hist, gin» de Languedoc^ VI, 760-761.
39. ^ue'l sohrenoms,,. de vos, — Sur l'emploi assez rare du pronom personnel remplaçant l'adjectif possessif, cf. Oiez, Grammaire, trad. franc., III, 63. — Sur la construction même & la séparation du ré* gime, cf. la note à IV, 47.
40. Sur ce sens de devenir = expliquer, interpréter, cf. VII, 5o, & la note. — Sur l'emploi de f ni = si Ton, cf. la note à I* 16.
42. ere^on est pris ici dans un sens particulier & est employé à peu près de même façon que lorsqu'on dit : « je lui crois telle qualité, c'est-à-dire je crois qu'il y a en lui. >
43. eumenjar, Cumenges, — Le poète joue sur les mots comme il l'a fait souvent ailleurs, en particulier comme il a fait pour Proensa, Falhensa (V, g sq,).
46. Cet empereur est Frédéric II (i2i5-i25o), que le poète a loué ailleurs sans doute pour l'amitié qu'il témoignait au comte de Toulouce. En 1243, peut-être peu avant la composition de ce sirventes^ il venait de lui rendre le marquisat de Provence & du Venaissin. Cf. la note à IX, 20.
48. Sur le sens de ^uar = parce que, & sa construction particulière, cf. III, 38y & la note.
49. a représente ici non ad mais ah. Cf. de même, VIII, 58. daurar, pour lequel Raynouard (£ex. rom,^ H, 146) ne donne que
le sens propre de dorer ^ couvrir d'or, doit être pris ici au sens figuré de orner, parer^ comme dans ce passage d'Aimeric de Péguilhan :
Na Biatrits d'Est, l'enans
De vos mi pUU qeii fai grana
C'a vos lauxar si son près tuich li bo
Per q'ieu ab vos dauri mon vera-chansso.
(Grescini, ManutUêtio, 34, 61.)
POÉSIES DE OUtLHEM MONTANHAGOL. |53
L> poi« atKlX dit i peu prit de mime en parUnt d'une dame qu'il TOuUic faire d'.IU rornemeni de lei chanu .
«|u'«b tei ruelh ftr toti leapa inoe ehnos gntir.
(Vin, B7.I
5o. Lt rapproche me III dani la m*m* pièce dei deux nomi de Comi Camfngri 8< de Guixa rend aiseï rratiemblable l'iiypoihè» que cette Guiie n'cii auir* que la femme de Ro|«r de Commingei dont l'exiilence nou> eil aticilfe de 114s i 1 itio. Cf. la noie > VII, 4g.
53. ffifutr. — Raynouatd (Lex. m»., III, S^o) ne donna pour ce moi que le leni de tntart. Ici il lignifie plui paniculitremeni iii«rmais, k l'avenir. Cf. det exemple* du m£me ttni in Appel, Chnut~ mukie, au Glotitire
Commeni faui-îl eniendrece bitme adreiii par le poiieaux pareiiii de Guiit^ Faul-il penitr que dam l'affaire de 1141, où Roger de Commingei s'éiail >i noblement conduit, U famille même de Cuiie a*aii fait difection au corn» de Toulouse? Gui>e appartenait Mm doute à une dai maiioni du p'fi de Foix qui avaient fait alliance a*tc le roi de France, peui-ècte 1 la maiion même du comte d* Foix, li l'on songe aux nombrtuiei unîont qui ont rapproché lei deux fanilln d« Foix & de Commingei.
SIRVENTES
PER LO MON FAN LI UN DELS AUTRîrlS RANCURA
La pièce se trouve dans les manuscrits C (P* 162 ▼% ^ (i5, 21),
La très proche parenté de IK dé)à constatée pour la pièce X est confirmée ici par un grand nombre de leçons ou de fautes communes (vT. 2, 14, 17, 20, 21, 24, 28, 3?, 32, 37, 40). Toutefois, ici encore, K se distingue de /par une correction plus grande (▼. 5). Tous deux s*opposent à C, qui a beaucoup de ▼arianies à lui propres (cf. 1, 8, 10, i3, 24, 25, 26, 27, 3o, 34, 38, 40, 45) & représente manifestement une tradition différente & meilleure.
Ce sirventes a déjà été publié par Raynouard, Choix, IV, 333, & par Kochegude, Parnasse oecitanien, p. 280.
PER lo mou fan H un dels autres rancura, Li clerc dels laycx e*lh laie d'els yssamen, E li poble*s planhon de desmezura De lor senhors, elh senhor d'els soen.
Âissi es pies lo mons de mal talen, 5
Mas er venon sai deves Orîen Li Tartari, si Dieus non o defen, Que*ls faran totz estar d'una roensura.
1 lus C; lun IK — 2 el lai delhs C; de laies e laies IK — 3 e li poble planboa C; plaignon IK; e li pôles K — 4 elf elbs C; lurs seignors el seignors IK — 5 plen IK; los moDs I — 6 ar, daves IK — 7 tartarim IK -<- 8 meisura C.
POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL. i55
Per manh forfag e per manhta laidura
Qu'an fag e fan clerc e laie malamen, lo
Venra, si ve esta dezaventura
A Crestias, s'a Dieu inerces no pren,
Que fassa'l Papa metr' atempramen
En so don an H clerc e*lh laie conten;
Quar, s'il los fai ben d*un acordamen, i5
No lor pot pueys nozer nuU' aventura.
A! per que vol clercx bella vestidura,
Ni per que vol viure tan ricamen,
Ni per que vol bella cavalgadura
Qu'el sap que Dieus vole viure paubramen? 30
Ni per que vol tan l'autrui n' i entend
Qu*el sap que tôt quan met ni quan despen
Part son manjar e son vestir vilmen
Toi Tais paubres, si no men la Scriptura.
E'is grans senhors per que no*s prendon cura 35
Que no fasson tort ni fors' a lur gen?
Qu'ieu no tenc ges per menor desmezura
Qu'om forse'ls sîeus cum quan Tautruy dreg pren,
Ans es mager, quar falhis doblanien.
Quar s'om de se ni d'autruy non defen 3o
A son poder los sieus, adrechamen
Falh endreg lor tan que*n pert sa drechura.
9 maint, mainta, foriaig I ; nianl, manta K — 10 quan fag e fag G ; can faig e fan clerc elaû eissamen IK — 12 dieus merce C ; crestians IK — 13 mètre damparamen C — 14 el laie C; de 80 don so don am H clerc I; de so don an K — 15 sylh C ; car cel IK — 16 nulha C; lur, pois IK.
17 belha C; per que roi clercs bella Testidura IK — 19 belha C; cavaldura K — 20 qoelh C; saup IK ~ 21 altrui IK — 2â can IK — 24 tolh als C; tollos paubres si non ment lescriplura IK.
25 noys C ; e gran prince per que IK — 26 fasson lort ni forson la gen G ; que non fasan IK — 27 jes, menor forfaiture IK — 28 corn forsd sieu qum tan lautrui dreits pren IK — 29 magers, faillis IK — 30 quar so de se G; que 90m dautrui e de si nom defen IK — ■ 32 faill, tam quim part sa dreicbura IK.
l56 POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL.
Mas totz pobies à de bon sen frachura
Qu'a son senhor fass* en re falhimen,
Quar totz om deu amar d^araistat pura 33
Son bon senhor e'I servir leyalmen ;
E senher tanh qu*am los sieus bonamen,
Que lialtatz lor ne faî mandamen
Que Tus ame l'autre (an coralmen
Que no se puesc' entr' els mètre falsura. 40
Reys Castellas, l'emperis vos aten,
Mas sai dizon, senher, qu'atendemen
Faî de Breton, per que*s mou grans rancura,
Que d'aut rey tanh, quant un gran fag enpren,
Que'l tragu* a cap en segua l'aventura. 43
33 pobols, fraichura IK — 34 car son seignor fasen rén faillîmen IK — 36 e terrir CIK ; seignor IK — 37 et a senhor tanh C; eseigner tainos cam IK — 38 car HautaU lur en fai IK — 39 luns IK — 40 que nos puesca entrels C; que nos piiosca mètre entrel falsura IK; pusca K.
41 castellans IK — 42 disen seigner calendenien IK — 43 graos IK — 44 taing cant uns gran faig IK — 45 on s^ua saventura C.
NOTES ET ÉCLAIRaSSEMENTS
Ce sirventes est une peinture du temps où écrit le poète, une satire des mœurs régnantes & de la société en général. Partout ce ne sont que discussions 8c luttes entre les clercs & les laïques, entre le peuple & les seigneurs. Les uns 8i les autres n'ont qu*un mobile : la cupidité ^ &, dans la pensée du poète, c^est au clergé qu'en est la faute, puisqu'il a défendu les libéralités 8c qu'il donne tous les jours l'exemple de l'amour des richesses. C'est lui qui a créé cet état d'hostilité) cependant, les Tartares sont là prêts à profiter de ces diviiions, 8i, d'autre part, le pape ne cherche qu'une occasion d'interrenir pour s'approprier ce qui fait l'objet du débat. Qu'ils s'arrêtent donc § que les clercs se rappellent la première obligation de leur état, la pauvreté $ quant aux seigneurs 8c à leurs vassaux, qu'ils se iouviennen du pacte qui les lie, pacte de confiance, de fidélité 01 d'amour.
L'envoi au roi de Castille, Alphonse X, qui vient d'être élu empereur, 8i l'allusion très nette à l'invasion mongole nous ont permis dt dater la pièce de i258. Cf. Intrpduetiçn, p. 28.
POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL. iSj
La pièce comprtnd cinq cohlas unissonans 8c une tornada, La itrophe est composée de huit décasyllabes en : a b a b b b b a. Ma us (op eit,, p. 106, n® 296) ne relève comme présentant cette disposition que le plank de Pons Santolh, qui est très évidemment calqué sur ce siryentes dont il reproduit jusqu'aux rimes : ura, en.
1. Raimond de Cornet commence aussi à peu près de même sorte son siryentes : Per tôt lo mons vay la gens marmuran. (Noulet & Cba* baneauy Deux Manuscrits, p. 82.)
