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LE PANSLAVISME RUSSE ET L EUROPE OCCIDENTALE. Ù

des peuples slaves, ainsi qu'on se plait à la représenter aujourd'hui aux Slaves de Russie.

C'est de cette façon que François Palatsky, initiateur de l'idée de mutualité politique, comprenait la nouvelle doctrine. En 1873, il faisait au professeur russe Makouchew la réponse suivante : « Si nous devions, un jour, cesser d'être Tchèques, alors il nous serait indifférent de devenir Allemands, Italiens, Magyars ou Russes ». Il ne se faisait pas plus d'illusion au sujet de la création d'une langue slave universelle, qui serait adoptée par tous les peuples slaves.

Cependant, le gouvernement russe se montra très hostile à ce panslavisme idéaliste; tout adhérent à X Union de Cyrille et Méthodius, fondée à Kieff, qui se réclamait de ces idées, était impitoyablement persécuté.

Mais, comme nous l'avons déjà fait observer, la très belle doctrine des premiers panslavistes était bien imparfaite. Elle avait pour objectif de concilier les intérêts diamétralement opposés de différentes nationalités slaves; acculée par l'implacable réalité, elle se voyait forcée de consentir toujours de nouvelles concessions jusqu'à faire entièrement place au panslavisme officiel russe. Or, le gouvernement russe fait savamment servir ses intérêts à l'étranger non seulement par des particuliers, mais encore par des partis politiques, qui se sont constitués dans les pays slaves, et qui, pourtant, ont cure de leurs intérêts immédiats. Ainsi, la doctrine panslaviste a été monopolisée par ce gouvernement et mise au profit de l'impérialisme russe. Aujourd'hui, on ne saurait admettre que les exigences de la politique d'expansion russe fussent favorables aux peuples slaves. Il est possible que le pouvoir conquérant de Russie se limite à ses avant-postes politiques, toutefois, étant ébranlé par l'agitation néopanslaviste, ce cordon ne présente point une barrière assez solide pour qu'on ne puisse appréhender de la voir un jour reculer.

Palatsky disait une fois dans un salon viennois : « De même qu'à l'endroit des Tchèques, le sort réservé à l'avenir, aux Hongrois, est celui de s'allier, en tant qu'État, à une plus grande puissance et de se soumettre aux conditions d'existence qui lui seront dictées par celle-ci. »

Or, cette thèse est le noyau même du néopanslavisme. Cependant, il doit y être apporté cette modification, que la « grande

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puissance » s'appellera, désormais, Russie^ et non Autriche comme le prétendait Palatsky. Bien entendu, le principe de mutualité politique parmi les peuples slaves, dans le sens qui lui avait été primitivement attribué, est éliminé du catéchisme néopanslaviste.

De même que, dans son éblouissementpar la fantasmagorie panrusse, le iiouvernement moscovite se laisse aller jusqu'à prendre des mesures tout à fait extravagantes, de même l'agitation menée par les panslavistes au service de ce gouvernement dépasse toute imagination. iM. Arabatsky, qui souvent s'impose comme porte-parole du monde ofliciel russe, constate une fois de plus, par la pu])lication de sa Carte de Russie dans l'avenir, la tendance d'étendre les frontières de l'empire des tsars au delà de l'Europe centrale. Sur cette carte, il désigne non seulement Lemberg, Cracovie, Prague, Posen, mais encore Vienne, Buda-Pesth, Sophia, Belgrade et Constantinople comme chefs-lieux des provinces russes. Ceux qui sont au courant des choses russes n'ignorent pas que plus d'un homme politique en Russie est hanté par l'idée d'un avenir pour sa patrie, tel que les cartes géographiques de ce genre le représentent.

Aiîn de populariser ces idées fantaisistes parmi les vSlaves, il a été créé à Vienne un organe spécial Slaviansky Wiek, qui publie ses articles dans différentes langues slaves et s'emploie surtout à faire comprendre à ses lecteurs que Vienne est une ville slave. Ce jeu innocent, auquel s'abandonne la feuille panrusse et qui est d'une naïveté touchante, ne manqua pas, pourtant, de produire une grande sensation parmi certains Viennois.

A Sophia, c'est le journal Den qui s'acquitte de la même besogne. Dans son numéro du 28 juin 1905 , il publiait un article de tête sous le titre : La Russie et le monde slave, dans lequel il développait, relativement à la situation politique dans l'Occident de l'Europe, la combinaison suivante : réunion de tous les Slaves méridionaux sous l'égide de la Russie; fondation des États-Unis slaves en Europe, enfin l'adhésion à cette Union de la Grèce et de la Roumanie. Plus loin le Den ajoute : <( Jusqu'ici, la Russie n'a fait que verser son capital dans les Balkans; le temps est venu d'en toucher les intérêts. Il ne faut pas que la Russie oublie qu'elle est à même d'envoyer dans les Balkans un million de baïonnettes; il ne faut pas qu'elle oublie que dans l'Union des peuples slaves méridionaux elle aura un collaborateur très sûr pour la solution de toutes les questions politiques en Orient (Bos-

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