STATUES ET STATUETTES
des statuettes en bois des quinzième et seizième siècles. — Ils sont nombreux à Paris.
Voici comment, d'après le docteur Foresi, le sculpteur Bastianini confectionna une statuette à laquelle il donna le nom de Giovanna Albizzi.
Un menuisier fut d'abord chargé par lui de réunir, au moyen de colle forte et de chevilles, plusieurs morceaux de bois bien vermoulu. Un praticien fît ensuite sortir de ce tronçon une ébauche grossière de jeune femme.
Le sculpteur italien prit alors l'œuvre au point où elle se trouvait et la perfectionna. Il farda le bois d'un mélange de stuc, d'étoupes et de chiffons, et cette matière, encore fraîche, devint sous ses doigts une robe dont il colora et dora habilement l'étoffe dans le goût du seizième siècle.
Un fripier obscur fut appelé et chargé de la vente. Les archéologues, avisés d'une nouvelle découverte, arrivèrent tous et admirèrent sans défiance le pastiche de Bastianini. L'un d'eux, pris d'un bel enthousiasme, offrit 500 francs, un autre alla immédiatement jusqu'à 1000. Les amateurs, émerveillés, se disputaient encore la possession de la statuette, lorsque le peintre Timbal, passant par Florence, vit ce trésor de grâce et d'élégance.
Timbal était très épris des objets du seizième siècle. Il fut de suite talonné par un vif désir de rapporter en France la gracieuse Giovanna, et plus audacieux et aussi plus imprudent que les autres il proposa un gros prix, s'alluma, augmenta ses offres, bref finit par Tenlever au nez et à la barbe de tous ses concurrents.
Qu'est devenue cette merveille du truquage sortie du cerveau de Bastianini, comme Minerve
de celui de Jupiter? Je n'en sais rien. L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux nous l'apprendrait sans doute, lui qui sait tout, si on l'interrogeait.
Je dirai quelques mots seulement des statuettes en albâtre de la Renaissance, faites à la douzaine dans des moules avec de la poudre d'albâtre mêlée de gomme, teintées et polies ensuite avec du papier de verre, et, pour ne pas les passer sous silence, je mentionnerai seulement les petits groupes en marbre du temps de Louis XIV, fabriqués avec de la cire jaune, et passés à la cire blanche pour obtenir la transparence et le ton doux du marbre. C'est bien grossier, direz-vous? Soit, mais cela réussit à tromper parfaitement, jusqu'au moment où la chaleur vient détruire tout l'édifice et tout l'artifice.
La céroplastique a fleuri d'une manière brillante depuis le quinzième siècle jusqu'à la fin du dixhuitième.
Les portraits en cire datant de la Renaissance sont extrêmement recherchés. Pour répondre aux désirs de tous les amateurs qui veulent en posséder, il a bien fallu en fabriquer.
Un artiste parisien s'est fait un grand renom dans cet art délicat. C'est, du reste, un sculpteur de talent. Je l'ai vu à l'œuvre, et je sais comment il procède.
Son matériel est des plus simples. Il se compose de pains de cire vierge, grands comme des hosties, d'une spatule à dents de scie, d'une lampe à esprit de vin et d'une boîte de couleurs d'aquarelle.
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Le travail se fait avec la spatule chauffée, servant d'ébauchoir. Par la chaleur les couleurs s'assemblent et se fondent dans la cire. Cet artiste qui se donne bien de garde de jamais signer ses œuvres, arrive ainsi à produire des médaillons des Valois qu'il livre, placés sous verre, au commerce. Ces imitations sont parfaites. La ressemblance esi garantie comme chez les photographes.
Avec le fer malléable on obtient des serrures, des targettes, des verrous, des marteaux de porte qui déroutent les plus experts.
Moreau, le célèbre serrurier qui a formé cette splendide collection de ferronnerie, l'un des étonnements de l'exposition du métal, en 1878, ne pouvait se prononcer sur l'authenticité d'une clef du dix-huitième siècle contenant une fleur de lis au milieu de la boucle.
« Il faudrait la briser pour être fixé, répondit-il au collectionneur anxieux qui interrogeait son expérience. »
Le moyen était trop radical, et le propriétaire, ne voulant pas aller jusque-là, préféra garder sa clef et ses doutes.
Il y a de cela très peu de temps, deux collectionneurs enrichirent leurs vitrines d'une clef en fer finement ciselée, découpée à jour et couverte d'arabesques, qui leur était apportée par un courtier en bibelots de la place de Paris.
Il avait trouvé, disait-il, ce bijou de la Renais-
sance chez une brave femme très âgée, demeurant rue Rochard-de-Saron à Montmartre. C'était tout ce qui lui restait d'un coffret de famille que, poussée par la misère, elle avait dû vendre. Aussi tenait-elle tellement à sa clef qu'il avait fallu employer d'abord les prières et ensuite les supplications pour la décider. Mais, comme toujours, les arguments irrésistibles, sous la forme de bons billets de banque, avaient fini par vaincre ses hésitations.
Telle était la version que débitait le courtier. Payée cher, la clef devait être vendue très cher, mais elle était si belle qu'elle conquerrait tous les suffrages.
Si les dîners de la Macédoine, du Bon-Bock,^ de la Marmite et des Têtes-de-Bois rassemblent, dans des festins fraternels, des artistes, des peintres, des musiciens et des littérateurs, celui du Quinzième- Siècle groupe certains collectionneurs de la petite église, et ce n'est pas là le moins curieux, car le menu, emprunté aux recettes du Pâtissier françois et aux almanachs de la veuve Prudhomme, fait revivre des plats oubliés dont nos pères se pourléchaient les babines.
Or donc, à l'une de ces agapes mensuelles, les amateurs réunis parlèrent naturellement de bibelots, et chacun narra ses récentes trouvailles, comme les chasseurs racontent, le soir, le nombre des pièces qu'ils ont abattues dans la journée.
M. de S..., avec un rare bonheur dans les expressions, raconta, en ménageant habilement les graduations, comment il avait eu dans la semaine la bonne fortune de dénicher une clef merveilleuse.
Il fit d'abord une description si séduisante de