2. Je desme^ura de lor senkors. — > On peut se demander comment sont construiu ces deux régimes. On pourrait considérer de desme^ura comme une locution adverbiale formée de même façon que de^ natura = naturellement. (Cf. de LoUis, Sordello di GottOy p. 3o2.) On traduirait alors : « Les peuples se plaignent de leurs seigneurs au delà de toute mesure. » Mais desme^ura ne paraît pas avoir d*autre sens que celui de absence de mesure, insolence, injustice, (Cf. E. Levy, Pro^ ven\, Supplem. ff^oerterhuch, II, lôo.) D autre part, on ne peut considérer de lor senhors comme le complément déterminatif de desme^ura, car, dans ce cas, le substantif déterminé devrait être précédé de l'article. En réalité, nous avons une construction assez curieuse, quoique facilement explicable. Le rerbe se planher se construit en effet avec de, que le régime soit un nom de personne ou un nom de chose. On dit également : se planher de alcu & se planher de alcuna re. Ce sont ces deux constructions simultanément employées que nous avons dans l'exemple présent : « Les peuples se plaignent de leurs seigneurs au sujet de leur injustice. » L'absence de l'article devant desme^ura n*a rien de choquant, le mot restant indéterminé.
6. deves marque ici l'origine, l'endroit d'où l'on vient * du côté de, (Cf. de même, I, 6.) Nous ne croyons pas nécessaire de récrire de res, ainsi que le propose Stimming (^Bertran de Born, p. lyS), afin de le distinguer de deves ^ du côté où Ton va. En réalité, c*est bien un même mot dans deux emplois difTérents, 8c le contexte suffit toujours à indiquer le sens qu*on doit lui donner.
7. Ainsi que l'ont remarqué Diez (Leben u. JVerke, p. 466) 8c, après lui, de LoUis {Sordello di Goîto, p, 287), l'allusion faite plus loin à l'élection d'Alphonse X à TEmpire (1267) prouve qu'il s'agit ici non de l'invasion mongole de 1241-1242, mais de l'agitation qui se manifesta de nouveau en i258 8c qui renouvela les craintes de l'Europe.
8. estar d^una mensura = être égal, au mâma niveau, a ici u« icns très fort par l*intentton ironique qu'y met le poète. Dans Tusage ordinaire, l'cxprtstion était synonyme de être égaî^ être indiffèrent :
Tots jorns duust qu'ara m'agrada E fana caot o Areidura IVaatot m'es d'una mesura Amors o joys d'eyssa guixa.
(Marcabrus, Lanquaa futlhon H boseatge,)
11. si ye esta de^aventura,,, s* a Dieu merces, — Ici encore, deux propositions coordonnées sont juxtaposées sans être jointes par et. Cf. la note à VII, i5.
12. i'ft Dieu menés no pren. — Sur ce sens & cette construction du Terbe preifirr, cf. VI, 14, & la note.
i5. Diez [Leèen u, IVerke^ p. 467), qui cite ce passage, traduit : a Si le pape les met d'accord, les fait être du même avis, rien dans la suite ne saurait leur arrÎTer de fâcheux. » Mais c*est, croyons-nous, mal entendre hen & supprimer le trait de satire que le poète voulait lancer contre le Saint-Siège. En réalité, il faut entendre fai ben au sens de hen far aleu, « bien traiter quelqu'un ». Inutile de supposer une faute des manuscrits 8c de corriger los en lor» Le poète détermine l'expression courante hen far aîeu en ajoutant d^un aeordamen : « Si le pape leur accorde le bienfait de les mettre d'accord, a Le poète se sourient, en effet, du mal que, sous couleur de pacification. Tinter^ ▼ention du pape avait fait au Midi de la France. C'est à elle qu*esc due la ruine de la maison de Toulouse, 81 Ion comprend la colère de Montanhagol qui, ici, s'exprime sous la forme de l'ironie.
21. l'autrui = le bien d'autrui. Cf. Appel, Chrestomathie, au Glos^ saire.
23. son vestir vilmen. — L'infinitif devenu substantif conserve de son origine verbale la faculté d'être déterminé par des adverbes. Cf. de même, gent tener, IV, 34, lo trop tar^ar, VU, 3i, 8l Diez, Grammairef trad. franc., III, 200.
25. Doit-on corriger & lire e*/A gran senhor? Nous avons certainement là un cas sujet. C'est, en effet, un des procédés du provençal pour attirer l'attention sur un régime qui, logiquement, ne viendrait qu'après. Il le met en tête de la phrase soit en le faisant précéder de de (cf. I, 20, 81 la note), soit en le construisant d'une façon presque indépendante 8c en le mettant au cas sujet. (Cf. de même au vers 37 : e senher raifA.)Sur cette construction, cf. Stimming, Bertran de Born^ 236. Mais on peut admettre qu'à l'époque de notre poète la forme de Taccusatif pluriel commençait déjà à être la forme du pluriel sans distinction de cas. Cf. de même, VIII, 42-43 : los corns^ los pes^ employés comme cas sujet pluriel.
se prendre eura n'est pas mentionné par E. Levy (Provrn^. Supplem,
POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL. iSç
ff^oerterhiuhf I, 429), mais l*on comprend que prerdre cura ait pu être influencé par la construction de l'expression synonyme : se dar eura^ dont il donne plusieurs exemples.
