‹ Le truquage; les contrefaçons dévoiléesChapitre 23 sur 35 · MEUBLES · texte numérisé non relu

MEUBLES

Il n'y a plus de meubles anciens. — Avilir un meuble. — LliuUe de bnts. — Les vers savants. — Le tapotatje. — U assemblage. — Le lavage des panneaux. — Marqueterie do Boule. — Le bois de rose. — La dorure sur bois est inimitable. — L'ancienne et la nouvelle fabrication vénitienne. — Lippmann. — Beurdeley. — Dromard.

J'aborde maintenant un sujet délicat et qu'il ne faudrait toucher, comme dit Shakespeare, qu'avec des mains gantées de prudence. Mais je me suis constitué le Mentor des Télémaques de la curiosité, et je dois continuer ma tâche, sans m'occuper du déplaisir que pourront en ressentir certaines personnes. Soyezen convaincus, j'aurai, jusqu'au bout, le courage d'arracher les voiles et de dire la vérité.

C'est Victor Hugo qui nous a donné le goût des choses anciennes, et qui a mis à la mode, dans le monde des arts et de la curiosité, les vieux meubles, les vieilles tapisseries et les vieux bibelots. L'histoire de l'ameublement a enregistré les spendeurs de son habitation de la place Royale, et Eugène de Mirecourt, le biographe de triste mémoire, a raconté

avec beaucoup de verve les surprises de son tapissier, quand !c grand poète lui couimanda de couvrir ses plafonds avec des tapisseries anciennes. Car, à cette époque, l'amateur no s'appelait pas Légion; on en était encore au style em[)ire. Le loLiis-quinze était dédaigné, le louis-seize complèlement méconnu, et l'on aurait pu faire le compte des amateurs qui collectionnaient les objets d'art du dix-huitième siècle. Il était facile de se procurer en louis- treize des coffres et des bahuts de vieux cliéne. Les maisons normandes et bretonnes en étaient pleines, et l'on ne faisait pas plus de cas alors d'une huche merveilleusement sculptée que d'une faïence de Rouen ou de Strasbourg.

On peut établir en fait qu'aujourd'hui il n'y a pas d'intérieurs un peu élégamment meublés, à Paris ou en province, où l'on ne rencontre soit une crédence renaissance, soit un bonheur du jour en marc[ueterie, soit une commode de Boule incrustée de cuivre et d'écaillé. Le propriétaire s'empresse de montrer ses richesses à tous ceux qui le visitent. S'il les suppose doués de quelque goût artistique — c'est réglé — il ne manque pas d'ajouter qu'il a acheté ces objets de confiance et qu'il y a mis le prix, pour être sûr de leur authenticité. Or, sans crainte de nous tromper, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, vous vous trouvez en présence d'une véritable victime des nombreux abus de confiance que pratiquent sans vergogne les brocanteurs de tous les pays.

L'exception confirmant la règle, nous pouvons poser en principe qu'il n'y a plus de meubles anciens. Tout ce qui se vend est faux ou affreusement réparé. Il n'a, pour ainsi dire, rien survécu du mobilier civil des époques qui nous ont précédé.

Pour les meubles gothiques ou de la Renaissance, la contrefaçon est fertile en ressources. Elle sait vieillir les bois à l'aide des écoi'ces de noyer bouillies dans un chaudron, ou en les passant simplement à la teinture de brou de noix. C'est ainsi qu'elle fabrique, sans grands efiorts d'imagination, des coffi'es, des huches, des tables et des bahuts qui produisent/'t^//Vt voulu pour les débutants dans la carrière.

Pour ceux qui ont un peu plus d'école, mais prennent volontiers les bâtons flottants pour des chameaux, les truqueurs se livrent à un travail supplémentaire. Avec un brunissoir ils écrasent les pores du bois. Avec une brosse très dure ils adoucissent certaines arêtes. Enfin, avec de la patience ils remplacent la crasse épaisse des siècles par de la poussière mélangée de terre et de boue.

Gela s'appelle avilir un meuble.

