LA POLYONYMIE DU PEUPLE RUTHÈNE
Riithènes un nom composé dont un des éléments est Russie ou russe, est vraiment surprenante en effet, ce nom double ne doit-il pas inspirer l'idée que le peuple ukrainien est intimement uni avec le peuple russe, et, de cette façon, les étrangers n'auront-ils pas à se méprendre sur la véritable situation de cette nationalité. On voit ce jeu se poursuivre aussi dans les éditions des cartes géographiques du grand Empire slave. 11 est indéniable que l'art de modifier la carte du pays a son utilité. En effet, pour une bonne partie d'étrangers la corrélation entre la Russie du Sud et la Russie du Noi'd demeure confuse.
Il n'y a pas longtemps encore, pour les motifs ci-dessus exposés, le nom même d'Ukraine était prohibé en Russie; dans une poésie, ou dans une nouvelle où l'auteur disait : « notre Ukraine », ces mots subversifs étaient scrupuleusement rayés. Toutefois les efforts du gouvernement en vue d'introduire une terminologie factice pour ce pays furent vains, et même en Russie (dans la presse aussi) on dit : Ukraine, Ukrainien, ukrainien sans tenir compte des surnoms attribués officiellement à ce pays.
Quant au nom Ruthène, ruthène, à part sa popularité à l'étranger, il est encore historique. Les historiens byzantins employaient le terme 'Pou6*^vol; d'autre part, dans les Annales et les Mémoires latins, notamment depuis le commencement du XIP siècle, on rencontre constamment les noms Ruthenia et Rutheni^. L'ignorance dont messieurs les panslavistes ont fait preuve à cet endroit est étonnante, car ils ne se font pas faute d'affirmer que le nom Ruthènes n'a pas de fondement historique et qu'il n'était pas connu avant 18i6, lorsque le comte Stadion (statthalter de Galicie) l'avait imaginé. Les Ruthènes eux-mêmes s'appellent Ukrainiens et donnent à leur pays le nom d'Ukraine. On emploie aussi souvent, en Autriche surtout, le nom de Rutheno-Ukraïnien , rutheno-ukraïnien . A notre sens, cette dernière combinaison, comprenant le nom d'origine de ce peuple ^ et celui qui lui est attribué dans les documents historiques ^ serait le plus propre pour faire sortir de ce chaos de dénominations et qu'en même temps il pourrait être le plus facilement adopté par le public à l'étranger.