28. Vautruy dreg. — L'adjectif autruy^ employé comme substantif, signifie : les autres. (Cf. t. 3o.) Ici il a la râleur & le sens d'un rériuble génitif. (Cf. plusieurs exemples de cet emploi, in Appel, Chres" tomathie, au Glossaire.) L'absence de la particule de : lo dreg d'autruy & la place du déterminatif n*ont rien de surprenant. Cf. ses deu licencia = ses licencia de deu cité par Diez, Grammaire^ trad. franc., III, 128 } cf. XIV, 38, un exemple analogue : per lieys lunh galiamen ziz per lunh galiamen de lieys»
34. Sur l'emploi du subjonctif dans la proposition relatire correspondant à l'usage latin, cf. III, 29, 81 la note.
37. Sur la construction e senher tanhy Sic, cf. la note au rers 25. Nous en trouvons deux autres exemples dans le fameux planh de Sordel : Planker vuelh en Blaeat^.
E lo reys Castdas tanh qu'en manje per dos... El comi proensals Unh qu'en manje, sil tore.
(Éd. De Lollis, V. 31, 37.)
senher est employé au sens général : un seigneur^ tout seigneur, d'où l'absence de l'article.
38. ne z=z en peut se rapporter soit à ce qui précède, soit à ce qui suit. Dans le premier cas, la phrase serait construite un peu irrégulièrement, 8c, au lieu de s'arrêter après mandamen^ se continuertiit par une nouvelle proposition explicative. Peut-être est-il préférable de rapporter en à ce qui suit 81 de le considérer comme annonçant la proposition commençant par fue : « loyauté leur recommande ceci : à savoir que... »?
41. Alphonse X venait, en eflet, à la mort de Guillaume de Hollande (1257), d'être élu empereur par la majorité des électeurs ^ mais les autres lui opposaient Richard d'Angleterre, frère de Henri III, 8c, en réalité, il ne réussit jamais à se faire reconnaître comme souverain légitime. Il n'alla jamais en Allemagne, 81 c'est pour cela que le poète lui reproche de ne savoir pas vouloir la réalisation de ses desseins. Ce que nous savons par ailleurs de ton caractère confirme le jugement du poète. C'était un esprit très ouvert, prompt à concevoir, mais sans fermeté 81 sans énergie pour l'action.
43. Les allusions à la mu^a ou à Vesperansa det Bretons attendant toujours le retour du roi Arthur sont fréquentes dans la poésie des troubadours. Cf. Cnyrim, Sprichwoerter der altproven^, t^y^i^t p- 53.
44. Que d*aut rey tanh. —'Sur cette construction proleptique, cf. la note au vers 25, 81 à I, 20.
SIRVENTES
QUI VOL E8SER AGRADANS NI PLAZENS
La pièce se trouve dans les manuscrits C (r* 262 r*), D ((^ 260), E (p. 146), F (f 55), i (i5, 20). / (f 68 A). iC (14, 25). K ((*> 38 t*), d^ e (p. 246) & /(P* 5 r®). De plus, la strophe IV est citée dans a, Breviari i^amor^ 32 082 sq. & 33 85o sq.
Pas plus que pour la pièce X, il n*est possible d'établir des rapports certains & exacts entre tant de manuscrits. Toutefois, l'on remarque que CJef donnent six cohlas 8c la tornada contre ER qui n'ont que cinq eohUs 8c la tornada, l'un 8c l'autre groupe s'opposant à DFIK qui donnent seulement cinq eohlas sans tornada. De plus, dans le premier groupe CJef^ malgré leur ressemblance générale qui permet de les rapporter à un même original, se distinguent les uns des autres. Ainsi, chacun donne pour les cohlas un ordre différent, 8c si l'on adopte comme nous celui de /, qui paraît le meilleur, celui des autres est comparativement. C : 1, 2, 3, 5, 4, 6 Tom.^ e : i, 2, 3, 4, 6, 5 Torn.^f: 1, 2, 3, 4, 5, Torn,, 6, Cbacun d*eux semble donc relativement indépendant. Toutefois, on constate entre C 8c /d'une part (▼▼. 14, 32, 41-52), 8c / 8c e d'autre part (▼▼. 4* m , 19), plus d'affinités qu'entre C 8c 7, par exemple, ou J 8c/ou /8c e. •« Le groupe ER se distingue de CJef par le nombre des strophes, mais pour l'ordre il reproduit, exception faite de la strophe VI, l'ordre de /. L'examen du texte confirme encore ces rapports entre les deux groupes, soit que l'on constate des leçons communes à £ 8c à 7e (tt. 2, 8, 16, 24, 25, 8cc.}, ou à C & àH (▼▼. I, 16, 17, 18, 26), ou à A 8c à/(vT. 3o, 34, 35, 40), ou enfin k Cf Sl k R (w. 8, 24, 32, 33). Les deux groupes, quoique distincts, représentent donc des traditions asses voisines. — Au contraire, ils s'opposent très nettement à DFIK, Ceux-ci forment manifestement un groupe à part, supposant un original commun, 81 ce qui le prouTe, c'est non seulement leur unanimité à don-
POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL. i6l
ner le même nombre de strophes dans ]e même ordre, mais encore une majorité de leçons à eux particulières. Toutefois, à l'intérieur du groupe même, on constate une fois de plus les rapports très étroits de i^ (▼▼. 3, 4, 17, 25, 26, 27, 29, &c.), qui se distinguent de DF^ chacun d'eux à son tour marquant son indépendance par des variantes particulières (▼▼. 9,11, 20, 21, 40).