Ces contrefaçons primitives, fabriipiées aux Batignolles, abondent dans les villes d'eaux et surtout chez les paysans, en Normandie et en Bretagne. Que voulez-vous, on leur a enlevé, pour rien, il y a vingt ans, ces beaux bahuts faits en plein bois par les maîtres huchiers, et qui, à force d'être frottés avec de l'huile de bras, avaient pris un poli merveilleux. Ils se sont laissé griser par quelques louis d'or, et se sont aperçus trop tard de leur méprise. Aujourd'hui c'est leur tour : ils se rattrapent. Ils ont vendu à vil prix, pour leur compte, des pièces anciennes, ils vendent maintenant un bon prix, pour le compte d'autrui, des pièces modernes.

Pour les dùlicats qui nimeiiUes épaves ancienaes, vermoulues et charpillées par les termites, les fraudeurs se donnent encore plus de mal. La chimie arrive à la rescousse, l'acide nitrique dévore l'épiderme du bois, et le permanganate de potasse teint ce qui en reste. Les panneaux sont vermiculés ensuite à la machine ou à la cendrée, qui laisse malheureusement au fond des trous le plomb dénonciateur.

Enfin, pour les collectionneurs d'élite lisse mettent en quatre. Les truqueurs font de véritables prodiges. Connue le dit spirituellement quelque part M. Ed. Bonaffé, pour ceux-là, dignes de tous les égards, on dresserait au besoin « des vers savants chargés de fouiller le bois neuf à la demande ».

Le hasard m'a dernièrement conduit dans l'un de ces ateliers de vieux meubles, oîi j'ai pu faire des études d'après nature. Il s'y trouvait quelques belles crédences en cours de travail. A part les fonds, préparés avec des morceaux de bois tout vermoulus provenant des démolitions, le corps se composait de menuiserie et de sculpture modernes, copiées, tant bien que mal, sur d'anciens dessins.

Une équipe spéciale d'ouvriers armés de gros bàlons faisait le bruit de forgerons frappant sur l'enclume.

c< Tapotez ferme, les enfants ! disait le fabricant. La casse est assurée. »

Et les hommes, sans s'arrêter, cognaient dru et ferme, en cadence.

Le patron, Xerxès d'un nouveau genre, voulut bien m'expliquer que pour donner à ses ^créations l'apparence de vétusté qu'on aimait tant, et les punir d'être modernes, il leur faisait appliquer la bastonnade.

11 obtenait ainsi les creux, les coches, les érallures que, par leurs nombreux chocs, les bahuts séculaires ont forcément reçus dans le cours de leur longue existence.

« C'est ainsi que je fais mon vieux chêne \iOuv les grands amateurs, me dit orgueideusement le truqueur. Quand ils en ont pris une fois, ils y retournent.

Je sortis absolument navré. Courez donc maintenant après les vieilles choses !

Mais il y a mieux que cela encore.

Quelques fabricants, voulant absolument se rapprocher du meuble tel qu'il élait autrefois, ont, dans leur ignorance, inventé les meubles henri-deux en bois naturel pour imiter l'ancien. C'est-là une grosse erreur. Jadis les ])ahuts, pour la plupart, étaient teintés. On ne leur épargnait pas les couches successives de vernis et d'huile de lin. Ce qui prouve que nous n'avons rien inventé, en somme, et que le brou de noix, dont on abuse tant aujourd'hui, était bien connu de nos pères.

Quelques mots à présent sur ïassembJage.

Il consiste à réunir des morceaux anciens, rap-

procliés de morceaux modernes, pour confectionner les meubles en noyer de l'éblouissante époque de la Renaissance.

Ces fragments, groupés ensemble, ne procèdent d'aucune règle ni d'aucun modèle : les panneaux anciens ayant, sans aucun miracle, retrouvé leurs reliefs par la grâce de la gouge, s'accouplent avec des pilastres do fabrication récente. Avec quatre pieds tournés on obtient une table à éventail. D'une hucbc rongée, dont le bois ressemble à une éponge, on y ajustant des cariatides, on fait un babut françoispremier. Un coffre à avoine, jadis un coffre de mariage, redevient, grâce au socle, au fronton et aux colonnes torses dont on le dépare, une crédence historique vendue à un prix fabuleux.

A toutes les époques cependant les meubles relèvent de l'architecture et de la sculpture. Ils ont leurs principes obligatoires, auxquels il est impossible de se soustraire. Aussi je ne me suis jamais expliqué comment ces horribles productions pouvaient être prises pour des « meubles du temps », même par des connaisseurs médiocres, dans les magasins de curiosités où ils se tiennent discrètement dans la pénombre de l'arrière-boulique.

