‹ Le truquage; les contrefaçons dévoiléesChapitre 25 sur 35 · TAPISSERIES · texte numérisé non relu

TAPISSERIES

Tentures ravivées au pastel et à l'aquarelle. — Du rôle de l'épingle dans l'examen des tapisseries. — Tapons et bordures. — Couleurs tirées de la houille. — Imitai ions des Gobelins par Ceauvais et par Bruxelles. — N'achetez jamais rien le soir.

La tapisserie, parsanature, ne se prête pas aisément aux sophistications. Les einljûches tendues à l'acheteur sont peu nombreuses. Cependant les tapisseries dont les fonds ont été ternis par le temps sont repeintes avec des eaux colorées qui rendent aux couleurs leur éclat primitif.

Pour réveiller les tons vifs des chairs et des draperies, les restaurateurs procèdent comme le font les importateurs de châles de l'Inde lorsqu'ils veulent modifier les fonds et cei'laines couleurs au gré du goût français.

Des ouvriers munis de pinceaux ou de plumes de roseau chargés de couleurs d'aquarelle couvrent les parties que l'on veut raviver. On fixe ensuite à la vapeur ce ravivage, qui ne saurait néanmoins tenir longtemps, car une couleur transformée ou disparue par

l'action de l'air et de la lumière ne peut jamais revenir ce qu'elle était à l'origine.

Aussi voyez dans les ventes les marchands de curiosités. Ils ont toujours bien soin, pour les tentures dont l'éclat' paraît éblouissant, d'écarter le point en divers endroits avec une épingle. S'il y a des ravivages ou des repeints, ils retrouvent ainsi les couleurs passées à la profondeur que le pinceau n'a pu atîeindre.

De tout temps aussi on a employé le pastel pour faire revivre les nuances éteintes. D'anciens règlements interdisaient autrefois aux tapissiers d'employer le pastel pour peindre les chairs des personnages, sous peine de confiscation. Cette défense, dont on connaît le texte, prouve que la chose se faisait alors couramment comme aujourd'hui.

Mais la fraude est bien simple à découvrir. Il suffit de mouiller légèrement son mouchoir et de frotter vivement avec le doigt pour retrouver sur le linge les traces accusatrices de ce truquage.

Parfois on remplace les fonds unis, surtout noirs, par des morceaux d'étoffe, reps ou autre, de mêmegrain que la tapisserie. Rien n'est plus facile à reconnaître. On nettoie encore aussi les parties détériorées par la fumée à l'aide d'une petite brosse ronde et très ferme trempée dans de l'eau préparée ad hoc.

Ce qui se fait souvent aussi, c'est d'encadrer do nouvelles bordures les tapisseries auxquelles elles ont été coupées. Il y a des fabriques de ces bordures faites à la main par des ouvrières dont la spécialité est la restauration. La sécheresse et l'irrégularité du point trahissent vite le travail récent.

Point n'est besoin non plus de longues études pour reconnaître, même de loin, au premier coup d'œil, les

morceaux raccommodés ou reconstruits en sons-œuvre dans les ateliers de rentraiture. Les ouvrières rehni à l'aiguille ce que le tapissier avait exécuté à la broche. Elles commencent par rétablir avec soin tout ce qui est endommagé de la chaîne ; une fois ce travail 'effectué, elles réparent avec des laines assorties aux couleurs de la tapisserie. Mais la coloration se révèle par des taches indicatrices, les couleurs mniérales tirées de la houille, substituées pour la teinture aux anciennes couleurs végétales, ont une incroyable dureté. Elles passeront vite.

Quel effet produiront dans cinquante ans ces tapisseries ayant subi de telles restaurations I Çà et là apparaîtront de larges espaces, des placards blafards montrant tous les endroits restaurés, comme sur les tentures de papier peint apparaissent les taches de moisissure.

Comme je l'ai dit en commençant, il faut bien le reconnaître, les vieilles tentures sont peut-être dans la curiosité ce qui, avec les étoffes, a été jusqu'ici le plus respecté.

On fait de la restauration, on répare et on ravive, mais personne n'a osé entreprendre ce qui s'appelle vraiment de la contrefaçon. Avec la meilleure volonté du monde, il serait impossible de s'y laisser prendre.

Allez donc refaire les Moifi d'Audran sur fond maïs, ou même seulement V Histoire de Don. Quicliotte, par Goypel !

Pour satisfaire le goût nouveau, nos fabricants,

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Braqiienié et autres, sont bien obligés ub copier lo dessin, les bordures, les tons des vieilles tapisseries, surtout des verdures, parce que leur clientèle veut un souvenir de l'ancien.

Mais qu'après avoir exposé au soleil et à l'humidité les tapisseries qui sortent de ces honorables maisons, les marchands de bric-à-brac essayent ensuite de les vendre comme anciennes, même dans l'obscurité d'une arrière-boutique, je les mets au défi de réussir à tromper les plus novices.

Seulement, comme toujours, les marchands spéculent sur l'ignorance du public et lui font passer pour tapisseries des Gobelins des tentures exécutées à Aubusson, quand celles-ci sont signées et d'une bonne époque.

Beauvais a coi)ié les tapisseries du Triomphe cVAmphitrite et la série des bergerades, de Boucher. Bruxelles, à la fin du dix-septième et au dix-huitième siècle, a pris d'anciens modèles aux Gobelins, comme toute la série des Métamorphoses d'Ovide ou des Batailles d'Alexandre et de Darius, par Lebrun.

Passons; ce sont là seulement des pastiches.

Dernier conseil. Défiez-vous des tapisseries vendues le soir ou accrochées trop haut dans les salles des hôtels de vente de la province. Je peux vous garantir, sans les voir, que celles-là sont en fort mauvais état.

A une certaine distance, elles font encore illusion, grâce à un certain apprêt en vue de la vente. Quand

âSQ LE TRUQUAGE

VOUS les avez achetées, qu'elles sont chez vous et que vous les regardez de près, vous vous apercevez, mais trop tard, qu'elles sont criblées de déchirures, grossièrement recousues et constellées de trous mal bouchés avec des morceaux d'une autre pièce, quand ce n'est pas avec la plus vulgaire des étoffes.

Il faut alors s'exécuter et doubler le prix de l'achat pour faire remettre la tapisserie en état. Autrement, vous n'auriez chez vous (ju'un véritable morceau d'amadou.

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