Le texte de /aTait déjà été publié par Stengel, Die proyeH^al, Blw menlese ier Chigiana^ p. 55.
ui vol esser agradans ni plazens A totz vuelha dire e far onors, A cadaun si co"l devers es lors, E no sia autius ni reprendens,
Ans aj^ ab si mezura e abstinensa, 5
E si' aitals en cor cum en parvensa, Quar atressi deu esser vergonhos Del mal pessar com del dir totz om bos.
Quar anc non dec caber fais pessamens
En liai cor, ans tanh que's vir alhors, 10
E's cambi tant que non n'iesca clamors ;
Ni no'lh vengua en cor nulhs fols talens,
Qu*om non es pros qu'us fols volers lo vensa,
1 agradans e; e plaiens CRe; plaseu DEFIK — 2 a tôt Toilla dir e far honora F; a tôt Toilla IK; dir e far honora IKR; a toti voilla dire e far honora D/; a toU vuelha dir e Car aa honora C; bon dir e far honora EJ0 ; onors R — 3 er lors EJIK ; al cadaun /*; cadauns IK; cadau R; chadaun D; si quoi C; dever CE — 4 antius CEDK; aolioa R; anctius ID ; reprendenz DFIK ; reprenens / — 5 ans aya en sy mesure et aptenensa / ; e> aiabse DP; ans E; aiabse IKR; meazura, abstinenssa J; abstenenasa IK ; abstenenza DF — 6 aital EF; aytal R; con en /; parveassa J ; parvenxa DF — 7 alresi D; autresai EPe ; vergoinos D ; vergognes F ; vergoingnoa IK ; vergonihoa / — 8 de mal CDFIKR/; com de dir DF; pensar DKFIKJAe; con D/*; co R; pros CDIFK.
9 car ges R ; qar ans D ; car non deu e ; deu caber R ; dec aver f; quaber J ; penaameaz DEFIK; pensamens e; penaamen f — 10 ni tanh e; an tanh C; quer vir ailhors J; leial DEFJe; anx, taing DFIK; tanih /; aiilora DËFIK0 ; ailhors J ; alor /"— 11 nia camge taat que nteaqua clamors Se ; nia camge tan tro que nieaca damors E ; es camxe tan que non naiaca clamors F ; el came tan qe non naiaca clamors D ; el camget tan qe non nesque danaors IK; eaiaital que noy nasca clamor /"; la première partie du vers manque dans R; ... que non iesca clamors R — ii ce vers manque dans J ; ni non aia en se nuls fols talent DFIK; ni no vengua en fag sos fols talens R ; ni aia n^un temps fols talens s; ni vengual cor jieguna malvays t«Jent f; noill, venha, nuils E — 13 qom Don es pros qus foless volers lo venxa D ; com non es bos Re ; pus fols volers lo vensa R ; coma non es bons cun fol voler lo vensa f; cuns EIK; folhs C; venxa FIK; venssa J.
Ni*lh toi razo per far desconoyssensa,
Quar en totz faîtz deu gardar totz om bos, i3
Ans que*l fassa, si*l faitz li er dans o pros*
Res non es tan graztt entre las gens
Cum mezura, quar als non es valors
Mas qu'om valha segon qu*es sa rtcors.
Quar mezura non es mas solamens ao
So que de pauc e de trop toi falhensa;
Entre aquestz dos la forma conoyssensa
E fai vertut d*aquestz vicîs amdos
Tollen lo mal d'ambas las falhizos.
Omes trob' om larcx e mal conoyssens; aS
E largueza non es ans es fol lors, Qui dona si que*l n*en siegua lauzors,
14 ni toi raxoD per far desconoysscnssa f; ni non es racos de far desconoisensa e; ni es razos de far desconoissenza FEIK; ni es razos de far desconoissensa D; ni non es dreiu de far desconoissensa J; el fol razon per far desconoissenssa R; nil, rasos C — iS q«n totz afars R ; qar en totz faiU deu gar totz liom bos £ ; falz IK/*; bons /*— 16 sil fars e ; col fatz I; sel falz K; sil fag R ; anz qe D; anz EPIK; 1er danz FIK; 1er dans EJR/>; les dans C ; ho pros £ ; prons /".
