‹ Le truquageChapitre 14 sur 21 · ÉTAINS ET PLOMBS · texte numérisé non relu

ÉTAINS ET PLOMBS

caires, une spatule et un bocal; pour les bourreliers, un collier de cheval; pour les charpentiers, une équerre et une grande cognée surmontée d'un marteau bretelé, et soutenue d'un compas et d'une truelle; pour les tonneliers, une cuve au-dessus de laquelle se trouve une branche de vigne chargée de grappes de raisin.

Depuis le moyen âge jusqu'à la Révolution, chaque corps de métier réuni en corporation frappait des médailles destinées à être remises à chaque compagnon pour lui servir de signe de reconnaissance. A différentes reprises, les maisons bâties sur le Pont-au-Ghange, le Petit-Pont et le Pont-Saint- Michel, s'étant écroulées, la Seine nous a ainsi conservé et restitué beaucoup de ces témoins de l'histoire du passé. Mais ces restitutions du fleuve qui arrose Paris ne se sont renouvelées que rarement.

Certains individus, plus ou moins honnêtes, voudraient les continuer indéfiniment, et jeter dans la circulation des plombs anciens âgés de quelques mois, mais suffisamment verdis et oxydés par l'eau.

Aujourd'hui les miniatures de Siccardi, de Hall, d'Augustin, de Dumont, de Blarenberg, se rencontrent par milliers à Paris. Bien rares sont les véritables.

Voulez-vous des miniatures anciennes du temps de la Régence ou de l'époque de Louis XVI? On vous en fabriquera tant que vous voudrez sur commande, à bouche que veux-tu. On jaunit bien un cantaloup, on mûrit un doyenné, on dore un

calville, et les gourmets payent au poids de Tor ces primeurs trompeuses. On émaille "une figure parcheminée dont on fait une reine de la mode. Pourquoi voudriez-vous qu'on ait oublié de reproduire les charmants visages des précieuses du dixhuitième siècle?

Les amateurs de miniatures sont des amoureux platoniques, ils cherchent à se créer un petit sérail tenant dans une vitrine. On a spéculé sur leur passion par d'habiles subterfuges. Ils vivent heureux dans leur illusion, cela me fait mal d'avoir à refroidir leur engouement; mais, que voulez-vous, je me vois dans la nécessité de leur dire que, malgré leur fécondité, jamais les miniaturistes du siècle passé ne peignirent autant de miniatures que depuis qu'ils ne sont plus.

La contrefaçon se sert des mêmes pinceaux, des mêmes couleurs, des mêmes plaques que les artistes de jadis. Car, c'est une erreur que de croire qu'on se donne la peine de travailler sur un ivoire jauni. L'industrie met à la disposition des peintres en ce genre le vélin, la tôle, le cuivre, l'argent et l'or qui ont servi autrefois. On trouve même ces grosses plaques d'ivoire de 1 et 2 millimètres qui servaient aux portraits minuscules sous Louis XIV, et rien n'est plus facile que de se procurer le vernis cuit, analogue au vernis Martin, qu'à défaut de verre on étendait alors sur la miniature pour la protéger contre l'action de l'air.

La miniature moderne, une fois achevée dans le goût de l'époque, est placée tantôt sur une belle boîte en vernis Martin, tantôt dans un cadre émailJé ancien, recouvert d'une glace rayée ou usée dans certains endroits, comme par le frottement du

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