Autre super<?herie.

Beaucoup de meubles sculptés ont été anciennement peints. Certains amateurs les font laver dans le but de retrouver le travail primitif; toutes les délica' tesscs du ciseau (jue la i)einture avait empâtées repa-

raissent ainsi. Il ne reste plus qu'à passer le bois à l'encaustique pour lui redonner son brillant.

Cela n'a pas été perdu pour les truqueurs, qui visitent les collections particulières et font leur profit de tout ce qu'ils apprennent. Ils ont établi en Auvergne une industrie spéciale qui montre jusqu'à quel point l'activité de leur imagination est grande.

Ils arrachent aux vieilles armoires leurs panneaux, qu'ils obtiennent à vil prix de ces braves Auvergnats, souvent pour un morceau de pain. Ces panneaux sont des planches unies, très épaisses, n'ayant jamais gauchi. On va voir quels précieux services ils peuvent rendre aux faussaires.

Ils les couvrent de sculptures gothiques ou de mascarons renaissance, puis ils font passer dessus plusieurs couches successives de peintiu'e.

Les fraudeurs laissent ensuite sécher au soleil aussi longtemps que possible. Le tout se fendille et tous les pores s'imprègnent profondément de peinture.

Puis on attend un an, deux s'il le faut, pour que l'opération soit faite. Au bout de ce temjis on lave à la potasse afin de faire croire que l'on a découvert ces intéressantes sculptures sous une couche séculaire de vernis et de couleur. Cela fait des panneaux merveilleux, témoignant de leur ancienneté par les traces de peinture sèche qui restent encore dans les fentes du bois.

Les chineurs apportent alors leur fabrication à Paris. Piccappé et Dromard, deux habiles, y ont été pris, je crois; et l'un de nos peintres les plus estimés ne me démentira pas, s'il me lit, quand je dirai qu'il a acheté de la sorte, avec le médaillon de Henri IV

et de Catherine de Médicis, deux panneaux d'armoire qui paraissaient âgés de trois cents ans.

Les procédés ingénieux ne manquent pas pour reproduire aussi exactement que possible les moulures, les bas-reliefs et tous les motifs de décoration qui viennent en dépouille dans les bois sculptés.

Vous pourrez le constater comme moi en visitant les nouvelles salles du musée du Louvre, où sont exposés les objets légués par M. Thiers.

Les chambranles des portes ornés en noyer sont sculptés à l'aide de moyens mécaniques trouvés par la Compagnie des bois sculptés. Et ce qu'il y a de curieux, c'est que le bois ainsi travaillé est bien sculpté et non comprimé; il a des reliefs étourdissants qui dépassent souvent un décimètre.

La Compagnie des bois sculptés donnera dans l'avenir du fd à retordre aux amateurs. Elle a remplacé le ciseau par un moule en fonte chaud sur lequel on applique le bois bien sec sans aucun apprêt. A l'aide d'une pression suffisante pour opérer une combusliou rapide et d'un brossage assez énergique jjour enlever toute trace de charbon, le bois paraît avec une teinte de vieux bois bien patiné.

J'ai vu à l'hôtel Drouot se vendre à des prix dérisoires des cheminées préparées ainsi dans le goût des meubles de du Cerceau, et qui ont passé comme une lettre à la poste et contre lesquels des flâneurs ordinaires venaient se cogner le nez sans y rien voir.

La Compagnie des bois sculptés a. fait savoir à tous

les marchands qu'elle mettait son habileté à leur service pour leur livrer, dans le plus brcl'dél.ii, toutes les époques du bois sculpté.

Est-ce tout ? Oh non !

Continuons notre chemin à travers les contrefaçons des meubles, en examinant une autre époque plus rapprochée de la nôtre.

Le soleil de Louis XIV Ht, dil~on, cclore Boule, (jui lut bien né tout de même sans lui. Ce Parisien complet, à la lois architecte, sculpteur, graveur, menuisier, s'imagina de mettre l'une sur l'autre une feuille d'écaillé et une feuille de cuivre, de les découper ainsi suivant le dessin qui lui plaisait.