17 res non es tan grazida entre las genz F ; quar re non es J ; re« non es tan graxida entres las gens D; jes non es tan grazitz IK; entrel valenz 1; entrels valenz K; mas re non es grazit Ee ; entrels Talents /* — 18 mas mezura cals non es valors E ; mai meszura quar Je; con R ; comezura f — 19 segon quer CE; s^gon qer R ; seguon quer f; segon qes DF; segontques IK; mai corn J; mais com R; vailla DFlKe; vailha if; ricor f — 30 non es als solamens DËIK; meszura J ; mai J^; solamenz F — SI sq de pauc e de trop toi faillenza IK; so cbe del pauc e del trop toi falllenza D ; so qen de pauc e de trop toi falhensa R ; o de trop /; faillenza F ; failhentsa J ; failhensa f; faillensa e — 2f e daqestz dos C; qentraquest dos R; entraqels F; entraquels DIKJ/*; la ferma I; conoisenza D; conoissensa ERe; conoissenza FIK; conoissenssa J; conoysensa f — 23 e fai vertutz ie; el fai vertats /*; daqestz vizis abdos R; daqels DF; daqel viciis IK; daquels vezia Ee; daquels veszis J ; daquels vizes F; abdos e — 24 toihcn C; tolem IK; toien e: tolens /; los mais CFIKR/*; carabat las falhizos R; faillisos DF ; faillizos ElKe; failhiszos J ; failhizos /.
25 dômes DEFJ/'e; le d dans F parait être d'une seconde main; homes y a larcx R: trob liom DF; trobam a; troba hom JR; trobon /*; e non conoysens R; e desoonmchens a; e mal conoischcns «'; e desconoissens f; conoissenz DEFIK — 26 e mesura non es anz follors I ; e mesura K; pero non es lai^ueza mas folhors CR/a«'; larguesa D; anz DEFIK ; folhors C; follor f — 27 qui don aissi qe nen sega lauzors D; qe don aissi qe non sega lauzors F ; qui dona si qe nol sega lausors IK; qui dona tan no len sega lauzors EJe ; segua E ; lauszors J ; car non tanh si quels ne segua lausors R ; com asome don trop part sa ricor /*; car non dan si qels en siegua lauçors Ce; car non dono si quels en sega honora «'.
POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAOOL. i63
Quar laus non es mas blasmes e nonsens
Qui az orne da trop part sa valensa,
E qui'lh da mens fai i mats de falhensa, 3o
Quar SOS dos pert e siec l'en mais ressos,
Sel qui gieta mezura de sos dos.
Quar ges no son égals totas las gens,
Per que*l savis onra mais los melhors
Mas ar volon ii rie fols cridadors, 35
Don farion a cridar malamens
E a blasmar ab crit de vîltenensa;
E quar li fol lauzo ses entendensa
So qu'ilh mal fan, lur iauzars lur par bos;
Mas fols laus catz quar no'l soste razos. 40
38 qe non m laus mas blasme e non sens f\ qe res non es mas foHe nosens R ; laalors non es ans es blasmes e nosens Ëe ; lauzors non es ans es blasme nosens J ; lauxors non es mas blasmes e non sens DFIK; no sens C ; non sens « — 29 qant a< home don trop part sa ▼alenia DF; qant'a n^us don trop part sa valenia IK; home que trop outra sa valenza G ; home que contra sa valenssa J ; home que dona contra sa valensa 9 ; com ad home don trop o part sa valensa R ; con a nogus don trop / ; qui da ad hom don ques part sa valensa C ; qui don'az hom de trop pert sa valenza a — 30 sil dona mens fai i mais de faillenxa DF ; sil dona mens fai mais de defaiUenza IK ; sill dona meins fai mais de desplaxensa ËJe ; e qui! da mens es mnger defalhensa C ; e quilh do rotins es majers defalhensa « ; e quil don mens es gran desconoissensa R ; e quel don mens es mais de desfaillensa f — 31 Lt vers manque dans D; que son do EJe; que sos dons /*; car sos dos pert e sec son mal ressons R ; car son don prec ne mal resos I ; car son don pert ne mal resos K ; sec EJ ; seg e ; Ion mal ressos C ; mal reson f — 32 hom que EJe ; cel que get a desmezura sos dos a; selh C ; gela DEFIK; jeta R ; mesxura J.
33 que ges DIK ; qe ges no es égals F ; égal f-, engals DJRe ; enguals £ ; geni DF1K« — 34 per qeill savi honron F : per qill savi honron D ; pcr quel savi onran £R ; per quel savis onran IK; per quel savi onra ie\ mas F; miels IK ; meilhs J ; meils e\ plus C ; meillors DEFIKe ; meilhors J ; milhors f — 'i^ quar volon mais li rie fols cridadors C; mai ar volon los ricx J ; mas er volon ries fais Iriacadors f; mas ar volon ricx fols e cridadors ER ; mas volen lo ries fols e cridadors IK; mas er honron rie fols e cridadors D ; mas er honron ries fols e cridadors F ; mas er « — 36 farian DIKR/*; a cridar «; malamens DFIK; malamen RF — 37 critx CER; digx Je; tenenza CDFIK; tenenssa J — 38 e car II eol laoaon ses entendensa IK ; e fas car fol li lauxan ses entendensa R ; e qar li fol lauxon entendensa D ; folh il — 39 sol quill e ; so qill DF ; so qil IK; so queill E ; so queilh J ; quels lurs nialfaiU lauzar les saboros C; e ilh no son ni lur laus cabalos R ; so quell lauzon lur lauzar non es bons /; lausar IK — 40 mas fols bausa car nol soste rasos IK; quar folh lauza que no soste razosC ; car fol laus chai can R ; mai J ; fol EJe ; folz IK ; cas E ; quas J ; chai De ; chay f ; calr, rasons /; rasoa IK.
