SCÈNE VIL
GASTON , puis M™° MENDOZA , Valets.
*\lJnc musique douce et mélodieuse commence et continue pendant
ce qui suit.)
GASTON
Elle va venir!... je vais la voir, enfin, cette noble femme, qui fut l'ange protecteur de ma destinée ! Ah ! jamais amant attendant sa maîtresse ne fut plus ému, plus troublé que moi !
(Les portes du fond s'ouvrent à deux battants, et l'on voit entrer M^^ Mendoza, appuyée sur deux grands laquais, et suivie do deux autres.)
C'est elle !
(Mme Mendoza est très vieille et très voûtée. — Sa mise est d'une grande recherche, et porte le cachet de l'élégance d'une femme comme il faut, très âgée. — De beaux cheveux blanîs encadrent son visage, presque entièrement caché sous ses coiffes de dentelles noires et blanches. — Les laquais la conduisent à un grand fauteuil, où elle s'affaisse en s'asseyant. — Les valets se retirent. — La musique cesse à l'orchestre.)
GASTON, la regardant avec intérêt.
Pauvre chère tante I comme elle est vieille!
M"i« Mendoza.
Êtes-vouslà, mon beau neveu?...
GASTON, s'approchant.
Oui, chère tante, auprès de vous!.., et si heureux de vous connaître eniin !...
130 LA FANGHÔNNETTE,
M^e MENDOZA.
Approchez-vous de moi... (A Gastoti, qui se place à côlé d'elle.) Là... là... (L'écartant de la main.) Un peu plus loin... je suis encore coquette., je ne veux pas que vous rae voyiez de trop près..=
GASTON
Pourtant, bonne tante, je brûle d'envisager vos traits, qui doivent respirer la grâce et la bonté.
M^e MENDOZA, souriant.
Oh! croyez-moi, tout cela n'est pas fort séduisant... J'ai la figure de mon âge, mon enfant !
GASTON
Bah! maintenant que nous vous tenons... nous vous ferons vivre jusqu'à cent ans î
M™e MENDOZA.
Eh ! eh I vous ne me faites pas bonne mesure... J'en ai quatre-vingt-dix-sept... et, comme le temps me pressait un peu... j'ai voulu venir moi-même vous apporter ma bénédiction (Lui donnant un portefeuille) et CO qu'il y a là dedans.
GASTON
Quoi donc?
Mine MENDOZA.
Votre fortune bien claire et bien nette en bons de caisse des fermiers généraux I
GASTON, avec transport.
Ah ! ma chère tante, vous me voyez éhiu, touché jus-