L'ornement d'écaillé s'appliquait sur un fond de cuixre et s'appelait seconde partie. La première était celle que Boule aimait le plus à employer. Il y joignait parfois une troisième partie en étain, et, de ces mélanges gravés, auxquels son goût exquis présidait, il savait tirer des effets enchanteurs.

Boule élait son piopre inspirateur. Aujourd'hui, sur les dessins de Berain et sur ceux de Gillot, on fait de la marqueterie de cuivre qui ne ressemble en rien à celle du maître. Paris est pavé de ces commodes qui séduisent la foule. Il est cependant bien aisé de distinguer les meubles de cette grande époque, do ceux qui sortent en abondance des ateliers du faubourg Saint-Antoine, par la présence d'animaux et de personnages, dont André-Charles Boule ne se servait jamais.

Quand la contrefaçon est grossière en fausse écaille, pour la reconnaître il suffît de laisser séjourner sur la surface quelques gouttes d'eau : il se produit des boursouflures qui dévoilent immédiatement le trompel'œil.

Depuis quelque temps, la Société duCelluloïde,(]ui imite assez bien l'écaillc, a essayé de reproduire par les procédés spéciaux qu'elle a découverts la marqueterie de Boule, mais ce sont là des tentatives imparfaites, que nous signalons en i)assant et qui ne sauraient rentrer ni dans la catégorie des contrefaçons, ni même dans celle des imitations dont nous nous sonunes occupés jusqu'ici.

La marqueterie de bois de rose et de violette, faite sous Louis XV et sous Louis XVI, est trop recherchée pour ne pas avoir inspiré quelques tromperies à la secte néfaste des maquilleurs.

Les épaves des commodes ventrues, des secrétaires, des bonheurs du jour,des chiffonniers et videpoches du temps de M"'' de Pompadour, de la Dubarry et de ^larie-Antoinette sont actuellement pieusement recueillies par tous les brics-à-bracs. Ils s'en servent pour faire des meubles rehaussés de cuivre, de rinceaux et de chutes.

Regardons bien comment lo piège est fait. Non, vraiment, il est trop grossier !

Le vieux placage, détaché avec soin, est appliiiuc sur un bâti moderne. Des bronzes, fondus rue Saint- Antoine, ciselés rue do Lancry, dorés rue Sainl-Sabin,

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cL recouverts d'une crasse épaisse dans le magasin de vente, achèvent l'ornementation et rhabillage en vieux. Un beau marbrecomplète le tout, brèche d'Alep ou vert aiiti([ue, provenant des carrières enfouies à une grande, profondeur etretrouvées en Italie, lors de la construction du nouvel Opéra.

Le comble de la supercherie, c'est aussi de laisser çà et là des traces de grands cachets rouges pour faire croire que le meuble, provenant d'une vente après décès, a subi les scellés de l'inventaire. Dans l'esprit des contrefacteurs, cela doit achever de donner une confiance aveugle à ceux qui hésiteraient.

Lorsque la lourdeur et les incorrections ne parlent pas d'elles-mêmes, le seul moyen de ne pas être flibuste, en achetant cos meubles de placage, et de ne pas faire rire le marchand à gorge déployée, c'est de regarder de très près le bois sur leciuel on a maquillé. Profitez de cet avis : le bois ancien, très souvent du sapin miné par les vers, s'effritte et laisse tomber la poussière des rongeurs.

Il est bon de savoir également que, depuis quelque temps, l'art du faussaire s'est attaqué aux meubles en marqueterie de bois de rose sans aucuns cuivres dorés, mais parfaitement authentiques dans leur simplicité. On les complète en les décorant de faux bronzes deGouthièresoudefaiissesphiquesdeWegdwood. On quadruple ainsi leur valeur. De là à mett);»3 la marque à feu de Riesner il n'y a qu'un pas. On ne l'a point fait encore. Soyez tranquilles, on le fera.

Autre truquage. On fait voyager au loin les meubles rafistolés pour les dépayser. On les envoie de France aux inagasins qui bordent Oxford street ou Bond-street, d'oîi ils reviennent ou France aclietés

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par des amateui's passionnés, toujours en qiiète de trouvailles hors de chez eux, P.jivres collectionneurs ! On leur donne un meuble de contrebande contre de l'argent ayant cours. Qu'ils aillent donc ensuiteintenter une action revendicative au marchand, avec les interminables lenteurs delà justice anglaise et les frais fantastiques qu'elle occasionne !