Om deu esser vergonhos e sufrens,
Si al segle vol pujar sa valors,
E temen Dieu creyssera sa ricors
Âb leialtat et ab essenhamens,
E trobara mezur* e conoyssensa 45
Quelh faran far corteza captenensa
E laissar mal e far faitz valoros,
E enaissi aura pretz cabalos.
Reys Castellas, vos tenetz tal tenensa
On totz lo mons troba totz temps valensa, 3o
E vos fazen ries faitz e cars e bos
Sabetz lo luec, seuher, onrar e vos*
41 amoros e sufreus / ~ 43 setgle J ; pojar Je ; sas valors / — 43 e temeni Dieu» /; creisera e — 44 ensenhamens Je ; enteinhamens / — 45 messura J ; conoissenssa Je — 44 quel G ; queilh faran far ria dreita e mantenensta J ; quetU faran far TÎa drdU • mantensa e ; quil faran far via de mantenensa f — 47 e laissar mal e f ar a totx jorns faits bos J ; e laisar mal e far a totz fais bos e ; jors / — 48 anaissi J ; enaisi ef; près f ; quabalos J.
49 Rei E; Reys R; Reis e; Castellan Cf; Castelians e; Gaslelas EJR; tenas Jf; tenenssa J — 50 on tots hom bos R ; lot lo mon f; tostems EJR/!? ; valenssa J ; guarensa f — 51 e vos fases ricx fats e car est bons f; e vos faits ne ricx fats e cars e bos R : e vostres faits son ricx e quars e bons JRe — 5â e sabe^x be luex onrar senher bos Ee ; e sabetz be luecx onrar e sazos J ; don sabets jen onrar lo luec e vos R ; sabes seinher bel luoc onrar es vos f.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
L'intérêt de ce sirventes esc de nous tracer un portrait de Thonnête homme d'après les idées du temps & de nous montrer combien Pinfluence du clergé avait modifié Tidéal de la vie courtoise. (Cf. Introduction, p. 53.) La vertu que Ton exalte désormais par^dessus toutes les autres, c'est la mesure qui règle les désirs, maîtrise la passion & en tout fait éviter l'excès. D'elle procèdent l'équité nécessaire aux relations de la YÏe, la loyauté, la possession de soi, qui gardent des fautes ou des erreurs. Elle est le guide sûr des libéralités 8c récompense chacun selon ses mérites. Elle sait distinguer les poètes qui ne parlent que pour le bien, 8t c'est à ceux-là seuls qu'elle assure la protection des grands. Elle a son principe dans la crainte & l'amour de Dieu :
POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL. i65
par eux s'acquiert cette précieuse Tertu, source de toutes les autres. La pièce, adressée à Alphonse X de Castille après son aYenement 8c antérieure à son élection à l'Empire, doit se placer entre iiSzSi 1267. Cf. Introduction^ p. 28.
La pièce, composée de six cohUs croti-eaudadas unissonams & d'une tornada^ reproduit la disposition strophique & les rimes mêmes de la pièce I.
2* Si la construction du décasyllabe était plus libre chez les trou* badours, & si, en dehors des (^ux coupes 4 -)- 6 & 6 -|- 4, on pouvait admettre toute autre façon de couper le vers 2 -f- 8, par exemple, on pourrait mettre après a tot^ une virgule 8c rattacher ces deux mots à ce qui précède. On éviterait ainsi la reprise un peu gauche a tot^^ a cadaun, 8c l'on aurait un sens très satisfaisant.
3. devers a ici un sens assez voisin de celui que nous lui avons reconnu ailleurs (IX, 14) : il signifie rang^ dignité^ 8c par extension mérite, La construction du possessif lors peut s'expliquer si Ton songe que le provençal peut dire lo lors devers^ 8c aussi, quoique plus rarement, lo devers lors, (Cf. Diez, Grammaire^ trad. franc., III, 420.) Enfin, le mot, au lieu de rester invariable, prend sans doute sous l'influence de la rime 1*5 du cas sujet. (Cf. quelques autres exemples de cette forme assez rare citée par Appel, Chrestomathie^ XV.) Le possessif /y/itrrrZ est employé ici en accord avec l'idée de pluralité indéterminée contenue dans cadaun,
9. anc non dec z=z il ne dut jamais, 8c par suite maintenant encore il ne doit pas, La phrase, en effet, se continue par un présent tanh.
12. Il nous paraît préférable de couper la phrase après le vers 11 & d'entendre ni no'lh vengua comme un avertissement ou une défense. Il serait malaisé de rattacher à tanh cette nouvelle proposition, les verbes vir 8c se camhi ayant un sujet différent fais pessamens, La phrase est du reste assez négligée : vengua en cor ayant pour régime 'M, c'est-à-dire liai cor. On peut l'excuser en disant que liai cor a perdu son sens précis 8c est à peu près synonyme de homme loyal.
i3. Ici encore nous avons un emploi du subjonctif dans la proposition relative qu'on peut expliquer comme un souvenir de la construction latine (cf. III, 29, 8c la note), & de plus, par une anomalie dont nous avons relevé déjà un autre exemple (cf. VII, 33), cette
l66 POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL.
proposition relative au subjonctif est suivie d*une autre proposition relative dont le verbe est à Tindicatif.