Les pauvres collectionneurs, par «luelles épreuves on les fait passer ! Il était plus heureux qu'eux, quoi qu'on en dise, Damoclès de Sicile, avec son épée suspendue par un fd au-dessus de la tête!

Finissons l'ameublement en disant comme consolation que, si les vieilles dorures de la Renaissance peuvent s'imiter avec une mixture de cuivre, le bois doré ancien du règne de Louis XIV et de ceux qui suivent est, au contraire, tout à fait inimitable. Il faudrait faire fabriquer des feuilles d'or de la même épaisseur et au môme titre, et trouver un moyen vieillisseur que l'on ne connaît pas encore. Les nombreux essais dans ce genre ne sont que des à peu près dont il n'y a pas même à s'occuper.

Quelipies fabricants font, sur commande, des pendules dites religieuses en marqueterie de cuivre et d'écaillé. Ils y placent un mouvement ancien acheté à la ferraille, et, avec un supplément, ils mettent sur

l'ûmail du cadran le nom d'un grand horloger du temps. Toute la généalogie des Martinet y passe, Jean, Henri et Balthazar. On pourrait et on devrait placer au moins, en bas, dans un cartouche l'inscription suivante :

Pendule de 1710

Qui date de 1883

A ttribuée à Gilles Balthazar

Mais faite en réalité par Magnus.

Ce serait, pour ce fabricant célèbre, avoir ce qu'on appelle le courage de son opinion; mais nous sommes tranquilles, nous ne verrons jamais ce souhait-là se réaliser.

C'est de l'Italie que nous vinrent jadis les incrustations d'ivoire, de nacre, d'argent et d'ébène.

Aujourd'hui,ce pays a repris la chaîne interrompue des traditions du passé, pour la plus grande joie àes Américains en voyage.

Venise s'est mise à refaire ses cal^nets d'ébène et d'ivoire, ses stippi d'écaillé avec paillon rougeàtre, ses tables en certosine, ses chaises en bois teints et découpés en ligures dans les fonds, en draperie et en ornements de toutes sortes. Mais tout cela procède d'une décadence complète. Les peintres, les sculpteurs, les orfèvres, les émailleurs, les graveurs et les mosaïstes autrefois conviés à cotte glorieuse fabrici|.tion sont remplacés maintenant par des ouvriers

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dépourvus du l'eii sacré arLislique,qui travaillent sans aucun talent.

Constatons-le en passant, et soyons-en fiers, nous restons encore en France les ajusteurs précis, les princes de l'ongict et les rois de la coupe.

Je ne m'étendrai pas suries imitations do deux intelligents industriels, MM. Alphonse et Héber Lippmann, dont on peut voir, dans les magasins luxueux de la rue Auber, les variétés infinies de coffrets en laque, de sièges en bois dore et de meubles renaissance. A part leur vernisMartin, dont l'effet est assez bon, leurs reproductions pimpantes n'ont pas la prétention de passer pour anciennes. Elles sont destinées, non aux collectionneurs convaincus, mais au public élégant de la Bourse ou du théâtre, tous antiquaires d'occasion cherchant l'effet décoratif, ou voulant se meubler richement d'un coup et en un seul jour.

Enpremièreligne,parexemp!e, dans l'ordre d'idées qui nous occupe, il faut i)lacer la maison Beurdeley, qui copie avec un soin intini toutes les belles pièces du Garde-Meuble. Chaque exposition nationale ou étrangère amène pour elle un triomphe déplus. Voilà de la vraie, de la bonne, de l'honnête imitation. Elle est d'un goût parfait, d'une exécution très soignéoet d'un style irréprochable. Nous comprenons très bien que,ne voulant pas consacrer un temps souvent précieux à de longues recherches, les amateurs s'adressent à M. Beurdeley. Avec lui pas de déception. Il est

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dans la catégorie des imitateurs devant lesquels nous nous inclinons comme devant les maîtres du passé. Citons encore M. Dromard, un habile ouvrier qui prend peu à peu un rang important parmi les ébénistes de notre époque. Bien dans l'esprit du temps ses modèles de chaises en bois doré de l'époque Louis XVI ! Ce sont des bijoux de délicatesse ! Nous ne sommes nullement l'ennemi de pastiches traité-^ de la sorte.

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