/o. ^ Sur cet emploi pléonastique du pronom personnel, en particulier quand il renvoie à un pronom relatif déjà exprimé, cf. Diez, Grammaire, trad. franc., III, 58.
14. deseonoysseasa = folie, sottise, faute. Sur ce sens du mot, cf. V, 7, & la note.
17. La plupart des manuscrits sont d'accord pour nous donner ici gra{it invariable. Il semble donc que le provençal avait le sentiment du sens neutre de rei, re, & que nous avons là un nouvel exemple de la persistance en provençal, au moins pour les adjectifs,' d'un genre neutre. Cf. Diez, Grammaire, trad. franc., III, 6.
19. Cette union nécessaire de yalor & de mesura avait déjà été
exprimée ailleurs. Bien avant notre poète, Bertran de Born avait
dit :
Mas ses mesura non es res .
Aisel ques vol desmesurar No pot 8OS faits en aut pojar.
( Volontiers fara sirventes.)
C'est qu'en effet la mesura était, comme l'a bien vu M. Jeanroy, un des éléments constitutifs de la eortesia, (Cf. Jeanroy, De noitratibus mejii mvi poetis, p. 61.) La nouveauté de la conception morale qu'exprime ici Montanhagol est de proclamer, non plus l'union nécessaire de valor & de mesura, mais la prédominance absolue de la me^ura^ qui est la vertu par excellence & qui confère aux autres leur valeur. Cf. Introduction, p. 53.
20. Le poète avait ailleurs défini la mesura à peu près de même façon. Cf. X, 3o-3i.
27. Qui a ici, comme aux vers 29 & 3o^ le sens de si fue/fu'niK, si l'on. Sur cet emploi du mot, cf. la note à I, 16.
28. hlasmes ne paraît pas avoir ici le sens du mot français blâme. Il paraît être synonyme àt falhensa, employé plus bas, 8c avoir le sens de crime, & par extension faute, que E. Levy enregistre, mais avec quelque hésitation. Cf. Proven^. Supplem. f^oerterb,,!, 149.
29-30. Un contemporain de Montanhagol, chez qui nous retrouvons l'expression de toutes ces idées sur la mesura, dit de même :
Quar plus a greu fulhizon En trop espandr'e donar Qu'en tener e amassar Nil pot hom a dreg contendre.
(Bertolome Zoni, édit. Levy, p. 41.)
Au contraire de ce que dit M. Jeanroy pour T^e d'or de la courtoisie, il n'est donc plus permis d'enfreindre la mesure même quand il s'agit de libéralités. Cf. Jeanroy, op. cit., p. 52.
3 1-32. Z'= Zo & sel. Le mouvement de la phrase explique le pléonasme du pronom personnel, sel reprend le régime en le développant. Au surplus, remploi pléonastique du pjonom 8c en particulier du pronom personnel n'est pas rare en provençal. Cf. Diez, Grammairet trad. franc., III, pp. Sô-Sp.
35. cridadors est certainement un terme de mépris pour désigner les poètes assez vils ponr louer les fautes des seigneurs coupables, & aussi pour chanter un autre amour que l'amour pur & chaste. Il semble bien que nous avons là la preuve de la nouveauté des idées exprimées par Montanhagol. Elles ne sont pas adoptées universellement : il y a encore des amants qui suivent les anciennes maximes & des troubadours pour les en louer. Cf. Introduction^ p. 55.
36. Sur les locutions faire a hlasmar^ faire a cridar^ cf. VI, i5, 8c la note. Les deux mots semblent du reste à peu près synonymes : eridar paraît signilîer à peu près comme hlasmwy « réprouver ». Sur ce sens particulier du mot, cf. E. Levy, Proven^, Supplem. W^oerterh.^
42-43. valorSy ricors^ deux fois la forme du cas sujet au lieu de celle du cas régime, 81 cela à cause de la rime. C'est là une forte concession à la rime, mais on a d'autres exemples de pareilles violations de la règle de la flexion. (Cf. Stiraming, Bertran de Born, pp. 240 8c 295.) Nous avons déjà trouvé un exemple de la forme du cas régime employée à la rime pour celle du cas sujet. Cf. VIII, 11, 8c la note. Voyez encore dans E. Levy, Bertolome Zor\i, p. 85 : jutjat^ au lieu de jutjat^ Rotlan au lieu de Rotlan^, pla^en^ au lieu de pla^en.
49. Reys Castellas = Alphonse X, roi de Castille, que le poète a plusieurs fois loué. Cf. II, 53; X, 55; XII, 41.
tenensa == fief, c'est-à-dire le royaume de Castille. Le poète avait à peu près de même vanté le bonheur des Castillans :
que toU temps an rey de pretz e d'onransa.